Manousmriti, II
et une telle courtoisie donne aux bonnes manières le dernier vernis.
Ces vertus sont Fexpression générale de l’amour envers les inférieurs; envers les classes spéciales d’inférieurs énumérées plus haut, la bienveillance s’exprime d^autres façons encore. Nous devons toujours être prêts à aider ceux qui sont au-dessous de nous dans l’évolution, à partager avec eux notre savoir plus étendu, et à leur enseigner volontiers tout ce qu’ils désirent apprendre. Lorsqu’il y a supériorité d’âge ou de rang social, c’est alors surtout que le lad et la discrétion sont nécessaires ; mais l’amour sait trouver le moyen d’agir sans offenser, et la silencieuse et tranquille influence de l’exemple fait plus pour enseigner et élever, que les instructions, les préceptes formels.
Les supérieurs ne doivent donc pas s’isoler de ceux qui sont moins avancés dans l’évolution, mais doivent au contraire s’associer à leurs inférieurs dans le but de les aider à réaliser des progrès plus rapides, mettant ainsi leur propre avance au service de tous.
La BIENVEILLANCE euvers ceux d’un rang social inférieur devrait, outre les manifestations générales susdites, nous amener à des efforts actifs
en vue d’améliorer le sort de ces inférieurs, c’est-à-dire nous amener à la bienfaisance. k\à(tv à répandre l’instruction, soit en payant de sa personne, soit en fournissant l’aide financière ou des plans biens étudiés ; mettre les garçons en apprentissage chez des gens honorables, pour leur faire apprendre des métiers utiles; aider, comme on dit, un garçon à se débrouiller, voilà quelques façons d’exercer la bienfaisance.
La bienfaisance est la vertu que les supérieurs doivent aux inférieurs, et lorsqu’elle diminue ou disparaît, la prospérité de la nation est en danger. Des plans bien étudiés dans le but de réaliser des progrès sociaux, ne peuvent venir des pauvres ni des ignorants ; car ceux-ci savent seulement qu’ils souffrent et tout naturellement ils s’emparent de tout ce qui leur promet une amélioration de leur condition, quelque fallacieuse que soit la promesse, quelque illusoire que soit l’avantage. Le sacrifice volontaire des supérieurs, afin de soulager et d’élever les inférieurs, n’est que le reflet de la vie de tous les Sauveurs du monde, la plus noble manifestation de Dieu dans l’homme.
Les patrons, les chefs de maisons, et tous ceux qui ont des situations leur procurant de
leur conduite donne Texemple des vertus qui humanisent, ennoblissant ainsi leurs rapports avec ceux qui dépendent d’eux. Lorsque l’industrie était individuelle et non collective, le facteur humain était évident,et ne pouvait être négligé par l’homme de bien. Mais il y a aujourd’hui un danger de plus en plus grand pour ceux qui emploient des milliers d’hommes, à oublier(comme quelques-uns le font déjà), qu’il y a des rapports d’homme à homme entre eux et ceux qu’ils emploient, et qu’ils ont vis-à-vis de ces derniers d’autres devoirs que de leur payer leur salaire.
Ici encore la société se trouve menacée par cette absence de rapports affectueux qui sont les seuls liens sociaux.
De même, dans les grandes maisons de gens très riches, où le nombre de domestiques se multiplie non par nécessité, mais par ostentation, on constate l’absence de rapports vraiment humains entre le maître et les serviteurs, rapports d’aînés à plus jeunes, et qui consistent pour l’un à guider, conseiller, diriger, et pour les autres à travailler avec diligence, à obéir avec intelligence, le premier apprenant la jus^ tice,Vimpartialitéj\3. bonne administration^ les
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autres devenant meilleurs et plus intelligents, par ïobéissance et le service. Or, l’absence de ces rapports rend le supérieur puéril, frivole, irresponsable, et ^inférieur arrogant, paresseux et avide de jouissances.
La BIENVEILLANCE envers ceux qui sont plus jeunes par Tâge physique (les enfants et les jeunes gens), Textension à tous les enfants de la tendresse que ressentent instinctivement les parents vis-à-vis de leurs propres enfants, termine cette liste des rapports entre supérieurs et inférieurs, rapports dans lesquels l’amour entraîne le bonheur, et la haine la souffrance. Pour le cœur plein d^amour, la faiblesse, Timpuissance de Tenfant, sont d^une force irrésistible ; la tendresse débordant d’un tel cœur accorde tout ce qu^on peut réclamer d’elle.
