‹ Précurseurs et révoltésChapitre 114 sur 148 · TE · texte numérisé non relu

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» MicueL-ANGE. — Je reste, c'est vrai... Je reste seul... L'an dernier, e’était Léonard... Maintenant c'est lui, et tous ceux que tous les trois nous avons connus, | que nous avons écoutés, sont partis depuis longtemps.

C'est vrai, je reste seul. Il fut un témps où J'aurais

aimé être ainsi le seul, l'unique, le plus grand, le con- | fident unique des secrets du ciel créateur | Je me figurais que de ressembler au soleil, au milieu du monde, sans égal, sans rival, était la plus admirable part du bonheur qu'on pût envier... Comme s’il était quelque chose de pis que d’être seul sur la terre!... Pendant des années je n’aimais pas Léonard... Je querellais Raphaël dans le fond de mon cœur... Je me répétais

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pour m'en convaincre, que je ne les estimais pas... Oui, oui, il y a eu des jours où toi, Michel-Ange, tu n'as été qu un pauvre misérable, à la vue circonserite, porté à blâmer et à méconnaître ce qui n'était pas semblable à toi, et, je te le dis, parce que c est vrai, ce qui valait autant que toi et peut-être mieux ! J’ai maintenant cé que ma sottise désirait! Les astres se sont éteints dans le ciel, ét me voilà seul... bien seul, et j'étoufie dans mon isolement! Où sont-ils les pareils de Léonard et de celui qui se couche là-bas ? Ah ! celui-là !.… la beauté, la grâce, la gentillesse, et, dans ses propos comme dans ses reg ards, le miel divin}... tout ce que

e n’ai pas, tout ce que Je n'atteins pas. . tout ce que je ne suis pas! celui qu'on a tant aimé et qui l'a tant mérité |... Ah! mon Dieu! ah! mon Dieu! qu'est-ce que je sens donc? Qu'est-ce qui s'agite en moi et me tire les larmes de ces yeux qui ne voulaient jamais pleurer ? À quoi donc vais-je songer? Oui, un fleuve douloureux se fait jour et roule au fond de mon sein; les larmes s’échappent de mes paupières, elles ruissellent sur mes joues, elles tombent sur celui que j'ai toujours grondé, évité, et qui était tellement meilleur que moi ! Elle me l'avait dit, elle... Vittoria... elle me l'a toujours dit, et je n’en voulais pas convenir... Mais, je le sais bien ; au fond, je le sentais ; et, maintenant que l'éclair de la mort vient de passer entre lui et moi, maintenant que je suis resté là les pieds dans la boue du monde, tandis que sa noble et charmante figure m'apparaît au sein de Dieu, resplendissante des clartés célestes, je vois combien j'étais peu sincère et combien j'étais petit ! Autour de moi, la lumière se térnit et recule, les ombres s’allongent... Oui, me voilà seul, et l'air glacial du tombeau qui vient de s'ouvrir me frappe à la figure Que deviendront les arts ? Et nous, qui avons tant espéré, tant voulu, tant imaginé, tant travaillé, en définitive, à quoi aurons-nous réussi, et que laisserons-

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