CHAPITRE IV
$ TI. Balanite.
L’œil ne peut être directement appliqué au diagnostic des organes génitaux que dans un très petit nombre de cas. Pour les affectious des organes de homme, abstraction faite de toutes celles qui sont objet de la chirurgie, et qui, souvent, peuvent exiger quelques opérations, nous ne pouvons dia= gnostiquer à l'œil que la balanite, les chancres et quelques éruptions cutanées qui peuvent, dans quelques cas, se localiser sur les parties génitales.
La balanite est l’inflammation de la membrane muqueuse du gland et du prépuce : une simple irritation peut lui donner naissance : ellé se caractérise par la rougeur de cette membrane, qui est, le plus souvent, recouverte par du mucus épais , caséenx, o'frant une odeur infecte. Après avoir enlevé cet enduit, on apercoit souvent des excoriations, légères sur la membrane muqueuse, excoriations qui sont le simple résultat de l'enlèvement de l’épithélium , et qu'il ne faut pas confondre avec des chancres.
La sécrétion muqueuse qui recouvre les parties enflammées est quelquefois tellement abondante qu’elle donne lieu à un écoulement par l'orifice du prépuce, et qu'on pourrait prendre d'abord pour une blennorrhagie, Cettesécrétion provient de l'irritation des follicules muqueux, qu’il est quelquefois facile d’apercevoir à la surface du gland, et surtout sur le collet de celui-ci.
$ IT. Chancre, Son développement et le diagnostic de toutes ses variétés.
Les chancres peuvent se présenter sous plusieurs formes. La forme la plus ordinaire est celle à laquelle on a donné le nom de chancre huntérien ou chancre simple,
Outre les formes assez multiples que les chancres peuvent revêtir par suite de dispositions individuelles, de l'espèce de trfitement ou d'autres influences extérieures, le chancre huntérien ne se présente pas non plus toujours avec le même as= pect. Il est démontré aujourd’hui par les recher- : ches éclairées de notre savant et laborieux confrère, M. Ricord, que le virus vénérien produit d’abord ! une pustule qui suit une évolution analogue à) celle des pustules du vaccin, Ainsi, l’inoculation!
étant faite, vingt-quatre heures après le point pi!
qué rougit ; du deuxième au troisième jour, il se tuméfie un peu et présente l’aspect d’une petite pa pule qu’entoure une auréole rouge; du troisième au quatrième, l’épiderme est soulevé par un liquide séro-purulent, et prend souvent la forme vésicu= leuse , offrant à son sommet un point noir qui provient d'un petit caillot de sang épanché pendant la piqüre. Le cinquième jour, la pustule prend la forme ombiliquée , et l’auréole rouge commence à s’effacer ; la suppuration commence, et la pustule ressemble tout-à-fait à celle de l’ecthyma. La base s’'infiltre et durcit vers le sixième jour. Plus tard le pus se dessèche, et forme, comme dans les pustules de la vaccine où de la variole, des croûtes qui peuvent rester adhérentes pendant long-temps; mais si elles tombent spontanément ou si on les détache , on aperçoit en dessous une ulcération qui est le type du chancre, c’est le chancre huntérien. Sa base est dure, presque cartilagineuse; son fond est grisätre et lardacé, ses bords réguliers et paraissant taillés à pic: ils sont un peu décollés, de sorte que le fond a plus d’étendue que l’entrée, Les bords de cette espèce de chancre sont entourés en dehors d'une auréole d’un rouge brun livide, d'autant plus foncé que le décollement des bords est plus considérable (1),
(:) Voyez Lancette francaise, n° du 3 janvier 1837,
Ce que nous voyons survenir après l’inoculation survient également après un coït impur. La seule différence dans le développement des pustules consiste dans l’absence du point noir et dela dépression centrale qui dépendent de la piqûre de la lancette; mais du reste, dans l’un comme dans l'autre cas, nous voyons se succéder la papule, la vésicule , la pustule et l’ulcère.
