DES SIGNES TIRÉS DE L'APPAREIL DIGESTIF
$ L. Des signes tirés des organes situés au-dessus du diaphragme.
A. Lèvres. Outre les différents caractères que nous avons notés dans l'expression de la physionomie et parmi les signes tirés des muscles, les lèvres
présentent encore quelques particularités qui mé- ritent d’être signalées. La grosseur de la lèvre supérieure indique , en général, une disposition aux scrofules. La pâleur des lèvres démontre que les | capillaires contiennent peu de sang, circonstance qui peut être passagère ou permanente. La première variété de pâleur se rencontre dans la syncope, dans le’ stade de froid des fièvres intermit- “tentes, et l’autre s’observechez les personnes pauvres en éang , et chez qui la sérosité domine sur la matière colorante. C’est ce qui se voit constamment dans la chlorose avancée.
Les lèvres livides indiquent un obstacle à la circulation , on les trouve telles dans quelques affec-
tions organiques du cœur, dans les asphyxies, dans
boz APPAREIL DIGESTIF.
l'asthme, au moment des accès de l'épilepsie, dansle
choléra, etc.
Rouges , vermeilles et légèrement humides, elles u
appartiennent à l’état sain.
Quelquefois elles deviennent sèches dans les ma-
ladies ; leur épithélium s’écaille et s’enlève en morceaux , le mucus qui le recouvre s’épaissit et forme
des croûtes d’un brun foncé qui bordent ordinai-
rement la fente buccale tout le long des bords
libres des lèvres. C’est ce qu’on appelle des fu/igi,
nosités. Les lèvres fuligineuses ne sont le signe pê=
thognomonique d’aucune maladie. Cependant elles
se présentent avec ce caractère , surtout dans les affections typhoiïdes, dans l’entéro-mésentérite ty: k phoïde, dans la métro-péritonite puerpérale , ha phlébite , dans les affections cérébrales. Quelque= :
fois enfin on voit des fuliginosités aux lèvres, sur:
tout le matin , chez des personnes qui se portent as:
sez bien, sauf une légère langueur dans les fonc, |
tions digestives.
b) Gencives. — Les gencives sont livides, gonflées et saignantes dans le scorbut ; blanches et pul-
tacées dans la salivation mercurielle; pâles dans les
hydropisies et dans la chlorose. Elles participent ordinairement à la rougeur plus grande des autres parties de la bouche, que l’on rencontre dans les affections fébriles en général. |
DENTS: 5o3 ce) Dents. — Les dents sont sujettes à beaucoup de maladies et on en a fait une spécialité. Il n’est pas dans notre but de nous en occuper; nous allons nous borner à la description des phénomènes qui peuvent offrir quelque intérêt au médecin. C’est un usage aussi ancien que général d’attribuer à la dentition le plus grand nombre des indispositions chez les enfants jusqu’à la deuxième année de leur âge; cela est tellement vrai, que non seulement les mères partagent ce préjugé, mais que les médecins mêmes, chaque fois qu’ils sont appelés auprès des enfants, ne manquent presque jamais d'examiner en premier lieu les dents. Cependant il suffit de réfléchir un peu sur le mode de leur éruption , pour apercevoir dans cette opinion ‘un vieux préjugé légué par la tradition. En effet, leur formation marche simultanément avec le développement de la mâchoire, Vers le cinquième | mois de la vie fœtale, lorsque les alvéoles sont déjà séparées et lorsque chacune d’elles contient un foi- Jicule , le sommet de celui-ci se couvre d’une calotte osseuse qui, à la naissance, se trouve au niveau du bord supérieur de la gouttière dentaire, | où elle adhère à l'expansion du périoste alvéolaire | tapissant la face inférieure de la gencive dure, pres- | que cartilagineuse à celte époque, mais commen çant à se ramollir et devenant spongieuse quelques,
mois après la naissance. Nous voyons, par cônséquent , que la nature prépare déjà la voie à l’éruption des dents; la barrière que leur offrait la lame presque cartilagineuse de la gencive étant devenue molle, il suffirait de pousser un peu de bas en hant pour l'effectuer. Or, c’est précisément en quoi consiste le travail ultérieur de la dentition. Lorsque le col de la dent est déjà ossifié, la racine croit en longueur, en même temps los maxillaire se développe de plus en plus dans son ossification, surjout vers la ligne médiane; son fond s'approche graduellement vers la racine des dents incisives, et enfin la touche vers le huitième ou neuvième mois; et à cette époque, on voit déjà les deux incisives apparaitre en dehors de la gencive. L’éruption des autres dents s’opère par le même mécanisme, et si elles ne paraissent pas en même temps, cela tient à ce que le fond de toutes les alvéoles ne se trouve pas sur le même plan et que le développement des mâchoires n’est pas aussi avancé sur tous les points.
