‹ PrédestinéeChapitre 16 sur 18 · RETOUR A ROME · texte numérisé non relu

RETOUR A ROME

9 mai.

Voici plus de huit jours que nous sommes revenus dans la Ville éternelle. De Naples à Rome nous avons fait un voyage charmant en aimable et nombreuse compagnie. Nous avons

couché le premier jour à Mola di Gaëta. La soirée était admirable : le ciel était d'un bleu foncé ; la lune envoyait sur les flots des torrents de lumière argentée ; le parfum des orangers en fleur nous enveloppait. Sur la terrasse de l'hôtel j'ai dit un dernier adieu aux doux enivrements de Naples

En entrant à Rome, on se sent subitement lancé dans un monde nouveau. Tout est grave, sérieux, triste même, mais de cette tristesse qui élève l'esprit et produit les grandes pensées. Tout parle au cœur; chaque pierre est comme un poème qui révèle à l'âme les grands mystères de ce monde et de l'autre. 11 n'y a pas une fibre de l'âme qui demeure muette devant cet admirable spectacle. On est entraîné à mêler sa voix à cette merveilleuse harmonie qui sort des abîmes du passé et va s'élevant, à travers des horizons lumineux, jusqu'aux splendeurs de l'éternité.

Oh! comme je me sens loin maintenant des enchantements de Naples!... Comment ai-je pu écouter ces voix de la terre, tandis qu'ici m'attendaient les chants du Cieli...

Je voudrais pouvoir écrire toutes les émotions que j'ai ressenties, toutes les grandes choses que j'ai vues, tous les mystères que les harmo-

nies de Rome m'ont fait comprendre!... Mes pensées sont trop vives, trop ardentes. Mais cette multitude d'impressions diverses ne m'accable pas, parce qu'elles se rassemblent toutes dans une seule et suprême pensée. Pour les catholiques, les splendeurs de Rome sont comme ces degrés que Dante voyait dans son paradis et qui venaient aboutir au centre même de la lumière. La grande voix du passé, la magnificence des arts, les ineffables souvenirs des saints, tout est pour eux comme un concert immense qui monte de la terre au ciel!... Ils ont reconnu la vraie Jérusalem, dont toutes les parties sont liées entre elles et se rapportent à l'unité.

Et c'est maintenant que j'ai compris tes charmes mystérieux et divins, maintenant que tu as illuminé mon âme de tes ravissantes clartés et que tu as séduit mon cœur par l'attrait des choses du ciel, c'est maintenant qu'il faut te quitter, ô Rome, mère tendre et bien-aimée ! . . . J'avais besoin de tes douces leçons; mais Dieu, je l'espère, fortifiera et gardera ces semences précieuses. Oh! que ma langue s'attache à mon palais, que ma main se dessèche si jamais je t'oublie ! Que ton image chérie ne s'efface jamais de mon cœur, que le son de tes célestes harmonies retentisse toujours dans mon âme, et que

les jours les plus sombres de la vie ne puissent jamais voiler entièrement les rayons de lumière dont tu m'as inondée!

Page 1