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4 tes du désir, les vierges du silence qui s'épurent et progressent par la méditation.
En tête de cette série et en manière de transition, nous placerons Bethsabée, la belle pécheresse. Elle est assise sur une terrasse et se déshabille pour le bain. Un esclave mignon lui ôte son manteau. Elle se sait regardée par le vieux David, qui apparaît, minuscule, au haut d'une tour et se
enche sur l’abîime. Déjà elle se sent la reine d'Israël. Les parfums d'Arabie ruissellent sur son corps de sultane, et, tandis qu’elle détache lentement son dernier bracelet, eile rêve, voluptueuse et triste. Il y a dans ce tableau la sombre poésie et l'oppression de l’adultère. Par la disposition des édifices qui surplombent la terrasse et ne [aissent voir, en haut, qu'un bout de ciel sur un massif de cyprès; Bethsabée se trouve comme au fond d'un puits ténébreux, séquestrée du monde et de la lumière. L’inquiétante attirance de la femme | est augmentée par le turban en forme d'as de | pique qui couronne sa tête de fière odalisque d’une | double auréole noire et blanche. Cela donne à la future mère de Salomon quelque chose d'à la fois
fatal et sacré.
Elle rêve aussi, la Fée au griffon, elle rêve sous sa couronne de clématites, dans sa grotte retirée. Elle rêve, ou plutôt elle médite. Car son corps | est chaste dans sa beauté parfaite et ses yeux de | véronique sourient à la pure lumière reflétée par un lac merveilleux qui s'étend à l'issue de la caverne, lumière argentée comme celle de la. grotte d'azur à Capri, où l’on ne voit le ciel qu’à travers les jeux de l’onde. Liszt a nommé l'adagio d’une
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sonate de Beethoven « la fleur entre deux abîmes », On pourrait appeler la fée au griffon « la charmeuse entre deux mondes », — le monde des sens et de la passion avec ses courtes joies et ses longues tortures, le monde de l'âme et de l'esprit avec ses épreuves poignantes et ses joies infinies. Elles ne méditent pas seulement, elles se promettent d'agir et de lutter, les Vierges aux licor-nes, en chapeaux de princesses et en robes moyenâgeuses. Ces nonnes élégantes et laïques seront aussi redoutables à l'ennemi masculin qui voudrait les insulter que les bêtes blanches qu’elles caressent si tendrement et dont la corne combative les protège. — Mais voulez-vous contempler, dans une peinture, la surprenante révélation de la sympathie qui fait tomber les barrières entre les êtres, ouvre les sources cachées du cœur et perce les lourdes brumes des sens, regardez la Jeune File thrace portant la tête d’'Orphée. Voyez cette figure de vierge, si chastement moulée dans sa robe phrygienne brodée de palmettes; voyez sa tête penchée sur la tête livide du poète qui repose sur la lyre ensanglantée. Repaissez vos yeux du geste tendre de ces bras qui portent avec tant d'amour leur précieux fardeau, et plus encore de ces paupières qui retiennent leurs larmes, mais dont on devine le regard tiède et velouté. Écoutez alors la mélodie muette qui enveloppe la tête morte et celle qui la pleure, de sa ligne suave, pour s’élargir aux méandres du fleuve — et dites si Gustave Moreau n’a pas fait vibrer une fois encore la Iyre d'Orphée — après Virgile et après Gluck.
La vierge a frémi de tendresse pour le poète
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déchiré par les Bacchantes. Ainsi la sympathie est pour l'âme féminine la première révélation de l’AÂme universelle. Cette émotion compréhensive la fait vivre déjà d’une vie nouvelle, plus vaste, plus haute et plus profonde. L'océan des passions ronde encore sous ses pieds, mais un autre océan l'appelle, celui des douleurs humaines. Qu'elle s'y jette, qu'elle s’y plonge à cœur perdu en s’oubliant elle-même, et elle renaïîtra métamorphosée. Le renoncement passif est stérile; le renoncement actif est fécond. Se renoncer pour se détruire est un crime; se renoncer pour se créer librement à nouveau est la suprême vertu. Ainsi la femme élue et sélisant elle-même pénètre au stade héroïque et surhumain. Alors lui viennent les forces guérissantes qui lui font aider ses semblables, et même une sorte subtile de pouvoir, qui lui permet de féconder spirituellement l'intelligence et la volonté masculines par sa clairvoyance et par son amour. Întuitivement, Gustave Moreau a représenté ce phénomène dans le Miracle des roses, traduction magistrale d’une légende exquise.
Sainte Elisabeth de Hongrie est debout sur le perron de sa chambre. La cordelière se noue à sa taille, sur la riche robe damassée et sous le manteau margravial, qui voile les formes de son corps. Maïs on lit son âme de bienfaitrice royale dans son visage extatique, encadré de deux nattes blondes et douces comme la pitié. Une auréole nimbe sa tête. Un chevalier très jeune et très naïf, à genoux devant elle, la regarde dévotement avec un geste de prière timide. De ses deux mains Elisabeth touche son sein, et, des plis de sa robe
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les roses merveilleuses tombent sur le chevalier, roses de l'Amour éternel, qui s’échappent avec un doux frémissement de ce sein comprimé ou brûle un feu céleste. Elle a l’air de lui dire : « C'est tout ce que je puis vous donner, mais ces roses valent plus que celles de la terre ».
Si Gustave Moreau n'avait été qu'un sensitif de génie, il se fût arrêté là, mais 1l fut aussi un intellectuel transcendant. C’est pourquoi il voulut couronner l’évolution féminine en nous montrant, audessus de la sainte, l’initiée, j'entends la femme qui joint au suprême développement de âme l'initiation suprême de l'intelligence. De l'aveu du peintre, la grande Léda, qui se trouve à gauche de l'escalier, dans la salle du premier étage, représente cette pensée dans son œuvre. Un simple coup d'œil sur ce tableau nous sufht pour constater à quel degré il s'éloigne de la conception traditionnelle de Léda. Il ne s’agit plus d'une scène suggestive de volupté, mais de l'infusion de l'Idée divine dans l’Éve nouvelle. — Léda est assise au bord de la forêt inextricable de la vie, adorable de grâce et de recueillement, suspendue en un songe divin. Son bras gauche levé s’enlace à un lys qui pousse derrière elle. Rien de plus fin et de plus pur que son profil de camée. La tête s'incline légèrement, les cils projettent l'ombre de la pensée sur l'œil quon devine d’un bleu sombre. Le corps est d’une Vénus chaste, mais fluide et transparent comme Psyché. Le maître lui-même va nous dire le mystère étrange qui s’accomplit en elle et dans l'univers environnant. « Le dieu se manifeste, la foudre éclate : lPamour
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