Lorsqu'on réfléchit un peu sur ce mécanisme, il est difficile d'attribuer tant de troubles, qu’on a voulu expliquer par la dentition, à un travail pour lequel la nature a tout préparé. |
Cette opinion établie à priori, se trouve confirmée par les résultats de lexpérience. Je tiens d'uu dentiste des plus répandus de la capitale,
DENTS. 9299 M. Désirabode , qu’il n’a jamais vu cesser, après éruption des dents, des convulsions que lon attribuait à la difficulté du travail de la dentition. Ce praticien distingué m'a même assuré qu’il n’attache aucune importance à lincision des gencives proposée par quelques médecins pour faciliter l’éruption des dents, qu’il la regarde, en un mot, comme absolument inutile.
Nous pensons que, dans ce cas, comme dans beaucoup d’autres, on a pris pour cause ce qui n’est qu’une coïncidence, et nous avons la conviction (car telle est la marche de l'esprit humain) que, si, au lieu de la dentition, on observait un autre phénomère saillant, à cette époque de la vie des enfants, on ne manquerait pas de lui attribuer tous les troubles qui se présentent alors, de même qu’on en attribue d'autres plus tard à la croissance, à léruption des règles, etc. (1).
La véritable cause des désordres nerveux chez
les enfants, vers l’époque de la première dentition,
, (1) I est dans la nature de l'esprit humain d'attribuer les indispositions aux grands événements non seulement orga niques, mais encore à ceux qui se passent hors de nous. — Qui est-ce qui n’a pas entendu des malades rapporter leurs maux aux terreurs de 1795? Ne les entendons-nous pas encore tous les jours accuser dans le même sens, la révolution de Juillet, l'invasion du choléra, etc, etc, ?
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consiste très probablement, ainsi que l’a observé avec beaucoup de raison Billard, dans la modilication énorme que le cerveau subit alors, dans un véritable état de transition, qui fait que cet organe, à peine ébauché dans le principe, arrive à Pâgede neuf mois ou un an à l’organisation propre au cerveau des adultes (1).
Le cerveau des nouveaux-nés, comme l’a remar-
qué M. Tiédeman (2) ressemble seulement par la
forme à celui des adultes; mais il est bien au-des-
sous de lui sous le rapport de la structure. Chez les premiers, il est difficile de distinguer les deux substances du cerveau à la surface des hémisphères et dans les corps striés; à peine en voit-on quelques traces dans le cervelet, La substance médul'aire est parcourue par de nombreux vaisseaux. devenant encore plus apparents dans Îles portions occupées plus tard par la substance grise. La consislance du cerveau est plus molle que chez les adultes; elle se laisse pourtant couper par tranches, assez nettes, mais elle se ramollit très facilement à
Vair. Plus ses portions sont éloignées de la moelle
(a) Billard, ouvrage cité, p. 604, (2) Anatomie du cerveau, eontenant l'histoire de son dé-
veloppement dans Je fœtus, et trad, par A.-J.-L, J ourdan, Paris,1824 «
DENTS. 5o7
allongée , qui est presque parfaite à la naissance, moins elles sont avancées,
Or, autant il était difficile, pour quiconque est Fabitué à juger sévèrement les choses, de se rendre compte des troubles différents que présentent les enfants dans les deux premières années de leur vie, par suite des efforts que font les dents pour percer les gencives, autant il est maintenant facile d'expliquer ces désordres par ce que nous venons de dire. Quoi! la physiologie de notre économie resterait intacte lorsqu'il survient des modifications aussi profondes dans les dispositions anatomiques des organes, et surtout de l'organe central de l’innervation, source ‘principale des forces anima trices ?
