‹ Précurseurs et révoltésChapitre 89 sur 148 · UT. SR RE IEEE · texte numérisé non relu

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indomptable. L’anecdote suivante nous fait assister au réveil de la sympathie humaine dans ce jeune cœur, où frémissaient déjà les sentiments héroïques. En 1813, l'Allemagne s'insurgeait contre Napoléon ; la Schrœder n'avait alors que neuf ans. Tout ce qui pouvait porter un sabre ou une giberne prenait les armes. Parmi ces Jeunes recrues, se trouvaient des enfants de quinze et de

uatorze ans, entre autres un camarade de jeu de Wilhelmine. Toute la famille Schrœder monta au grenier pour assister au départ des volontaires qui s’assemblaient sur le rempart de Ia ville: « Je fus la première à reconnaître notre Jeune ami dans son attrail guerrier et je l’appelai par son nom. Il me répondit par un salut amical. D'abord je ne compris pas ce qui se passait, lorsqu'à l’appel du commandant la troupe se mit en marche. Des pères et des mères, des frères et des sœurs suivaient le cortège en pleurant. « Où s’en va Louis ? dis-je à mon père. — À la bataille », fut la réponse. Pendant quelques instants, je restai immobile et les yeux fixes, comme frappée de la foudre, puis je m'écriai à haute voix : « J'y vais avec lui! » Naturellement on me retint de force, et, me voyant dans l’impossibilité d'exécuter mon dessein, je me jetai à terre en hurlant. Ce fut une tempête de sanglots et rien ne put me calmer. Je restai anéantie pendant de longs jours. Mon seul soulagement était de monter au grenier ct de regarder par la fenêtre vers la région du ciel, où mon camarade de jeu avait disparu. »

Tout le caractère de la Schrœder se dessine déjà dans cette historiette. On ÿ touche aux deux

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pôles de son être. D’un côté, une volonté irréductible; de l’autre, cet immense besoin d'aimer et de se donner ; toute la grandeur de l'artiste et de la femme; leur double source de puissance ét de souffrance.

Ne pouvant s’assouvir dans l’action, son ardeur se porta sur la poésie et la déclamation. Dès qu’elle avait une après-midi hbre, elle montait à son grenier, pour déclamer « la Vierge d'Orléans » de Schiller, Un bâton, orné d’un chiffon simulant l’oriflamme, lui suflisait pour se croire Jeanne d'Arc. « Et ainsi j'allais à (la bataille, mais, quand je ne pouvais donner une expression à mes sentiments, je tombais dans une sombre rêverie, Je restais, des heures entières, accroupie sur le plancher, dans un coin, les coudes sur mes genoux, la tête dans mes mains. Alors — je faisais de la poésie, » Voyant son talent pour la mimique et pour la déclamation, ses parents songèrent à en faire une actrice, Elle débuta, à l'âge de quinze ans, et joua successivement Âricie dans la PAèdre de Racine, Melita dans la Sapho de Grillparzer, Béatrice dans la Fiancée de Messine de Schiler, Ophélie dans Hamlet. En même temps, on découvrait à la jeune fille une voix de soprano d'un timbre pénétrant et la passion de la musique, Elle prit des leçons chez un professeur de chant italien, Joseph Mozzati, et bientôt sa vocation parut impérieuse. Elle aurait pu être une actrice de premier ordre, elle préféra devenir une cantatrice de génie. Peut-être son instinct lui disait-il qu’elle déploierait dans l’opéra une beauté plastique et une puissance d'émotion inconnues avant

WILHELMINE SCHRŒDER-DE VRIENT 255 elle, puissance et beauté qui en firent la prophétesse et l'inspiratrice involontaires du drame musical.

Elle débuta comme Pamina, dans la Flüte enchantée, de Mozart, puis elle chanta l’Agathe de freyschütz, sous la direction de Weber, et reçut les félicitations du maïître. Mais il fallut le contact magnétique de l’âme de la Schrœder avec celle de Beethoven, à travers son ÆFidelio, pour faire éclater son génie. « Cette représentation eut lieu en novembre 1822. Beethoven, ayant appris qu'une jeune fille de dix-huit ans devait jouer sa Léonore, ne cacha pas son mécontentement de ce qu'on eût confié ce grand rôle « à une pareille enfant », Cependant il vint diriger lui-même la répétition générale, Wilhelmine ne l'avait jamais aperçu avant ce jour. Elle trembla en voyant apparaitre, au-dessus de l'orchestre, un homme aux cheveux en désordre, au visage égaré, aux yeux étincelants d’une flamme inquiète, À cette époque, une surdité complète enveloppait déjà le roi de l'harmonie d’une solitude sinistre, à travers laquelle il discernait à peine le monde réel, Ses gestes étaient violents. Devait-on jouer piano, il se courbait plus bas que le pupitre, pendant les forte, 1l sursautait et proférait les sons les plus étranges, si bien que l'orchestre et les chanteurs allaient chacun de son côté. À la fin de la répétition le Kapellmeister eut la pénible mission de déclarer à l’auteur de Fidelio qu’il était impossible de lui laisser la direction de son œuvre. Le soir de la représentation, Beethoven s’assit derrière le maïitre de chapelle et s’enveloppa jusque par-dessus

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