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LE GÉNIE DE LA RENAISSANCE D'APRES GOBINEAU

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Décidément, on commence à rendre justice à Gobineau en France. On sait que ce gentilhomme diplomate (né en 1816 et mort en 1882), historien, orientaliste et poète, esprit aventureux et caractère indépendant, fut pendant toute. sa vie le paladin d’une idée. IL l’exposa au long dans son grand ouvrage, paru en 1851, sur l'{négalité des races humaines. Cette idée, qui revient dans tous ses écrits, se résume dans la supériorité de la race blanche sur les autres. Des combinaisons variées, des métissages infinis de la race blanche avec la jaune et la noire, il fait dériver toute la destinée des nations et prédit la décadence irrémédiable de l’humanité par l'effacement graduel de la race blanche et de ses nobles qualités sous l’'envahissement des autres. Dans les vues de Gobineau sur les aptitudes des grandes races humaines et sur le danger des mélanges excessifs, 11 y a certainement une vérité

(1) La Renaissance, scènes historiques (chez Plon).

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profonde. Mais, en repoussant tous les autres lacteurs du développement humain, tels que le climat, la religion, les grands génies qui impriment leur sceau aux nations et par-dessus tout la hberté individuelle, Gobineau poussa son idée jusquà loutrance et au paradoxe. Il s’aliéna ainsi les savants et le grand public. Son humeur aristocratique le poussait d’ailleurs au dédain des autorités régnantes comme au mépris des foules. Ce fut un hobereau intellectuel des plus distinqués dans une époque de démocratie niveleuse. D’autres l'ont appelé « l’Alceste du patriotisme ». De là son impopularité, et cela explique pourquoi Gobineau, après une œuvre inégale, mais considérable et variée, mourut dans une solitude altière et dans l’oubli presque total de ses compatriotes (1),

Nous en serions encore là peut-être si, en 1876, Richard Wagner n'avait rencontré Gob;neau à Rome et créé sa renommée en Allemagne en exaltant ce génie méconnu auprès des siens. II a fallu enfin qu'un disciple du maître de Bayreuth, M. Louis Schemann, se fit l'apôtre de l'écrivain français, qu'il lui consacrât sa vie, qu'il traduisit ses œuvres, qu'il institut Ja Société Gobineau pour que cette ombre délaissée

(1) Quelques personnes distinguées connurent de près et surent apprécier Gobineau. Dans ce nombre, il faut citer au premier rang M. Albert Sorel, L'éminent auteur de l'Europe et La Révolution, qui joint le coup d'œil psychologique le plus aigu à l'étendue de l'intelligence et à l’autorité d’un grand historien, vient de nous donner dans /e Temps (22 mars 1904), de son ancien ami, un portrait d’une délicatesse de touche et d’une pénétration exquise. Cet article, de haute et subtile sympathie, porte sur l'homme et sur l’œuvre, un jugement qui sera sans doute celui de la postérité,

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