Nous avons donné une description détaillée de ce développement successif, car il n'importe pas autant de reconnaître un chancre lorsqu’il est déjà au «erme de son développement que lorsqu'il est a son début. C’est à cette époque que l’on peut prévenir avec le plus d'efficacité les progrès de la maladie,
La constitution des malades , le mode de traitement, le frottement du coït, les habitudes vicieuses, telles que l’ivrognerie, une vérole antécédente, etc., peuvent changer l'aspect des chancres, et donner lieu à une variété que M. Ricord appelle chancre phagédenique, et dont il distingue trois formes :
1° Chancre phagédénique induré.
29 Chancre phagédénique diphthéritique pultacé.
9° Chancre phagédénique gangréneux. Dans cette variété, on observe un caractère commun à toutes les formes, c’est de s'étendre continuellement surtout en surface, }
Le chancre induré s'étend en surface par Vexcès d’induration de sa base qui ne tarde pas à tomber en gangrène.
La deuxième forme a une marche analogue à la pourriture d'hôpital : le fond et les bords de l’ulcère sont couverts d’une sorte de bouillie que lon ne peut enlever en abstergeant. Par suite de cette mollesse de la circonférence des ulcères, la matière virulente est absorbée en différentes directions par les parties les plus molles, et de là vient la forme irrégulière et serpigineuse des ulcérations.
La troisième forme prend de lextension par Vexcès de linflammation de la circonférence de l'ulcère, qui se termine alors faciiement par la gangrène.
La quatrième forme est le chancre superficiel. Cette variété est due à l’action peu profonde du virus syphilitique.
D’après ce que nous venons de dire, on voit que les ulcères vénériens primitifs peuvent présenter plusieurs aspects, et pourtant avoir une seule et même nature commune à tous. On a eu tort de chercher le cachet de la svphilis dans leurs bords, leur fond ou la forme de leur circonférence.
Tous ces attributs peuvent varier diversement Sans qu’il y ait différence dans Ia nature des ul-
cères qui les présentent, Il n’y a qu’un seul carac-
tère pathognomonique dans lequel il faut chercher le cachet de la nature de tous ces ulcères et qui est commun à tous les chancres primitifs proprement dits, n'importe quelle soit leur forme, c’est la faculté contagieuse, par laquelle le pus du chancre inoculé à une personne reproduit le chancre (1).
Outre les différentes formes que nous venons
d'indiquer, les chancres peuvent encore en revêtir
d’autres ; mais elles ne constituent nullement des
variétés à part ; ce sont les mêmes ulcères à diffé: rents degrés de cicatrisation.
La remarque que nous venons de faire s'applique
à ce qu'on appelle w/cus elevatum, dans lequel le
fond est plus élevé que les bords. Ce n’est auire
chose qu’un chanere à la période de réparation, mais avec excès d'éléments réparateurs. Si lon
voulait bien interroger son état antérieur, on ap-
(1) Nous disons que cette faculté est commune à tous les chancres primitifs proprement dits, car il y a des ulcé« rations qui peuvent imiter les chancres, mais qui ne se reproduisent pas par l'inoculation, ll est même démontré,
par les expériences de M. Ricord , que le pus du chancre
peut, dans certains cas assez rares, n’agir que Comme ir |
ritant, et donner lieu tout simplement à des excoriations
superficielles qui, bien que provenant de chancres, ne se reproduisent pas par l'inoculation,
prendrait que cet uleère a passé par les formes primitives dont nous avons parlé. Ce que nous venons de dire s'applique encore aux chancres mal guéris, et qui, après avoir été cicatrisés, laissent sentir le fond ou la circonférence indurés. Ces formes, dont on a voulu faire deux variétés distinctes de syphilis : syphilis indurée et annulaire, ne constituent que les restes de la première espèce de chancre phagédénique.
Chez les hommes, c’est le collet du gland qui est le siége le plus fréquent des ulcérations syphilitiques ; chez les femmes, on les voit assez souvent sur la face interne des grandes ou petites lèvres, sur la fourchette et sur le clitoris, etc.
