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Elles se rencontrèrent à la place Maillot. Tout de suite, Jeanne, avec fougue, serra son amie dans ses bras, colla son corps nerveux contre celui plus potelé de Marceline, tandis que ses lèvres gourmandes s'emparèrent des lèvres humides de l'amie consentante et troublée.

Elles restèrent ainsi enlacées quelques secondes, ne se souciant guère de l'opinion des passants. Enfin, elles se séparèrent, s'examinèrent avec sympathie, le regard brillant, la chair troublée.

— Eh bien ! ma petite Line, nous nous marions le même jour ?

— Oui, erois-tu. Quelle curieuse coïncidence !

— Et tu es heureuse ?

Marceline rougit et baissa la tête. Elle hésitait, craignant de froisser l'amie tendre. Cette question la gênait parce que chez elle, au mot de mariage, se mêlait une idée trouble.

: — Naturellement, fit-elle, sans grande conviction.

L'autre éclata d'un grand rire bruyant, glissa son bras sous celui de son amie qui, à ce contact, ne put s'empêcher de tressaillir, toute sa chair en émoi.

— Tu descends avec moi, mignonne aimée ? Nous causerons... de choses intimes... tu veux bien...

Marceline hésitait... Cette Jeanne, si lascive, si caressante, si animale... elle en avait un peu peur... et cependant, comme elle savait l'embrasser ; comme sa langue audacieuse avait vite fait de desserrer ses lèvres qui ne voulaient pas... mais qui bientôt se rendaient à merci.

D'autorité, Jeanne l'embrassa :

— C'est que je ne voudrais pas m'attarder, balbutia Line.

Une ironie plissa les lèvres rouges et sensuelles de l'impérieuse blonde :

— Ta mère t'attend pour broder un dessous de plat? Tu as peur de la fessée si tu es en retard ?

— Tu es hëïe ! protesta Line. Je suis libre, je fais ce que je veux.

— Alors, viens, petite nigaude... j'ai tant de plaisir à te sentir près de moi.

Elle l'entraîna :

— Viens toujours, on va bavarder un peu... ça ne t'arrive pas si souvent !

Marceline eut honte de sa crainte de ses parents, auprès de cette belle fille, à l'allure désinvolte et libre. Elle songeait qu'elle était encore une toute petite fille, et l'amie tendre avait raison de se moquer d'elle. C'était tout juste si Madame sa mère ne lui relevait pas jupe et combinaison, n'abaissait pas son mignard pantalon, pour, de sa main, lui fesser ses joues postérieures...

Elle la suivit donc, intimidée toutefois, sentant en la compagne une supériorité certaine et il lui était doux de se soumettre, d'obéir à l'amie impérieuse mais chérie.

Elles franchirent la porte du bois en se tenant par le bras, heureuses de sentir

leurs corps jeunes et souples. Elles s'enfoncèrent bientôt dans une allée sinueuse, toute dorée de soleil. Alors, isolées, elles s'embrassèrent encore une fois, longuement. Cependant, Jeanne, moqueuse, énigmatique, interrogea encore une fois :

— Et, dis-moi, qu'espères-tu du mariage ?

Line rougit encore. Cette question la gênait, l'embarrassait. Elle ne pouvait avouer tout ce qu'il y avait de caché au fond de son cœur ignorant. Elle s'en tira par un à peu près vague, un tantinet sceptique :

— Le bonheur !

La blonde eut une moue narquoise :

— Le bonheur ! Rien que cela ? Le bonheur complet ? Ton cœur et ta chair ? Quelque chose comme le paradis ter-

restre ? Eh bien ! ma petite, tu seras désillusionnée ! Les hommes... le bonheur... pour eux, peut-être, pas pour nous !

IM-Mlr-: • S: .

— Je vois, ma chérie, que tu n'as plus d'illusion à perdre. Tu ne comptes pas trouver le bonheur dans le mariage ?

— Si, mais d'une autre façon que toi, oui, certainement. Je suis persuadée qu'auprès de Maurice j'aurai du bonheur comme j'en ai maintenant... il sera peutêtre différent, mais ni plus grand, ni paradisiaque.

— Pourquoi te maries-tu donc puisque tu n'espères rien ?

Elle eut un beau geste des épaules :

— Pour être quelqu'un, avoir une volonté, des désirs, une raison de vivre. Actuellement, jeunes filles, nous sommes

des valeurs négatives. Nos volontés, on les ignore ; nos aspirations, on en rit ; nous sommes des jeunes filles, c'est-à-dire rien encore, des têtards, si tu préfères... ou bien des chrysalides, pour être polie. Une fois mariée, on est une individualité, on vit réellement avec un but, on peut se permettre un idéal. Songer à soi, à son corps, à sa chair... trouver, chercher, choisir celui qui peut l'émouvoir., changer aussi... tu comprends ! On n'est plus sous une tutelle étroite qui paralyse le meilleur de nousmêmes. Et, entends-moi bien, je parle même pour le mariage de la main gauche, parce que toi tu accomplis un acte de liberté qui fait de toi une individualité. La vieille fille, par contre, reste toujours un être amorphe, souvent pitoyable.

Line écoutait en souriant. Jamais, elle n'avait réfléchi à tout cela et jugeait que cette philosophie était bien compliquée.

Son regard errait devant elle, mais elle écoutait les battements de son cœur qui lui disait les désirs secrets de sa jeune âme ignorante, et les désirs, les espoirs secrets de sa chair jeune et ardente, de sa chair qui se révoltait, de sa chair qu'elle ne pouvait plus apaiser, de sa chair qui réclamait autre chose que l'attouchement prolongé qu'elle lui dispensait... le soir, dans l'intimité de sa chambre close.

Jeanne la fixa :

— Ma pauvre gosse... que tu es nigaude... simplette... toute blanche... comme une oie. Tu en es encore, j'en suis certaine, à la bibliothèque bleue pour les demoiselles.

L'autre baissa la tête, confuse, mais terriblement excitante. Elle ne voulait pas avouer son ingénuité. Elle se défendit :

— Oh ! non... j'ai lu des romans... des

romans... cochons... avec des détails... des précisions...

Un éclat de rire répondit à cette confession :

— En cachette ? petite chipie... petite dévergondée... fi, la vilaine... Venez tout de suite embrasser votre grande amie, pour la peine !

Line se précipita. Elle sentait avec émotion ses seins jeunes et durs, tout gonflés de sève, s'écraser contre la poitrine de sa tendre amie, tandis que ses lèvres imploraient une caresse.

Jeanne, cependant, continuait de confesser sa douce amie :

— Ces livres, petite vicieuse, tu les as dévorés et alors que t'est-il resté ? Un peu de fumée qui t'est montée au cerveau ?

— Dame ! il fallait bien, s'enhardit Line, on me cache tout ! Quand on va visiter le Salon, il faut voir comment maman me tire par le bras lorsqu'un peintre a cru nécessaire d'indiquer d'un pinceau précis les attributs de la virilité sur un modèle jeune et beau. Et à la sculpture, cela devient une fuite éperdue... et aux chefs-d'œuvre de l'art italien !

Elle sourit :

— Cela ne m'a pas empêchée d'admirer un magnifique petit bronze, tout petit, où ce qui m'intéressait avait été l'objet d'un soin tout particulier., il s'agissait d'un faune, tu comprends, d'un faune, juge de l'orientation de ce que je cherchais... pointé vers le ciel, ma chérie... mais c'était si petit que maman n'a rien vu.

Jeanne redressa la tête :

— Mauvaise éducation. Hypocrisie... on cherche à savoir, à se renseigner... on va à tâtons... l'imagination travaille... on se forge des idées fausses... Moi. j'ai lu tout ce qu'il m'a plu, au grand jour, publiquement, j'ai discuté avec mon père, avec Maurice. Leurs avis diffèrent, mais j'en ai retiré cependant quelques renseignements précieux. Aussi, maintenant, je regarde la vie en prose. Je n'escompte guère le prince charmant, ne souhaitant qu'une existence quiète auprès d'un mari et des gosses. Ce n'est pas trop exiger de l'avenir ; je n'aurai donc pas de désillusion.

— Mais l'amour ?

— Eah ! une petite gymnastique...

agréable... pour vous maintenir le teint frais. L'amour pour moi. cela sera Maurice. C'est lui qui se chargera de ce petit exercice... il est docile, je le dresserai. Je

le connais bien, c'est un bon compagnon, robuste, large d'épaules, il sera mon égal, mon ami. Avec lui, je n'aurai, ni crainte, ni honte, ni fausse pudeur., mon corps lui appartiendra... et puis, cela marchera... nous avons les mêmes goûts, des habitudes à peu près identiques et des désirs charnels communs... il aime ma bouche, ma chair ; j'aime sa vigueur, sa bonne santé. Encore une fois, tout cela c'est de la prose... c'est honnête, c'est franc, c'est loyal ! Et toi, ton fiancé ?

Line restait songeuse, elle ne voyait point le mariage ainsi. Sa jeune imagination échauffée par la demi-ignorance lui faisait entrevoir des délices sans nombre.

Par une sorte d'auto-suggestion, elle en arrivait à se convaincre d'être « folle » de celui qui allait être son époux. De lai, elle attendait des satisfactions précieuses qu'elle n'osait avouer à son oreiller le soir

dans la solitude de sa chambre... satisfaction qu'elle finissait par éprouver lorsque sa menotte, crispée sur sa chair, travaillait à lui donner la grande illusion... Elle fermait alors les yeux, s'offrait toute, la poitrine palpitante., elle le sentait, près d'elle, sur elle... Alors, elle râlait tout doucement, les yeux révulsés, les membres crispés.

Orgueilleuse, elle renseigna l'amie :

— Il est avocat !

Jeanne s'esclaffa :

— Ma chérie ! le mien est dans les affaires, de grosses affaires... un trust, tu comprends... la crise pour lui n'existe pas, c'est un fortiche..

— Un fortiche !

— - Mais oui, nigaude, un fortiche... un fort... tu comprends... il gagne beaucoup

d'argent... alors, le luxe, des frusques, des dessous, des bijoux... mais parlons de toi.. Tu l'aimes, au moins, petite sotte, cet avocat ?

Marceline eut un frisson, tout le corps révulsé de désirs :

— Je l'adore !

— Pas possible ! Et tu ne maigris point, c'est de rigueur.

— Comme tu vois..

— Et quel homme est-ce ?

— Oh ! très bien, chic, de l'allure, très élégant, et puis distingué, spirituel...

— N'en jetez plus, la cour est pleine... mais c'est tout ce que tu connais de ton futur maître et époux ?

— Ma foi, je ne le connais pas extrêmement.

Cette fois, l'autre marqua un commencement d'étonnement :

— Ah ! bah !

Puis avec une moue railleuse :

— Oui, je vois.. Monsieur vient te voir deux fois par semaine... avec un bouquet, sans doute... Vous vous asseyez entre le piano et la plante verte pour parler du beau temps ou de la crise, des communistes... tandis que maman fait du macramé à l'autre bout du salon... O douce idylle ! Et tu prends un homme sans le connaître, petite dinde, simplement parce qu'il est avocat et que ses cheveux sont correctement gominés ? Tu ignores même s'il a des capacités... enfin, oui, des possibilités...

— Je ne comprends pas...

— Naturellement, petite nigaude, tu

ne comprends pas, tu ne comprends rien... Il faut que je te dresse... on peut faire quelque chose de toi... tu as de l'étoffe... donnemoi tes lèvres, tout de suite...

Line ne se fit pas prier. Docile, câline, elle offrit sa bouche à sa grande et perverse amie qui s'en empara goulûment.

Elles se séparèrent à regret et Jeanne soupira :

— Enfin, si ça ne biche pas, vous aurez toujours la ressource de divorcer.

— Mais pourquoi veux-tu supposer que je ne serai pas heureuse ?

