Alexandre et Campaspe , acte u, se
rieux de la guerre à des escarmouches amoureuses avec une jeune fille. »
Gampaspe n'est pas plus émue qu'Héphestion , quand elle se reproche à elle-même d'aimer Apelles et qu'elle avoue sa faiblesse Elle aussi est esclave de l'antithèse et joue avec les mots, au lieu d'exprimer un sentiment.
« Gampaspe, se dit-elle quand elle s'aperçoit qu'elle préfère Apelles à Alexandre, Gampaspe, il est difficile de juger si ton choix est plus déraisonnable que ton sort n'est infortuné. Un peintre est-il entré plus avant dans ton esprit qu'un prince? Apelles, plus avant qu'Alexandre? La bassesse de tes sentiments trahit celle de ton origine... » Gependant, malgré ces réflexions froides, elle avoue à l'artiste l'amour qu'elle a pour lui ; mais alors elle éprouve de nouveau le besoin de faire un jeu de mots, et elle s'écrie, en se parlant toujours à elle-même : « Fille insensée, qu'astu fait? Ge qui, hélas! ne peut être défait, et je crains que cela ne cause ma défaite * . »
- Où Lyly a-t-il pris le modèle de ce style, assurément fort inconnu de Chaucer et des écrivains anglais du XV® siècle, si ce n'est chez les pétrarquistes et chez Pétrarque lui-même ? Ge dévergondage d'antithèses, ce parallélisme continuel de pensées contraires et cette recherche monotone de la symétrie donnent déjà un air d'affectation à certaines parties du Canzoniere. N'est-ce pas Pétrarque qui a dit : « Amour, en un instant, me presse et me retient, me rassure et
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m'effraye, me brûle et me glace, me plaît et m'irrite, m'appelle à lui et me repousse, me remplit d'espérance, me remplit de chagrin; je ne trouve point la paix, et je ne puis faire la guerre ; je brûle et je suis glacé; je vole au-dessus du ciel, je tombe à terre; je vois sans yeux; je n'ai pas de langue, et je crie; je ris en pleurant ; la vie et la mort me déplaisent également? » Ce jour-là, comme le dit Gervinus, Pétrarque a lâché les écluses de la rhétorique qui a inondé successivement l'Espagne, l'Angleterre et la France.
Un des procédés habituels de Lyly, dans ses romans et dans ses comédies, procédé de rhéteur, c'est d'instituer entre plusieurs personnages une discussion sur un point de métaphysique subtile, ou, mieux encore, de donner à quelques-uns de ses héros des énigmes à deviner, pour aiguiser leur esprit. Il suppose, par exemple, qu'Alexandre réunit les philosophes de sa cour et qu'il adresse une question embarrassante à chacun d'eux. Ils répondent tous, et ils répondent avec à-propos * :
ALEXANDRE
Aristote, comment un homme pourrait-il passer pour un dieu?