Cynthia's Revels
médiatement leurs ouvrages. D avoue, dans un autre passage, que le théâtre n'ofBre pas toujours d'excellents exemples de morale , qu'on y profère trop de blasphèmes, qu'on y peint des mœurs trop corrompues et qu'on y offense trop souvent Dieu et les hommes ^ Il ^t néanmoins des exceptions, et il rend hommage, en passant, aux bons sentiments de quel* ques-uns de ses confrères.
Ses attaques directes sont plus vives encore; elles infligent de cruelles blessures. Jonson ne fait pas grâce aux vieilles pièces qui, après avoir été pendant quelque temps populaires, ont fini par tomber sous le ridicule. Il se moque, lui aussi, de cette fameuse Tragédie espagnole de Kyd sur laqueUe tous les poètes du temps se sont égayés. Il en connaît d'autant mieux tous les défsiuts qu'il a joué le rôle de Hiéronimo et qu'il a même été chargé de remanier la pièce, à son début dans la carrière dramatique. Il ne peut résister au plaisir d'en extraire quelques passages burlesques que nous avons déjà traduits dans notre quatrième chapitre. Lyly, l'auteur de VEuphueSy n'est pas mieux traité que Kyd. Il suffit de le citer pour le rendre ridicule. Jonson l'accable, en insérant dans une de ses comédies des phrases comme celleci : c II est difficile de faire un choix, lorsqu'on en est réduit ou, en gardant le silence, à mourir avec douleur, ou, en paiiant, à vivre avec honte. » Nous reconnaissons le style alambiqué d'Alexandre et Campaspe. Les deux vieilles tragédies de LocHne et de la
/. Dédicace du Fox.
Bataille d'Alcazar sont mentionnées par le poète avec autant de mépris que Hiéronimo, On Ta vivement accusé d'avoir parodié plusieurs scènes de Shakespeare. Gififord le défend contre cette accusation avec plus de véhémence que d'adresse, comme s'il s'agissait d'un crime irrémissible. Sans doute, Jonson n'a point eu les intentions perfides que lui attribuent trop facilement quelques critiques; mais il avait l'humeur maligne, le théâtre de Shakespeare n'est point parfait, et il n'aurait fait qu'user du droit de la comédie en se moquant des fautes de son rival. A coup sûr, on ne peut nier qu'il ait parodié le poème de Héro et Léandre^ traduit par Marlowe, et Damon et Pythias de Richard Edwards *.
Mais ses deux principales victimes sont Marston et Dekker, deux mauvais poètes du temps, qui l'avaient provoqué les premiers et contre lesquels il écrit le Poetaster. Il transporte la scène au temps d'Auguste, il entoure l'empereur des grands écrivains qui ont contribué à la gloire de son règne, il se peint lui-même sous les traits d'Horace, et il introduit, en présence de ces maîtres de l'art, deux méchants auteurs qu'on reconnaît sans peine sous les noms romains de Démétrius et de Crispinus par lesquels il les désigne. Démétrius a la physionomie de Dekker, et Crispinus celle de Marston. Démétrius vit misérablement en arrangeant les vieilles pièces du théâtre latin. Chacun se moque de son ignorance et lui reproche d'être jaloux d'Horace, c'est-à-dire de Ben Jonson. On l'oblige