DAUPHINE
Par ma foi, ils discutent vraiment avec beaucoup de science.
OTTER
Et prostitutor uxoris : cela est positif.
MOROSE (bas à Truewit).
Mon bon monsieur, laissez-moi m'esquiver.
Vous ne voudriez pas me faire cet affront, monsieur.
OTTER
Et, par conséquent, s'il est manifesté frigidus,..
CUTBEARD.
Oui, s'il est manifesté frigidus,}e vous accorde.,.
OTTER
Eh bien! c'était là ma conclusion.
CUTBEARD.
Et la mienne aussi.
TRUEWIT (à Morose), Écoutez la conclusion, monsieur.
OTTER
Alors, frigiditatis causa,,.
CUTBEARD.
Oui, causa frigiditatis,..
Prédécesseurs de Sh. ^"^
MOROSE
mes oreilles !
OTTER
Elle peut obtenir libellum divortii contre vous. \
CUTBEARD. !
Oui, elle obtiendra certainement libellum divortii,
MOROSE
Échos, épargnez-moi I l
OTTER
Si VOUS avouez que cela est...
CUTBEARD.
Ce que je ferais, monsieur...
MOROSE
Je ferai tout ce qu'on voudra.
OTTER
^ Et si vous levez mes scrupules, in foro conscientiœ,..
CUTBEARD.
Si vous êtes réellement dépourvu...
MOROSE i
Encore !
OTTERi
Èxercendi potestate.
Dans la suite de la scène, Morose apprend que le dernier expédient qu'on lui propose n'est même pas bon, car il devait être employé avant le mariage. Après avoir été assourdi par cette bruyante conférence, sans découvrir un seul moyen de salut, il ne sait jf^lus qtie devenir. Quoi qu'il fasse, il est condamné à garder sa femme. C'est un grand mal, et, cé qui est pis encore, un mal qui parait sans remède.
C'est à cette extrémité que son neveu Dauphine voulait le réduire. Quand l'héritier disgracié voit le vieillard bien convaincu de son impuissance et désolé de ne pouvoir rompre son mariage, il se présente comme le Deus ex machina de la tragédie mythologique; il offre un remède inespéré et infaillible, mais à une condition : c'est que Morose lui assurera la moitié de sa fortune de son vivant, et le reste après sa mort. Puis, quand l'acte de donation a été signé, il déclare qu'Épicœne est un homme.
La mystification de Morose a été complète. Tous ses soucis lui sont venus de cette erreur. Voilà une leçon qui ne le guérira peut-être pas de sa passion pour le silence, mais qui le guérira à coup sûr de ses velléités matrimoniales. La morale de la comédie n'est pas claire, car elle donne la victoire au trom^ peur. Mais, si elle n'a voulu que mettre en relief, d'une façon plaisante, les travers d'un caractère exceptionnel, elle y réussit. Elle nous apprend à quels ridicules et à quels mécomptes s'expose un homme, même intelligent, lorsque, avec une manie aussi bizarre et aussi prononcée que celle de Morose, il a la prétention de rentrer par le mariage dans la loi commune et de suivre le vœu de la nature, tout en conservant des goûts qui le contredisent. Sa conduite ne mérite pas un châtiment sévère; mais il est juste qu'elle soit livrée à la moquerie, et c'est la seule punition que Jonson lui inflige. Le fond de cette comédie est essentiellement plaisant; elle est surtout remarquable par l'abondance des situations comiques et par la verve du dialogue.