SOMNAMBULISME
adressées par celui-ci ou par les personnes avec lesquelles on} les a mis en rapport; d’autres conversent avec tous.les individus qui les entourent. Toutefois, ilest rare qu'ils entendent ce qui se passe autour d'eux ; souvent ils sont complétement étrangers au bruit extérieur , et même à celui qui se fait inopinément à leurs oreilles, tel que le retentissement de vases de cuivre vivement frappés, etc. Les yeux sont fermés, les paupières cèdent difficilement aux efforts qu'on fait pour les ouvrir (1). Cette opération laisse voir le globe de l'œil convulsé , porté en haut ou en bas de Porbite. Dans quelques cas, l'odorat est anéanti; dans beaucoup d’autres , la sensibilité générale se trouve tellement obtuse, qu’on peut pincer, piquer profondément les malades sans les réveiller; quelques uns même ont subi, dit-on, pendant ce sommeil, des opérations douloureuses sans manifester la moindre sensation. |
Jusqu'ici nous voyons une assez grande analogie entre les symptômes du sommeil magnétique et les symptômes observés dans quelques unes des néyroses pour pouvoir admettre à priori la possibilité
de leur existence. Nous avons vu , dans l'étude de
(1) Conclusions du rapport de la commission de l'Académie de médecine en 1831. — Extrait de l'article Magnétisme : ?
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aussi instructif que piquant du Dictioun, en 15 vol.
io SOMMEIL.
ces affections, se développer successivement les différents troubles dans linnervation ÿ tantôt ils se bornaient à la locomotion et se présentaient sous la forme de convulsions ou de paralysie, tantôt en même temps que la motilité, la sensibilité était éteinte; enfin, les facultés intellectuelles qui restaient jusqu'alors intactes, offraient simultanément avec les convulsions ou la paralysie des mouvements et de la sensibilité, des désordres de différente nature; le cerveau, sourd à toutes les sensaüons, conservait encore la faculté de s’impressionner lui-même par des objets que lui présentaient
la mémoire ou l'imagination : Une autre fois cette
faculté même était nulle : il n’y avait plus pour lui
nisouvenir de l’état passé, ni conscience du présent, Dans quelques occasions comme dans la léthargie, nous avons vu coïnciderensemble la faculté de perception, au moins par la voie de certains sens, avec Ja consciente du présent et l'impossibilité de réac-
tion.
Il est difficile, en analysant les symptômes de
toutes les névroses, de ne pas s’apercevoir d’une
sorte de gradation dans le développement des phé-
nomènes, depuis les plus simples et les plus facil
s, dep plus simples et les plus faciles à comprendre jusqu'aux plus composés dont nous pourrions soupconner la réalité si nous les envisa-
gions isolés sans suivre leur évolution successive.
SOMNAMBULISME. A4x
On dirait que la nature nous mène pas à pas dans l'étude des troubles de l’innervation pour nous faire comprendre plus facilement les phénomènes qui s'écartent encore plus du type des conditions normales et qui constituent le somnambulisme. Mais il y a encore bien loin de ces faits à la transformation de l’eau en une potion médicinale ou en quinquina, si les malades le désirent; il y a - encore loin de ces faits à la faculté que prétendent avoir quelques magnétiseurs d’apaiser la soif avec un verre vide, ou de faire servir des diners splendides avec rien, à la faculté qu'ils croient pouvoir donner, par leurs gestes , aux ma+ lades, de voir par les différentes parties du corps qui n'ont pas l’organisation de l'œil, de lire dans les entrailles des autres, et discuter leurs affections sans avoir jamais étudié l'art d’'Esculape.
Avouons qu’il faut être un esprit faible pour admettre à priori l'existence de faits de ce genre qui n’ont aucune analogie avec les phénomènes physiologiques et pathologiques , connus jusqu'ici, et qui ne sont pas conformes aux lois qui régissent l’économie humaine. Mais d’un autre côté, faut-il rejeter, &priort, les faits consignés par les magnétiseurs, parce qu'ils ne sont pas d'accord avec nos
connaissances et avec des lois que nous nous sommes
he TT sommerr.
formées d’après elles? Non... Ce qui paraît miracle à notre intelligence peut être mû par un ressort de physique, et dans notre organisme par un ressort de physiologie ou de pathologie que nous ne connaissons pas encore.
Si un sauvage, à qui les faits physiques sont complétement étrangers, voyait une figure coupée , en
bois ou en carton, lire, pour ainsi dire, dans le ciel
et dans les nuages, et indiquer du doigt, la veille,
les variations atmosphériques du lendemain, quelle
serait alors sa pénsée? Je crois que la premiére
idée qui se présenterait à lui serait de soupçonner
dans la figure, ou auprès d’elle , quelqne puissance
analogue à la sienne, lui jouant un tour de super- , P
cherie. Mais unefois que, malgré l'attention la plus
soutenue , il n’y aurait découvert aucune influence humaine, il crierait au zntracle. Dans son esprit ignorant , il pourrait même faire de cet objet une divinité. Pour nous, au contraire , ce fait n’a rien, d’extraordinaire, il est tout-à-fait physiqne. Notre esprit arrive là avec tout son bagage de connaissances , et s’il trouve dans le fait en question une analogie avec beaucoup ‘d’autres dont la connaissance lui a servi pour former des lois auxquelles il assujettit à l'avenir tous les autres faits semblables, il connaît alors sa nature, et il n’a pas la faiblesse
SOMNAMBULISME. 443 d’y voir un miracle , il le regarde comme un phénomène physique insuffisamment connu.
Or, qui sait si nos connaissances ne sont pas, par rapport aux faits magnétiques, les mêmes que celles d’un sauvage par rapport à l'Aygromètre ? Qui ne sait qu'il y a encore beaucoup de phénomènes physiques dont nous ne pouvons
nous rendre compte? qui peut apprécier la dis-
| tance séparant nos connaissances actuelles de celles
que l’homme peut acquérir un jour; et qui sait dans quel intervalle de cette distance se trouvent les phénomènes du somnambulisme? Toutes ces réflexions sont d’une haute importance. En les résumant, nous croyons qu'il ne convient pas à un esprit sévère de rejeter les faits magnétiques parce qu’ils ne s'accordent pas avec les faits connus, Nous croyons qu’à leur égard il faut procéder comme nous avons vu procéder le sauvage à l'égard de la figure miraculeuse (hygromètre). Si, après les avoir entourés de toute la méfiance et du doute
* philosophique que la particularité des faits exige,
on n’y reconnait aucune supercherie, il faut les admettre, les ajouter aux faits connus jusqu'alors , quand même il faudrait pour celaélargir ou modi-
fier les théories actuelles (1).
(x) Consultez les Lettres physiologiques et morales sur le