Dans les affections gastriques , un enduit blanchâtre ou grisâtre se forme autour des dents. Dans les fièvres typhoïdes et dans toutes les inflammations accompagnées de prostration des forces, leur collet s’entoure généralement d’un enduit brun ou
noirâtre qui s'étend quelquefois jusqu’aux gencives, se sèche et devient noir : c’estalors qu’onle nomme Julisineux.
Les dents deviennent quelquefois mobiles, vacillantes, comme dans le scorbut. Leur couleur d’un blanc de lait a été regardée par quelques mé-
décins, et surtout par Camper et Simmons, comme
un signe assuré de la disposition à la phthisie pulmonaire. Mais ce signe est faux; nous dirons avec Blumenbach , que différents poitrinaires n’ont jamais eu les dents de cette blancheur pendant tout Je cours de la maladie; et que, d’un autre côté, des personnes chez qui les dents possédaient ce caractère étaient à Pabri des tubercules.
Le grincement des dents pendant le sommeil est quelquefois l'effet d’une mauva'se habitude. Il est très fréquentchez les enfants; ilest alors occasionné par des contractions involontaires des muscles, provenantde l’excitation directe ou sympathique du cerveau. Quelquefois il coïncide avec la présence des vers intestinaux , ou avec un embarras des premières voies. Il précède souvent les convulsions, lorsque, en même temps, l’enfant se réveille souvent en sursaut et avec frayeur; et plus particulière: .ment encore, comme Va déjà remarqué Hippocrate, quand les joues sont fort rouges, les yeux fixes et brillants.
D. Langue.— Faisant abstraction de ses mouvements, dont nous nous sommes déjà occupé en partie, nous avons encore à considérer dans cet or= gane : 1° sa sécheresse ou son humidité, 2° lenduit qui s'y forme, et les qualités de cet enduit; 3° Ja couleur de la langue; 4° son volume.
De douce et humectée qu’elle est à l’état de santé,
LANGUR. 509 la langue peut revêtir différents degrés de sécheresse : tantôt elle est seulement sèche et lisse, tantôt âpre et sèche; enfin il s'y forme des gercures, des crevasses. Les gercures donnent souvent lieu à un écoulement consécutif de sang et de sérosité âcre. Elle se couvre aussi, assez souvent, dans les maladies, d’un enduit plus ou moins épais, de diverses couleurs ; tantôt d’un jaune pâle, d’un jaune safrané, blanc, noir, etc. Je me rappellerai toujours un cas curieux que J'ai observé, il y a dixhuit mois, chez M. Lisnard, un des élèves les plus distingués en médecine, lorsqu'il fut atteint d’une fièvre typhoïde extrêmement grave, pour laquelle il réclama mes soins; la base de sa langue (douzième jour de la maladie) offrait une teinte d'un gris ardoisé ou celle qui s’y voit lorsqu'on a mâché du chocolat. Cette teinte persista pendant tout le cours de la convalescence qui fut très longue, accompagnée d'anasarque générale et de dévoiement ; elle ne s'enlevait pas et me paraissait avoir son siége dans les papilles. Ce qui est remarquable, c’est que, tant que cet enduit persistait, M. Lisnard n’éprouvait l'impression d'aucune savenr ; tous les aliments lui paraissaient avoir le même goût. Je conseillai à M, Lisnard de partir pour la campagne (1).
{t) I m'est impossible de ne pas trouver dans cette colo-
Les différents enduits dont nous parlons sont “connus ordinairement sous le nom de saburre, et lorsque la langue en est recouverte , on dit aussi qu’elle est saburrale. Souvent l’enduit ne recouvre que les espaces qui séparent les papilles, et laisse celles-ci nettes et lisses. Alors, comme Île dit M. Landré-Beauvais, on à cette apparence de la langue qu'on anommée villeuse (lingua villosa); il est quelquefois si épais et si opaque qu’on Pa nommé poisseux, quoiqu'il soit quelquefois blanc, couleur la plus commune. Chez les ictériques la langue se recouvre fréquemment d’un enduit jaunâtre; il en est de même au débat des fièvres bilieuses. Durant la plus grande intensité des fièvres, celui qui est jaune ou blane se convertit souvent en croûtes jaunâtres ou jaunes presque brunesressemblant à de la crème brütée. Une autre fois, la langue est nette mais très rouge, ou elle est couverte d’enduit à la base, rouge aux bords et à Ia
pointe, et le plus souvent elle est en même temps
ration quelque analogie avec la couleur grise ardoisée que prennent quelquefois les plaques de Peyer, lorsque l’inflammation dure long-temps. — J'ai revu M, Lisnard à Paris, et ilm'a dit que dans son voyage, il vit, à Lyon, se détacher quelques écailles noires de sa langue, et qu’à dater de ce
moment l’enduit en question disparut.
