‹ Précurseurs et révoltésChapitre 13 sur 148 · Ë HA · texte numérisé non relu

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ni la sympathie de Jane, ni l'admiration de ses meilleurs amis n’y remédiaient. Il ne révait ni la gloire, ni l'ivresse des sens. Qu’eût-il donc fallu pour assouvir cette âme insatiable? Une autre âme capable du même délire que la sienne, consumée de la même soif de beauté et de vérité infnie, vouée aux mêmes tourments et aux mêmes délices. Shelley était de ces natures exceptionnelles qui cherchent dans la femme la conscience la plus vive jointe à la passion la plus intense, et qui rêvent dans l’amour une réponse complète, active, palpitante à leurs aspirations-les plus intimes. « Quelques-uns de nous, écrit-il à un ami, ont aimé quelque Antigone dans une existence précédente, et cela fait que nous ne trouvons de pleine satisfaction dans aucun lien terrestre. » Pour quiconque à pénétré dans les arcanes de la tragédie de Sophocle et a reconnu dans Antigone le plus haut degré de l’amour héroïque et conscient, ces paroles sont significatives. Qui ne sait que ces hardis chercheurs sont presque tous condamnés à une vaine pourstiite et. déclarent souvent à la fin de leur carrière qu'ils ont brûlé « pour un être impossible et qui n'existait pas ».

Il paraît cependant que Shelley rencontra son rêve vivant. Une passion profonde, mais qui n’eût rien de terrestre, vinttraverser d’une lumière inattendue la dernière. année de sa vie. Cet épisode peu remarqué, et sur lequel nous n'avons d’autres données que quelques poésies de Shelley, semble s'être passé tout entier dans un monde qui n'est pas le nôtre, tant les événements extérieurs y sont secondaires, tant les sentiments y dépassent

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la réalité; mais il n’en fut que plus réel pour ceux qui le vécurent, 1l n'en est que plus important pour l’histoire intime du poète. Get amour étrange fut le précurséur de sa mort, comme ces demiteintes mêlées dé rose et d’opale qui précèdent le crépuscule dans le ciel radieux de la Méditerranée. 11 fut introduit en 1821 auprès de la contessina Emilia Viviani, jeune fille belle et passionnée, qui avait été enfermée pendant plusieurs années dans le couvent de Sainte-Anne, à Pise, attendant que son père eût choisi un mari pour elle. Cette entrevue, peut-être unique, eut-elle lieu dans le demijour d’un de ces sombres palais de Pise qui ressemblent à des prisons séculaires au milieu d’une cité presque aussi morte que son Campo-Santo? Nous ne savons rien de la rencontre mystérieuse entre cette jeune fille, fleur exquise éclose au soleil toscan et pâlie dans Pair du cloitre, si ce n’est qu'une correspondance s’ensuivit ét que le poète s’enflamma d’ün feu nouveau. Ils se virent et s’aimèrent; un regard, un mot, l'écho de deux voix harmonieuses qui forment en se mêlant une musique enivranté, et tout fut dit entre eux. Un reflet du moins nous est resté de Péclair qui dut s’échanger entre ces deux êtres presque également malheureux; c’est le beau poème d'Æpipsychidion, que Shelley a dédié à Emilia Viviani, et qu'on pourrait appeler le poème des âmes sœurs. L'épigraphe qu'il y a mise est une parole qu'Emilia elle-même avait dite ou écrite au poète et qui résume sans doute l’histoire de cette noble inconnue. « L'âme aimante s’élance hors du monde visible et se crée dans l'infini un monde uniquement fait

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