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EXTRAITS DES OEUVRES DE P. DE BESSE

Pierre de Besse, prédicateur limousin, né au bourg de Rosiers, en 1568 , mort en 1639 l , fut principal du collège de Pompadour à Paris , et chanoine-chantre de Saint-Eustache; il prenait tantôt le titre de prédicateur du roi Louis XIII et tantôt celui de prédicateur et aumônier de Henri de Bourbon , prince de Condé. S'il a dû ces places à son éloquence,

■ II a beaucoup travaillé; on connaît de lui , outre ses ser> mons , plusieurs autres ouvrages qui ont été publiés sous le titre de Conceptions théologiques, Paris, 1606-1608, 6 vol. mMK Il nous apprend dans une de ses préfaces que ses sermons se débitaient très-rapidement et qu'iV n'en demeiiroit point en boutique de libraire. Son Carême seul a eu dix éditions en dix ans.

il paraît qu'elles se donnaient à bon marché ; on en peut juger parles extraits suivants : « J'ai pressé, dit-il , l'ennemi dans les plus belles chaires ; je l'ai poursuivi et battu par mes écrits au-delà des frontières étrangères : j'ai chamaillé tout un avent sur les péchés et l'hérésie , les quatre fins de l'homme me servant de sujet , la parole de Dieu de coutelas , et l'église Saint-Severin de théâtre. » Voici comment il parle lui-même de ses pièces d'éloquence : « En travaillant pour les François , il falloit les border de galons à leur langage ; le latin y eût été une couleur trop bizarre : je les ai parés richement , leur faisant prendre leurs meilleurs habits et quitter ceux d'à tous les jours ; puisqu'ils doivent paroître publiquement les jours de dimanches , il faut bien qu'ils aient leurs habits des bonnes fêtes. H est vrai que pour les vêtir si richement , je me suis endetté grandement, et que j'ai enlevé à crédit beaucoup d'étoffes en plusieurs riches boutiques. Je puis bien me vanter d'être le maître maçon et l'architecte de l'édifice : aussi suis-je limousin. Qu'on me fasse crédit d'éloquence : car ces fleurs de bien dire , qui naissent sous le doux air de France , ne peuvent s'épanouir sous le rude climat de la Guyenne. Je me suis souvent étendu , parce qu'à mon jugement les discours doivent ressembler aux banquets , où il vaut mieux qu'il y ait trop que pas assez , etc. » Il dit ailleurs en homme vraiment de son pays : « C'est un limousin qui a bâti cet édifice , et si tu y reconnois , lecteur , des imperfections , que tout ne soit point

au plomb ou à Fçquerre ; que la façon du bâtiment ne soit point belle ; que les pans des exordes , narrations et conclusions ne soient bien flanqués ; que les périodes ne soient pas bien cimentées ; que les étages de la disposition soient mal dressés ; les saillies et ouvertures des apostrophes et exclamations mal jetées ; bref , que l'air , l'assiette , le plan et l'invention n'en soient pas belles , je veux dire si tu veux tant faire le renfrogné censeur et maitre cérémonieux que de décrier cette œuvre pour y avoir de la rudesse et des pièces mal taillées ; représente- toi que ce n'est pas un courtisan, mais un étranger; non pas un citadin , mais un rural qui parle , et que l'oiseau se sent toujours de son ramage. Mais aussi , si tu y trouves du mérite , dis une fois en ta vie :

vivent les Limousins. » Parlant de la mort»

l'auteur s'exprime ainsi : « (TejRt un officier impitoyable , exploitant partout , nonobstant toutes appellations , oppositions ou privilèges , jusque» même dans les palais des papes et des rois, l'heure de la mort est incertaine ; les maladies en sont les ajournements. » Dans une de ses préfaces, il avertit « qu'il n'a pas épargné l'étoffe dans ses harangues > mais que les maîtres d'hôtel de la maison de Dieu ( c'est-à-dire les prêtres ) en retrancheront ce qu'ils voudront. »

Notre singulier orateur songe à tout , il va jusqu'à •présenter à ses confrères un modèle de consolation pour un criminel qu'ils auraient à assister au moment du supplice; cette pièce est assez , curieuse :