— Je ne suppose rien, du moment que tu ne connais pas plus que cela ton futur mari... c'est un coup du hasard... tu es tellement innocente qu tu ignores tout, tu me rappelles cette gamine de douze ans qui, parce que sa sœur allait se marier,

importunait sa mère toute la journée par cette sempiternelle question : « Dis maman, qu'est-ce que c'est que le mariage ? » La mère s'en tirait par des lieux communs et terminait toujours par : « Cela ne regarde pas les petites filles de ton âge ». Mais la gosse récidivait, et un beau jour, à bout de patience, la mère couchait la gamine sur ses genoux, relevait sa jupe, abaissait son petit pantalon et, sur ses fesses dénudées et contractées, appliquait une vigoureuse fessée :

— Tiens, maintenant, tu le sais ce que c'est que le mariage !

La gosse, muette, contractée, se relevait et, à la hâte, joignait sa sœur et en confidence lui disait :

— Ne te maries pas... je sais ce que c'est que le mariage... tu vas voir ce que tu vas prendre sur les fesses...

Line rit franchement et, à son tonr, interrogea :

— Mais, dis-moi, ma chérie, avec ton fiancé... qu'as-tu fait ?

— Curieuse !... bien des choses qu'une petite fille comme toi n'a pas besoin de connaître... nous nous connaissons bien... très bien... nous nous plaisons, nos goûts s'accordent... nous avons les mêmes aspirations... nos physiques s'harmonisent...

Marceline n'insistait pas, elle se sentait inférieure dans cette discussion, le terrain s'échappait sous ses pas, parce qu'il lui manquait une base de raisonnement. En elle, il n'y avait que des aspirations confuses... un besoin d'être prise dans les bras de quelqu'un, de fort, d'être serrée, d'être embrassée, d'être pincée, un besoin de s'abandonner... toute, de se détendre après s'être crispée, de sentir sa chair se dresser,

puis s'abaisser... heureuse... Des aspirations mal définies, des besoins confus, mais impérieux. Comme ses seins gonflés lui faisaient mal, comme ses cuisses tremblaient...

Elle préféra donc ne pas poursuivre et consulta sa montre.

— Oh ! je vais être en retard, je te quitte !

— Gare à la fessée ! ricana Jeanne.

Elle ajouta :

— Va, chérie, moi, je rejoins Maurice auprès du lac.

Elles s'enlacèrent, Jeanne, audacieuse, osa une caresse précise ; Line, soumise, s'offrit davantage, le corps palpitant.

La première s'éloigna, la tête haute, fière de sa force, de son autorité. La démarche souple, elle marchait à grands pas.

L'autre partit le front penché, le pas hésitant, avec en elle une crainte sourde et instinctive de la vie qu'elle ignorait. Et dans sa mignonne cervelle s'agitait un monde de pensées. Depuis cinq ans déjà, elle rêvait ainsi... entassant suppositions sur suppositions, contradictions sur contradictions. Au lycée, de grandes amies prétendaient savoir ! On piochait dans les dictionnaires, dans les gros. Celles qui avaient des frères s'affirmaient renseignées, elles donnaient des précisions, des précisions inquiétantes... par leur dimension, des précisions qui les faisaient douter de ce qu'elles croyaient la vérité. Travaillées par des désirs imprécis, les gamines s'égaraient... les grandes en profitaient, les guidaient pour leur bénéfice

personnel... Et de tous les essais résultait une incertitude plus grande encore.

Ne sachant rien, elle cherchait à s'instruire au hasard. Alors, elle se figurait des monstruosités ou se faisait un monde de futilités.

Comme elle venait de l'avouer, en cachette, elle avait cherché la science dans le3 romans. Mais lus en hâte, ces livres ne laissaient en elle que le lyrisme exaltant de l'amour. Ce n'était pas suffisant, la moindre précision eut mieux fait son affaire. De cet amour, elle se créa une idée extraordinaire, immense, capable de remplir une existence. Ensuite, elle s'étonnaitde ne pas vibrer follement auprès de René, le fiancé. Devant cette frigidité, elle s'inquiétait... Et puis, tout au fond d'ellemême, il y avait des pensées mystérieuses, des désirs bizarres qui lui étaient chers et

sur lesquels, en rougissant, elle s'appesantissait. Alors, elle espérait des joies merveilleuses, des sensations jamais éprouvées. Cela surtout la rendait impatiente. Etait-ce du vice ? Elle n'y songeait même pas, n'ayant aucune idée sur ce qui était permis et ne l'était pas. Elle avait vingt ans, un sang jeune et vigoureux circulait dans ses veines, apportant avec lui tous les appétits, tous les désirs.

Et seule, le soir, dans sa chambrette, à la hâte, elle se dénudait, contemplant son corps jeune et nerveux, tandis que ses mains palpaient, caressaient sa croupe rebondie qui se gonflait sous cette caresse. Alors, hâtivement, elle se jetait sur son lit, la poitrine haletante, les yeux clos et sa petite menotte frôlant ses seins dressés, elle trouvait l'apaisement qu'elle cherchait.

Jeanne avait rejoint Maurice sur le bord du lac. Ils s'embrassèrent aux lèvres... longuement. La jolie blonde adorait ce& caresses, et se collant contre son fiancé, elle se rendait vite un compte exact de la valeur de son sex-appeal.

Insister eut été malséant. Jeanne dûment fixée, s'empara du bras de son fiancé et l'entraîna :

— Viens, on va faire du footing !

Il la suivit docilement, un peu congestionné, mais amusé par sa gaieté vivante. Auprès d'elle, il se sentait heureux, parce que déjà leur vie était commune. Ils avaient les mêmes soucis, les mêmes espoirs. A elle, il avouait paisiblement ses ennuis, tout ce qu'il cachait aux autres, sachant avoir en la compagne une amie et un soutien moral. Ensuite, ils avaient parlé de l'amour et l'avaient assimilé à une très grande camaraderie.

Elle était restée vierge. Elle ne voulait pas d'une chute bête et sans saveur. Pour lui, elle se réservait vierge de corps, estimant que le mariage devait se sceller réellement par le baiser. Mais à part cela, tout ce qu'elle avait pu lui donner d'elle^ elle l'avait généreusement offert. Sur sa poitrine dénudée, il avait posé des baisers

fous. Ses mains fiévreuses s'étaient égarées parmi un dessous sobre mais soyeux. Elle l'avait laissé faire, heureuse de ce contact caressant, s'abandonnant déjà... son corps était pour lui, au lieu de se dérober, elle s'offrait, les yeux déjà révulsés.

Elle lui parla de sa rencontre :

— J'ai vu Marceline Marcieux en venant.

— Ah ! Elle se marie le même jour que nous, je crois...

— Oui, et elle connaît à peine son fiancé...

Il rit, son scepticisme amusé par cette affirmation :

— Elle connaîtra mieux son premier amant...

— Pourquoi dis-tu cela ?

— Parce que c'est logique. Manquant de confiance auprès du premier homme qui l'aura eue, elle conservera vis-à-vis de lui toujours une crainte instinctive. La crainte de la femelle prise par le mâle. Jamais plus il n'y aura abandon complet. Le mari éveillera les sens, ce sera l'amant qui les apaisera.

— C'est du pallas, pauvre cher, bafouilles î

— Mais non... c'est la réalité.

tu

— Et moi, alors ?

— Ce n'est pas la même chose... ma chérie à moi ; ton corps, ton joli corps, je le connais... sur le bout du doigt... tu me Tas donné, je l'ai parcouru de baisers fous, tu es prête pour la grande initiation, tu ne la retardes que pour mieux la savourer... tu seras consentante, désireuse, tout ton corps s'offrira, prêt à souffrir d'abord, pour éprouver ensuite la grande secousse, celle qui te donnera à moi pour toujours. Pourquoi considérer cette jouissance comme quelque chose de défendu, de dérobé ? Notre amour peut s'afficher en plein jour, il est légal, il est humain !

— Alors, chéri, quand je serai bien savante, j'en instruirai d'autres ?

— Brantôme le prétend, cependant je ne le crois pas. Le désir charnel n'est pas

une matière extensible. En face de l'apaisement sensuel d'une femme, les séductions perdent leur latin.. C'est une question de tempérament, il n'y a pas de règles générales... c'est l'homme qui doit chercher, trouver, réussir à calmer les émois charnels de la femme, ce n'est pas toujours commode, mais c'est fort possible.

— C'est de la fatuité, maintenant... tu prétends m'apaiser ?

— Très simplement...

Il sourit :

— Et moi aussi... ce n'est pas de la philanthropie pure... il y a aussi un peu d'égoïsme.

Il l'embrassa sur les lèvres, elle se colla contre lui et ricana :

— L'apaisement mutuel devient urgent !

— Cela ne tardera pas, heureusement.

— En y mettant chacun du sien.

— Comme tu dis... on fera ce qu'il faut... longuement. Mais cela ne peut s'obtenir que lorsqu'on s'aime sincèrement, sans égoïsme et sans fausse honte.

— Amen !

Ils rirent.

Très énervés, ils allèrent côte à côte à la recherche d'allées désertes pour pouvoir s'embrasser, se palper... la face congestionnée, mais l'esprit libre, le cœur en paix.

Marceline, à la hâte, avait regagné le toit maternel. Après s'être débarrassé du

chapeau et du manteau dont la simplicité la chagrinait toujours, elle pénétra au salon.

Sa mère lisait. A son entrée, elle leva les yeux :

— Comme tu as tardé, petite !

— J'ai rencontré Jeanne Deville.

La vieille dame fronça les sourcils :

— Je n'aime pas beaucoup que tu fréquentes cette écervelée.

Line baissa les paupières ; elle n'avait pas l'habitude de discuter et gardait pour elle toutes les réflexions personnelles qui s'amassaient lentement au fond de son cœur. Ne pouvant se confier, elle pensait beaucoup, son imagination possédait une

activité excessive qui agrandissait les images riantes de ses désirs.

Cette fois encore elle se tut, n'osant dire combien la conversation de son amie l'avait troublée. Elle prit un ouvrage de couture et, tandis que ses doigts travaillaient, machinalement, elle rêva. Une impatience la torturait : René, son fiancé, devait venir, il dînerait en famille. Elle avait hâte qu'il fût là. Pour elle, il représentait l'homme, celui qui procure les plaisirs mystérieux. Ce n'était pas René qu'elle aimait, c'était elle-même, et lui ne restait que l'outil de sa propre satisfaction. Il devait l'apaiser, la rendre heureuse, rendre sa chair heureuse... Evidemment, il serait un mari présentable, elle croyait donc ne pas devoir souhaiter autre chose. De l'intimité future, elle ne s'inquiétait pas, parce qu'elle avait assez l'habitude de la sournoiserie pour échapper à la tutelle

de quiconque et son instinct féminin lui indiquait que l'époux serait encore plus aisé à duper que sa mère.

L'après-midi fut longue, monotone ; mais, à six heures, le père rentra en compagnie du fiancé. Elle rougit en voyant ce dernier et lui sourit. Elle le regarda mieux et constata qu'il était beau, que son manteau était élégant. Elle ne lui en deman» dait pas davantage, pensant qu'il lui ferait honneur et que ses amies le lui envieraient.

Il fut aimable, sans plus, gêné par la présence des parents qui arrêtaient l'expansion de la jeune fille, paralysant sa propre jeune fille, se persuadant qu'il formerait audace. Naïf, il ne s'inquiétait pas de la la femme sans difficulté.

Le père seul avait quelque gaieté, émaillant la conversation de sous-entendus

égrillards que tous saisissaient sauf Marceline. Mais, comme elle voyait rire, elle percevait le sens caché et tremblait, voyant une obscénité où il n'y avait que gaillardise.

Elle se figurait en même temps que l'odeur de la chair, qui se prêtait à ces grivoiseries, devait être composée de mille perversités délicieuses.

