‹ Précurseurs et révoltésChapitre 96 sur 148 · LAN ET · texte numérisé non relu

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de Schumann, elle pouvait du moins épandre, pour quelques minutes, le fond de son être dans la foule. À ceux qui lui conseillaient de se risquer encore une fois sur les planches, elle répondait fièrement: « La Schrœder-Devrient peut bien faire naufrage dans la vie, mais non pas sur Ja seène ». Un jour, on lui apporta les vers qu'un inconnu, un jeune homme de vingt ans avait écrits sur son chant. Il était mort peu de temps après d’un coup de fusil dans l'insurrection de 1849. Ce salut d’un disparu se terminait par cette pensée: « Si la liberté mourait en ce monde, elle renaîtrait d’un seul cœur d'artiste ». En lisant ces lignes, elle fondit en larmes et s’écria :

« En voilà un du moins qui m'a comprise... et dire que je ne l'ai pas connu! »

Cependant son corps était miné, sa force déclinait à vue d'œil. Elle fut frappée d’une maladie, qui devait la consumer rapidement, et se vit condamnée sans appel par les médecins. Aussitôt se produisit ce phénomène fréquent qui ramène la pensée dominante de la vie aux approches de la mort. Le mal prométhéen, les luttes titanesques, qui avaient soulevé sa jeunesse et troublé son age mür, vinrent la déchirer à nouveau. Toute sa vie morcelée lui apparut comme un chaos décevant. Elle se demanda si elle avait accompli son apostolat. Grande avait été sa conception de l'art et superbe son effort. Mais que restait-1l de son œuvre ? Quels successeurs laissait-elle et quelle tradition ? Tout ce qu’elle avait désiré, rêvé, créé, n’allait-il pas s'effondrer avec elle ? Des paroles amères lui échappaient : « Vous appelez un cœur

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