‹ Précurseurs et révoltésChapitre 50 sur 148 · LA · texte numérisé non relu

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mais une joie effrénée de vivre. Plus de positivisme étouffant, mais la liberté de lesprit lancé dans toutes ses fantaisies.

Enterrées à Jamais, ces vieilles chimères de Dieu, de l’âme, de l’humanité, de l’au-dela, du surnaturel ; écroulés pêle-mèêle, tous ces faux dieux dans le crépuscule des idoles ! Mais l’homme fort, l'homme intellectuel se forgeant son idéal, son humanité, à son gré, sans rien au-dessus de lui, sans autre loi que la sienne, au mépris des faibles et des sots et conviant tous les forts à faire comme lui, telle est la conception de ce Zarathoustra par lequel Nietzche prétendait révéler à ses contemporains et à la postérité « l’homme surhumain » qu'il avait découvert. Jamais style plus beau fut mis au service d'idées plus meurtrières du véritable, de l’éternel idéal humain. Une prose ample et rythmée, une langue bâtie à grands blocs, comme les murs cyclopéens, en vocables de granit puisamment allitérés. Sur ces fortes assises, des gerbes de poésie, une forêt vierge d'images; et travaillant en dessous, une pensée volcanique qui fait craquer le sol comme la lave en éruption, toujours prête à dévorer ce qu'elle enfante. Et, comme d’un soufflet de forge, il sort de ces versets des colères d'Isaïe interrompues de rires sataniques, des râles de Titan terrassé par un dieu.

À trente ans, Zarathoustra s’est retiré dans la montagne. Jl a vécu dix ans dans une caverne, sans autre compagnie que ses deux animaux familiers, un aigle et un serpent, symboles de l’or-

ueil et de la prudence, qui lui procurent sa nourriture. Pendant dix ans il jouit de son propre

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esprit, sans regret n1 lassitude en un bonheur parfait. Mais se trouvant trop riche en sagesse, il se décide à redescendre vers les hommes pour partager ses trésors avec eux. En route, il rencontre un vieil ermite dont la prière produit sur l'oreille du prophète l'effet d'un grognement monotone. Zarathoustra passa devant lui avec un sourire de mépris et se dità lui-même: « Serait-il possible que ce vieux saint dans sa forêt ne sache pas encore que Dieu est mort? » Dans la ville prochaine il trouve la foule assemblée sur le marché. Elle attend l’arrivée d’un danseur de corde, En attendant, le prophète annonce au peuple la bonne nouvelle :

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