Enfin, nous devons ajouter que les différentes affections de la peau peuvent choisir leur place sur les parties génitales ; mais comme le plus souvent ces éruptions occupent en même temps d’autres points de la superficie du corps, il ne sera pas alors difficile de reconnaître leur véritable nature. Il n’y en a qu'une variété qui puisse quelquefois en imposer pour des ulcérations syphilitiques, c’est l'herpes præputialis interne, ou celui qui se développe sur la membrane muqueuse du prépuce. Cette affection commence d’abord par l'apparition d’un petit groupe de vésicules qui ne tardent pas à se rompre, et à laisser après elles des excoriations
pouvant par la suite devenir assez profondes et ressembler plus ‘ou moins aux chancres. Cependant, dans ce cas, il ne sera pas encore difficile de faire le diagnostic différentiel en interrogeant les malades sur la forme primitive et sur le début de la maladie,
6 ZI. Affections du vagin et de l'utérus. Spéculum. Son introduction.
Les affections de l’urètre ne peuvent pas être constatées par l'inspection (1).
Tout ce que nous avons dit des affections des parties génitales de l’homme s’applique aux mêmes affections situées sur les parties génitales externes de la femme. On peut bien les y diagnostiquer au moyen de l'application directe de l'inspection. Mais l’appareil génital de la femme compte deux organes qui deviennent très souvent le siége de différentes maladies importantes, ce sont le vagin et le
c6l de l'utérus. Quoique l'œil ne puisse pas péné-
(1) M. Ségalas a voulu faire l'application de l'inspection médiate au diagnostic des maladies de l’urètre et de la | vessie. Il a présenté, il y a quelques années, à l’Institut, un | spéculum urétro-cystique qui consiste en deux bougies, deux | miroirs et des tubes cylindriques. Mais il paraît que l’ex® | périence n’a pas réalisé ces espérances & priori, car depuis on n’en a pas entendu parler,
trer au fond de ces organes, leurs affections peu-
vent cependant se manifester à lui assez clairement,
lorsqu'on les met à découvert au moyen des instruments destinés à ce but, auxquels on a donné le nom de speculum , miroir. Les spéculum ne sont nullement des instruments de nouvelle invention;
on en trouve déjà la description dans Paule d'Égyne. Cependant leur usage a été pendant long-temps
® abandonné. C’est M. Récamier qui, le premier,
a fait sentir les grands avantages qu’on peut retirer de leur emploi. Le spéculum de M. Récamier con-
siste en un tube d’étain poli, muni à l'extrémité utérine d’un léger bourrelet, pour qu’il ne blesse pas les parties avec lesquelles il se trouve en contact.
L'autre extrémité est très évasée et taillée en bec de flûte allongé.
Dupuytren a diminué un peu les dimensions de cet instrument , et lui a ajouté un manche qui permet de le fixer en place. |
Depuis lors, il a subi de nombreuses modifications dont la plus importante est celle par laquelle on a divisé le cylindre qui le constitue en deux moitiés réunies au moyen d’une charnière. C’est madame Boivin qui, la première, a fait confectionner un spéculum de cette sorte; mais bientôt après, quiconque a voulu s'ouvrir une carrière dans les maladies des femmes a commencé par procla-
29h AFFECTIONS DES ORGANES CÉNITAUX.
mer sa spécialité en apportant quelque modification dans la forme de linstrument ; de manière qu'on peut très bien dire avec M. Blandin, malgré une consonnance désagréable de mots, qu'on a spéculé sur le spéculum.
