‹ Prédécesseurs et contemporains de ShakespeareChapitre 70 sur 89 · CHAPITRE X · texte numérisé non relu

CHAPITRE X

La chasse à riiérituge. — Une collection d'originaux. — Le Parasite. — L'avocat Vautour. — Le vieux Corbeau. — Le jeune Corbeau. — Le trompeur trompé. — Qualités et défauts des comédies de Ben Jonson.

Sur le même rang que V Alchimiste, nous placerons une autre création puissante de Ben Jonson, le Renard, qui est resté populaire en Angleterre. C'est peut-être la comédie la plus achevée de Jonson, celle du' moins où se rencontrent les scènes les mieux conduites et les plus fortes. Le caractère principal est extraordinaire, comme la plupart de ceux du poète. C'est un gentilhomme vénitien , riche et célibataire, qui aime passionnément Tor et les jouissances que' la richesse procure. Plutus est sa divinité. Dès la première scène, il entonne en son honneur un dithyrambe poétique, imité d'un fragment de Bellérophon, tragédie perdue d'Euripide, et d'un passage de Pindare. Pour augmenter la somme de sa fortune, eX ^^t ^\v\\^ ç,<^<è.

de ses plaisirs, il n'y a pas de moyen que Volpone ne soit capable d'employer. L'intrigue de la pièce se compose des stratagèmes qu'il invente pour gagner de l'argent. Le plus lucratif et le plus ingénieux de ses artifices consiste à se faire passer pour malade. Il sait que le lit d'un vieux garçon riche et sans héritiers sera assiégé de solliciteurs, et il spécule sur la cupidité de ceux qui l'entourent. Il répand le bruit de sa mort prochaine, il décompose son visage, il entoure sa tête d'oreillers, il s'étend sur des coussins, et il attend la visite des dupes qui aspirent à être portées sur son testament et qui ne peuvent s'approcher de son lit sans lui apporter quelques cadeaux de prix.

Dans cette œuvre de dissimulation profonde, il a pour auxiliaire un personnage très spirituel et très plaisant dont Jonson a tracé le portrait avec beaucoup d'art, le parasite Mosca. Ces deux fourbes jouent chacun leur rôle en acteurs consommés. Mosca reçoit les visiteurs, encourage les espérances de tous, les assure" à tour de rôle de ses bons offices, et leur extorque leur or.

Nous voyons défiler devant nous, dans une série de scènes excellentes, tous les candidats à l'héritage, l'avocat Voltore, le vieux Gorbaccio, le jeune Gorvino, et jusqu'à là femme de quarante ans, jalouse et avide, lady Politick-Would-Be. Tous tombent successivement dans les pièges que leur tend l'habile parasite; tous se croient maîtres de la succession ; tous témoignent leur joie par quelque marque de leur générosité , et tous servent de texte aux plaisanteries du

mordant Volpone et de son complice. Ce qui rend ces scènes si piquantes/ c'est le contraste qu'offrent la crédulité et la simplicité des héritiers avec le ton de persiflage et Tempressement ironique de Mosca. Celui-ci se moque d'eux sans qu'ils s'en aperçoivent ; il flatte leurs désirs en les perçant de ses épigrammes déguisées, et il procure à son maître le double plaisir de les dépouiller et dé jouir du spectacle de leur sottise.

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