‹ Précurseurs et révoltésChapitre 63 sur 148 · FE RS · texte numérisé non relu

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Jour elle tombait malade! — Si elle ne pouvait Pas retourner à son poste; — oh, malheureuse que cela n’arrive jamais ! — Elle ne le doit pas, elle ne le peut pas. — Son fils, le seul, l'immense orgueil de sa misère... — Son fils étudie! » À la place de « son fils » lisez « sa fille » et vous aurez le portrait de la mère d’Ada Negri. On comprend que la pauvre petite qui partagea de bonne heure les soucis maternels, ait connu dès l’enfance « les nuits d’insomnie, l'inquiète pensée du lendemain et les Jours sans pain ». Elle orandit «avec du sombre autour du cœur et une féroce nostalgie de soleil ». Mais, dans la pâle enfant, au maigre visage à demi caché par ses cheveux noirs comme des ailes de corbeau, dans ces yeux Passionnés qui lançaient des flèches de lumière, on devinait une sensibilité frémissante et contenue; armée d’une de ces volontés silencieuses qui marchent invinciblement vers un but lointain,

À dix-huit ans, elle dit adieu à sa mère et parüt de Lodi pour devenir maîtresse d’école à Motta- Visconti, gros bourg situé au bord du Tessin. Aucun chemin de fer, aucun tramway ne conduit à ce lieu écarté. Le fleuve, profondément encaissé, roule ses flots limoneux entre de hautes falaises. Sur ses deux rives, s'étendent des forêts touflucs où s'égarent quelquefois les chasseurs milanais. Ni montagnes, n1 collines. De toutes parts, s’élar- 81t, coupée de bois sombres ou striée de claires verdures, l’immense plaine lombarde, plus infinie qu'une mer. Dans ces libres espaces, les grands vents ont beau jeu, et les tempêtes qui fondent tantôt des Alpes, tantôt de l’'Adriatique ou de la

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Méditerranée, y charrient des escadrons de nuages amoncelés. C’est dans cette solitude absolue et dans cet horizon sans bornes que devait éclore, sans choc extérieur, une poésie sortie tout entière des profondeurs de l’âme.

Une amie d'Ada Negri, M" Sofia Bisi Albin:

décrit ainsi l'habitation de la maîtresse d'école de Motta-Visconti (1). « On traverse une cour fangeuse, sur laquelle s'ouvrent des étables et où barbottent des oïes. Une porte en lattes fendues donne sur un escalier en briques cassées à deux étages. Dans la chambre pénètre une faible lumière. Il n’y a pas de vitres aux fenctres: les carreaux sont en papier jaunâtre. Le meuble le plus élégant est une caisse de livres. Le matin, Ada Negri s’en va en sabots à l’école (où quatrevingts petites filles lui crient bonjour de léurs voix stridentes et mettent sa patience à l'épreuve en voulant épeler toutes à la fois les lettres de Falphabet ». Rigide, avec une douceur et une fermeté impassibles, elle accomplit son devoir pendant les heures de classe. Mais le soir, elle revient dans sa chambre nue, et une autre vie commence pour l'institutrice affranchie de sa chaîne. Elle tire de sa caisse de bois les volumes à demi-déchirés des grands poètes italiens qu’elle feuillette depuis son enfance : Dante, Manzoni, Leopardi, Ugo Foscolo, et se met à lire passionnément. À ces accents familiers, qui lui semblent ceux d’une langue maternelle retrouvée, sa vraie nature s'épa-

(1) Dans la notice biographique qui se trouve en tête du volume d’Ada Negri: Fatalità.

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