‹ Précis pratique et raisonné du diagnosticChapitre 2 sur 240 · PRÉFACE · texte numérisé non relu

PRÉFACE

Lorsqu’il y a deux ans je publiai mon Manuel d’Auseultation et de Percussion, j'étais convaineu de Putilité d’an livre de cegenre, mais je n’auraisjamais osé penser qu'un travail que je n’avais fait, pour ainsi dire, imprimer que comme un prospectus d’un ouvrage plus étendu , pût assez plaire au public médical pour en obtenir, en si peu de temps, non seulement les suffrages d’une deuxième édition, mais encore l’honneur de la traduction en plu- Sieurs langues étrangères.

Je sus reconnaître l’indulgence de ce bienveillant accueil, et au lieu de m'en glorifier, j'ai résolu de remplir les lacunes que mon travail devait nécessairement présenter , pour me montrer, dans la deuxième édition, plus - digne de la bienveillance qu’on a bien voulu m’accorder.

Mais j'ai réfléchi bientôt que j’aurais rendu un bien plus grand service à la science et surtout aux élèves,en donnant plus d'extension à montravai!, en ledestinant non seulement au diagnostic des affections du thorax, mais encore à celui des affections de l’économie entière. Cette idée m’a séduit , je m’y suis arrêté, et j’ai voulu la développer. C’est done un ouvrage sur le diagnostic des maladies que je me suis proposé d'écrire. La tâche m’a paru d’abord très difficile ; ayant vu de grands noms s necuner avant moi d’un pareil sujet, j'avoue que bien des fois jai jeté sur mes forces un . regard de défiance. Cependant jai bien examiné ce qu’on * a écrit jusqu'ici sur cette matière, et j'ai vu que ces travaux, excellents pour une époque éloignée de nous de vingt ans, sont tellement insuffisants pour ceux qui veulent acquérir des connaissances positives , qu'il suffirait à ces derniers de s’armer de patience et de parcourir quel-

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ques pages de ces livres pour se lasser du vague qui s'y trouve et d’une foule d’erreurs accueillies par la tradition et qui n’ont été soumises à aucune critique d’un esprit sévère.

A une époque plus rapprochée de celle où j'écris, un des médecins et des écrivains les plus distingués, a publié un très bon auvrage dans lequel il exprime le même sen. timent que nous sur les travaux des auteurs qui ont traité avant lui du diagnostic des maladies ; il s’élève à une foule de considérations intéressantes ; il familiarise les lecteurs avec l’immortelle découverte de l’auscultation, et surtout il décrit les sujets les plus arides avec tant d’art et de goût, que le lecteur leur prête volontiers son attention et apprend souvent sans le savoir. Néanmoins, telle est la rapidité de la marche progressive de notre science, qu'il suffit que depuis déjà sept ans l’ouvrage de M. Rostan soit publié, pour que/malgré tant de mérite, il ne réponde plus suffisamment aux besoins actuels provoqués par les progrès de l’industrie médicale. Cela est tellement vrai que nous avons la conviction que s’il fallait que l’auteur publiât la troisième édition de son ouvrage, il sentirait la nécessité d’v faire beaucoup de changements pour le mettre au niveau de l’époque actuelle, comme il a mis sa deuxième édition au niveau de 4830.

Avant de commencer mon ouvrage, je savais que M. Piorry devait publier un traité de Diagnostic. J’avoue que pour moi qui sais apprécier au juste le grand mérite des travaux de ce médecin , l'avoir en quelque sorte pour compétiteur, était une idée capable d'ébranler toutes mes chances de succès. Mais je savais aussi que M. Piorry se proposait de publier trois volumes sur cette matière, et cela a raffermi mes espérances, car. je suis. convaincu que la première condition de succès pour un ouvrage élémentaire est sa précision et sa brièveté. Par

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conséquent, je me suis décidé de nouveau à mettre à exécution mon projet, à écrire un Précis du Diagnostic, et à ne donner aux matières y contenues qu’un développement suffisant pour en faire un fort volume.