LANGUE. Dit
pointue. Dans d’autres cas, elle offreun fond blanc surmonté d’une rougeur pointillée,
Le volume de la langue n’est pas sujet à autant de variations que celui des autres parties; on la voit gunflée dans la glossite, et en même temps elle présente tous les autres caractères de l’inflammation. Elle diminue de volume dans quelques affections chroniques qui jettent dans te marasme, mais alors elle ne garde pas ordinairement son humidité ni sa souplesse. Dans quelques maladies aiguës, elle est contractée, retirée vers l’arrière-bouche et endurcie.
Tous les enduits que nous avons énoncés ne se rencontrent pas avec une égale fréquence dans les différentes maladies; il en est qui sont plus particuliers à tel ou tel genre d'affection. C’est ainsi que celui qui est blanc et pâteux s’observe le plus communément dans les affections catarrhales, dans le rhumatisme, etc.; la langue villeuse indique très souvent, selon M. Landré-Beauvais, la faiblesse chronique des viscères abdominaux, et l’enduit croûteux et noir ladynamie, la faiblesse, d’après l'observateur déjà cité et d’après M. Louis.
Cependant des remarques aussi générales ne peuvent satisfaire l’esprit des lecteurs qui connaissent bien l'importance que l’on attache tous les jours à Pexploration de cet organe, 11 nous reste à trouver
HE APPAREIT DIGESTIF. °
la valeur respective de tous ces signes par rapport aux différentes affections ; ou, en d’autres termes, il nous reste à déterminer jusqu'à quel point on peut, dans l'état actuel de la science, diagnostiquer le siége et la nature de la maladie d’après l'aspect de la langue. Mais nous jugeons convenable de ré-
soudre préalablement le problème de la valeur ab-
solue de ses différents états. La résolution de ce
problème préparera en quelque sorte celle de la première question.
On a émis des opinions très variées sur la nature des différents états de la langue. Ainsi M. Landré- Beauvais pense que l'on peut rapporter la sécheresse ou à une forte et partielle excitation des vais-
seaux absorbants qui augmente l'absorption , ou à
un spasme qui empêche l’excrétion ou la supprime.
L'aspérité suppose un spasme qui ferme les conduits ou pores inorganiques sécrétoires, Où une très grande faiblesse dans les vaisseaux qui les empêche de vaincre la résistance de ces pores où tubes.
L'aspect villeux tient, d’après le même auteur; à une sécrétion modérée du mucus qui couvre les intervalles des papilles, et l'aspect porsseux à un affaiblissement très considérable de tous les organes vasculaires qui travaillent, animalisent les hu-
meurs, et un défaut de contractilité de pores où
conduits sécrétoires qui laissent passer des humeurs très épaisses, sans presque aucun des changements qu’ils impriment aux fluides sécrétés (1).
Maïs que signifient ces mots spasme ou faiblesse des vaisseaux ? Pour nous, au moins, ces expressions n’ont aucune valeur réelle : leur admission nous paraît tout-à-fait hypothétique.
M. Piorry a agi plus en physicien dans cette matière; voici ce qu'il a cru voir : 1° Que, plus la quantité de sang est considérable, et plus le mouvement fébrile est prononcé, plus la langue devient rouge, et vice versa. De cette loi n’est pas exceptée la langue couverte des enduits, au-dessous desquels on rencontre presque toujours la rougeur dans les circonstances mentionnées.
2° Qu'il est difficile d’attribuer la sécheresse au défaut de sécrétion de la salive et du mucus; car dans les cas où la langue offre une sécheresse, même très prononcée, il suffit souvent de faire pencher la tête aux malades pour faire couler la salive par l'angle de la bouche. Il est également difficile de l'attribuer, selon M. Piorry, au défaut de sécrétion muqueuse à la surface de la langue, vu que c’est à la salive que cet organe doit en grande