De tous ces instruments brisés, le plus commode est celui proposé par M. Jobert, et adopté, sauf quelques petites modifications, par M. Ricord. Ainsi, il va nous servir de modèle pour la description. Il se compose de deux moitiés de cylindre, ou de deux valves coudées de dedans en dehors, réunies entre elles par une charnière qui les laisse s’écarter par un mouvement de bascule. Dans le spéculum de M. Ricord, cetie charnière est placée au point correspondant à la coudure et à l’anneau vulvaire, lorsque l'instrument se trouve déjà introduit dans le vagin. Par suite de cette disposition, les deux moitiés du cylindre peuvent s’écarter ou se rapprocher, en avant comme derrière la charnière, sans que l'anneau vulvaire, où les valves sont immobiles, subisse la moindre compression. Une tige d'acier, disposée en forme de segment de cercle, passe d'une branche à l’autre, à Pextrémité extérieure du cylindre, et, au moyen d'une vis de pression, l’écartement est fixé d’une manière invariable, Chaque valve de linstrument porte en dehors un manche coudé à angle droit. À mesure
qu’on lintroduit dans le vagin, on presse sur les branches extérieures, on les rapproche, et par suite de ce rapprochement leur extrémité utérine s’écarte et dilate le vagin (x).
Le spéculum de M. Récamier, modifié par Dupuytren, est certes la forme la plus simple de toutes celles qu’on a proposées; il a , de plus, l'avantage de mieux réfléchir la lumière que les spéculum brisés. Son seul inconvénient est de ne pouvoir s'appliquer à toutes les femmes, à cause de la permanence de son volume. Pour l’éviter, il faudrait avoir plusieurs instruments de différents calibres ; mais ce moyen, comme il est facile de comprendre, présenterait d’autres désavantages. Le spéculum brisé pouvant être réduit au volume pour ainsi dire voulu, est, sous ce rapport, préférable à celui d’une seule pièce, mais il a l'inconvénient de pincer la muqueuse entre les branches du cylindre chaque fois qu’on les approche, soit dans leur partie antérieure, soit dans leur partie postérieure,
(1) Voyez pour plus de détails sur les différentes éspèces de spéculnm , l’article de M. Plandin’sur ce sujet: Dictionnaire de médecine et de chirurgie pratiques, t, XIV, pag 662 , ainsi que l'ouvrage publié récemment: Maladies de l'utérus, d'après les leçons cliniques de M. Lisfrane, faites à l'hôpital de la Pitié, par H, Pauly, Paris, 1836, pages 48 et suivantes,
Pour l'introduction du spéculum, quelques praticiens couchent leurs malades sur le côté comme pour l'opération de la fistule à anus; d’autres les renversent sur un fauteuil à dossier ; d’autres, et ceux-ci, je crois, sont le mieux inspirés, couchent les femmes sur le bord du lit, d’un sofa, etc. C’est le procédé adopté par la plupart des médecins et chirurgiens distingués qui s'occupent des maladies des femmes. Nous lavons vu employer par Dupuytren. Cest aussi celui qu'emploient. MM. Blandin, Émery, Ricord, etc. Voici en quoi il consiste (1): « On place la malade sur le hord du lit, un oreiller sous les épaules et sous la tête, les cuisses à demi fléchies sur le bassin, et les jambes à demi fléchies sur les cuisses, les pieds étant appuyés sur des chaises placées de chaque côté. Le chirurgien se met alors entre les membres pelviens et n’a pas besoin d'aide, chose très importante dans certains cas de pratique privée. Le spéculum, qu’on peut légèrement chauffer dans les temps froids, doit être enduit d’un corps gras. Dans les cas où les organes sont étroits,
M. Ricord donne la préférence au cérat blanc,
(x) Nous empruntons cette description au Mémoire de M. Ricord, publié dans le journal des Connaissances méê=
dico-ehirurgicales, deuxième livraison, 1° octobre 1853.
