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CHAPITRE VI

Les vertus et les vices dans les rapports avec les inférieurs

Gomme nous Pavons vu,sur Timmense échelle de 1 évolution, chacun de nous a, au-dessus de lui, des êtres qu il révère et pour lesquels son amour se traduit par le aespect, et sur le même niveau que lui, d^autres êtres envers lesquels son amour revêt Paspect de Paffection ou de Pamitié. Nous avons étudié tout cela.

Il nous faut maintenant nous occuper de nos devoirs vis-à-vis de ceux qui sont plus bas que nous sur 1 échelle, de ceux qui nous révèrent comme nous révérons nos aînés, et considérer quelle forme revêtira notre amour pour ceux qui, par Pàge ou le rang social, sont au-dessous de nous.

L^amour est alors la bienveillance, cette active sollicitude, cette attitude pleine de douceur et de bonté, dont nous voyons Pexpression

la plus haute dans l’amour de la mère pour son enfant. Considérer tous les êtres « avec la tendresse qu^a la mère pour son premier-né », tel est l’idéal auquel nous devons tendre. Réalisé dans sa plénitude par les seuls Frères aînés de notre race, les Maîtres de Compassion et de Sagesse, ce sentiment charmant n en est pas moins celui que nous devrions nous efforcer d^acquérir. La force n’est aimable que quand elle se manifeste par la protection ; la grandeur n’est admirable que quand elle se montre sous forme de patience et de bienfaisance. Ceux qui savent que le Soi est un, doivent constamment s’efforcer d’aider ce Soi à se manifester dans ceux chez lesquels il est plus voilé.

Nos inférieurs naturels sont : ceux dont l’âme est moins âgée, qui sont, par conséquent plus jeunes dans l’évolution, comme développement spirituel, facultés intellectuelles ou caractère moral; ceux qui sont au-dessous de nous dans l’échelle sociale ; ceux qui sont physiquement plus jeunes que nous (les enfants et les jeunes gens), dont l’infériorité n est que transitoire il est vrai, mais qui réclament de nous l’accomplissement de certains devoirs, tant qu ils sont comparativement moins puissants. Envers

tous, notre amour doit se traduire par la bienveillance.

La manifestation universelle de la bienveillance est la compassion^ la tendre pitié qui s’associe, par la sympathie, aux faiblesses de Fiuférieur, et cherche à faire profiter celui-ci de ses qualités plus développées, selon les besoins du moment. Par ce partage, Pamour étant toujours une attraction, le supérieur cherche à élever l’inférieur jusqu’à lui, établissant ainsi des conditions moins inégales. A cette fin, il attire à lui l’inférieur par de bonnes paroles, des manières douces, des sourires, des gestes amicaux, par tout ce qui peut éloigner la crainte que l’inférieur ressent en la présence du supérieur.

La force est hélas si souvent employée pour opprimer, que la crainte naît instinctivement chez le faible lorsqu’il se trouve en sa présence. Il faut toujours nous souvenir de cela lorsqu’on nous témoigne de la crainte, et redoubler de douceur, au lieu de manifester de la hâte ou de l’impatience. Plus l’inférieur est timide, plus le supérieur doit être doux, plus ses gestes doivent être encourageants, plus ses mouvements doivent dénoter de patience. Cette patience et cette douceur rassurent les timides

et éveillent en eux la confiance^ si bien qu^ils se rapprochent volontairement et s’appuient sur le fort au lieu de le fuir.

En présence de la timidité, les natures fortes et bien intentionnées, mais rudes, qui attribuent cette timidité à un sentiment de défiance à l’égard de leurs intentions, se laissent facilement aller à la dureté et au ressentiment^ vices qui naissent de rémotion-haine, et qui, en présence de l’inférieur timide, dégénèrent aisément en cruauté et en brutalité.

Contre cette fâcheuse réaction, l’homme vertueux doit toujours être en garde, et volontairement adoucir ses manières lorsqu’il rencontre de la timidité, comme la femme vraiment maternelle caresse et flatte l’enfant timide.

Lorsque l’inférieur est menacé, la bienveillance devient la protection, qui est l’emploi le plus noble de la force en présence de la faiblesse. La protection est une vertu royale, et quel que soit celui qui l’exerce, elle ennoblit le caractère et lui donne la marque de l’héroïsme. Uhéroïsme est en effet la vertu suscitée lorsque le protecteur défend le faible au péril de sa vie, de sa prospérité ou de sa réputation. Les héros ne sont pas seulement les guerriers, les patriotes, les martyrs,les mineurs qui affrontent

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la mort pour secourir leurs camarades, les pompiers qui se précipitent dans les flammes pour en retirer les impuissants, les nageurs qui risquent de se noyer pour sauver ceux qui sombrent; mais ce sont aussi les pères de famille qui peinent constamment pour garder leur famille à Tabri du besoin, perdant souvent la santé et même la vie, par leur labeur incessant ; les mères de famille qui se sacrifient chaque jour pour leurs petits,bien que la fatigue perpétuelle qu’elles endurent ainsi diminue leur vie; les docteurs, les garde-malades qui risquent leur vie pour soigner sans relâche ceux qui sont atteints par le mal, affrontant sans crainte Finfection pour lutter de toutes leurs forces contre la mort. Tous exercent jusqu^à l’héroïsme la vertu royale de protection, bien que leur sphère soit humble et limitée, et quTls s’efforcent seulement, en toute simplicité, d’accomplir dignement leur devoir vis-à-vis de ceux qui dépendent d’eux.

Lorsque Pinte rieur est dans le besoin, la bienveillance devient la libéralité et la charité qui cherchent à pourvoir à ce besoin. Nous devons, de toutes les façons possibles aider volontiers et sans compter, montrant ainsi que nous saisissons avec joie une occasion d’aider, et non

pas que nous cédons à regret à une demande importune. Mais il faut que la sagesse dirige Texercice de ces vertus, afin que Taide donnée soit réellement efficace, et ne fasse pas tort à celui qui la reçoit. Faire Faumône à un mendiant qui ne la mérite pas, peut encourager celui-ci à persévérer dans la paresse ou dans quelque autre vice ; et il est bon de remarquer que les religions qui ont insisté sur la nécessité de la charité, ont aussi désigné ceux qui la méritaient et n’ont pas plus encouragé Tinsouciance dans les actions charitables que dans les autres actions.

La courtoisie n’est jamais plus aimable que quand elle s’exerce vis-à-vis des inférieurs, visà-vis* des faibles, et les égards accordés lorsqu’ils ne peuvent être exigés ont beaucoup plus de valeur que lorsqu'ils sont rendus à un égal ou à un supérieur. Cette idée a été apj)liquée très justement et très heureusement dans une liste de ceux devant lesquels « on doit s’effacer » lorsqu’on les rencontre, et qui sont « les malades, ceux qui portent un fardeau, et les femmes » L La faiblesse a droit à la tendresse.

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