Et le soir, dans sa chambre, elle relut un livre d'amour qui lui procura des rêves précieux où René et elle jouaient des rôles assez divers, plutôt compliqués :

La bouche de son fiancé s'écrasait sur la sienne, sa main soulevait le vêtement de nuit, cherchait à se fixer... cherchait... trouvait enfin et, crispée, s'arrêtait, se fixait... prenant possession. Son désir exacerbé lui faisait perdre alors toute pu-

deur, elle s'offrait, son ventre se tendait, et dans un souffle elle murmurait :

— Prends moi !

D'un bond, il la portait sur le lit. Un instant, il s'égare... Elle tremblait de désirs... il ne savait pas,., il était inexpérimenté... il cherchait... ne trouvait pas... hésitait., lui faisait mal. Alors elle, la vierge* le guidait, l'assistait...

Et elle s^veillait, brisée... en sueur, mais heureuse, tant !

Mais était-ce ainsi que les choses se passaient ? Elle savait bien que les enfants ne venaient pas dans les choux, mais elle ne possédait pas une précision absolue.

En un mot, elle espérait un bonheur surhumain, des plaisirs délicats, des sen-

gâtions profondes, et surtout prolongées... renouvelées encore.., toujours. Et tout cela ne pouvait pas se produire, parce que dans notre faible nature, la faculté de sentir est limitée à l'extrême. Le choc médullaire dure quarante secondes au maximum et c'est là tout ce qui résulte d'heures, de mois, d'années de désirs.

Elle aspirait donc, de toute la violence de son jeune sang, à l'instant ineffable où elle goûterait à ces joies délicates, se préparant à en savourer toutes les délices en de longs moments d'extase. Rien d'autre ne l'attirait, parceque tout le reste, elle le connaissait. La vie quotidienne ! Elle savait d'avance ce qu'elle serait ; en ayant l'exemple devant elle, dans sa famille même.

Mais le mystère de la chambre à coucher

dont elle ignorait, croyait-elle, bien des détails, la troublait profondément parce qu'elle se torturait le cerveau de suppositions absurdes.

Une chose longtemps espérée finit toujours par se produire et, généralement, à cet instant, on éprouve plus d'étounement que de bonheur véritable. Le mariage de Line eut donc lieu, et le soir, dans une voiture fermée, René emmena sa femme à l'appartement qu'on lui avait préparé.

Seule, auprès de lui, elle se sentit d'abord gênée, effrayée, et bientôt elle eut

peur... une peur stupide, un peu animale. Il lui manquait la tutelle de sa mère, à laquelle depuis toujours elle était habituée. En outreç elle s'étonnait de ne pas éprouver de ces débordements de passion, comme elle en avait lu quelques fois. Ce qui l'attirait dans René, c'était mie sorte de curiosité morbide, elle ne souhaitait point de connaître son mari, mais l'homme, le mâle, eelui du sexe opposé, celui qui lui ouvrirait tout grand le livre de la science. Curieuse, elle cherchait, regardait d'un œil sournois l'anatomie de son partenaire, le regard dirigé au bon endroit. Il lui tenait les mains dans un geste conventionnel, balbutiant des phrases qu'elle n'entendait point, mais elle remarqua qu'il transpirait et cela lui fut désagréable.

Ce fut l'unique sensation dont elle conserva le souvenir.

Dans la chambre, aucune crainte ne la trouble, plutôt une sorte de timidité, à la pensée de se montrer gauche et maladroite dans les jeux de l'amour. La lumière éteinte, elle rue reprit point confiance.

Contre elle l'homme se frottait, s'excitait, elle entendait sa respiration précipitée contre son sein, elle entendait son cœur battre à grands coups qui résonnaient, lui semblait-il d'une façon lugubre. Il ose des gestes précis, ses mains s'appliquent sur sa chair, cherchant à animer cette froide statue. Sur sa croupe veule, docile, les doigts agiles cherchent à émouvoir cette chair frigide. Elle ne se dérobait pas... ne s'offrait pas non plus. Curieuse, froide, analysant ses sensations, regrettant presque ses plaisirs solitaires plus précis, plus directs, plus immédiats aussi. L'homme s'approchait un peu plus, elle se prêtait à ses désirs... il précipitait

la cadence, l'homme, éternel égoïste, oubliait la compagne, presque brutal. Elle serrait les dents, fermait les yeux. Puis ce fut. son étonnement, sa tête retomba sur l'oreiller et elle se dit : « £e n'est que cela ! ». Aucune de ces félicités extravagantes qu'elle avait attendues. Un peu de lassitude, une douleur, un déchirement, l'obscurité, le néant.

Elle ne regretta rien, parce que son ignorance la protégeait encore, et elle voulait quand même espérer que, plus tard, elle serait à son tour secouée du délire bienheureux. Il était impossible, à son avis, que le lyrisme débordant qu'elle avait admiré dans les pages de roman ne chantât que ce geste médiocre et d'un si piètre intérêt. Sa vanité l'empêchait de se taxer d'insensibilité, elle ne se croyait nullement un phénomène dépourvu des avantages habituellement dévolus à son sexe.

Le lendemain, sa sournoiserie, fruit d'une longue éducation, lui permit de feindre le bonheur, tandis qu'elle ne trouvait en elle-même qu'une sorte d'ennui fait de mécontentement.

Elle reprochait à quelqu'un d'inconnu quelque chose d'impalpable, impossible à préciser. Le mari fut dupe de son air rieur et de ses mines compassées, il se persuada d'avoir joué son rôle d'homme avec toute la science désirable. En réalité, il n'était pas expérimenté, et il avait mis dans ses gestes, à part un peu de précipitation, toute la délicatesse nécessaire, tout son savoir amoureux. Mais il lui était difficile de lutter contre un rêve qui avait grandi pendant plusieurs années.

Quelle que fut sa force, son habileté, il ne donnait que ce que la nature mettait à 6a disposition, tandis que la vierge s'atten-

dait à des sensations supra-terrestres. Et, dans sa solitude nouvelle, elle recommença à rêver, cherchant ce qui avait manqué à ce déhut pour répondre à ce qu'elle s'était figurée. Elle avait seulement changé de tutelle, ne parvenant à se débarrasser de la timidité et de la crainte qui avait enveloppé sa jeunesse.

Envers son mari, elle manqua de franchise, comme à l'égard de sa mère, elle ne put donc lui avouer sa désillusion première et ses désirs secrets.

Alors qu'aux approches du plaisir son cœur battait à coups précipités, elle restait frigide. Il ne s'apercevait de rien, tout occupé, absorbé par sa propre jouissance. Il pénétrait, prenait possession de ce jeune corps aux chairs fermes. Elle fermait les yeux pour cacher son indifférence. Précaution inutile, il ne la regardait même

pas. ne pouvant supposer qu'elle ne l'avait pas accompagné dans cette crise d'épilepsie. Et elle devait profiter des quelques minutes où il restait anéanti, pour essayer, seule, d'un doigt habile, de faire vibrer la harpe rétive qui ne s'émouvait, des fois, que sous ces caresses légères.

Malgré sa dissimulation, il subsista entre eux un mur infranchissable qui les séparait mieux que toute barrière réelle. Malgré cela, elle conserva son attitude satisfaite et paisible, laissant au fond de son cœur un monde de pensées troubles qui, lentement, se précisaient en souhaits pervers.

Les jours ainsi fluèrent leur cours régulier, sans heurt, dans un calme factice. Les deux époux vivaient l'un auprès de l'autre sans communion morale, sans ces brusques épanchements qui resserrent l'union de

deux êtres qui s'aiment. Le mari sentait vaguement que sa femme n'était pas totalement à lui, mais il avait assez d'orgueil pour manquer de psychologie. Il croyait devoir être adoré parce que le maire et le curé avaient consacré leur mariage. Et Line savait l'aveugler par sa soumission tranquille et son habileté à mentir. Pourquoi aurait-elle tenté une libération qu'elle ignorait ? Toujours, elle avait été habituée à plier sous un joug quelconque, elle continuait donc, simplement désillusionnée, abandonnant la lutte avant de l'avoir entamée.

La chevelure ébouriffée, son corps souple et gracile nu sous un ample peignoir de soie, les pieds nus dans des babouches de cuir rouge, Jeanne courut vers la glace. Une minute, elle considéra son visage aux traits purs et nota le cerne de ses yeux. Elle eut un rire gamin et silencieux :

— On a fait, des folies... des folies

d'amour... les petits fous... j'en ai mal aux cuisses î

Sa douleur ne devait pas être excessive, car d'un pas allègre, elle s'en alla vers la salle à manger. Maurice l'y attendait, mais déjà il s'était installé Ghez lui dès le premier jour, parce que, pour lui, comme pour elle, la vie simplement continuait. Le dos enfoncé dans un fauteuil, les jambes sur une chaise, il lisait son journal. Jeanne vint à lui et s'assit sur ses genoux, tandis que de ses bras nus elle lui fit un collier tiède. Très sensible à ce contact palpitant, sans la moindre pudeur, d'un doigt nerveux, il déboutonna le peignoir et, les yeux fous, contempla le corps souple et nerveux de sa jeune femme. Comme les seins se dressaient orgueilleux ; comme leur pointe turgide était rose, d'un rose tendre. Il tendit les lèvres vers ces boutons tentateurs et les baisa longuement. Tout

de suite, elle ferma les yeux, son corps s'abandonnant, la tête renversée en arrière, le corps révulsé, s'offrant. Il l'apaisa... d'un geste audacieux... elle ne protesta pas... elle admettait tout... deux êtres qui s'aiment peuvent tout se permetre... il n'y a pas de fausse pudeur, des choses permises et des choses défendues, il n'y a que deux êtres jeunes, beaux, ardents, qui veulent vibrer !

Entre eux, nulle gêne, nul embarras, ils étaient l'un à l'autre, non point à cause des formalités du mariage, mais parce qu'ils s'aimaient sincèrement, parce qu'ils aimaient les caresses qu'ils se prodiguaient sans passion excessive, sans affolement.

Vaniteux, lorsqu'il la vit apaisée, il lui demanda :

— Eh bien l Madame, êtes-vous satisfaite de votre époux ?

Elle eut un haussement d'épaules moqueur :

— Peuh ! tu sais, il ne faudrait pas trop t'enorgueillir de prouesses qui ne sont dues qu'à tes vingt-six ans !

— Comme tu es pleine de sagesse !

— C'est pourquoi je suis heureuse. Je pense tout simplement que le mariage est une union de deux individus.

— Et tu es heureuse ?

— Entièrement, complètement. Je désirais être toujours auprès de toi, parce que tu me plais. J'ai obtenu ce que je souhaitais, maintenant, il s'agit de continuer notre vie de façon à ce que nous soyons continuellement unis comme aujourd'hui.

Il la serra dans ses bras, confiant en l'avenir. Contre lui, il la sentait amou-

relise et paisible, les sens calmés, le cœur en paix. Rien ne pouvait la troubler, ayant eu assez de confiance dans les bras de l'amant pour exprimer ses désirs, tous ses désirs, lui montrer ses préférences, lui indiquer ce que son corps ardent désirait, ne craignant pas de le guider, de le diriger, de ralentir ou de précipiter son rythme. Et comme il s'était plié sans difficulté, heureux lui-même du bonheur qu'il procurait, à toutes ses exigences, il l'avait conquis d'emblée, mettant en elle la satisfaction entière.

Maintenant, ils avaient d'autres soucis qu'ils partageaient avec sérieux, chacun apportant sa part d'intelligence et de bonne volonté dans la conduite des affaires communes.