Le plan d’après lequel j’ai composé cet ouvrage diffère de tous ceux des auteurs qui ont écrit avant moi, et il diffère encore de celui qu’a adopté M. Piorry, dans l’ouvrage qu’il publie actuellement.

Le diagnostic a été long-temps l’objet de mes méditations, au lit des malades comme dans mon cabinet. J'ai conclu de mes réflexions qu’on ne donnait pas assez d’étendue à cette branche fondamentale de notre art, ni sous le rapport pratique, ni dans les livres.

Sous le premier point de vue, j’ai remarqué, et ce sera probablement l’avis de tons mes lecteurs, qu’en général

». on ne s'attache, dans le diagnostic pratique, qu’à donner : le nom à la maladie et à lui appliquer le traitement dicté par l'expérience et placé pour ainsi dire dans une case à GE Combien n’y a-t-il pas de médecins encore aujourd’hui ui, voyant un malade cracher, comme on crache dans la D» pneunomie, et qui, trouvant quelques signes physiques de celte affection, se bornent à cette indication, et diagnostiquant la pneumonie, lui opposent le traitement général “encore en usage! Combien n’y a-t-il pas encore de médecins pour qui il suffit souvent qu’un malade présente de la . Prostration, des étourdissements et une fièvre assez forte, pour voir, partout où cet ensemble de symptômes se présente, une unité nommée par eux la fièvre typhoïde, et . Pour lui opposer toujours les mêmes moyens thérapentiques. La première tâche que nous nous sommes imposée, c’est de relever cette erreur grave et dangereuse; nous avons commencé d'abord par modifier la définition du . diagnostic dont on se sert généralement, par l'appliquer

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davantage à la pratique; car à quoi sert d'apprendre à connaître les maladi-s, si ce n’est pour se mettre à même de pouvoir les guérir ? J’ai démontré ensuite que les cas. aussi simples et aussi semblables que possible, sous le rapport des lésions des organes, peuvent ne pas être le: mêmes ; ou en d’autres termes, leur diagnostic pratique qui seul conduit aux indications thérapeutiques, pent exiger des modifications variées selon l'âge, le sexe. la constitution , les climats, la profes ion, etc., des malades. En dernier lieu , j'ai prouvé qu’il est très rare de voir des maladies extrêmement Simples, n'exigeant q\une sorte d'indication en rapport avec l’organe “malade, où même avec tel ou tel des éléments qui le composent, J'ai prouvé que dans la plupart de: cas on voit dans la pratique des affections des organes se compliquer des maladies générales qui leur sont consécutives, on qui, dansd’autres circonstances, leur donne: t raissanee, ou au moins leux impriment un cachet particulier. J’ai discuté la valeur toutes ces complications, sans passer sous silence cell dont quelques médecins font encore aujourd'hai ur grand cas, je veux parler des constitutions médicales.

Eufin, sous le point de vue théorique, j'ai fait entres dans mon ouvrage une partie qui ne se trouve décrite dan aucun traité de diagnostic, savoir : la méthodologie. Li diagnostic desmaladies est devenu aujourd’hui une sciences qui possède, comme toutes les autres sciences, son his toire, ses instruments, ses méthodes et ses faits ; side un pr destiné au aenostie doit traiter de tous se éléments; sans cela il n’est pas complet. |

C’est par un aperçu général sur les différentes méthode que nous possédons aujourd’hui pour connaître les mala! dies, par leur division, par la description de tous J& instruments et par leur application sur différentes partie constituant l'économie, que nous avons terminé la pré

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mière partie de notre ouvrage destinée auxConsidérations générales. sur le Diagnostic.

La deuxième partie était destinée à traiter des maladies.