VACIN ET UTÉRUS, 297
plus tenace que l'huile, ne s’essuyant pas aussitôt, et permettant à l'instrument de mieux glisser et avec moins de douleurs. Dans les autres cas, il emploie l’huile, qui n’altère en rien l'aspect des sécrétions qu’on veut examiner, ni la surface des tissus qu’on veut voir. Les valves du spéculum , tenues de la main droite, sont fortement rapprochées. M. Ricord conseille même de les faire chevaucher l’une sur l'autre, de manière à rendre l'extrémité de l'instrument presque plate,
» Écartant ensuite les grandes et petites lèvres avec l'indicateur et l’annulaire de la main gauche, on déprime en même temps, avec le médius de la même main, la partie postérieure de la fourchette et de l’anneau vulvaire. Cette manœuvre très im— portante pour faciliter sans douleur l'entrée du spéculum, doit être faite d’une manière graduelle, mais assez forte. Alors l'extrémité du spéculum est présentée à la vulve, ses branches tournées vers | la cuisse gauche, et tandis que le bord de l'extrémité d’une de ces valves appuie fortement sur le médius gauche, comme nous venons de le dire , l'autre a sa partie plane appliquée contre la face postérieure de la saillie du méat urinaire , au-dessous duquel on le fait bientôt filer par un mouvement de bascule, sans l’écorcher ni le blesser ,
comme cela arrive souvent par les autres méthodes.
Du reste, aussitôt que l'anneau vulvaire est dépassé, partie la plus difficile et la plus douloureuse à franchir, le spéculum est dirigé dans l’axe connu du vagin, ses valves étant plus ou moins écartées selon le besoin, et permettant ainsi d'explorer successivement le vagin et l’utérus, dont le col doit être enfin embrassé par l'instrument. Pour cela, ilne faut pas, comme le conseillent et le pratiquent quelques chirurgiens, avoir des spéculum d’une longueur ridicule et démesurée, et pousser l'instrument dans le vagin jusqu’à ce que le col soit saisi; manœuvre qui expose à blesser les parties et à faire beaucoup souffrir, en s’arrétant dans le cul-de-sac péri-utérin; mais il faut, par le toucher préalable, s'assurer de la position et de la hauteur du col, puis diriger à sa rencontre l'extrémité de l’instrument, en recommandant à la malade, à mesure qu'on entre , de ne faire aucun effort d'expulsion, ce qui gênerait, pour le moment, la manœuvre; puis, présentant toujours l'extrémité du spéculum entre les deux lèvres ridées d’un côté à l’autre que forment les parois antérieure et postérieure du vagin refoulé d'avant en arrière, on arrive bientôt sur le col, qu’on reconnaît à sa muqueuse plus lisse, sans rides, et dont la teinte souvent diffère de celle du vagin. Dans quelques cas, les mucosités filantes
qui filtrent, pour ainsi dire, de son orifice et s’al-
longent dans le vagin, vous indiquent la route à suivre. Enfin, si, malgré ces indications et ces préceptes, vous étiez engagés dans le cul-de-sac du vagin, au lieu de continuer à pousser sur le spéculum, il faudrait lui faire éprouver doucement un mouvement de retrait, en écartant légèrement ses valves, comme pour saisir le col utérin à la manicre de la boule d’un bilboquet. »
Voici quelles sont les affections que lon peut alors diagnostiquer par la simple inspection, en mettant à découvert, au moyen du spéculum, les parties profondément situées.
1° Waginite. Dans cette affection, la muqueuse vaginale présente souvent des plaques rouges, plus ou moins étendues, sèches ou accompagnées d’une sécrétion muqueuse ou muco-purulente, en quantité plus ou moins considérable. Dans quelques cas, on y aperçoit des excoriations superficielles dues à l'enlèvement de lépithélium; quelquefois aussi la membrane muqueuse présente l'aspect mameloné ; elle est couverte de petites élevures papuleuses qui ne sont que les follicules muqueux développés, et dont la présence rappelle par son aspect celui d’une surface de la peau recouverte de papules du prurigo, d’où M. Ricord a appelé psorélytrie cette espèce d’éruption. Tantôt ces
follicules offrent à peine le volume d’une petite
tête d’épingle, et sont plus ou moins confluents; tantôt ils représentent de véritables granulations, privées d’épithélium et ressemblant aux bourgeons charnus; tantôt enfin, ils passent à l’état de véritables végétations.