La dureté^ Vinjustice^ Voppression, la cruauté sous toutes ses formes, y compris le sarcasme et la (armes de lâches lorsqu’elles sont
employées par les forts vis-à-vis des faibles), toutes sont les vilains rejetons de l’émotionhaine dans les rapports entre supérieurs et inférieurs.
La haine vis-à-vis des inférieurs devient le MÉPRIS qui est l’antithèse de la bienveillance. La faiblesse qui inspire à l’amour la bienveil-
lance, inspire à la haine le mépris. La haine regardant au-dessous de soi, se traduit intérieurement par Lorgueil, extérieurement par le MÉPRIS. Aux yeux d'un homme que domine la haine, Tinférieur n’est qu^un instrument, une proie qu’il faut tenir sous le joug et dont il faut tirer profit. Le dédain, Y arrogance, la hauteur^ la fierté, sont tous des vices dérivés du mépris. Ils causent la désunion dans la familio et dans l’État, et font naître chez les inférieurs la fausseté,\d.perfidie, la lâcheté, la vengeance, la flatterie, Y adulation, et conduisent à la rupture des liens familiaux et sociaux.
Dans tous les rapports qui existent, soit dans les nations, soit dans les familles, entre supérieurs, égaux, et inférieurs, Pamour est la force qui unit, la haine la force qui sépare. La droite raison qui voit l’unité de la Vie, donne à l’amour la forme de toutes les vertus qui édifient, fortifient et embellissent les sociétés humaines, assurent lé progrès et rendent la vie plus heureuse. La fausse raison, aveugle à cette unité, égarée par Tinfinie multiplicité des formes, donne libre cours à la haine génératrice de tous les vices qui perdent l’individu, et détruisent la société.
Que les jeunes apprennent donc à connaître
les doux fruits de Tamour et les fruits amers de la haine, et à discerner les vertus qui dérivent de Famour, des vices qui dérivent de la haine. Alors, dans leur âge mûr, ils sauront éviter le mal et choisir le bien, et devenir ainsi les édificateurs, non les destructeurs, de familles heureuses et d'Etats prospères.
LÉS ÉCRITURES DU MONDE Hindouisme
On doit faire place dans une voiture à celui qui a plus de quatre-vingt-dix ans, au malade, à celui qui porte un fardeau, à une femme, à un Snàtaka, à un roi et à un nouveau marié.
Manousmriti^ 11, 138.
Il faut instruire les créatures sans leur faire de peine, et dans leur propre intérêt ; celui qui aime le devoir doit se servir de paroles douces et aimables.
Ibid,, U, 159.
La compassion est Tœuvre des mérites des saints ; la compassion assure toujours la bénédiction des justes.
Mahâbhârata, Anoushâsana Parva.
Le roi a été créé pour être le protecteur des castes et des âshramas, qui toutes, suivant leur rang, accomplissent leurs devoirs particuliers.
Manousmriti^ Vil, 35.
Qu’il observe toujours le devoir de charité, joint aux sacrifices et aux offrandes, et celad’un esprit content, ayant recherché avec diligence, un objet digne.
En vérité celui à qui Ton a demandé, doit donner sans murmurer.
Manousmriti, IV, 227, 228.
L^aumône faite à celui qui ne donne rien en retour, croyant qu"il faut donner en temps convenable et en lieu propice à celui qui le mérite, cette aumône-là est tenue pour pure.
Bhagavad Gila, XVII, 20.
Il est aisé de combattre sur le champ de bataille, mais non de donner sans orgueil ni vanité.
Mahâbhâratay Anoiishasana Parva VIÏI, 10.
Celui qui est extrêmement bon et doué d^humilité, ne néglige même pas la plus faible soiif-
franco de n^importe quelle créature, (sans) essayer de la soulager.
Ibid,^ Oiidyoga Parva^ XXXIX, 10.
La richesse est utile quand celui qui la possède en jouit et la dépense en chapités. La connaissance des Shastras est utile quand elle conduit à Thumilité et à la bonne conduite,
Ibid.^ Sabha Parva^ V, 112.
Zoroastrianisme
Sachez que le meilleur roi est celui qui est noble dans la gloire... qui,plein de sympathie pour les souffrances des autres, rend le monde heureux, et veille au bien-être de tous.
Dinkardj VII, 430.
