‹ Prédécesseurs et contemporains de ShakespeareChapitre 16 sur 89 · ANAXARQUE · texte numérisé non relu

ANAXARQUE

La terre, car la mer n'est qu'une partie de la terre.

Parmi ces philosophes, il y en a un dont le caractère est mieux tracé que celui d'aucun des personnages des comédies de Lyly : c'est Diogène. Alexandre ne peut parvenir à le prendre en défaut, et il oppose toujours aux questions du roi une réponse piquante.

ALEXANDRE

Diogène I

DIOGÈNE

Qui appelle?

ALEXANDRE

Alexandre. Comment se fait-il que tu ne vas jamais de ton tonneau à mon palais ?

DIOGÈNE

Parce qu'il y a aussi loin de mon tonneau à ton palais que de ton palais à mon tonneau.

ALEXANDRE

Comment? N'as-tu donc aucun respect pour les rois?

DIOGÈNE

Aucun.

ALEXANDRE

Et pourquoi ?

DIOGÈNE

Parc^que ce ne sont pas des dieux.

ALEXANDRE

Ce sont les dieux de la terre.

DIOGÈNE

Oui, des dieux de terre.

ALEXANDRE

Platon ne pense pas comme toi

DIOGÉNE.

J'en suis content.

ALEXANDRE

Pourquoi?

DIOGÈNE

Parce que je voudrais que personne ne pensât comme Diogène, excepté Diogène.

ALEXANDRE

Si Alexandre possède quelque chose qui puisse faire plaisir à Diogène, dis-le-moi, et tu Tauras.

DIOGÈNE

Alors ne me prends pas ce que tu ne peux me donner, mon soleil.

ALEXANDRE

De quoi as-tu besoin?

DIOGÈNE

De rien de ce que tu as.

ALEXANDRE

Je commande au monde.

DIOGÈNE

Et moi je le méprisé.

ALEXANDRE

Tu ne vivras pas plus longtemps que je ne le voudrai.

DIOGÈNE

Mais je mourrai, que tu le veuilles ou non.

ALEXANDRE

Comment un homme peut-il apprendre à être content de son sort?

DIOGÈNE

En apprenant à ne rien désirer.

ALEXANDRE

Héphestion, si je n'étais pas Alexandre, je voudrais être Diogène *.

Le roi, à son tour, prendra sa revanche avec d'autres, avec Apelles, par exemple, ou avec un mendiant, et il est toujours prêt à engager une lutte d'esprit avec tous ceux qu'il rencontre :

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