Négligeant de boutonner son peignoir, le rejetant au contraire en arrière, les

mains aux hanches, elle exhihe avec impudeur son corps gourmand de caresses, bien campée sur ses hauts talons, les jambes gainées dans des bas de soie, ses cuisses orgueilleuses éblouissent par leur carnation tendre. La ligne du ventre est pure, à peine marquée d'une légère saillie... elle va se perdre vers des coin3 légèrement ombreux... blonds et lumineux ; les seins palpitent encore tant la secousse amoureuse a été profonde. Les yeux battus, elle reconnaît, avec un rien de gouaille :

— La lune de miel, c'est beau !... Tien», à propos, on la passera à Paris !

— Evidemment, tu ne pensais pas aller à Naples ?

Elle dit :

— Non, c'est bon pour les décavés qui

se marient à quarante-cinq ans, après avoir noce sur toutes les banquettes de velours de la capitale. Nous avons assez de jeunesse sans avoir besoin du soleil de Naples !

— Parfait ! Alors, que décides-tu ?

— Rien. On s'amusera de toutes 3ortes de façons durant tes buit jours de vacances... les distraction.,, nous les avons sous la main !

Elle eut un geste audacieux qui le fit sourire, fier de sa virilité.

Approuvé. Va t'habiller et nous filons déjeuner à la Cascade... Après, nous trouverons bien dans le bois des sentiers ombreux.... et déserts.

Elle s'enfuit en riant ; cette équipée plaisait à sa gaminerie de petite Pari-

sienne dessalée. Elle se fit belle pour plaire au mari qui était surtout l'amant. Et elle revint pour lui reprocher qu'il ne se préparait pas assez vite. Mais il ee trouvait bien dans cette douce intimité, une paresse heureuse le retenait dans ce fauteuil. D attira la jeune femme contre lui ; elle rit bien fort, ne protestait pas de cette fringale d'amour ; à peine lui reprocha-t-elle de friper sa jolie robe.

Maie ils sortirent enfin, un peu plus de rouge aux joues, une flamme joyeuse dans les yeux.

L'automne était venu avec son cortège de frimas et de mélancolie.

Mariées depuis quatre mois, Line et Jeanne s'étaient revues dans Paris, au hasard de leurs courses. Elles s'étaient tendrement enlacées, Line rendant les caresses avec une fougue qui en disait long sur son abandon. Jeanne, maîtresse d'ellemême, mais naturellement lascive, ne restait pas indifférente à ces caresses, que

cPautres, plus puissantes* ne lui faisaient tout de même pas dédaigner. Ce bavardage de quelques instants leur était doux à toutes deux et, toujours, Jeanne en riant gaiement se disait contente, tandis que Marceline s'affirmait heureuse.

Mais ensuite, Line regagnait le logis songeuse, mécontente, ayant mal aux nerfs, mal à la chair. Cette exubérance puérile de son amie la frappait, elle aurait voulu être comme elle, vivre légèrement, être heureuse, vibrer... toute... longtemps. Hélas ! il n'en était pas ainsi. Durant les longues solitudes de la journée, elle se jurait qu'il lui manquait quelque chose et alors son imagination s'en allait follement sur les ailes du rêve, lui faisant entrevoir dans son existence mille lacunes insupportables.

Dans la cuisine, elle écoutait Félicie, leur jeune bonne, qui chantait, heureuse.

Elle avait un ami qui, tous les soirs, elle le savait, la rejoignait dans sa chambrette, au sixième ; le matin, elle descendait, les yeux cernés, mais si heureuse... Elle avait envie de l'interroger, de lui demander des détails, des précisions. Elle n'osait pas, par pudeur, par respect des convenances.

En cachette, elle lisait des livres défendus, mais n'y trouvait pas ce qu'elle cherchait ; malgré leur crudité révoltante, ces romans, trouvait-elle, manquaient de précision. Ils l'émouvaient cependant. Elle s'enfermait dans sa chambre, tirait les rideaux, à la hâte se dévêtait, lisait avec frénésie, et bientôt sombrait anéantie, mais pas heureuse... elle espérait mieux que ces plaisirs solitaires.

Pendant toute sa jeunesse surveillée, elle avait espéré des joies extrêmes, des plaisirs troublants, des affolements de pas-

sion et, soudain, dès le mariage, elle se voyait plongée dans une vie quiète, sans hauts violents comme sans imprévus. Ce n'était point ainsi, pourtant, qu'elle s'était figuré l'amour, l'union avec le prince charmant qui, en l'occurence avait revêtu la forme de René. Certes, elle ne reprochait rien encore au mari, il se montrait doux, prévenant, paternel presque à son égard. Mais elle était désenchantée. Elle avait tout espéré î Et rien n'avait vihré, réellement en elle, malgré ses efforts, sa bonne volonté. Elle attendait, elle était prête à toutes les fantaisies... à toutes les perversions ; mais lui, semblait ignorer ces désirs secrets et se contentait de répéter le même geste, pour le seul assouvissement de ses sens. Non, vraiment, ce n'était pas l'époux, le maître, cehii qui commande, mais qui sait, qui sait donner du bonheur ! Qui sait jouer de cet instrument capricieux qu'est le corps de la femme, qui sait en

tirer des sons profonds qui l'ébranlent de la tête aux pieds. Or, il ne l'ébraniait pas du tout, mais là pas du tout. Un peu d'énervement, puis de l'agacement, les nerfs qui se crispaient... c'était tout... L'apaisement ne venait pas.

Les jours avaient fui après les jours sans apporter de changement dans cette situation et, de plus en plus, se creusait entre eux le fossé de l'indifférence.

Si la gaieté de Jeanne l'avait d'abord étonnée, bientôt elle la rendit curieuse. Comme l'amie l'avait invitée à passer la voir, elle s'y résolut enfin, espérant, par

cette compagnie, échapper un peu à la monotonie qui l'enveloppait comme un linceul. Et une après-midi elle sonna chez Jeanne. Maurice était là, lihre par hasard.

La visiteuse trouva donc le couple au salon et se sentit ausitôt ragaillardie par l'affabilité de ses hôtes. Sans bien s'en apercevoir, elle devint subitement gaie comme eux, d'une exubérance légère, un peu sceptique, un peu nerveuse aussi. Elle admirait surtout la tendresse câline qui unissait les deux époux, leur liberté d'allure vis-à-vis l'un de l'autre. Pas une minute elle ne douta que l'a*mour le plus sincère les unît et elle les envia.

Puis, par un juste retour de sa féminité qui se refusait à admettre une supériorité chez une rivale, elle attribua cette bonne entente, cette camaraderie franche à Maurice, qu'elle vit brusquement paré de

toutes les qualités. Longtemps, elle s'attarda auprès d'eux, ne se lassant point d'un bavardage amusant et futile.

Et, quand elle rentra au logis, elle compara mentalement les deux hommes. Avec un sourire triste, elle découvrit soudain mille défauts à René. Il n'avait point, en sa présence, cet abandon, cette franchise de l'autre... Que lui manquait-il encore ? Elle ne savait plus exactement, mais assurément il était dépourvu des nombreux avantages qui faisaient tout le charme de Maurice.

En réalité, les deux hommes se ressemblaient, ils n'étaient ni meilleurs, ni plus mauvais l'un que l'autre. Seulement, ils avaient trouvé des femmes différentes.

Marceline, domptée, tous ses instincts réfrénés par une éducation étroite, n'avait connu que la crainte sournoise, d'abord des parents, ensuite du mari. On croit, par

une surveillance constante réfréner les instincts sexuels... comme s'il était possible de tromper la nature ! Et tous les désaccords conjugaux, tous les détraquages proviennent de cette éducation hypocrite qui veut ignorer les besoins sexuels des filles. Dans ces conditions, Line, dès la première minute de leur union, avait eu ce manque de confiance qui avait tenu le mari à l'écart de sa vie intime. Avouer qu'elle restait frigide ou presque sous les caresses un peu brutales de son mari ? Elle n'avait jamais osé. Lui demander d'essayer de lui faire partager son bonheur ? Rien que d'y songer, elle sentait le rouge lui monter au front. Et, cependant, un peu de franchise eut amené l'harmonie dans ce ménage voué à la désunion.

N'osant pas manifester d'affection, elle n'avait pu aimer réellement, et son cœur, peu à peu, s'était comme refroidi. L'époux

restait pour elle le maître, le mâle. Elle n'était que la femelle, l'inférieure qui dirige l'intérieur. René n'avait pas insisté, n'avait pas cherché à faire jaillir l'étincelle... il l'avait tout de suite classée dans la catégorie des femmes frigides... et cela ne l'empêchait pas de trouver les apaisements que réclamait sa chair. Froide !

quand elle renfermait un brasier ardent qu'un peu de passion suffisait à enflammer. Satisfait cependant dans son égoïsme d'homme, il n'avait pas réclamé davantage et conservait cette situation supérieure que flattait sa vanité.

Huit jours durant, Line rêva de Maurice, il représentait pour elle le mari idéal, l'amant qui procurait à la compagne l'amour violent et les caresses secrètes auxquels elle aspirait. Il devait les connaître, lui, tous les gestes d'amour qui éveillent la sensualité... il devait être câlin,

patient, puis fougueux... il devait tout oser, lui... toutes les caresses, toutes les caresses qui faisaient se tordre de plaisir les femmes caressées. Rien que d'y songer, son jeune corps se révulsait, se tordait, et elle passait de longues heures nue, allongée sur son lit, les bras crispés sur sa chair qu'elle torturait pour essayer, en vain, de l'apaiser.

Cette semaine écoulée, elle ne put se maîtriser plus longtemps et retourna chez Jeanne. Elle choisit un samedi après-midi, sachant que Maurice ne travaillait pas et, de même, au risque de se montrer indiscrète, arriva de bonne heure, afin de ne pas les manquer.

Us allaient sortir, ils l'entraînèrent donc au dehors, gaiement, sans arrière-pensée, la traitant en camarade, comme ils se traitaient mutuellement eux-mêmes. Elle fut

heureuse et les suivit docilement, cachant avec sa sournoiserie habituelle le plaisir que lui causait cette escapade. Ils s'arrêtèrent au Pavillon chinois, le jeune homme s'assit entre les femmes. Encouragé par la présence d'une étrangère, d'une femme, il se montra brillant, eut des saillies vives, quelquefois un peu osées, qui ancrèrent dan3 l'esprit de Marceline l'idée qu'il possédait l'art précieux de l'amour. Elle l'examina à ia dérobée, osant s'arrêter sur un point qui l'intéressait particulièrement ; elle osa même, feignant une maladresse, le palper, s'excusant aussitôt avec une feinte confusion.

Aussitôt, elle le désira instinctivement, mais alors ne sut plus se défendre aussi habilement de l'attirance qu'il éveillait en elle. Son regard s'attachait à lui, languide et trouble, avec, au fond des prunelles, une flamme nouvelle. Elle était absente,

regardait, ne voyait pas... Maurice la prenait... la dénudait... toute nue... à ses genoux, il parcourait de baisers fous son corps ému qui se tendait vers la bouche de l'aimé, tandis que ses mains nerveuses emprisonnaient la tête de l'aimée, pour la plaquer contre sa chair brûlante.

Jeanne ne remarqua rien, ayant confiance en son mari, et Maurice fut encore plus aveugle, manquant autant de fatuité que de désirs. Ils restèrent donc camarades jusqu'au bout avec, cependant, un peu plus d'intimité.

Line les quitta tristement et retourna au logis, en proie à une émotion violente. Soudain, elle se disait qu'elle avait manqué sa vie, que son ignorance l'avait empêchée de choisir justement l'homme qui devait être le compagnon de son existence. Bien vite, elle méprisa le mari ; non seu-

lement elle le jugea inférieur à l'autre, mais à tous les hommes en général. Le cœur douloureux, elle se lamenta, se jugeant incomprise auprès d'un époux qui ne savait éveiller en elle le feu de la passion profonde qui la laissait toujours dans l'attente d'un spasme qui ne venait pas.

