ACIDITÉ DE LA SALIVE
Le nombre des réactifs dont on se sert actuellement en médecine clinique est trés peu considérable. Ils se bornent à des bandelettes de papier bleu de tournesol et du même papier rougi préalablement par un acide ; les acides liquides, et spécialement l'acide nitrique , hydrochlorique, sulfurique, etc. Si un médecin praticien peut être dispensé de porter tout cet attirail avec lui, le médecin chargé de l'instruction des élèves , professeur d’une clinique en un mot, doit posséder tous ces réactifs, et en faire l'application, non seulement sous le rapport du diagnostic pour en découvrir quelques caractéres cachés, mais encore pour faire de nouvelles recherches, pour connaître le degré de leur applicabilité.
Salive.—La salive alcaline, ou Beutre à l’état normal devient quelquefois acide. Cette acidité spontanée , c'est-à-dire non provoquée par l’ingestion d'aucune substance capable de lui donner ces propriétés, indique, d’après M. Donné, l’inflammation de l’estomac , primitive ou secondaire, et peut servir à établir le diagnostic différentiel de queiques affections gastriques.
Nous avons vu M. Bouillaud faire un grand nombre de fois des recherches sur ce sujet, et dans la plupart des cas au moins leur résultat parlait assez en faveur des conclusions de son ancien chef de clinique.
M. Piorry s’est occupé de son côté de recherches semblables, et il publie dans son Traité de diagnostic et de séméiologie, tom.11, pag. 28 , six cas dans lesquels l'acidité de la salive coïncidait avec des affections gastriques dont la nature inflammatoire ne pouvait étre contestée. Mais d’un autre côté M. Piorry cite des cas qui ne sont pas également favorables aux opinions émises par M.Donné ; c’est ainsi qu’une fois la salive était acide, selon M. Bailly, sur une dame ef sur un iléve, et cependant ils jouissaient tous deux d’une santé parfaite; le même phénomène s’observait encore chez un sujet qui n'avait qu'une hypertrophie de la rate, dans deux cas de tubercules pulmonaires, dans une pleurésie avec épanchement accompagné d’enduits épais ,jaunâtres sur la langue. Chose remarquable, le papier ne rougissait pas lorsqu'on faisait tomber sur fui la salive, et il rougissait lorsqu'il était en contact avec elle dans la bouche. Dans une pneumonie, le papier ne fut pas d’abord rougi, mais il Le fut dés que les enduits se furent formés, et ce phénomène n’ayait pas lieu lors-
ACIDITÉ DE LA SALIVE. 857 qu’on faisait tomber la salive sur le papier. A la nécropsieil
y avait des taches rouges et des arborisations dansl’estomac.
Dans un cas où M. Andral avait diagnostiqué une gastrite , Ja salive futneutre; dans beaucoup d'expériences que M. Piorry n'a pas notées, la salive fut acide sur des personnes en par-
faite santé. Il résulte de ces faits que si la salive devient fré-
quemment acide dans les inflammations de l'estomac, elle
est loin d’en être un caractère pathognomonique, vu que
Pacidité de la salive se rencontre aussi assez souvent chez des personnes atteintes d’affections différentes, et même chez des personnes se portant bien habituellement,
Voici quelle est à cet égard lopinion de M. Piorry:@Hl
paraît, ainsi que les expériences de Montègre portent à le
croire , que fréquemment ce n’est pas au moment où elle est
sécrétée que la salive est acide; en effet, en humectant le papier de tournesol avec celle qui sortait actuellement de la
bouche, il n’était pas rougi, et il ne l'était pas davantage, ainsi que l’a constaté M. Bélouino, lorsqu'on le mettait en contact avec l'orifice du conduit de Sténon: or, sur les mêmes sujets qui avaient servi à cette expérience, le papier placé sur: la langue était devenu manifestement rouge. Seraient-ce donc les enduits qui auraient acidifié la salive et lui auraient fait rougir le papier de tournesol ? Ce qui porterait à le faire croire, c’est que parmi les symptômes dits gastriques on à surtout relaté les enduits. Or, pour nous, ces enduits ne sont pas le résultat direct de la gastrite , seulement ils co-existent fréquemment avee elle. Il ne serait donc pas étonnant que dans la gastrite la salive fût souvent acide , mais cela ne démontrerait pas qu’il y eût une relation directe entre la phlegmasie gastrique et les caractères de la salive. »
Nous avons rapporté ce passage tel qu’il se trouve dans l'ouvrage de l'auteur; nous y voyons des remarques assez importantes pour engager les médecins à faire de nouvelles recherches à ce sujet, et ätenir compte, dans cette importante étude des remarques de M. Piorry.
M. Donné conseille d'introduire d'abord une bandelette de papier rouÿi sur la base de la langue, sans toucher aux lèvres qui sont généralement acides. A l’état normal ce papier doit reprendre la couleur bleue. Puis on fait la même épreuve avec du papier biez gui ne doit pas changer de couleur à l’état normal, mais qui rougit aussitôt que la salive est acide;
= ET 1] Ce