‹ Prédécesseurs et contemporains de ShakespeareChapitre 18 sur 89 · Alexandre et Campaspe, act. n, se · texte numérisé non relu

Alexandre et Campaspe, act. n, se

^, /âi'd., act, ///, se, 4.

Lyly, dans sa préface, nous en avertit lui-même; il craint de ne pas satisfaire les exigences de la société élégante, et il avoue que les Anglais veulent entendre des discours plus beaux que ne le permet le génie de leur langue, manger du pain meilleur que le pain de froment, porter du linge plus fin que le linge de toile. Outre l'exemple de la littérature italienne et la mode qui s'était répandue de lire et d'admirer les pétrarquistes, le goût de la reine pour l'allégorie, et le plaisir que lui causait toute allusion ingénieuse à sa beauté, à sa chasteté et à son génie, avaient singulièrement favorisé l'euphuisme. Elle aimait à être flattée ; il fallait que ses flatteurs inventassent des formes ' imprévues pour renouveler la louange, d'autant plus qu'elle se piquait d'avoir du goût et qu'elle connaissait le fin des choses. I^yly, ne l'oublions pas, n'écrivait que pour elle et pour la cour. Une partie de ses défauts viennent de là. Il voulait plaire, et il ne le pouvait qu'à force d'esprit. De quoi eût-il entretenu la reine, sinon de choses délicates, recherchées, nouvelles, au fond desquelles devait se cacher un éloge assez déguisé pour que la flatterie n'eût rien de grossier, assez transparent pour qu'elle s'y reconnût? C'est par ce motif qu'il fait un si grand usage de la mythologie et qu'il ne sort pas des sujets anciens. Il trouvait là une mine inépuisable d'allusions et d'allégories, qu'Elisabeth et ses courtisans lui indiquaient en quelque sorte par leur goût pour tout ce qui venait de l'antiquité, par la faveur avec laquelle la princesse accueillait les surnoms mythologiques que lui donnaient ses poètes favoris.

Dans deux comédies seulement sur huit, il semble perdre de vue Tauditoire habituel auquel il s'adresse et négliger son métier de courtisan. Mais, dans toutes les autres, il a toujours les yeux fixés sur la reine, comme s'il n'était occupé qu'à amener adroitement les phrases, les passages et les scènes entières qui lui étaient destinés. Une fois, il voulut marcher sur les brisées des poètes populaires, et il composa, dans le style bouffon, la comédie de Mother Bomhie *. Mais il n'avait pas assez de gaieté dans l'esprit, ni assez de verve originale pour faire accepter ses plaisanteries par le peuple, et il ^chouasi complètement dans cette tentative qu'il n'essaya pas de la renouveler. Quelques calembours faits à froid et plaqués dans la pièce ne la sauvèrent pas du naufrage, malgré leur saveur toute nationale.

Une autre fois, mécontent sans doute du peu d'avantages que lui procuraient ses œuvres dramatiques — elles ne l'avaient pas enrichi, comme on le voit par ses fréquentes demandes d'argent — et révolté de l'avarice de la reine, il composa, sous le titre de : la Femme dans la lune ^, une comédie en vers assez spirituelle, dont les défauts des femmes font tous les frais. Il n'en mettait aucune hors de cause, et ses épigrammes retombaient sur la souveraine aussi bien que sur toutes les personnes de son sexe. Il condamna Elisabeth à voir sur la scène une

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