Dès le soir, elle perdit de son allure craintive et devint subitement hautaine, avec une attitude empreinte d'ironie. Cela déplut à René, qu'elle avait habitué à une sorte de soumission machinale. Toutefois, il ne se plaignit pas, croyant à une mauvaise humeur passagère. Il s'inquiéta cependant, lorsque, certain soir, voulant caresser sa femme, il fut tout étonné de la trouver rebelle, tenant à pleines mains son pyjama ; il voulut insister, avec un rire moqueur, elle le laissa... le bec dans l'eau. En vain, il supplia, commanda, exigea, elle resta insensible...

— Mais pourquoi...

— Pour rien...

La semaine s'écoula ainsi, Line fuyait le logis où elle croyait se déplaire, errant par les rues, les magasins, les salons amis, se répétant inlassablement que son malheur avait atteint son apogée. Les rêves reprirent avec plus d'acuité, elle aspira à des étreintes affolées, elle rêva à toute une gymnastique compliquée, à des caresses bizarres... elle se ga^a d'une littérature pleine de lyrisme qui exaltait encore ses désirs. Et sans cesse, elle pensa à Maurice, elle se vit dans ses bras et se jura que lui, au moins, saurait lui arracher le cri suprême de la passion heureuse. Elle revit Jeanne, qui l'invita pour le samedi suivant. Elle n'eut garde de manquer à ce rendez-vous, y courant, le cœur étreint par une angoisse morbide. Maurice s'étonna

de la continuelle absence de René. Elle la mit sur le compte du travail. Alors, Jeanne les pria à dîner tous les deux pour le lendemain. Elle accepta, préférant encore avoir son mari à côté d'elle, plutôt que de se priver de voir Maurice.

Son exaltation s'accrut cette après-midi, elle étudia le jeune homme, lui découvrit des qualités nouvelles, envia et détesta Jeanne.

La gaieté naïve du couple, qui ne croyait pas au mal, parce qu'il ne le pratiquait pas, augmentait encore leur intimité, qui se doubla d'un laisser-aller charmant. Alors, Marceline eut une idée perverse, elle souhaita que René plut à son amie, afin d'avoir une liberté entière auprès de Maurice. Dès cet instant, elle fut impatiente d'être au lendemain pour entamer ce chassé-croisé.

Elle lisait en cachette des romans très osés, elle n'ignorait pas ce que l'on appelait des parties carrées. Il lui était donc doux de songer à ces horreurs... tous les quatre, nus, dans une chambre... à même le sol... sur un tapis... elle... Maurice. Jeanne... avec son mari... cela serait excitant... cette grosse Jeanne, elle avait des ressources extraordinaires de volupté...

elle ferait quelque chose de son apathique mari, elle le dresserait, le dégauchirait, lui apprendrait des mignardises !

René avait entendu parler de Jeanne par la mère de sa femme, il fut donc mécontent de cette invitation, et reprocha à Line d'avoir renoué des relations avec l'ancienne amie.

Pour toute réponse, elle haussa dédaigneusement les épaules. Son mépris s'accrut, elle le jugea mesquin, n'admet-

tant pas qu'on jugeât les autres par ouïdire.

René s'étonna de cette liberté grandissante que prenait Line et l'attribua avec aigreur à ses visites à Jeanne. Une discussion — la première — surgit entre eux et, au fond de leur cœur, à tous deux, subsista ensuite un peu de rancune et de mauvaise humeur.

Mais, le lendemain, René changea vite d'avis, lui aussi fut aussitôt conquis par le charme franc et désinvolte de Jeanne, lui aussi la compara mentalement à sa compagne et l'avantage ne fut point pour cette dernière.

Ils furent reçus aimablement, avec cette gaieté exubérante que le jeune couple heureux apportait à tout ce qu'il faisait.

N'ayant aucune arrière-pensée, ils s'aban-

donnaient librement à leur plaisir, ne souhaitant pas le mal, se contentant l'un de l'autre. Il n'en était pas de même pour René et Line, tous deux avaient pris lentement l'habitude de l'hypocrisie, n'extériorisant jamais leurs pensées, ils les retournaient inlassablement en eux, créant ainsi des désirs et des aspirations mauvaises.

Lui aussi désira donc Jeanne, mais moins ardemment que Marceline désirait Maurice. ïl souhaitait seulement un divertissement qui eût changé la monotonie de son existence. Il examinait la jolie fille avec insistance, très attiré par un mollet rebondi, il eut même la joie d'apercevoir un peu d'une cuisse nue, ronde, rose, charnue, affriolante. Il n'avait point peur de désunir un ménage, parce qu'il ne croyait plus à l'union dans le mariage ; il se persuadait que ce bonheur serein, étalé par ses nouveaux amis, n'était qu'une façade

derrière laquelle il y avait la même aigreur rageuse que chez lui.

Le repas lut d'une gaieté particulière, et ensuite, tout en prenant le café, René se rapprocha de Jeanne et flirta aimablement. Elle rit, sans craindre le danger, ne doutant point de l'amour unissant l'autre couple.

Line, voyant le succès de sa tentative, s'installa près de Maurice. Jambes croisées, elle le frôla, se pencha, lai laissant apercevoir sa poitrine avec ses seins menus, dont les pointes turgides se gonflaient de désirs. Elle le frôla de si près qu'il la sentait trembler de désirs. Les yeux mi-clos, très près du spasme, elle était émouvante. Il ne resta pas insensible, il flirta, mais avec une légèreté amusée, simplement pour la satisfaction de dire quelques fadaises à une jolie femme en mal d'amour. Mais Marce-

line se prenait à ce jeu, plus naïve encore qu'elle ne voulait l'admettre, elle acceptait pour argent comptant les compliments qu'il lui débitait.

De là à s'affirmer être aimée, il n'y avait qu'un pas, rapidement franchi. Elle ne se retint plus, laissa deviner la passion qui la rongeait. Son regard avait une flamme chaude qui perçait Maurice, et qui, à force, arrivait à mettre en lui un émoi réel. S'il n'avait point de fatuité, il possédait assez de clairvoyance pour comprendre la mimique hardie de sa voisine.

Si un homme se persuade d'être désiré par une femme, il ne tarde pas à la désirer ardemment à son tour. C'est un fait presque mécanique qui se produit à peu près toujours. Il résulta donc de tout cela que Maurice n'attendit plus qu'une occasion de gagner son premier chevron dans

la carrière de Don Juan. Lorsque les invités se retirèrent, il était absolument en effervescence, sa poignée de main à Line fut plus vigoureuse que de coutume, avec quelque chose de mystérieux qui indiquait qu'ils s'étaient compris.

Marceline revint donc au logis, radieuse, certaine de toucher au bonheur. Vis-àvis de son mari, elle continua de se montrer hautaine et méprisante.

René fut vexé et jura de se venger, quand ce ne serait que pour montrer à sa femme à quelle valeur l'estimaient les autres. Il ne la méprisa point, parce que ce n'est pas là, d'ordinaire, le sentiment de l'homme, mais il la considéra avec moins d'attachement, la jugeant encombrante et inutile.

La scission entre eux s'accentuait, cha-

que jour apportait un peu plus de mauvaise humeur de part et d'autre. Au lit. le drame devenait poignant, Line s'éloignait, le repoussant lorsque de ses mains désireuses il cherchait à l'émouvoir. Il questionnait toujours, haletant :

— Dis, Line, je veux... laisse... voyons. Muette, elle le repoussait, les cuisses

serées.

— Mais enfin, c'est mon droit... tu ne peux refuser...

Elle riait, mauvaise :

— Et si je ne veux pas...

Il luttait, voulant prouver sa force, sa supériorité. Elle se défendait, le griffait, il arrachait, déchirait le pyjama, et comme un fauve dans la jungle, maîtrisait la femelle qui, les dents serrées, luttait, et n'était vaincue que par la force, laissant Te mâle se débrouiller tout seul.

Marceline avait dit qu'elle reviendrait le jeudi. Maurice s'arrangea pour être là et le trio sortit encore. La température était froide mais sèche, une promenade au Bois les tenta, et ils partirent joyeusement.

Jeanne n'avait aucun soupçon, n'ayant jamais eu l'idée que son mari pût tromper sa femme six mois après son mariage, Du reste, la jeune femme lui répétait, en toute

occasion, que son bonheur était entier, sans limites, vantant René par besoin de prouver à l'autre que sa situation n'était point unique.

Mais Maurice et Line, pendant cette promenade, échangèrent de nombreux regards qui valaient plus qu'une déclaration. Le jeune homme se sentait envahi par un fat orgueil. Il souhaitait de posséder l'amie, simplement pour s'affirmer sa supériorité sur un rival, cela nattait sa vanité.

Il n'en était pas de même pour la malheureuse, étreinte par une passion morbide. Elle se répétait qu'elle ne connaissait rien de l'amour et que Maurice serait l'éducateur. Elle serait une élève soumise, prête à toutes les complaisances. Il commanderait, elle obéirait... il pourrait tout se permettre, elle lui ferait le don de son

corps, de son âme... elle serait sa servante, accroupie à ses pieds... Ah ! elle aussi, elle lui donnerait du bonheur, il se tordrait dans des caresses infernales... et lui, lui apprendrait tout ce qu'elle ignorait et tout ce qu'elle supposait.

Près de lui, nulle pudeur ! Elle vibrerait hardiment comme elle l'avait rêvé, jadis, durant sa jeunesse solitaire et craintive.

A un détour d'une allée, Jeanne s'étant attardée en arrière, ils se trouvèrent seuls une demi-minute. Malgré le froid, elle portait un corsage très décolleté, tout bas, à l'oreille, il lui dit :

— Penchez-vous, devant moi, comme pour ramasser quelque chose !

Les yeux troubles, elle obéit. Il se pen-

cha sur elle et tout aussitôt se relevèrent, tandis qu'il lui murmurait :

— J 'ai vu vos seins, vos seins avec leurs bouts tout raides, tout roses... je voudrais les baisers... les mordre ï...

Elle faillit se trouver mal, tout le corps haletant de désirs fous,.. Ah î mépriseï' les conventions, se donner à lui, là, tout de suite, sur le sol durci... le laisser la culbuter, fourrager dans ses vêtements, être nue devant lui, et bientôt se tordre de bonheur !

Elle se ressaisit, frissonna de plaisir, ses paupières se levèrent et franchement elle fixa le jeune homme, oubliant pour cette fois sa sournoiserie habituelle. Ils eurent un serrement de mains furtif et Jeanne les rejoignit.

ïl était trop tard, le pacte entre eux était conclu. Maurice escomptait bientôt une victoire facile, victoire, pensait-il, qui n'aurait point de suite, passade amoureuse et joyeuse... un peu de changement, ce qui ne l'empêcherait pas d'aimer Jeanne.

Se refuser lui semblait ridicule. Joseph n'a laissé à la postérité qu'un nom sujet à moqueries. Et puis, Marceline s'était ingénument jetée à sa tête, pouvait-il la repousser sans faire preuve de cruauté et d'égoïsme. Le principal c'était d'être prudent. Jeanne ne le saurait pas et cette petite serait heureuse, grâce à lui.

Ce René devait être un benêt, un impuissant, peut-être ? Elle avait besoin de caresses, cette belle petite, il lui en donnerait. Il en ferait une amoureuse ardente, il éveillerait ses sens rebelles, il la ferait se tordre sous lui de bonheur... elle serait

une maîtresse idéale, douce, aimante et si reconnaissante du bonheur qu'il lui dispenserait.

Line, elle, rentra ce soir-là au logis complètement affolée. Elle s'enferma dans sa chambre et, là, en face d'elle-même, supputa les délices que lui procureraient ce premier amour. Elle se répétait, en effet, qu'elle aimait sincèrement, profondément, et ne doutait point que ce sentiment fut partagé. Sa coquetterie instinctive l'empêchait de se juger inférieure à Jeanne et elle croyait que son ignorance amoureuse était un charme de plus pour Maurice.

