‹ Précurseurs et révoltésChapitre 39 sur 148 · TU OU CER · texte numérisé non relu

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116 PRÉLUDE AU XIX° SIECLE »y Lampe de la terre ! où tu marches, ses ombres épaisses s’emplissent de rayons et les âmes de ceux que

tu choisis voguent légères sur l'aile des vents jusqu à ce qu’elles tombent, comme je tombe enivrée, éperdue,

mais sans regret. »

Cette voix n est-ce pas celle du œénie de la musique s'adressant à l'âme de l'Amour qui s’éveille avec Asia au sein de l'humanité ? La réponse de la belle Océanide est peut-être ce que la poésie a dit de plus beau sur la musique.

x Agra. — Mon âme est comme un merveilleux esquif, elle flotte pareille au cygne dormant — sur les vagues d'argent de ton chant SUaVe. La tienne veille au gouvernail — comme un ange me guidant sur les flots, — tandis que tous les vents ruissellent de mélodie. — Ainsi nous suivons à jamais, à toujours, — le fleuve aux infinis méandres, — entourés de montagnes, de forêts et d’abimes, un paradis de solitudes sauvages ! — Enfin, comme enchaîné par un divin sommeil, — Je glisse à l'Océan et je m’engouiire au fond — d'une mer sans limite d’éternelle harmonie

» Mais déjà ton esprit par ses ailes aspire — les célestes concerts de plus sereins royaumes — buvant les souffles de ces bienheureux déserts. — Et nous

cinglons à la dérive — au loin, sans but et sans étoile, —— mais traînés par les fils de voix éoliennes. — Quelles

sont ces îles élyséennes ? — Ô toi, le plus beau des pilotes, — où va la barque de mon désir ? Quel est le flot qui fend ma proue — L'air qu'on respire en ces

royaumes n est qu amour. — Il frémit dans les vents, il se meut dans les ondes, — Ïl règne ! 1l joint la terre au ciel que nous sentons.

» En remontant son cours nous repassons la vie: — Cavernes glacées de la vieillesse — flots rugissants

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L'ŒUVRE DE SHELLEY 117 l’âge mûr, — doux océan de la jeunesse qui sourit pour tromper. — Nous fuyons à travers les mirages — de l'enfance peuplée de fantômes, — à travers la naissance et la mort — nous voguons vers un jour plus divin. —

Quel paradis m'ascueille enfin ? — Berceaux se voütent sur berceaux, — à la lumière de fleurs immenses — qui se contemplent dans les ondes. — Des lacs étincelants se perdent dans la splendeur des forêts vierges. — Les êtres qui les pecplent éblouissent ma vue. — Arrêtonsnous ici: car je vois quelque chose de semblable à toimême — qui marche sur les ondes, qui chante et qui soupire mélodieusement lp

Au troisième acte, au moment où l'Heure, qui emporte Démcgorgon sur son char, arrive devant le trône de Jupiter, celui-ci est dans l'ivresse de la volupté et du pouvoir ; Thétis, qu'il vient d'épcuser, trône à ses côtés ; l’Olympe célèbre une orgie. —— En apercevant Démogorgon, 1l s’écrie: — Quelle est cette ombre redoutable ? Celui-ei répond : __ « Éternité. Ne demande pas un nom plus terrible. Descends et suis-moi au fond de l’abîime. Je suis ton enfant plus puissant que toi, comme tu es l'enfant de Saturne. Désormais nous devons habiter ensemble dans les ténèbres ». Démogorgon, l’insaisissable, ne peut être foudroyé comme les Titans. Jupiter tombe avec lui comme un aigle précipité par la foudre du haut du Caucase dans un tourbillon de grêle. Le tyran du monde n'étant plus, Hercule délivre Prométhée en lui disant: « Voilà ce que la force fait pour la sagesse, le courage et l'amour persévérant ». Hercule, Prométhée, Asia, lone et Panthéa désormais ne se sépareront plus et vont habiter ensemble une

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