The Devil is an ass
faire les frais de leurs entreprises. Leur talent consiste à beaucoup promettre et à ne rien tenir, à recevoir de l'argent et à ne jamais le rendre.
Meercraft, en habile homme, ne demande jamais rien, mais il se fait offrir des fonds qu'il accepte et qu'il garde. Ses dupes le pressent de vouloir bien leur faire l'honneur de puiser dans leur bourse. C'est là le comble de l'art. Obtenir de l'argent, c'est habile. Mais se faire prier pour en prendre, inspirer assez de confiance pour que le client vous supplie de vous enrichir à ses dépens, c'est un triomphe. Les Anglais sont passés maîtres dans ce genre de tromperie. C'est chez eux que la mystification industrielle a dû être inventée. Le puff^ le canard sont d'origine britannique. Il paraît qu'au xvie siècle le mouvement des esprits, l'activité du conmierce, la curiosité qui se portait vers les terres lontaines qu'on venait d'explorer excitaient à Londres le goût des aventures et provoquaient l'habileté des spéculateurs en allumant les convoitises de la foule. Le théâtre signale plusieurs fois ce travers. Les pièces du Mendiant de cour et des Antipodes sont dirigées contre les chevaliers d'industrie. Mais le Meercraft de Jonson en est le type le plus populaire.
Une des passions que Balzac a le mieux rendues, c'est l'amour de l'or. Jonson avait conçu, avant lui, le caractère de Grandet. Il introduit sur la scène anglaise un vieillard sordide, âpre au gain, qui sacrifie tout, honneur, probité, affections de famille, au désir d'augmenter son revenu. Comra.e (i^^sysjÀ?^^ ^^ personnage odieux ne se howctW q;vx^ ^xxtvfe '^'^in^^
pensée ; il n'a qu'un but : c'est de s'enrichir chaque jour davantage. Il n'y a pas une de ses actions qui soit indifférente ou inutile. Lors même qu'il cause avec ses voisins ou qu'il s'assied à la table de famille, son idée fixe le poursuit; il remue des chiffres dans sa tête, il calcule, il suppute les chances de perte et de profit, les revenus probables d'une affaire. Il additionne, il multiplie, il divise; il recommence de mémoire et sans relâche toutes les opérations de l'arithmétique. N'attendez de lui ni un bon mouvement, ni une parole sortie du cœur, ni une résolution généreuse. Il est sec. La cupidité a étouffé chez lui tous les sentiments.
Il y a, dans la comédie de Jonson, des situations qui font penser à des scènes analogues d'Eugénie "Grandet. Pennyboy, l'usurier anglais, se fâche contre un domestique qui a dépensé six pence et lui apprend tout ce que cette petite somme pourrait rapporter dans un temps déterminé.
PENNYBOY {au portier de sa maison).
Tu sens le vin, coquin, tu es ivre.
LE PORTIER
Non, monsieur, nous n'avons bu qu'une pinte, un honnête voiturier et moi.
PENNYBOY.
Qui l'a payée?
LE PORTIER
C'est moi qui l'ai offerte.
PENNYBOY.
Comment! et tu as dépensé six pence ? un manant dépenser six pence, six pence !
LE PORTIER
Une fois dans Tannée, monsieur.
PENNYBOY.
Quand ce serait en sept ans, valet! Sais-tu ce que tu as fait, quelle dépense de capital tu as faite? Il pourrait plaire au ciel (car tu es un jeune et vigoureux drôle) de te laisser vivre encore soixante-dix ans , jusqu'à ce que tu en aies quatre-vingt-dix, peut-être cent. Supposons soixante-dix ans. Combien de fois sept en soixante-dix ? Sept fois dix, c'est la même chose que dix fois sept. Fais bien attention à ce que je vais te démontrer sur mes doigts. Six pence, au bout de sept ans, intérêt sur intérêt, en produisent douze : au bout de sept nouvelles années , deux shellings; la troisième période de sept ans, quatre shellings;" la quatrième période, huit shellings; la cinquième, seize; la sixième, trente-deux; la septième fois, trois livres sterling et quatre shellings; la huitième, six livres et huit shellings; la neuvième, douze livres seize shellings; et enfin la tiixième, vingt-cinq livres douze shellings. Voilà ce que tu as perdu par ta débauche, dans le cas où tu vivrais encore soixante-dix ans, en dépensant six pence une fois en sept ans. Gaspiller tout cela en un seul jouri c'est une somme incalculable. Hors de ma maison, fléau de prodigalité * I
Comme l'avare de Balzac, l'usurier de la comédie anglaise affecte une surdité commode qu'il exagère ou qu'il diminue à volonté. Vient-on lui demander de l'argent, il ferme l'oreille à toutes les sollicitations, il n'entend pas un seul mot de ce qu'on lui dit, il a l'ouïe si dure qu'on ne peut pas obtenir qu'il réponde. Lui propose-t-on au contraire un bénéfice, il écoute; quoique vous parliez bas, il n'a pas perdu une syllabe