Elle voulut contempler son corps, son corps presque vierge. A la hâte, elle enleva sa petite robe, aspirant avec délices l'odeur capiteuse de sa chair jeune et saine. Elle frôlait son ventre ferme, s'attardait, caressait sa croupe nerveuse, prenait à pleine

main son sein d'un modèle si pur, s'amusait à en serrer ia pointe et s'amusait à le voir devenir turgide.

Face à la glace, elle s'examinait ; le buste était pariait, la taille souple, la croupe fine mais rebondie, les cuisses étaient rondes et si mobiles. Elle s'amuse à faire des cabrioles, prenant les postures les plus audacieuses, nue, accroupie sur le tapis... Elle ferme les yeux, allongée, tous les membres raidis par l'angoisse voluptueuse qu'elle attendait, tandis qu'elle voyait se pencher vers elle, la prendre dans ses bras, lui baiser farouchement les lèvres... Maurice... Maurice, son bel amant.

A table, elle fut absolument insupportable.Tout ce que faisait le mari lui semblait bête, maladroit ou dépourvu de raffinement. Elle le considéra comme un butor sans délicatesse qui, dans l'intimité, ne conservait plus aucune retenue. Elle le comparait à Maurice qu'elle ne voyait que durant deux heures, c'est-à-dire lorsque ses défauts véritables étaient cachés par la nécessité du dehors. Pendant le temps qu'ils étaient ensemble, le jeune homme, naturellement, se tenait dans une stricte politesse, y ajoutant une galanterie aimable. Mais cette attitude de circonstance, il aurait été incapable de la soutenir un jour entier.

Tout cela, Line ne le percevait point, n'ayant, dans sa jeunesse, jamais pris l'habitude de réfléchir pour elle-même. La discipline familiale l'avait pliée à une règle établie, ne lui laissant que l'imagina-

tion pour s'en évader secrètement. En outre, le premier homme qu'elle avait intimement connu c'était son mari ; auparavant, aucune relation masculine suivie ne lui avait permis de faire de différence entre plusieurs individus. Et, maintenant, la demi-liberté que lui donnait le mariage lui découvrait des horizons nouveaux.

N'ayant point choisi l'époux elle-même, elle ne pouvait s'adresser des reproches. Au contraire, elle s'en prenait au hasard, à la chance, et, comme elle aspirait à sa part de bonheur, elle tentait de corriger

cette malchance par des à-côtés dont elle méprisait négligemment la déloyauté et la malhonnêteté. Aux époques précédentes, la religion aurait été un frein, mais actuellement, avec l'éducation matérialiste, quoique sévère, elle ne trouvait devant elle que sa conscience, et cette conscience lui donnait raison, justement parce qu'elle s'était mariée sur l'avis des autres.

De son côté, René la trouva encore plus acariâtre que de coutume et souhaita plus énergiquement la tromper, considérant ce geste comme une juste punition. Après dîner, il sortit, la laissant seule à la maison. Elle en fut heureuse, ayant ainsi du temps pour rêver. De nouveau, elle s'enferma dans sa chambre et pensa à Maurice. De son pyjama, elle ne conserva que la petite veste, largement ouverte et qui ne voilait rien de son corps énervé, de ce

corps qu'elle caressait, lorsque le rêve devenait plus précis, d'un geste saccadé et convulsif . Cuisses serrées, blottie dans une énorme bergère, une à une elle compta toutes les qualités de l'amant futur, notant au passage tous les défauts du mari. Et, surtout, elle songea mystérieusement, avec une sorte de honte ingénue, aux plaisirs tour à tour délicats et pervers que lui procurerait cet amant savant.

Quand René rentra et qu'il voulut la prendre dans ses bras comme d'ordinaire, elle le repoussa presque brutalement.

Qu'avait-elle besoin de ses baisers maintenant qu'un avenir riant et tout fleuri de perversité s'ouvrait devant elle ? Car c'était surtout la perversité qui l'attirait, son imagination avait lentement athrophié en elle toute moralité, le geste normal lui semblait manquer de saveur, s'il n'était entouré de détails extraordinaires, tour à

tour, elle serait son esclave, il serait le maître auprès duquel elle viendrait se prosterner, baisant ses pieds... il la relèverait, la prendrait dans ses bras... elle serait l'élue, la sultane... la maîtresse du dieu... dans ses bras elle serait heureuse... maîtresse soumise, humble, qu'il corrigerait si elle le méritait... elle était prête à accepter les pires punitions, ses coups, pour elle, seraient de douces caresses. Puis, à son tour, il serait son esclave soumis... elle commanderait, il obéirait, esclave de son corps, de ses caprices.

L'esprit dépassait la matière, ses besoins étaient cérébraux plus que physiques, à cause de la solitude dans laquelle si longtemps elle avait vécu. Déjà, elle se figurait ïe premier rendez-vous comme dans les romans qu'elle avait lus. L'adultère lui paraissait un incident marital, quelque chose comme un condiment nécessaire.

La cause primordiale de cette sorte d'amoralité était que jamais encore elle n'avait aimé et, naïvement, elle prenait cette exaltation des sens pour une affection profonde et réelle. Or, l'amour, à son idée, excusait tout, c'était le grand moteur de l'humanité, devant lequel il fallait plier si l'on ne voulait être brisé. Et maintenant, mieux instruite qu'au moment des fiançailles, elle reconnaissait que jamais elle n'avait eu pour René ce sentiment tendre, surtout lorsqu'elle s'arrêtait à l'attirance qui la poussait vers Maurice.

Chez Jeanne, la vie continuait paisible et régulière. En réalité, Maurice pensait peu à Marceline, se trouvant heureux et satisfait auprès de sa femme qui, tous les matins, après une nuit très active, le laissait sans désirs et les jambes un peu molles.

En réalité, il ne désirait pas Line, et s'il répondait à ses avances c'était plutôt par orgueil.

Jeanne, de son côté, n'avait rien remar- €|ué, son amie ayant assez d'hypocrisie pour se cacher d'elle, elle avait l'habitude de dérober ses pensées les plus secrètes à sa mère, il ne lui était donc guère difficile de tromper une étrangère prévenue à l'avance en sa faveur.

Cependant, Line retourna la voir et s'arrangea de façon à rencontrer Maurice. Puis, un dimanche, elle les invita à son tour. La semaine entière elle fut nerveuse, à la seule pensée de cette longue aprèsmidi à passer auprès de celui dont elle avait fait son idole. Rien de définitif n'avait été échangé entre eux... pas de précisions, de rendez-vous fixe, rien de pratique en somme... ce qui n'empêchait pas la jeune femme d'avoir la chair en émoi.

Le grand jour arriva enfin. Le matin, elle fut debout à la première heure, afin

de surveiller les domestiques dans leurs préparatifs. Elle voulait que cette petite fête fut d'une intimité élégante et chaude. Son mari la plaisanta sur ses soucis de maîtresse de maison. Elle haussa dédaigneusement les épaules et le jugea honteusement prosaïque. Ses efforts, croyait-elle, avaient une raison plus haute, un but plus tendre.

C'était tout son amour exalté qu'elle voulait faire percevoir à l'ami, à travers les mille attentions charmantes qu'elle préparait. En vérités il ne verrait rien de tout cela parce que l'homme rarement est touché par ces moyens détournés, sa psychologie reste toujours plus superficielle, plus physique, si l'on peut dire. Mais elle n'avait jamais pu étudier l'homme et lui croyait de ces attendrissements puérils auxquels sa féminité s'arrêtait doucement.

Maurice et Jeanne se présentèrent joyeux comme de coutume, avec, épandue sur toute leur personne, cette nonchalance rieuse, fruit de leur bonne entente et de la sécurité de leur existence.

René fut heureux de les voir et trouva la jeune femme plus jolie encore, la comparant mentalement à la compagne dont le caractère s'aigrissait chaque jour davantage.

Marceline eut avec Maurice un serrement de mains prolongé qui fit battre follement son pauvre cœur malade, et elle ne douta plus d'être aimée parce qu'elle le souhaitait.

Le déjeuner fut gai grâce à l'entrain de Jeanne ; les deux hommes y répondirent aisément, mais Line conservait une attitude soucieuse, ayant au fond d'elle-

même une angoisse étrange faite d'espérance et de crainte. Elle se disait que cette journée ne se terminerait point sans apporter une décision définitive et l'idée de la faute commençait à la troubler.

Au salon, après le café, Jeanne s'installa au piano, et René, galant, se précipita auprès d'elle pour lui tourner les pages d'une partition qu'elle connaissait par cœur. Maurice n'avait aucune jalousie, possédant en sa femme une confiance tranquille qui chassait de son esprit même la pensée de la chute possible. En revanche, il était content d'être débarrassé de la présence du mari, afin de pouvoir à son aise flirter en compagnie de Line. Il ne souhaitait rien d'autre que ce flirt aimable et amusant, mais Marceline avait de plus douces espérances. La passion la tenaillait, son imagination n'ayant jamais connu de frein exaltait ce désir physique et trouble qui s'enfonçait en elle lentement.

Auprès du jeune homme, elle fut timide comme une vierge, elle eut des rougeurs subites, parce que dans son esprit passaient des suppositions scabreuses. H fut étonné de cette attitude et, désireux de la tranquilliser, se fit plus doux, plus tendre, Il obtint ainsi le résultat contraire, elle vit dans cette manière d'agir une preuve indubitable d'amour et, ne sachant encore rien de la vie, s'abandonna brusquement à l'affolement de sa passion. Ne voyant plus rien que l'aimé, elle se laissa aller contre lui, sa joue toucha son épaule et le sourire de ses lèvres rouges était, à lui seul, une offre de son corps. Mis ainsi au pied du mur, il n'osa plus reculer, quoi qu'il reconnût soudain ne pas énormément désirer la jeune femme. Mais il devait à sa qualité de mâle de répondre à ses avances impératives. ïl prit la main de Line et la Dressa amoureusement. Ils se

rapprochèrent, prêts l'un et l'autre aux défaillances suprêmes.

Jeanne plaqua quelques accords et cessa de jouer. Elle avait vu le geste, et un sourire moqueur avait glissé sur ses lèvres. Pourtant, elle se refusa à s'attarder longtemps chez l'amie perfide, et bientôt elle trouva un prétexte pour entraîner Maurice.

Seule, Marceline se sentit folle d'une joie désordonnée, elle se jurait qu'elle aimait et qu'elle était aimée. Elle ne remarqua pas qu'il n'y avait en elle aucune impatience, et son cœur, malgré son exaltation, se contentait de ce demi-bonheur.

Dehors, Jeanne ne fit à son mari aucune scène. Elle lui dit seulement qu'elle avait surpris le rapprochement languide qui

indiquait assez le genre de leurs sentiments.

Franchement, elle demanda :

— Où veux-tu en venir ? Ne vois-tu pas que c'est une petite bécasse qui se lance les yeux fermés dans la première intrigue qui se présente. Ne te rends-tu pas compte que tu brises son ménage et sans doute aussi le nôtre, parce qu'il y aura quelque chose de changé entre nous ?

Il haussa les épaules :

— Que faire ? Je ne puis pourtant jouer le rôle d'un Joseph pudibond ?

Elle éclata de rire :

— O vanité masculine ! Laisse-moi agir et ton orgueil sera sauf.

Le lendemain, Line, effondrée dans un fauteuil, lisait le billet suivant :

Ma pauvre chérie,

Tu es certainement une petite bête et je te vois courir gaiement à ta perte, je préfère cependant que tu exerces tes talents de séduction auprès d'un autre que mon mari. Tu ne t'étonneras donc pas de ne plus nous revoir. Inutile d'ajouter que j'ai surpris hier ton manège vis-à-vis de Maurice. Crois-moi, le plus paisible des époux vaut mieux que l'amant le plus troublant.

A toi quand même,

Jeanne.

