STRUCTURE DES POUMONS
L'air insufflé dans le tissu interlobulaire, par une légéré incision pratiquée sur la plèvre pulmonaire, se répandit de proche en proche, et forma des bulles plus ou moins grandes, tout-à-fait analogues à celle de l'emphysème, lesquelles disparurent avec difficulté, dés que l'insufflation eut cessé.
Objectera-t-on avec Haller, à ces deux dernières expériences, que chaque lobule n’est formé que d'un amas de cellules ; mais que le tissu cellulaire de chaque lobule est enveloppé à la circonférence par des membranes imperméables, qui empéchent l'air de passer d’un lobule à l’autre ?
Les dissections de Reisseisen démontrent que ces enveloppes membraneuses ne sont qu'imaginaires , et que les lobules pulmonaires ne sont séparés les uns des autres que par du tissu cellulaire ambiant; d’un autre côté il est encore mieux prouvé, par les expériences suivantes, que le tissu lobulaire n’est formé que par les ramifications vasculaires des bronches terminées en vésicules.
Quatrième expérience. — Reisseisen ayant versé du mercure dans le canal aérifére principal d’un autre lobule pulmonaire, isolé comme les précédents, refoula le métal jusqu’à la surface des poumons, avec le manche d’un scalpel. Alors, muni d’une simple lentille, il put observer des colonnes de mercure traversant des tubes, de plus en plus courts etnombreux , à mesure qu’elles s’éloignaient davantage des divisions supérieures , jusqu’à la plévre, où le mercure se terminait en globules.
Si l’on comprime, entre deux lames de verre, un lobule ainsi injecté, le mercure, refoulé avec plus de force dans les der niéres ramifications, présentera encore mieux la forme des derniers canaux aériféres, dont les ramuscules extrêmes ressemblent à des nodosités, et les vésicules pulmonaires à des tubercules de choux-fleurs.
Pour mettre à l’abri de toute contestation le résultat de l'expérience précédente, et pour que des antagonistes de mauvaise foi attribuent pas la direction linéaire du mercure à de fausses routes frayées par sa pesanteur, Resseisen varia l'expérience de la manière suivante.
+ Cinquième expérience.—Il fit plonger dans l’eau froide un poumon de veau récent. Quelques jours aprés , Ce poumon, revenu en grande partie sur lui-même par le dégagement de l'air dont il ne restait plus que quelques bulles dans les vésicules , fut jeté dans l’eau chaude, Le calorique dilatant cette
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petite quantité d'air qu’avaient conservée quelques vésicules, il put observer facilement celles-ci, distendues au milieu d’une masse compacte formée par le rapprochement des autres vésicules pulmonaires comprimées,
En observant de plus prés les lobules ainsi distendus, et en refoulant l'air vers la plèvre, il aperçut la même structure que dans l'expérience précédente.
Nous avons assisté avec beaucoup de plaisir à quelques démonstrations d'anatomie comparée que M. Bazin a faites, lhiver passé, à l'Ecole pratique; nous ne pourrons jamais
. donner assez d’éloges au zéle que ce confrére mit dans l’in- jection extrémement fine des poumons des différents animaux. Dans ces exemples, nous avons vu une pleine confirmation des idées de Reisseisen sur la structure de ces organes. En regardant avec une loupe les injections des rameaux aériens les plus fins, nous n’aperçûmes entre eux aucune communication. Chez quelques animaux, comme chez le chacal, les poumons ne contiennent pas de lobules: en les examinant de prés, on voit de nombreuses ramifications parcourir le tissu pulmonaire. Plus on s’approche de la super ficie du poumon , plus le nombre des divisions est considérable , et leur longueur devient de moins en moins prononcée. Enfin elles se terminent par de petits culs-de-sac arrondis à l'instar des têtes des divisions de choux-fleurs. Nous avons observé la même absence de communications entre les ramifi- | cations aériennes dans les poumons de beaucoup d’autres. | espèces de mammifères ; dans ceux d’un enfant d'un mois , dans ceux du veau, du cochon d’Inde, etc. Au contraire , dans les poumons des oiseaux, on peut trés facilement, d’un seul Coup d'œil et sans avoir besoin de loupe, apercevoir des anastomoses qui font communiquer en tous sens les ramifi- cations aériennes entre elles. Cette disposition est même une des causes qui rendent très difficile l'injection des poumons des oiseaux. Ainsi il est démontré aujourd’hui que la structure ‘intime des poumons est telle que l’a décrite Reisseisen, et non telle qw’elle l’a été d’abord par Helvétius, et plus récemment par M. Magendie. L'âge imprime de grandes modifications à la structure intime des organes respiratoires. Chez les enfants les vésicules pulmonaires sont extrémement petites ‘ de sorte que chez un enfant nouveau-né à terme, et qui avait. respiré , d’après MM. Hourmann et Dechambre, les cellules
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du pouñon ne se présentaient guére que comme les pértuis résultant des piqüres de l'aiguille la plus déliée. Les vésicules des enfants de 4 à 6 ans offraient un douzième de ligne : environ; celles du poumon d’un adulte un huitiéme, et celles d’un vieillard un quart de ligne. En général, plus on avance en âge, plus les vésicules pulmonaires augmentent de capacité, et en même temps leur forme change. MM. Hourmann et Dechambre ont distingué trois variétés de structure intime des poumons chez les vieillards.
do Chez les vieillards qui conservent un embonpoint marqué, les poumons sont généralement développés et remplissent bien le thorax. Les vésieules pulmonaires ont une eapacité plus grande que chez les adultes; elles ont un quart de ligne de diamètre , et constituent des cellules parfaitement régulières et partout indépendantes.
2 Chez les vieillards qui ont le thorax rétréci, les parties molles, minces et amaigries , les poumons ont encore la forme assez réguliére, mais ils sont petits, légers, peu sus ceptibles de développement par l’insufflation la plus forcée, Une sérosité limpide, plus ou moins abondante , les baigne presque constamment. En les comprimant, on obtient la crépitation moins bruyante et plus diffuse que chez l'adulte. Les vésicules pulmonaires n’ont plus la forme globuleuse, mais elliptique , de manière à offrir une série de fentes d’une Aigne quelquefois d’étendue dans leur plus grand diamètre, et que terminent deux commissures les plus anguleuses. Les lignes qüi tracent les lobules sont encore assez distinctes. 3o Chez les vieillards qui offrent le thorax rétréci et réduit à l'émaciation squélétique, les poumons changent complétement d'aspect extérieur; ils représentent une masse inégalement bosselée , sont appliqués contre la colonne vertébrale sur laquelle ils paraissent se mouler, et sont entourés par un liquide abondant , limpide, qui remplit le vide résultant, dans le thorax, de cet affaissement du poumon. Ils n’ont plus la forme conique des poumons à l’état normal; souvent même le sommet est plus volumineux que la base. Ils sont d’une légéreté extrême, l’insufflation les pénétre trés facilement, mais elle n’accroît guère leur volume. Au toucher, ils donnent une sensation analogue à celle que donne une tresse ‘de filasse: la crépitation est sourde et lente.Leur parenchyme£ est converti en une sorte de spongiosité dont les aréolgs m6