Celui qui est naturellement disposé à rendre les autres malheureux, doit donner la première place en lui à la vertu de bienveillance,à celle qui fait prendre soin des autres, afin que, de cette façon, le vice du ressentiment soit affaibli et la puissance du Druj vindicatif, rendue inoffensive.
Ibid.y VII, 446.
Celui qui, à sa porte, donne aux pieux derviches assez de nourriture et d’eau pour suppléer à leurs besoins,obtient une chose excellente, Tautorité suprême sur ce monde et la dignité dans Tautre. Le quatrième don excellent faisait allusion à la distribution de nourriture à tous ceax(qui en ont besoin), qui viennent chaque jour (mendier)au seuil de la porte.
Ibid,, VllI, 454.
L^homme riche et prospère est celui dont les pensées sont celles d^'un serviteur de Dieu...qui est charitable pour ceux qui sont dans le malheur.
Ibid,, VU, 479.
Une vie finale pleine de joie s^obtient par la charité, et la charité procure une vie finale pleine de joie.
Ibid,, VII, 458.
On doit de même être charitable envers les pauvres de haute valeur qui n"ont pas le nécessaire. Les gens de religion mauvaise, exposés à souffrir de la faim, de la soif, du froid, doivent être protégés de ces (calamités). Les
pécheurs Margarzains (ceux qui méritent la peine capitale)doivent être protégés aussi. Autant que possible, on ne doit prendre de nourriture qu’après avoir partagé avec ceux qui sont dans le besoin.
Ibid., IX, 638.
De plus, on ne doit pas infliger de peine aux hommes, mais au contraire leur faire du bien autant qu’on le peut. On ne doit pas causer de douleur, infliger de fatigue, faire de tort aux hommes vertueux. Il faut éviter la souffrance aux animaux domestiques, auxquels il faut donner le fourrage et Teau nécessaires, et qu’il faut dûment protéger. Il faut les empêcher de tomber aux mains d’hommes indignes, de n’avoir pas assez à manger ou à boire, d’être tenus à l'attache, d’être maltraités par les voleurs et par les loups, de souffrir de la'faiin, de la soif, (des rigueurs) de Tété ou de l’hiver, ou d’autres maux. Il ne faut pas non plus leur donner trop de travail... et il faut les traiter avec bonté, ainsi que l’exige la loi.
Ibid., IX, 642, 644.
Judaïsme
Si vous vendez à votre prochain^ ou si vous achetez de votre prochain^ qu^'aucun de vous ne trompe son frère.
Lévitiqiie^ XXV, 14.
Si ton frère devient pauvre près de toi, et qu^ii se vende à toi, tu ne lui imposeras point le travail d’un esclave. 11 sera chez toi comme un mercenaire, comme celui qui y demeure...
Tu ne domineras point sur lui avec dureté, et tu craindras ton Dieu.
IbicL, XXV, 39, 43.
Heureux celui qui s'intéresse au pauvre, au jour du malheur TEternel le délivre.
Psaimie XLI, 1.
Le juste connaît la cause des pauvres, mais le méchant ne s’en soucie pas... Le serviteur qu’on traite délicatement dès l’enfance, finit par devenir un fils.
Proverbes, XXIX, 7, 21.
16 i PBÉCIS UNIVERSEL DE RELIGION ET DE MORALE
Apprenez à faire le bien, recherchez la justice, protégez Topprimé ; faites droit à Torphelin, défendez la veuve.
Esaïe, I, 17.
Voici le jeûne auquel je prends plaisir : détache les chaînes de la méchanceté, dénoue les liens de la servitude, renvoie libres les opprimés^ et que Ton rompe toute espèce de joug.
Partage ton pain avec celui qui a faim, et fais entrer dans ta maison les malheureux sans asile ; si tu vois un homme nu, couvre-le, et ne te détourne pas de ton semblable.
Ibid., LVIII, 6, 7.
Aussi, parce que vous avez foulé le misérable, et que vous avez pris de lui du blé en présent, vous avez bâti des maisons en pierres de taille, mais vous ne les habiterez pas ; vous avez planté d'excellentes vignes, mais vous n'en boirez pas le vin.
Amos, V, 11.
Rendez véritablement la justice, et ayez Pun pour Pautre de la bonté et de la miséricorde ; n’opprimez pas la veuve et Porphelin, Pétran-
ger et le pauvre, et ne méditez pas Tun contre Tautre le mal dans vos cœurs.
