‹ PrédestinéeChapitre 17 sur 18 · SAINT-PIERRE DE ROME · texte numérisé non relu

SAINT-PIERRE DE ROME

Il me semble être encore au jour où j'ai vu Saint-Pierre pour la première fois. Je suis arrivée le cœur tout ému sur cette grande et splendide place qui est un monument unique en ce monde. Des troupes défilaient entre l'Obélisque et les fontaines jaillissantes; les tambours battaient, les clairons sonnaient, le soleil illuminait cette grande scène. Je ne sais quel chant de gloire et de triomphe semblait sortir de toutes choses et s'unir à l'hymne de reconnaissance et de joie qui retentissait dans nos cœurs.

Je connaissais depuis mon enfance la place et l'église de Saint-Pierre, mais aucune image ne m'avait donné une idée de la subHme harmonie qui unit tous ces monuments. Je n'avais pas vu cette longue chaîne de saints qui règne sur la colonnade du Bernin et qui fait une céleste couronne à la croix du Sauveur s'élevant en triomphe sur l'obélisque païen comme sur un

ennemi vaincu. Je n'avais pas lu cette sublime inscription tracée sur le piédestal et qui est le chant de victoire du christianisme triomphant : « Le Christ a vaincu ! Le Christ règne ! Fuyez f ennemis du Seigneur; le lion de la tribu de Juda a vaincu. »

J'ai entendu bien souvent critiquer l'église de Saint-Pierre. Certainement ce n'est plus là la piété austère et mystérieuse de nos vieilles cathédrales ; mais en entrant dans cette grande église si vaste et si sonore où le soleil d'Italie verse des flots de lumière, où toutes les richesses de l'art et de la nature amoncelées autour des saintes Reliques semblent comme un éternel monument du respect et de l'amour du peuple chrétien, on se sent transporté, saisi d'une foi profonde. Oh! comme le cœur m'a battu lorsque je me suis mise à genoux sur la Confession de Saint-Pierre, sur ce pavé de marbre où tant de générations se sont agenouillées avant moi, à côté de cette lampe qui brûle depuis tant de siècles sur la tombe du pêcheur ! Comme je me sentais heureuse d'appartenir à notre sainte Église !

Nous avons voulu voir une dernière fois Saint-

Pierre, la veille de notre départ. On célébrait l'office dans la Confession des Saints Apôtres, à cette même place où les premiers chrétiens déposaient les corps de leurs chefs comme une précieuse semence. Ce germe a grandi maintenant ; sur la grotte ignorée où quelques hommes inconnus sont venus les premiers adorer Dieu en esprit et en vérité, l'Église du Christ a élevé le plus beau de ses temples, celui d'où elle répand sur le monde entier ses lumières et ses bénédictions.

J'ai descendu avec émotion et respect le petit escalier de la Confession. Un enfant de chœur nous précédait portant un grand cierge allumé. Après quelques pas dans un corridor circulaire couvert de marbre et de sculptures, nous sommes entrés dans une petite chapelle étroite en forme de croix. Un autel s'élève au fond, tout étincelant d'or et de pierreries ; c'est là que reposent les restes précieux de saint Pierre et de saint Paul. Des lampes brûlaient devant l'autel; un prêtre disait la messe, deux ou trois autres étaient à genoux devant lui prêts à recevoir la Communion. Je me prosternai tout émue; j'aurais voulu pouvoir baiser cette terre sainte !

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