Line, furieuse, froissa le papier et le jeta loin d'elle. Son beau rêve soudain venait de se briser, comme tous les beaux rêves, du reste.

Line fut atterrée par ce coup du sort et, durant quelques jours, resta chez elle prostrée, sans courage, se répétant que son cœur était mortellement déchiré. Pourtant, elle s'étonnait de ne point souffrir davantage et se taxait intimement d'insensibilité. Tout d'abord, elle avait espéré que Maurice se révolterait contre cette tyrannie de sa femme et qu'il reviendrait la chercher, pour lui faire goûter les suprê-

mes extases. Rien de tout cela ne se passa. Le jeune homme demeura invisible, préférant la paix du foyer aux bouleversements inutile d'un adultère. L'homme est naturellement paresseux, il ne recherche pas l'effort, pour le simple plaisir de se mouvoir, il lui faut un moteur qui, le plus souvent, sera l'orgueil, rarement l'amour. Or, la vanité de Maurice était satisfaite, il avait échappé au surcroît de besogne que lui aurait procuré une maîtresse, sans qu'il lui en coûtât un geste. De cela, il était vraiment reconnaissant à Jeanne et l'en admirait un peu plus.

Mais Line ne se trouvait point dans un état d'esprit identique. Outre que ses illusions s'étaient piteusement envolées, sa coquetterie était blessée. Elle se demandait ce qui manquait en elle et qui, chez les autres, attachait les hommes. Ainsi, elle vécut une période de mélancolie et de découragement, 8'affirmant chaque jour que

son infériorité sur la généralité de ses sœurs était certaine. Dans tous les romans qu'elle dévorait hâtivement maintenant, elle voyait toujours une femme amoureuse et un mâle éperdu. Elle ne remarquait point les circonstances qui expliquaient l'exaltation de ces passions, le fait brutal la frappait seul. Elle ne pouvait donc sortir de ce dilemme : ou toute la littérature n'était que mensonge, ou bien, conformée autrement que les autres, elle n'éveillait pas chez l'homme cet amour extraordinaire qu'elle attendait toujours. De nouveau, elle se replia sur elle-même, comme jadis au foyer maternel, et son imagination devint tout elle-même, ne laissant rien à la logique ou au sentiment. Vaguement, elle attribuait aussi son échec à René et le détesta un peu plus, tout en le méprisant secrètement parce qu'il n'avait pas su créer en elle cette passion exorbitante qu'elle appelait l'amour.

Après ce premier abattement, il y eut évidemment une réaction violente. Avec colère, elle se révolta contre la destinée qui l'avait faite malheureuse, le cœur vide et les sens inassouvis. De même, elle ne voulut pas admetre que, contrairement à toutes les femmes, elle ne put s'attacher à un amant. Ce lui devenait une idée lancinante et, pour s'apaiser, elle devait arriver à se prouver le contraire. Une première fois, elle avait cru aimer, maintenant elle n'aspirait plus qu'à être aimée, sans rien donner d'elle-même. Ce n'était plus qu'une satisfaction d'orgueil qu'elle cherchait et non un apaisement à ce qu'elle appelait avec lyrisme son isolement sentimental.

Chaque jour, la présence de René lui était plus pesante, mais elle savait cacher son ennui sous un visage riant et des attitudes doucereuses. Elle agissait ainsi,

instinctivement, pour endormir la méfiance du mari, parce que fermement elle avait l'intention de sortir du droit chemin. L'occasion ne se présentait pas, mais dans sa famille, courbée sous la discipline sévère, elle avait appris la patience. Sa conduite ne fut plus qu'une perpétuelle hypocrisie avec, parfois, de vagues sursauts de crainte.

Autour d'elle, avec rouerie, elle étudiait les hommes, les scrutait, acquérant peu à peu une véritable science divinatoire. Parmi tous ceux qu'elle rencontrait cependant, elle ne parvenait pas à faire son choix, aucun ne la serrant d'assez près pour l'encourager. A son apparence paisible, on s'affirmait que la lune de miel éclairait toujours l'union du jeune ménage et personne ne se hasardait à entamer un flirt inutile. En outre, tous ceux qui étaient mariés lui déplaisaient incon-

sciemment, ils avaient en eux quelque chose de satisfait, de repu qui l'éloignait. Elle n'espérait point trouver là la grande passion à laquelle, sans relâche, elle rêvait.

Comme elle s'isolait volontairement, n'ayant plus vis-à-vis de l'époux la demiconfiance du début, sa mélancolie s'accrut, se transformant en une sorte d'hypocondrie rageuse. Elle en voulait à l'humanité tout entière de son prurit sentimental et de son exaspération amoureuse.

Puis, un matin, elle se résolut. Après réflexion, elle s'était affirmé que, seul, un célibataire, débarrassé de toute entrave, lui procurerait le bonheur complet.

Dès l'après-midi, dans un salon ami, elle manœuvra de façon à se rapprocher d'un jeune homme qui, depuis longtemps, attirait son attention. Il avait le même âge

qu'elle et partant un peu plus d'illusion. Elle flirta audacieusement et, à cette première tentative, réussit à le quitter brusquement, le laissant sous le charme de sa beauté gracile et de ses minauderies perverses.

Il vint la voir et el^e le reçut dans la solitude de son boudoir comme un vieil ami.

Leur conversation cependant fut paisible, une crainte vague la retenait et, seule en face de cet homme, elle perdait de sa belle assurance. Lui, la désira, comme on désire instinctivement toutes les femmes que l'on rencontre lorsqu'on a vingt-cinq ans. Il voyait en elle une agréable maîtresse susceptible d'égayer ses après-midi désœuvrés. Toutefois, il ne s'avança point, ignorant encore si la place serait aisée à prendre.

Lorsqu'il s'éloigna, Line éprouva un serrement de cœur, il lui semblait qu'elle avait manqué une occasion fugitive et se reprochait son manque d'audace. Pourtant, à l'idée de s'offrir ainsi brutalement, son orgueil se révoltait, mais, en même temps, son impatience de goûter à un bonheur qu'elle supposait merveilleux lui rongeait le cœur.

A la troisième entrevue, elle employa la méthode classique et, à mots couverts, se plaignit de son époux. André s'étonna, le ménage paraissant au dehors tellement uni. Il se fit plus tendre, plus pressant. Les confidences devinrent plus nettes et ils se séparèrent avec un serrement de mains attristé, et Line avec des larmes au bord des cils.

Une fois seul, le jeune homme eut une minute de gaieté railleuse.

Cette petite femme était malheureuse, il ne demandait certes pas mieux que d'être son consolateur. Dès lors, ce fut rouerie contre rouerie, les deux adversaires se confrontèrent avec la même intention, sans vouloir la laisser transparaître. Mais il n'v avait entre eux aucun sentiment tendre.

Lorsque Marceline se crut aimée, sa vanité fut tranquillisée et elle désira moins le jeune homme, jugeant ne pas éprouver à son égard l'affolement bienheureux. Elle se montra donc plus froide vis-à-vis de lui, espérant toujours qu'un hasard se présenterait lui évitant de se donner à celui-là. Cette résistance l'énerva, l'impossibilité de posséder la femme le convainquit bien vite qu'il aimait et il commença à souffrir.

A chacune de ces visites, il avait un

visage plus attristé, une mine plus suppliante. Il lui parlait tout bas, avec de grandes phrases lyriques qui, peu à peu, glissaient dans Pâme ingénue de Line l'illusion de la passion. Elle en eut pitié, ne se dit plus qu'il éprouvait pour elle une affection tendre, mais une véritable adoration. Comme elle avait été torturée par la solitude, elle le voyait subissant les mêmes tourments et elle en ressentit un plaisir sadique.

Et, brusquement, un matin, en pensant à André, elle se figura que dans ses bras elle goûterait aux joies délicates de la volupté, parce qu'il serait pour elle l'esclave charmant et doux, se pliant à ses mille volontés. Aussitôt, sa décision fut prise, elle se donnerait, non plus dans le feu de la passion, mais par simple curiosité, pour connaître ce que toujours on lui avait caché. Son ignorance lui assurait

qu'il y avait plusieurs sortes de sensations, et celles obtenues avec le mari ne devaient être que le fruit d'un enlacement banal. Or, elle aspirait à de l'extraordinaire, que son imagination lui faisait sans cesse entrevoir. L'amour s'ornait de multiples condiments, de préparatifs étranges et de décors bizarres. Elle ne supposait point que la faculté de sentir fût unique, quel que fût le compagnon. Elle s'attendait à des pâmoisons quasi douloureuses sous l'étreinte du plaisir.

Ce que lui avait donné son mari n'était que la portion congrue destinée à la femme honnête, elle voulait mieux parce qu'elle supposait qu'il y avait autre chose.

I/après-midi, elle rencontra André. Il fut tendre, amoureux, prometteur, comme de coutume. Alors, en rougissant, elle parut fléchir et accepta un rendez-vous

pour le jour suivant. Et, à ce rendez-vous, elle courut, affolée de curiosité, prévoyant des distractions perverses, des étreintes tumultueuses.

Le jeune homme la reçut dans une garçonnière classique, égayée de fleurs en son honneur. Elle tremblait auprès de lui et lui se sentait ému, craignant de se montrer maladroit. Il manquait de Pemballement causé par l'amour, et ses gestes étaient indécis.

Il s'y prit comme le mari le soir des noces et, à Line, il parut suprêmement ridicule. Elle rit de le voir si gauche, si hésitant, quand elle s'attendait à une prise de possession enflammée. Et quand elle se retira, un doute était dans son cœur. Elle se demandait si vraiment les hommes différaient entre eux, ou si, au contraire, dans l'intimité, ils étaient tous semblables.

Elle se figura André, comme René, en pantoufles, fumant sa pipe et lisant son journal. Elle se moqua de lui et le méprisa autant que le mari. Pas une minute, il ne lui vint à l'idée que, pour que l'union fut complète il fallait le lien mystérieux et impalpable de l'amour.

Parce que cinq minutes elle avait désiré André et que celui-ci eût manifesté une certaine exaltation auprès d'elle, sans hésitation elle s'était persuadée qu'ils étaient faits l'un pour l'autre. Or, nul sentiment véritable ne les rapprochait, seulement un peu d'orgueil chez le mâle, fierté de posséder une femme nouvelle et curiosité morbide chez elle. De cela il ne pouvait résulter qu'une action basse, répugnante en elle-même, nullement sanctifiée par l'affection réciproque. Ainsi ignorante, elle errait à travers ce dédale, allant de la sensualité à la sentimentalité, sans

parvenir à savoir ce qu'elle souhaitait. En réalité, elle n'était qu'une pauvre désorbitée, mariée sans amour au premier venu, de par la volonté de parents égoïstes. A son besoin de dévouement et d'attachement, instinctif chez toute femme, il manquait un objet palpable. Peut-être un enfant l'aurait retenue au foyer, lui procurant le moyen d'employer la tendresse latente en elle. Mais cette satisfaction même lui était refusée, et elle restait seule en face de son imagination toujours en travail et qui lui offrait le tabeau riant du bonheur sous des apparences sans cesse différentes.

Cependant, elle n'en continua pas moins à retourner aux rendez-vous, parce que sa sournoiserie et sa faiblesse se plaisaient à cette tromperie qui bafouait l'époux. Elle y trouvait en même temps une distraction morbide où la peur se mêlait à la sensualité.

Evidemment, des baisers de l'amant, elle retirait un plaisir réel, mais non point celui si longtemps espéré. Cet adultère devenait une partie de sa vie et elle ne se le reprochait point, n'ayant pour René aucun attachement sincère.

