‹ Précurseurs et révoltésChapitre 36 sur 148 · AN LIEN · texte numérisé non relu

AN LIEN

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tardé ! » Panthéa lui raconte un rêve qu’elle vient d’avoir en dormant dans les bras d'Ione au fond de l’océan. Elle a cru voir Prométhée se transhgurer, ses membres blessés devenir beaux et fluides, et des étincellés brillantes s échapper de ses yeux élargis. Les deux grandes Océanides se regardent ravies. « Que peux-tu voir dans mes yeux, dit Panthéa, si ce n’est l'image de ta propre beauté? — Tes yeux, dit Asia, sont comme le ciel profond enfermé en deux cercles sous tes longs et doux cils ; comme ils sont sombres, beaux, sans mesure, orbe dans orbe! » À force de regarder au fond des yeux de sa sœur, elle y distingue une forme; c’est lui, c’est Prométhée transfiguré. C'était leur double rêve qui apparaît maintenant aux deux songeuses éperdues sous forme d’un esprit ailé. « Suivez-moi, dit-il, — SUIVEZ-NOUS, répétèrent les échos. » Et elles s’élancent comme emportées par le vent, tandis que les échos murmurent : &« Dans le monde inconnu dort une voix qui n'a pas encore parlé: c'est sous tes pas seulement quelle s’éveillera, fille de l'Océan » ! Cette voix est celle de Démogorgon, la conscience profonde, éternelle de toute chose, plus puissante que Jupiter et qui le fera tomber (1). Cet esprit mystérieux, sans forme, qui trône invisible dans les ténèbres, est dé l'invention du poète. Il semble que Shelley ait voulu personnifier en lui cette

(1) Shelley est sans doute aussi l’inventeur du nom de Démogorgon. Quel sens lui a-t-il donné ? Peut-être faut-il ÿ voir un trait de malice qui n’est pas sans finesse. Démogorgon, du grec dèmos, peuple, et gorgone, épouvantail, signifie assez clairement : celui qui a au peuple. Or, n'est-ce pas le propre de toute vérité profonde d’effrayer la foule ?

vérité intérieure, dégagée de toute forme visible, | que l’homme ne découvre qu’en descendant humblement dans sa conscience, sentiment immédiat, indubitable, supérieur à toute logique, où l’âme peut trouver la révélation de l'unité suprême qu pénètre le tout. C’est lui que les deux Océanides vont chercher dans une véritable course de Ménades à travers toutes les régions de la nature, dont les voix leur crient: Au fond! toujours plus au fond ! Les voix les entraînent, le son les emporte. Elles ont traversé les forêts et parviennent à l'entrée du royaume de Démogorgon. C’est la bouche d’un volcan dont le cratère s'élève au dessus de montagnes de neige. Elles voient les spira-

les de glace qui réfléchissent l’aube comme l’écume

éblouissante de l'océan autour de quelque atlan-

tide : « Glorieuse terre, dit Asia, si tu n'es que

l’ombre de quelque esprit plus beau, quoique Île

mal tache ton œuvre, je pourrais t'adorer ». Les

voilà enfin dans la cave de Démogor

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