‹ Précurseurs et révoltésChapitre 132 sur 148 · MORIN · texte numérisé non relu

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sa perle.

Voici la Messaline. Une scène de Juvénal repensée par le maître. — Nous sommes dans un mau-

vais lieu de Rome, au quartier de Suburre. Une cellule étroite, pareille à celles du lupanar de Pompéi, que les cendres du Vésuve ont conservé dans sa cynique intégrité. Une grande femme nue, au corps élancé, au profil droit de patricienne, couronnée d'une coiffure savante comme d’une tiare, se dresse d’une jambé sur un tabouret et pose le genou sur un lit sordide. Cette femme, d’une si fine élégance, qui ne peut abdiquer sa race dans ses plus inouïs déportements, c'est l’impériale prostituée qui représente dans l’histoire le nec plus ultra de la frénésie sensuelle et de l’ab-

jection où elle peut conduire. Un jeune homme du peuple, au corps de gladiateur, à la peau brunie par le soleil d'Afrique, aux cheveux crépus, la saisit par la taille, d’un geste avide. Son œil écarquillé dévore sa proie superbe. Elle détourne la tête. Pendant qu'une de ses mains effilées caresse voluptueusement le cou du jeune homme, l’autre serre contre sa joue une gaze précieuse comme pour voiler son infâmie d’un reste de pudeur. Simistre contraction de ce visage hautain. Les hontes passées, sa fin lugubre l’obsèdent, et pourtant elle va se livrer comme elle s’est livrée mille fois. Elle ferme la paupière pour ne plus voir, elle serre les denis pour ne pas trahir son nom, et son corps spectral, glacé d’un frisson de luxure, a un mouvement de recul qui exprime l'horreur de la dégradation. Au fond, la vieille servante, aux reins pantelants, détourne sa face ignoble d’entremetteuse en tenant uné torche dont la fumée s’écrase de peur. Derrière la porte ouverte, le maître du bouge, aux bras de boucher, dort, la tête sur ses genoux, d’un sommeil de brute. Par une suprême ironie, le peintre montre, dans un coin du tableau, au-dessus d’une muraille, une statue équestre de César et une colonne vaguement éclairée par la lune qui porte l’apothéose d'une impératrice au-dessus du silence nocturne de la Ville Eternelle. — Quoique inachevée, cette Messaline est une merveille de force et de délicatesse, de dessin et de psychologie. Sans heurter la décence, sans irriter nos nerfs, sans écorcher notre épiderme, le peintre nous a secoué d’épouvante en soulevant devant nous la chaine du vice

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invétéré. Son tableau excite la terreur et la pifié ‘ pour la gouge impériale et nous fait sentir le dernier tressaillement de la pauvre Psÿché humaine, qui gémit et se tord et se révolte malgré tout dans ce corps de damnée et de femelle inassouvie.

Si avilissante qu'elle soit, la servitude des sens est un moindre degré dans le mal que la perversité du cœur et de l'esprit. La première, sans doute, obscureit la conscience en corrompant le corps, mais la seconde détériore l'être. humain. dans sa source et son centre. En Pasiphaé lorigine du mal apparait, dans l'âme féminine, par un renversement de l'idée de la force, qui, au lieu de se porter sur les nobles attributs de l’homme, s’attache à la puissance physique. Les conséquences se montrent dans linfluence délétèrede la famme sur l’homme avec les Omphale etles Dakla, charmeuses sans amour, qui décomposent la force mâle par la ruse et par la volupté. Mais allons droit au chef-d'œuvre de la perversité, à la fleur vénéneuse, à la fameuse Salomé, qui fit la réputation du peintre, au point de rejeter dans l’ombre ses créations d’un ordre bien plus élevé. Ce serait pour moi une raison de l’omettre, Mais elle forme un chaînon nécessaire dans l’œuvre grandiose dont je voudrais montrer la logique intime et l’harmonieux ensemble.

Regardons l’aquarelle du Luxembourg qui s'appelle l’Apparition, reproduite à l'huile au musée du peintre. Nous sommes dans le harem obscur et somptueux d'Hérode. Des colonnes mauresques, une couche royale se perdent dans les ténèbres |

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