Les parois du vagin peuvent être aussi quelquefois le siége d'ulcérations syphilitiques, cancéreuses, etc., qu'il ne sera pas difficile de reconnaitre d’après leurs caractères propres.
2° Métrite. — Dans le cas où l’inflammation aiguë de l’utérus occupe le col de cet organe, elle est accessible à l'œil et peut être diagnostiquée par l'inspection. On y apercevra alors un gonflement plus ou moins considérable du museau de tanche, dont la muqueuse présentera une teinte rouge plus ou moins prononcée.
Il est assez difficile de distinguer de l’engorgement chronique simple, lengorgement de nature squirrheuse, D’après quelques auteurs, dans cette dernière affection, l’engorgement est ordinairement partiel, circonscrit, quelquefois bosselé, même lobulé lorsqu'il est considérable. En outre, l'engorgement squirrheux n'offre pas toujours une teinte rouge aussi vive que celle qui sobserve dans la métrite. Les parties affectées sont plus tendues, fuisantes, quelquefois spongieuses;
la lèvre postérieure du museau de tanche est aussi
VAGIN ET UTÉRUS. 301 plus volumireuse et plus saillante que antérieure. Puis, le squirrhe est souvent accompagné d’hémorrhagies utérines, ce qui peut encore servir de caractère distinctif.
Cependant, il ressort des recherches plus récentes, parmi lesquelles nous signalons celles de M. le docteur Dupareque, qu’il n’est pas toujours facile de distinguer un simple engorgement chronique du col de lutérus, de son induration et de son squirrhe (1). Tous ces trois états reconnaissent, d’après l’auteur que nous venons de citer, les mémes causes : « Tous trois ont des symptômes communs, et très peu de propres à chacun d’eux; où s’il en existe, ils sont tellement inconstants, qu'ils deviennent plutôt négatifs que positifs; enfin , ces trois états peuvent procéder les uns des autres, tout en affectant cependant, dans ces transformations, cet ordre, que l’induration succède à la métrite, et l’état squirrheux à l’induration, etc... On trouve des cols utérins squirrheux , de forme globulaire, sans inégalité aucune à leur surface, tandis que d’autres engorgements qui, par leur peu d'ancienneté , la nature des causes auxquelles ils ont immédiatement succédé, la promptitude avec
(1) Traité théorique et pratique sur les altérations organiques simples et cancéreuses de la matrice, par F, Duparcque.
Paris, 1835, in-8.
laquelle on a pu en obtenir la résolution, portaient évidemment, d’une manière non équivoque, le caractère essentiellement inflammatoire chronique ou d’induration, et présentaient néanmoins des bosselures.
» Hâtons-nous de le dire, cependant, continue M. Duparcque, les bosselures, dans le cas de métrite chronique et d’induration du col utérin, ont en général une disposition particulière. Elles sont séparées par des sillons plus ou moins profonds , perpendiculaires à l’orifice utérin, vers lequel ils convergent; et comme je n’ai jamais observé cette disposition des engorgements du col utérin que chez les femmes qui avaient eu un, et le plus souvent plusieurs enfants, j'ai pu m’en rendre raison de la manière suivante: le pourtour de l’orifice externe de l’utérus a pu être déchiré ou fissuré lors du passage de l’enfant, et ces fissures auront formé des cicatrices qui n’ont pas dû prêter, comme les parties voisines, à la distension que l’engorgement morbide a fait éprouver au col utérin. Ces sillons correspondent ordinaire= ment aux commissures du museau de tanche, et quelquefois existent aussi en avant et en arrière, : ce qui fait paraître l'engorgement comme formé par plusieurs tumeurs globuleuses adossées les unes aux
autres, Parfois, le fond de ces fissures s’excorie et
devient le siége d’un suintement qui pourrait en imposer pour l'existence d’ulcères squirrheux. »
La couleur rouge-brun, donnée par quelques auteurs comme signe de squirrhe, ne peut pas servir, d’après M. Duparcque, de caractère distinctif. Elle est le résultat d’une inflammation secondaire provoquée dans la membrane muqueuse ou dans le tissu propre de l'utérus, et elle peut être occasionnée aussi bien par l’induration simple, que par l’engorgement squirrheux. Dans le plus grand nombre de cas , la surface du museau de tanche engorgé n’offre qu’une légère teinté rosée superficielle, ou une simple arborisation rouge sur un fond blanchâtre.