Zacharie y VII, 9, 10.
Bouddhisme
Puissè-je être complètement pénétré de bienveillance, et montrer toujours une disposition charitable, jusqu’au moment où ce cœur cessera de battre.
Fo-sho-hmg-tsan-kingy V, 532.
La patience, les douces paroles, le commerce des Sâmanas, les entretiens religieux en temps convenable, telle est la plus grande félicité.
Koulavaggay 265.
Ils (les anciens Sages) louèrent la chasteté et la vertu, la droiture, la douceur, la pénitence, la tendresse, la compassion et la patience.
Ibid, y
Ayant découvert la fin des naissances et des morts par la bonté et la compassion, j^’enseignerai la voie, le seul chemin. Après avoir
166 PR liCIS UNIVERSEL DE RELIGION ET DE MORALE
traversé le courant, j’enseignerai aux autres à la traverser comme moi.
Oudânavarga, XII, 13.
Ibid., VI, 4.
Les Bhikshoiis qui surveillent leurs paroles, qui parlent sans hâte et sans arrogance, qui, en possession de la Loi, enseignent sa valeur, ceux-là ont des paroles agréables.
Ibid., VIII, 10.
Quiconque s’exalte et méprise les autres, vil par son orgueil, celui-là, sachez-le, est un paria.
Soutta Nipâta, va.
Christianisme
Donne à celui qui te demande, et ne te détourne pas de celui qui veut emprunter de toi.
Saint Matthieu, V, 42.
Les sages qui sont charitables et qui observent les autres préceptes de morale, acquièrent par les mérites de leur charité, un bonheur sans fin en ce monde et dans l’autre.
L'Esprit du Seigneur est sur moi, parce qu'il m'a oint pour annoncer une bonne nouvelle aux pauvres ; il m'a envoyé pour guérir ceux qui ont le cœur brisé, pour proclamer aux captifs la délivrance, et aux aveugles le recouvrement de la vue, pour renvoyer libres les opprimés.
Saint Luc, IV, 18.
Lorsque tu donnes à dîner ou à souper, n'invite pas tes amis, ni tes frères, ni tes parents, ni des voisins riches, de peur qu'ils ne t'invitent à leur tour et qu'on ne te rende la pareille. .Mais lorsque tu donnes un festin, invite des pauvres, des estropiés, des boiteux, des aveugles. Et tu seras heureux de ce qu’ils ne peuvent pas te rendre la pareille, car elle te sera rendue, à la résurrection des justes.
Samt Luc, XIV, 12, 14.
Je vous ai montré de toutes manières que c'est en travaillant ainsi qu’il faut soutenir les faibles, et se rappeler les paroles du Seigneur qui a dit lui-même : 11 y a plus de bonheur à donner qu’à recevoir.
Actes, XX, 35.
N’aspirez pas à ce qui est élevé, mais laissez-vous attirer par ce qui est humble. Ne vous regardez point comme sages.
Romains, XII, 16.
Nous qui sommes forts, nous devons supporter les faiblesses de ceux qui ne le sont pas, et ne pas nous complaire en nous-mêmes.
/6irf.,XV, 1.
Nous vous en prions aussi, frères, avertissez ceux qui vivent dans le désordre, consolez ceux qui sont abattus, supportez les faibles, usez de patience envers tous.
1 Thessaloniciensy V, 14,
Recommande aux riches du présent siècle de ne pas être orgueilleux, et de ne pas mettre leur espérance dans des richesses incertaines, mais de la mettre en Dieu, qui nous donne avec abondance toutes choses pour que nous en jouissions. Recommande-leur de faire du bien, d^être riches en bonnes œuvres, d^avoir de la libéralité, de la générosité.
1 Timothée, VI, 17, 18.
Les RAPPORts avec les inférieurs 109
La religion pure et sans tache devant Dieu notre Père, consiste à visiter les orphelins et les veuves dans leurs afflictions, et à se préserver des souillures du monde.
Jacques^ I, 27.
Si un frère ou une sœur sont nus et manquent de la nourriture de chaque jour, et que Lun d’entre vous leur dise : Allez en paix, chauffez-vous et vous rassasiez ! et que vous ne leur donniez pas ce qui est nécessaire au corps, à quoi cela sert-il ? 11 en est ainsi de la foi, si elle n’a pas les œuvres, elle est morte en elle-même.