Bartholomew fair
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même à confesser ses défauts devant César et à faire l'aveu de sa jalousie, c Pourquoi, lui dit un des personnages de la pièce, en voulez-vous à Horace? — Parce qu'il a une meilleure société que moi, répond-il, parce qu'il a de meilleurs amis que les miens, parce que ses ouvrages réussissent mieux et sont préférés aux miens. Rien de plus. » Jonson lui réplique, par la bouche d'Horace, en traduisant un passage du poète latin. « Par ma foi, lui dit-il, porte-moi encore envie, aussi longtemps que je me ferai aimer de Virgile, de Gallus, de Tibulle, de César très bon et très grand et de mon cher Mécène. »
Crispinus paraît à son tour sur la scène pour débiter, devant l'illustre assemblée que préside Auguste, des vers ridicules tirés de deux tragédies de Marston, du Fouet de V infamie et &' Antonio et Mellida i.
Marston prêtait le flanc à la critique par l'obscénité, par l'arrogance, le pédantisme et le ton violent de ses satires. Ses ouvrages dramatiques, pleins d'emphase et de rodomontades espagnoles, à force de viser au sublime, tombaient dans le galimatias. C'est le Scudéri de l'Angleterre. La pièce que César lui fait lire en public renferme les expressions emphatiques dont il se servait habituellement dans ses ouvrages. Elle est accueillie par l'hilarité générale. Jonson suppose plaisamment qu'Horace administre à Crispinus-Marston des pilules littéraires qui font sortir de sa bouche les grands mots dont son style est surchargé. Crispinus voudrait suspendre cet exercice fatigant; il essaye de
1. Dans cette dernière pièce, Marstou avait ridiculisé Jonson sous Je nom de Torquatus.
retenir les paroles qui se pressent sur ses lèvres, il n'en prononce qu'avec répugnance les dernières syllabes. Mais il faut que le remède opère son efifet. Le malheureux écrivain éprouve les mêmes angoisses que les bègues qui, après avoir commencé un mot, sont obligés de l'achever, quelque effort qu'il leur coûte. Les pilules ne cessent d'agir qu'au moment où la liste des termes ampoulés dont se sert Marston est définitivement épuisée.
Après cette purgation bouffonne, Virgile adresse à Grispinus le discours suivant : « Ces pilules ne peuvent le rétablir que pour un temps, mais non le guérir complètement d'une maladie causée par tant d'excès qui ont rempli de tant d'âcreté son sang et sa cervelle. Aussi est-il nécessaire qu'il observe une diète stricte et salutaire. Chaque matin, vous vous mettrez sur le cœur un bon coup des principes du vieux Caton, et vous vous promènerez jusqu'à ce que vous l'ayez bien digéré. Puis rentrez chez vous et goûtez d'une pièce de Térence dont vous sucerez les phrases, comme du jus de réghsse. A tout prix, évitez Plante et le vieil Ennius : ce sont des aliments trop grossiers pour un estomac délicat. Habituez-vous à lire, mais non sans guide, les meilleurs des Grecs, comme Orphée, Musée, Pindare, Hésiode; Callimaque, Théocrite et le grand Homère, mais gardez-vous de Lycophron : c'est un plat trop noir et trop dangereux. »
Dekker et Marston répliquèrent à cette attaque par la Saiiromastix, dans laquelle ils montrèrent plus de mauvaise humeur que de talent. Jonson eut les honneurs du combat et mit les r\e\rc^^^'s>QVL^^\fe..^^vj^'5i:^.^
du reste, si peu de fiel qu'il se réconcilia, peu de temps après, avec ses adversaires et les prit même pour collaborateurs.
Sans pitié pour les mauvais auteurs, le poète comique attaque, avec la même hardiesse, les courtisans ridicules qui forment une classe considérable dans l'Etat. 11 commence par les peindre en pied, comme Van Dyck, en énumérant avec ironie tous les objets dont se compose leur costume. Il nous les montre, tels qu'on les voit dans les portraits du temps, la tête coiffée d'un chapeau de castor auquel ils attachent un bijou de prix, les couleurs de leur dame, et quelquefois un miroir de poche, le cou garni d'un rébaiu ou collerette plissée que les hommes et les femmes portaient également, la poitrine enfermée dans une veste brodée qu'une ceinture ornée de franges et de glands travaillés à l'aiguille serrait à la taille. Pardessus la veste se jetait l'écharpe brillante, à laquelle on suspendait l'épée richement ciselée. Les hauts-dechausses se nouaient au vêtement de la partie supérieure du corps par une foule de cordons que le page devait défaire, quand cela était nécessaire; aux jambes on portait tantôt des bas de soie retenus par des jarretières à franges d'or, tantôt des bottes brunes à retroussis dont le talon était armé d'éperons d'or à larges molettes. Les raffinés raidissent leur barbe avec de l'amidon et la disposent en éventail; ils ne mettent
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que du linge empesé et curieusement travaillé, sur lequel on a représenté des fleurs, des fruits et des scènes historiques. Ils attachent à leurs bras les bracelets de cheveux que leurs dames leur ont donnés, et ils suspendent à leur cou, comme des amulettes, de petites boules de pâte parfumée qui servaient de préservatif contre la peste.
