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CHAPITRE V

Dans nos considérations générales sur le diaenostic, nous avons déjà fait sentir que les affections du sang doivent exister en assez grand nombre. La liaison et l'influence réciproque entre les organes et ce liquide sont si grandes, que s’il est juste de dire avec Moïse que l’&me «de la chair est dans le sang, ou, avec Bordeu, que le sang est de la chair coulante, il est aussi difficile de concevoir l'existence d’une maladie quelconque des organes sans une modification particulière de ce liquide ; malheureusement, l’état actuel de la science ne nous permet de reconnaitre qu'un petit nombre de ces lésions. Le flambeau de la chimie est parvenu à peine à jeter quelques rayons sur ses modifications dans les différentes maladies. Nous les signalerons en leur lieu.

Pour le moment, nous voulons passer successivement en revue les différentes altérations du sang,

qui, dans la plupart des cas, sont accessibles à

__ COLORATION DU SANG. 307 l'œil. Il est facile de prévoir qu’il ne nous sera pas toujours possible de réduire en signes les différents symptômes qu'il présente , et de diagnostiquer une maladie, vu que l'état physique de ce liquide, plus ou moins analogue, peut être le résultat de modifications chimiques ou vitales très différentes, et appartenir, par conséquent, à des maladies dont la nature ne sera pas toujours la même. Cependant l'observation nous a permis d’y saisir un petit nombre de caractères qui paraissent être liés à peu près constamment à certaines formes, et qui peuvent alors nous servir de guides ou au moins d’auxiliaires pour les reconnaitre. |

Les altérations du sang, accessibles à l'œil, s’attachent tantôt à sa couleur, tantôt à sa consistance, tantôt enfin à la manière dont se séparent ses deux principales parties.

Les deux premiers caractères peuvent être étudiés sur le sang tiré par quelque voie que ce soit, par la vénésection, par une saignée capillaire, par les hémorrhagies naturelles; le dernier peut se rencontrer quelquefois dans toutes ces circonstances, mais il s’observe surtout sur le sang tiré par la phlébotomie.

Couleur du sang. — La respiration de gaz de différente nature peut produire de nombreuses

modifications dans la couleur du sang; et ilest à

noter que toutes ces modifications sont alors à peu près les mêmes que celles que nous observons dans les laboratoires, en exposant le sang au contact de ces gaz.

C'est ainsi que l’oxigène ou le gaz ammoniaque lui donnent Ja couleur d’un beau rouge," et qu'il devient rouge brun par l’action du gaz azote, de l'acide carbonique et protoxide d'azote; violet foncé où verdâtre, par laction de lhydr ogène arséniqué ou sulfuré; brun-marron, par le gaz hydrochlorique; brun-noir, par le gaz sulfureux ; hlanc-jaunâtre, par le chlore, etc.

Le sang est pâle chez les personnes anémiques et chlorotiques, Il est noir dans les affections organiques du cœur , dans les affections chroniques des poumons, dans le choléra, etc. Dans tous les cas dont nous venons de parler, on peut se rendre compte de la coloration du sang en envisageant l'action chimique des différents gaz, ou en admettant l'insuffisance de l’hématose comme dans les obstacles qu’apportent à la circulation les maladies du cœur et du poumon, ou enfin dans l'anhémie et la chlorose, la prédominance de la sérosité.

Il n’en est pas tout-à-fait de même lorsque le sang, comme cela a été vu par quelques observateurs dignes de foi, acquiert un aspect laiteux.

Christison, qui a cité plusieurs exemples de ce

COLORATION DU SANG. 30g genre, a voulu expliquer ce singulier phénomène par la formation anormale d’un corps gras.

M. Gendrin a publié un fait semblable en 1829. Nous en avons lu un autre dans ün ruméro de la Lancette francaise de 1835, où il s'agissait d’un malade atteint d’une pneumonie très aiguë. M. Raspail pense que, dans tous les cas de ce genre, il se forme une certaine quantité d’acide qui coagule Païbumine du sang et lui donne l’apparence laiteuse. Tout en admettant l'opinion de l’illustre chimiste que nous venons de nommer, il nous est impossible, dans l’état actuel de là science, de déterminer avec quels états morbides coïncide la formation de cet acide, et ainsi il nous est impossible, d’après la couleur laiteuse du sang, de diagnostiquer le siége et la nature de l'affection.

Enfin, quelquefois la couleur du sang est d’un jaune safrané plus ou moins prononcé. Cette coloration tient à la présence de la bile, et elle coïncide presque toujours avec l’ictère.

- La consistance du sang est augmentée, en général, dans les maladies inflammatoires, dans le choléra, dans quelques hydropisies et dans d’autres maladies accompagnées d’une abondante évaéuation de sérosité. Dans tous ces cas, excepté le premier , l'augmentation de consistance tient à la

diminution relative du sérum.

Une autre fois, comme dans le scorbnt, dans le typhus, dans les anémies, le sang a une très faible consistance; il transsude facilement à travers les parois des vaisseaux, et lorsqu'il est tiré par la veine, il forme un caillot mou, se séparant incomplétement du sérum, et se liquéfiant quelquefois lorsqu'on agite le vase.

Après avoir abandonné le torrent circulatoiré, le sang , comme on le sait bien, se sépare en deux parties, le sérum et le caïllot. La plupart des médecins ont appliqué à la proportion du sérum au caillot , les mêmes lois que nous avons appliquées à la consistance de toute la masse du sang; savoir : que moins le sang a de matiere colorante, d’albumine et de fibrine, plus il est séreux, et vice versé ; et ils ont conclu que toutes les fois: que le sang est pauvre en principes énumérés cidessus, le serum doit prédominer sur le caïllot.

Nos observations ne nous ont pas conduit aux” mêmes résultats. Nous pensons avec MM. Andral et Bouillaud que, d’après les proportions relatives du sérum au caillot, on ne peut pas toujours juger de la proportion de matière colorante, d’albumine et de fibrine, à leur véhicule, envisagé dans toute la masse du sang.

On aurait tort de s’imaginer que, dans la sépa-

ration du sang en deux parties ; il n’y a qu'un fait

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