D’après ce que nous venons de dire, il est probable que l’on aura confondu, dans beaucoup de circonstances , le squirrhe avec l’engorgement sanguin du col dont nous parlerons en nous occupant du toucher, et dans lequel le museau de tanche offre une teinte d’un rouge-brun très prononcé, et devient le siége d’hémorrhagies fréquentes qui ne s’observent que très rarement dans le squirrhe proprement dit (1).
(1) Nous ne décrivons pas ici toutes les affections du - museau de tanche qui doivent intéresser le médecin, mais mous complèterons cette description en nous occupant du
toucher. Pour pouvoir les diagnostiquer, il est presque ix-
dispensable de joindre cette méthode à l'inspection.
3° Ulcères du col de Futérus. — Les ulcères du col de l'utérus peuvent être de différente nature. Dans quelques cas, ils ne constituent qu’un des modes de terminaison de la métrite. Bien plus sou= vent, ils sont de nature syphilitique ou cancéreuse. La présence d'un fond grisâtre, des bords taillés à pic et la connaissance des maladies antérieures, feront distinguer facilement les ulcères simples des ulcères syphilitiques. Les cancers occupent souvent les contours de l'orifice utérin et le museau de tanche, qui se trouvent alors plus ou moins profondément échancrés. Leurs bords sont rouges, terdus ; durs et renversés; le fond le plus souvent pultacé ou fongueux, surmonté de végétations saignant facilement. Plus tard, l’ulcération gagne le col entier , le détruit en grande partie, se propage au vagin, et ainsi de suite. L’écoulement auquel ces ulcères donnent lieu est sanieux, assez abondant, mélangé de caillots sanguins putréfiés ou de débris des parties em portées par la destruction. Suivant que l’ulcère succède à telle ou telle autre forme d'affection primitive, on donne des noms différents aux cancers. Cest ainsi qu'on en distingue : cancer primitif de lutérus, squirrhe ulcére, ulcère cancéreux sanguin et cancer rongeant. Cette dernière va-
riété peut appartenir à toutes les formes primi-
tives; elle indique la marche excessivement aiguë.
Les ulctres simples ne sont accompagnés que d’un léger gonflement du museau de tanche; leur fond est recouvert d’une couche jaunâtre qui se renouvelle de temps à autre, ou finement granulée, et alors d’un rouge plus ou moins vif, Leurs bords sont peu saillants. Ces ulcérations ne dépassent pas ordinairement la couche muqueuse.
Enfin le col de l’utérus peut encore être couvert d’ulcérations d’une autre espèce. Par exemple, ül n’est pas très rare de voir survenir sur celte partie, chez les femmes d’une constitution serofuleuse, des ulcérations occupant une assez grande étendue en largeur et en profondeur et ayant les bords très rouges. L'examen de la constitution, de l’âge, des antécédents, infiuera beaucoup sur le diagnostic différentiel.
Madame Boivin a signalé des cas de métrite chronique accompagnée d’un engorgement plus ou moins marqué du col, et d’une éruption papuleuse en forme de granulations. M. Duparcque a également décrit ces granulations quelquefois accompagnées d’un écoulement mucoso-sanguinolent pouvant être prises pour des uleères carcinomateux. Une autre fois le museau de tanche offre un engorgement modéré, surmonté d’une surface gra-
nulée, Cette espèce de métrite est souvent con-
fondue avec le cancer utérin.