The fine companion, by Marmion
2. Il était si aimé du roi, que le roi lui pardonna d'avoir été le collaborateur de Cbapman et de Marston dans la pièce d'Eastward Hoe, où les Écossais étaient maltraités. Il fut question d'abord de couper les oreilles et le nez aux auteurs de cette comédie. Mais quand Jonson, dont la collaboration n'était pas connue, déclara qu'il y avait travaillé, lui aussi^ et alla, volontairement se constituer priaoTmieî, ovi ^«aàX. «û. '^"wNî^ Chàpman et Afarston, et on renoiicia a\ft?> ^avscc^vsss^^*^^'^'^"
PnÉDÉCËSSEURS DE SH. '^^
et le désigna comme le poète obligé de toutes les fêtes, de toutes les cérémonies officielles. jChez un peuple pour lequel les plaisirs de l'esprit avaient toute la saveur de la nouveauté, la poésie se mêlait inévitablement aux réjouissances publiques. A la cour, la reine, les princes, les princesses et les plus grands seigneurs du royaume figuraient comme acteurs dans les pièces de circonstance qui avaient été composées pour eux. Lorsqu'un pair d'Angleterre recevait Jacques P*' dans son château ou célébrait son mariage avec l'héritière d'un grand nom, il demandait à Ben Jonson de compléter la fête par un divertissement en vers. On peut dire que, de 1604 à 1625, il ne se passa pas une année sans qu'on mît plusieurs fois à contribution le génie du poète lauréat. L'habitude qu'avait le roi de se montrer à son peuple, de visiter tantôt les villes du royaume, tantôt les corporations de marchands de Londres, multipliait les réjouissances . Les bourgeois voulaient le recevoir aussi magnifiquement que les nobles et lui adresser quelques compliments poétiques. En 1608, les tailleurs de Londres avaient offert au prince un banquet; ils eurent besoin de consulter Ben Jonson sur les détails de la cérémonie et le prièrent de composer le discours que l'un d'eux devait prononcer. Cette grande réputation ne préserva pas le poète de la misère. La modique pension que lui faisait le roi ne pouvait l'enrichir; les vers de ses masques lui rapportaient sans doute plus d'honneur que de profit. Il
duit, en parlant de Chapman, les passages à'Edstward Hoe qui avaient irrité rentourage écossais de Jacques I«'. Voy. nos Contemporains et successeurs de Shakespeare.
ne semble pas d'ailleurs avoir pris grand soin de sa fortune. Au lieu de s'élever, comme Shakespeare, de la pauvreté à la richesse, il se laissa atteindre par les infirmités et par l'âge sans avoir pourvu à l'avenir. Enr 1625, il perdit son protecteur, Jacques P^; la même année, il eut une attaque de paralysie qui se compliquait d'une disposition déjà ancienne à l'hydropisie. Les pamphlets du temps le représentent en effet avec un embonpoint formidable, marchant péniblement et faisant trembler la terre sous ses pas. Tous les malheurs l'accablaient à la fois. La mort de Jacques 1er lui enlevait un appui ; la maladie menaçait de briser la plume qui l'aidait à vivre. L'inspiration poétique commençait à l'abandonner^ et la comédie de la Nouvelle Auberge, qu'il donna au théâtre en 1630, fut sifûée à la première représentation.
Jusque-là, il n'avait pas proféré une plainte. Mais le besoin et la souffrance lui arrachèrent des réflexions douloureuses qui remplissent l'épilogue de sa dernière comédie. Il ne s'adresse pas, comme autrefois, au public, avec un accent de triomphe. Du lit de dpuleur où il est retenu, il fait entendre des paroles de découragement. « Si vous attendez mieux, dit-il, que ce qu'on vous donne ce soir, c'est que l'auteur est triste et malade *. »
Le roi Charles 1^"^ eut pitié de cette détresse; il augmenta la pension de Ben Jonson, et, sachant quelle était la faiblesse secrète du vieux poète, il lui fit envoyer annuellement un tonneau de vin des Canaries.
i. The new Inn.
Jonson mourut sept ans après, en 1637, respecté et admiré jusqu'au bout par les lettrés, mais négligé par le public et oublié d'une cour que ses vers avaient longtemps charmée.
Telle est la vie de l'homme dont le nom a été quelquefois rapproché de celui de Shakespeare et qui tient, après lui, le rang le plus élevé dans la litérature dramatique du xvi® siècle en Angleterre. Son talent n'est pas moins singulier que son caractère. Il n'a voulu ressembler à aucun de ses contemporains, et quoiqu'il ait choisi, de tous les genres littéraires, celui qui exige le plus de sacrifices au goût public, il s'est constamment écarté des habitudes du théâtre de son temps. Cette résolution soutenue avec persévérance n'a pas été chez lui le résultat d'un caprice ; elle lui a été dictée par l'étude et par la réflexion. Il a abordé le théâtre avec une éducation toute faite, avec un sens critique très développé, et avec le désir de faire prévaloir sur la scène anglaise des principes arrêtés. Ces principes étaient ceux des classiques. Toutes les hbertés qu'avaient prises Marlowe et Shakespeare, en mêlant le tragique et le comique, en multipUant les péripéties et en embrassant des sujets immenses, Jonson, venu après eux, les a condamnées et s'est proposé de les éviter.
La fermeté de ses vues vient surtout de l'étendue de son érudition. Il ne se contente pas, comme la plupart
de ses contemporains, de lire les pièces de Sénèque, des Espagnols et des Italiens; il approfondit les questions d'art et de critique; il remonte aux sources, et il compare entre elles les opinions littéraires de tous les temps et de tous les pays. Il a embrassé dans son immense lecture les Grecs, les Latins et les modernes, à quelque nation qu'ils appartiennent. Depuis Boccace jusqu'à Érasme, jusqu'à Rabelais et jusqu'à Montaigne, depuis les fragments des tragédies perdues d'Eschyle jusqu'à Pétrone et jusqu'à Libanius, il a tout lu et tout classé avec une prodigieuse mémoire. Un historien * de la littérature anglaise, qui range les principaux écrivains de son pays par ordre de science, place Milton en première ligne, et Jonson immédiatement après lui.
Jonson est donc un savant et un critique. En comparant tant d' œuvres différentes et en réfléchissant sur les principes mêmes de l'art, il a composé pour son usage personnel une théorie dramatique dont les règles précises et sévères forment un contraste frappant avec le désordre du théâtre romantique. Les anciens sont ses maîtres, c'est un classique, mais c'est un classique indépendant qui ne s'attache point à la lettre étroite des préceptes d'Aristote, qui les interprète hardiment, qui ne se renferme pas dans l'étude du théâtre grec, qui tient compte des œuvres di*amatiques de l'Italie et de l'Espagne, et qui concilie, avec le respect qu'il professe pour l'antiquité, le sentiment des besoins de la scène moderne. Toutes les prescrip-