Un personnage ainsi vêtu peut se présenter à la cour. Mais, pour y faire figure, il faut qu'il apprenne le beau langage et les manières à la mode. On ne parle pas là comme ailleurs, on ne s'y exprime pas comme le vulgaire, on y emploie des termes choisis et délicats, on y donne un joli tour aux moindres choses. Un courtisan accompli glisse adroitement dans ses phrases quelques mots de français et d'italien, pour montrer qu'il est au courant des façons élégantes. Quand il s'adresse à la dame de ses pensées, s'il veut donner de la force à ce qu'il dit, il doit immédiatement s'écrier : « Noble dame, j'en jure par le bout de votre oreille, par la blanche vallée qui s'étend entre les hauteurs alpestres de votre sein. » S'il fait une déclaration, il a besoin de posséder la théorie de l'amour, telle qu'elle a été exposée par les romanciers anglais, un demi-siècle avant que Mlle de Scudéri eût tracé la carte du Tendre. Au moment d'aborder celle qu'il aime, il est bon qu'il fasse un ou deux tours dans la salle, qu'il pense profondément à sa passion, afin d'imprimer une touchante pâleur à son visage, qu'il pousse un ou deux soupirs, puis qu'il ferme ses lèvres, et qu'il s'avance enfin avec un mélange de crainte et de hai'diesse, de tiovvixVè, ^ ^^sk^.-
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dace. En s'approchant, il s'écrie, sans trop élever la voix : « Chère beauté, il me semble que vous êtes mélancolique. » On le repousse d'abord, la pudeur ne permet point à une femme bien née d'en entendre davantage. Alors il devient plus pressant et il ajoute : « belle dame ! plus belle que ce qu'il y a de plus beau, ne permettez pas que la rigueur de votre juste dédain réprime ainsi le zèle de votre adorateur. » Si on paraît l'écouter, il continue sur le même ton passionné : « Je proteste que vous êtes la seule, l'unique, l'incomparable créature que j'adore, que j'admire, que je respecte, et que je révère dans cette cour, ce coin du monde ou ce royaume. » Si la dame se tient sur la réserve, il la conjure de lui être favorable, par sa joue rougissante et bien colorée, par la teinte brillante de ses cheveux, par ses dents d'ivoire, lors même qu'elles seraient d'ébène, ou par tout autre serment de ce genre, candide et innocent. Si elle prend la fuite, si elle essaye de se soustraire à la déclaration, il court après elle, en l'appelant : « Madame, chère Nymphe, doux asile de notre cour. »
Les amants doivent se donner des noms allégoriques, comme ceux qu'on portait à l'hôtel de Rambouillet et qui remplissent le Grand Cyrus, Un courtisan des Fêtes de Cynthie appelle sa maîtresse, Mme Philautia, « Mon Honneur^ » et celle-ci l'appelle « Son Ambition, » Il repasse son rôle devant le public, et il nous dit en confidence : « Lorsque je la rencontrerai, je veux aller à elle et lui dire : Aimable Honneur, je me suis contenté jusqu'ici des lis de votre main, maintenant je veux goûter des roses de vos lèvres Puis, après
cela, je Tembrasserai. A ce compliment, elle ne peut que répondre en rougissant : Ah! mais maintenant vous êtes trop ambitieux. Alors je répliquerai : Je ne puis être trop ambitieux d'honneur, aimable Ho^ineur, »
Voilà le jargon que Lyly avait mis à la mode, que les courtisans étudiaient et qui remplissait les fades romans du jour. Le chevalier du Soleil et la belle Lindabrides, son amante, étaient aussi célèbres alors que le furent plus tard chez nous Gyrus et Mandane.
L'aïfectation des manières pénétrait jusque dans la vie privée et altérait les plus simples relations de la famille. On voyait des gentilshommes campagnards, qui suivaient de loin les modes de la cour, se piquer, dans toutes leurs démarches, d'une étiquette cérémonieuse. Revenaient-ils de la chasse, fatigués et mouillés, ils ne voulaient pas rentrer chez eux avant d'avoir rempli toutes les formalités nécessaires. Il fallait que la femme de chambre de la châtelaine se montrât à une fenêtre. Alors le maître du logis la saluait respectueusement, en avançant de trois et en reculant d'un pas, et il lui adressait les paroles suivantes : « Chère Nymphe, priez la beauté du château de briller de ce côté de l'édifice. » Puis, quand la dame paraissait, on faisait semblant de tomber en extase, comme si on la voyait pour la première fois, et on s'écriait avec enthousiasme : (K Oh I quelle beauté plus que céleste est-ce làl quel magasin, quel trésor de bénédictions ! » Pour terminer cette comédie, le chasseur demandait humblement l'hospitalité dans sa
propre maison, comme un chevalier errant, égaré au milieu des bois ^ .
Nous Tavons dit en parlant de Lyly ', le ton qu'adoptèrent nos précieuses régnait déjà en Angleterre à la fin du xvie siècle. Les précieuses elles-mêmes existaient, et Jonson leur a donné une place dans sa galerie de personnages ridicules. Il représente quelque part un groupe de femmes réunies en bureau d'esprit, qui tranchent les questions de littérature, qui reçoivent chez elles de prétendus poètes et se piquent de connaître mieux que personne le fin des choses^ comme dit Molière. Leur présomption et leur sottise leur attirent plus d'une avanie. Elles ne peuvent être guéries, comme Cathos et Madelon, que par des humiliations publiques. L'une d'elles, Mme Otter, femme d'un capitaine qu'elle gouverne à sa guise et qu'elle croit le plus docile des maris, entre par hasard au moment où M. Otter, excité par deux plaisants et ne sachant point que sa moitié peut l'entendre, fait une tirade contre les femmes en général et contre la sienne en particulier. Elle écoute, sans se montrer, et le capitaine continue, au grand applaudissement des spectateurs.
CLERIMONT {aprés la tirade du capitaine).
Pourquoi donc alors vous êtes-vous marié, capitaine ?
OTTER
Fil je me suis marié avec trois mille livres de rente, moi; c'était tout ce que j'aimais. Je n'ai pas embrassé ma femme depuis quarante semaines.