Cependant il n’était pas indifférent pour moi d'adopter tel ou tel ordre dans leur classification. Je pensais qu’en écrivant mon livre pour la jeunesse médicale, il n’était pas convenable d'employer les divisions basées sur la nature des maladies ; car, pour leur faire connaître l’inconnu, je devais, en procédant logiquement , partir de quelque point connu, et je suppose qu’ils ignoraient la nature des maladies. C'eût été, selon moi, la même faute, si javais adopté la classification basée sur l’ordre des appareils ; et si, en adoptant un de ces derniers, j'avais décrit les maladies, l’une après l'aatre, comme, par ‘exemple, méningite, ramollissement du cerveau, hémorrhagie cérébrale, etc. Les élèves, ne connaissant pas la valeur de ces noms, ne sauraient pas où aller chercher explication des signes qui ont frappé leurs sens dans les servalions clin ques.

a meilleure classification pour les jeunes gens sera lle qui sera basée sur les symptômes recueillis directement par les sens. Avec cette classification , un élève peut aborder franchement les hôpitaux dès la première année de ses études; car s’il ne connaît pas de maladies, il est capable de voir, d'entendre, de palper, de toucher, d'écouter , de sentir, de goûter , d'interroger , etc.; d'un autre côté, il lui sera facile d'apprécier le résultat de celte première observation ; il saura ce que sont, par exemple, les mouvements respiratoires, les contractions muscu - Jaires, les battements du cœur, une tumeur, etc.; et selon qu’il a observé quelque phénomène par l'oreille, par l'œil, l’odorat, etc. , il saura dans quelle partie de mon ouvrage chercher l'explication de ce phénomène.

Cette classification, basée sur l'application des sens, a 75°

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encore l’avantage d'encourager, à à Tétude les ; jeunes gens qui arrivent ordinairement dans la carrière , en désespé- À rant de pouvoir jamais apprendre la médecine, qui paraît à tont le monde encore plus difficile qu’elle n’est réelle- « ment. Qui pourra dire qu’il n’est pas venu avec cette idée . désespérante au temple d’'Esculape # Or, mon livre a lavantage de montrer aux jeunes gens que la médecine est susceptible d’une large application des sens ; qu’en appliquant avec attention les facultés que possède tout homme bien conformé, on acquiert déjà beaucoup de connais- " sances en médecine ; cette classification leur fait encore connaître la valeur respective de chaque sens. En résumé, je suis loin de regarder mon ouvrage comme présentant # la description complète, détaillée, de toutes les maladies; je ne le regarde que comme un aperçu général et sommaire sur tout ce que le diagnostic doit comprendre , ce qui n’a jamais été envisagé d’une manière aussi étendue jusqu'ici, En le publiant, je me suis proposé de rempli dans l’étude de la médecine proprement dite, une lacu extrêémemont importante, par laquelle les élèves passai immédiatement d’une ignorance complète à une étudi sérieuse, assidue et détaillée des symptômes, et se perdaient souvent dans leurs tableaux incohérents et inintelligibles pour eux. Les connaissances que renferme mon livre peuvent être puisées et apprises facilement sans aucune étude préalable; il n’y a rien qui puisse être inintelligible, tout y tombe sous les sens; en lisant mon livre tout entier, je me flatte qu’un élève saura assez pour satisfaire aux exigences des examens ; et ce qui est bien plus important, il sera à même de se livrer, avec plaisir et fruit, à la lecture des longs traités et des monographies, que, grâce au zèle de nos contemporains, nous avons en nombre considérable. " L'expérience me donne en quelque sorte la garantie des

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$ ve es © PRÉFA Rs. xii] succès auxquels je prétends; les matières contenues dans e livre ont été exposées dans le même ordre aux élève: gr mes cours particuliers, et leur approbation peut, je crois, me faire espérer celle M»

3 “ est danscette illusion que je me suis permis de dédier - ce travail à vous, monsieur le professeur Bouillaud, et en cela jen’ai pu résister au besoin de mon Cœur, qui aura tou- "jours pour vous la plus vive reconnaissance; et si mon aliyre, sous le rapport scientifique, n’est pas digne de votre : patronage, soyez-lui moins sévère, en prenant en considéation la force et la pureté de mes sentiments.

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+ Paris, r2 juillet r837.

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