Mais, en même temps, elle cherchait autre chose, nullement satisfaite par ce pis-aller. Elle rêvait toujours de la passion ardente, parce qu'à son cœur manquait encore une affection vraie. Pourtant, elle ne savait plus exactement ce que serait cette passion, elle devinait plutôt instinctivement que son existence de femme restait incomplète. Parfois, elle se disait qu'ayant un mari et un amant elle devrait se montrer satisfaite, mais bien vite elle riait à cette supposition. Cela n'était point encore le bonheur, un peu de néant subsistait en elle.

Les jours n'avaient rien perdu de leur

monotonie, les quelques heures passées auprès d'André ressemblaient étrangement aux heures occupées à des visites banales.

Et elle continuait à errer solitaire parmi la foule des indifférents, sans rencontrer un être cher qui se fût penché sur sa misère. Néanmoins, elle ne comprenait pas que cette détresse venait d'un début malheureux, sinon elle aurait peut-être rompu le lien l'unissant à René, pour recommencer une nouvelle vie où, librement, elle aurait choisi le compagnon. Autour d'elle, ses amies s'étaient mariées sous la pression des parents pratiques et toutes cachaient sous la même sournoiserie leur découragement et leur ennui. Personne ne pouvait l'avertir, seule Jeanne l'aurait éclairée si elle avait eu un peu plus de franchise, mais jamais elle n'avait osé avouer que nul sentiment ne l'avait

jetée dans les bras de l'époux. La raison froide avait présidé à cette union, mais la raison ne suffit pas toujours à procurer le bonheur.

Et si., le jour de son mariage. René était pour elle un étranger, avec la cohabitation prolongée il devenait un maître. Or, jamais on n'aime un maître, on éprouve à son égard de la crainte, voire du respect, mais aucune tendresse candide. On ne chérit que le compagnon, l'égal qui partage les joies comme les soucis.

C'était imparfaitement qu'elle sentait tout cela, son intuition féminine l'instruisait et, l'expérience aidant, elle devait un jour reconnaître son erreur. En attendant, elle souffrait de son ignorance, percevant qu'il lui manquait la clef d'un mystère seulement soupçonné. De cette constatation, elle ne retirait que mépris et haine

pour René, qui, sans le savoir, l'enchaînait à sa misère.

Le divorce ne lui semblait même pas une solution parce que, malgré tout, maintenant, elle craignait la solitude. Elle se consolait donc en retrouvant André le plus souvent possible, lequel, s'il ne lui apportait pas la félicité rêvée, lui en donnait au moins l'illusion. Elle lui était reconnaissante de sa douceur, de ses multiples attentions, de ses câlineries juvéniles. C'était là un semblant d'amour qui trompait sa faim de tendresse. Bientôt, elle ne se trouva bien que chez lui et elle rentrait au logis plus mélancolique que jamais, supportant avec une difficulté grandissante le joug trop lourd du mariage.

D lui paraissait qu'auprès d'André l'existence aurait été tout de même moins morose, elle ne se disait plus que dans

l'intimité les deux hommes devaient être absolument semblables, avec leurs qualités et leurs défauts.

Peu à peu, son attachement pour André se précisa, elle ne l'aima point, mais néanmoins reconnut que s'il venait à disparaître de sa vie un nouveau vide se creuserait en elle. Alors, elle eut brusquement peur de le perdre, elle l'entoura de soins attentifs, s'ingéniant à lui être agréable.

Ce lui fut un dérivatif à la pensée lancinante de sa solitude morale, elle trouva là un but à son besoin d'activité. La nécessité de conserver l'amant la fit rapprocher les rendez-vous, elle en arriva à voir le jeune homme chaque jour, passant de longues heures auprès de lui.

La peur qu'il se lassât de caresses toujours les mêmes et qu'ainsi elle se retrou-

vât seule, s'accrut en elle. Insensiblement, elle se fit imprudente, négligeant les précautions du début, pour retourner plus souvent chez l'amant. Et, un soir, on l'aperçut sortant de chez André.

Parmi ses relations, la nouvelle courut comme sait courir une médisance. On glosa,von plaisanta le mari endormi dans une confiance aveugle, avec la certitude d'avoir épousé une demoiselle bien élevée. On épia la coupable, on la vit se rendre à la garçonnière du jeune homme avec une inlassable régularité. Dès lors, pour tous, elle devint la femme facile, celle que l'on pouvait prendre, parce que la première chute l'entraînerait à d'antres inévitables.

Brusquement, elle se vit l'objet d'une popularité sournoise ; autour de sa mignonne personne gravita un essaim de

mâles, célibataires et mariés,, à la recherche de sensations neuves. Avec des sousentendus malicieux, on lui glissa dans l'oreille que rien de sa conduite était ignoré.

Elle finit par se convaincre et s'effraya un peu. Mais cette crainte s'évanouit bien vite devant la tranquillité du mari. Alors elle n'eut plus peur, éprouvant plutôt une sorte d'orgueil que l'on connût son adultère, parce qu'il affirmait au dehors la valeur de ses charmes.

Naturellement, elle en méprisa davantage René, parce que sa clairvoyance restait toujours endormie.

Par hasard, elle revit Maurice et Jeanne. Cette dernière, ayant eu vent de sa légèreté^ fut un peu froide, mais le mari, par contre, fut entraîné par la même attirance

que les autres. Maintenant, il regrettait sa paresse première qui lui avait fait négliger cette occasion ; en même temps, il ne désespéra point de la retrouver un jour prochain.

Auprès de lui, elle fut coquette, comme pour mieux accentuer en lui le regret qu'elle devinait. En outre, la curiosité la poussait, toujours vers Maurice qui possédait le don merveilleux et caché de rendre sa femme heureuse.

Si Jeanne se refusait à reprendre les relations anciennes, son mari, nullement d'un avis identique, s'ingénia à revoir la jeune femme, augmentant ainsi d'une unité le nombre de ses soupirants.

Pourtant, elle ne lui fit plus aucune avance, attendant sans impatience que son désir le jeta dans ses bras. Elle savait

cependant qu'à ce moment elle ne le repousserait point.

Mais André commençait à se lasser d'une liaison qui ne brillait plus que par une extrême banalité. L'orgueil et la vanité l'avaient conduit à cette conquête, la possession obtenue, le but était atteint et la prolongation devenait inutile. Toutefois, il n'osait brusquer les choses, souhaitant seulement intérieurement de passer la main.

Line sentit cette défaillance, son intuition féminine la prévint qu'il ne suffisait que d'un faible éclat pour que tout fût rompu entre eux. Comme elle craignait de retomber dans sa solitude ancienne et que son mépris pour l'époux s'accentuait de jour en jour, elle songea à trouver à André un successeur sortable. Nul mieux que Maurice ne présentait toutes les qualités

requises et, quoi qu'il lui en coûtât de faire les premières tentatives, elle s'y résolut enfin. Néanmoins, elle se refusa à mener l'affaire à la hussarde ; elle se persuadait toujours qu'il y avait au fond de son cœur un grand amour pour le jeune homme. Elle rêva donc d'une cour poétique, durant laquelle ils iraient par les chemins solitaires du Bois, goûter aux douceurs des flirts platoniques en attendant le suprême abandon. Et, une après-midi, au lieu de rejoindre André, elle fixa un rendez-vous à Maurice.

Celui-ci se trouvait dans un état d'esprit complètement différent, il prétendait, à l'encontre de Line, conduire les choses rondement. Il fut au rendez- vous, tout plein d'une ardeur juvénile. Sa vanité était flattée de cette ténacité de la part de la jeune femme et il se disait uniment qu'il la posséderait histoire de s'amuser et

ce serait tout. II la croyait perverse quand elle n'était qu'ignorante et assoiffée d'inconnu. A son grand c-tonnement, elle fut rétive, répondit ruai à ses audaces, et il rentra chez lui d'assez mauvaise humeur.

Jeanne, frappée de son allure songeuse, l'étudia et, gaillarde comme elle était toujours, le plaisanta crûment en bon camarade, essayant de le confesser.

Machinalement, emporté par sa confiance ordinaire, il parla de Marceline, sans évidemment rien préciser.

C'en fut assez cependant peur Jeanne, trop intelligente pour ne comprendre à demi-mot. Elle vit toute l'intrigue qui se machinait contre son bonheur et supposa à son amie un secret désir de vengeance.

Tout d'abord, elle eut l'intention de s

laisser aller les choses à leur cours régulier, bien certaine que son mari lui reviendrait. Mais elle eut peur pour lui, prévit des chagrins et des blessures à son orgueil. Elle décida donc sur-le-champ de lutter contre la rivale, n'usant dans ce but que d'armes franches.

Son plan était des plus simples. Dès le lendemain, elle courut chez Marceline à l'heure où elle savait la rencontrer, c'està-dire aussitôt après son déjeuner.

Confrontées au salon, les deux amies eurent une minute d'hésitation. Jeanne, crânement, surmonta son embarras et dit froidement qu'elle prétendait défendre son bonheur contre les attaques sournoises d'autrui.

Naturellement, Line feignit de ne rien comprendre, mais, en face des explications

de l'autre, elle fut contrainte d'abandonner son habituelle hypocrisie. Dans ces conditions, il lui était assez difficile d'entrer en lutte ouverte contre la femme légitime. Pourtant, elle eut un sursaut de violence, demandant à Jeanne si elle était bien certaine de procurer à Maurice tout le bonheur.

La discussion s'envenima ; les deux femmes, poussées par une égale passion, en arrivèrent à la véritable dispute, oubliant le « bon ton » dont elles s'étaient fait une ligne de conduite.

Jeanne, la voix aigre, pria Marceline de se contenter de son unique amant, lui reprochant d'être la fable de toutes leurs connaissances.

Par malheur, dans la pièce voisine, René s'était attardé. Retenu par une

vague curiosité, il avait attendu la fin d'une discussion dont les échos arrivaient jusqu'à lui. Des mots lancés sur un timbre élevé le firent sursauter, il s'approcha de la porte et eut bientôt la certitude de son déshonneur. La réalité l^étonna, il ne voulut pas y croire, mais Jeanne avait des explications trop précises pour qu'il pût douter longtemps.

Alors, regrettant la douce quiétude dans laquelle il avait vécu jusque-là, il se reprocha d'avoir écouté. Puis, l'idée que ses amis se moquaient de sa confiance le mit en fureur. Ce qui l'irritait, ce n'était point la tromperie de l'épouse, mais la publicité donnée à cette tromperie. Pourtant, il se dompta jusqu'au départ de Jeanne et alors rejoignit Line.

Aux premiers mots de colère, celle-ci sursauta et, comme il se montrait violent,

elle le nargua, poussée par un désir vague de savoir à quel point atteindrait eette violence.

Ainsi, elle l'admirait pour la première fois de sa vie, tout en ayant sur les lèvres des mots de dédain.

Elle avoua son adultère et l'expliqua par l'abandon moral qui avait été son lot depuis son mariage.

Il ne la comprit pas. même elle l'étonna, n'admettant point qu'elle ne l'aimât pas follement, simplement parce qu'il l'avait possédée vierge et que cette union avait été consentie sous le couvert des formalités légales.

Il oubliait les fiançailles hâtives, le demi-viol d'une créature ignorante, le marchandage honteux de la dot. Il l'avait

prise un peu comme on traite une affaire, la virginité de l'épousée entrant dans le contrat comme une clause tacite. Il se refusait à considérer sa naïveté, son ignorance de la vie, qui l'avait jetée dans ses bras, pliée par la tyrannie des conventions.

Leur discussion en resta là, parce qu'elle était s&ns issue, chacun s'entêtant dans son point de vue. La femme voyant dans le mariage une union de sentiment et l'homme ne l'apercevant que sous la forme d'un contrat où il s'était taillé la part du lion.

Mais des conversations dan3 l'aprèsmidi lui révélèrent enfin que cet avatar était de notoriété publique. Homme de loi, il ne vit qu'une solution : le divorce.

Ce fut à celle-ci qu'il se résigna, non sans regret, étant dans la nécessité de rembourser la dot intégralement.

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