« Monsieur mon frère ou mon ami , faut-il dire au patient , tous les anges vous cueillent des roses et des lys pour vous couronner : c'est pour vous que le Ciel est maintenant en fête et en attente de vous embrasser. Voudriez-vous cependant vous amuser à trembler de frayeur et reculer votre bonheur? il faut mourir allègrement et faire comme le cygne , je veux dire , mourir en chantant. Courage, ouvrez les yeux, voyez comme tous les saints vous tendent les bras : tous courent au devant de vous, tous vous souhaitent et vous désirent ; le paradis est en triomphe pour recevoir votre ame : faites donc que ces saintes et belles compagnies s'aperçoivent que vous ne les allez point voir à regret. Reprenez vos esprits: quelle heureuse journée pour vous ! Un grand capitaine , exhortant ses soldats en un jour de bataille , leur disoit ainsi : Compagnons , combattez vaillamment : car ce soir vous souperez tous en l'autre monde et y ferez bonne chère. Mon ami , je vous fais la même exhortation , et vous dis encore mieux : Combattez cette sotte frayeur qui vous amuse, passezlui sur le ventre, prenez congé joyeusement du monde ; vous souperez ce soir avec les anges. »

Pierre de Besse, dans son premier sermon de l'Avent sur le jugement dernier, dit : « L'Ecclésiastique, ce théologien des cieux , et métaphysicien du monde , se jetant sur les emblèmes et les hiéroglyphiques mystérieux , va représentant sur le théâtre de l'Ecriture deux personnages divers : l'un sage infiniment, et l'autre fol en haute gamme; celui-là

portant son cœur en la main droite , et celui-ci en la gauche , et une lettre qui dit en forme de devise : Cor sapiens in dextrà ejus et cor stulti in sinisttâ illius. S. Jérôme admirant ce dessein et entrant dans ses obscurités , en veut être le truchement , s'en déclare l'interprète , et dit que tout cela se doit entendre du jugement où les élus seront mis à la main dextre, et les damnés à la sénestre. »

Dans son sermon sur la présence réelle dans le sacrement de l'Eucharistie , ce prédicateur s'écrie : « Il faut attacher au pied de la montagne , l'àne de

nos sens Diogène , le petit philosophe , cherchoit

en plein midi un homme avec une lanterne : ô I Diogène , c'est ici , c'est bien ici qu'il faut chercher l'homme, Jésu$-Christ , en plein midi, c'est-à-dire, au plus clair de nos sens, avec la lanterne de la foi. Elle nous conduit en l'église pour adorer le Fils de Dieu au sacrement de l'autel , entre le foin et la paille, qui représentent les espèces sacramentales. Susanne, la plus chaste femme qui fût en Babylone, a été accusée faussement par deux vieillards. Cette Susanne , c'est la foi , la plus belle qui soit au royaume des vertus, eit la plus certaine au quartier des science», laquelle est injustement accusée d'erreur et d'idolâtrie en ce saint Sacrement par deux vieillards, le sens et la raison, qui ne peuvent comprendre ce mystère C'est ici qu'il faut dire :

Credo in Deum Patrem omnipotentem. Il faut suivre la foi , si on ne veut pas se perdre mille fois. Sans elle, les Capharnaïtes se sont perdus ; sans elles les Bé-

rengers ont fait naufrage ; sans elle , les luthériens ont commis tant de blasphèmes ; enfin sans elle , les calvinistes sont tombés dans les figures, dans les ombres , dans les chimères , et voulant nier la réalité du corps de J.-C. en ce Saint-Sacrement, ont bâti un procès fort dangereux et tout chicaneux contre l'Eglise', duquel, afin que vousayeà connoissance, je vous veux faire voir premièrement la production des catholiques, et puis vous verrez celle des hérétiques; et si nous sollicitions bien à cette heute, nous obtiendrions un bel arrêt au profit de notre Eucharistie...... » L'orateur, après

avoir établi sa créance , passe en revue toutes les pièces du procès ; il fait intervenir tous les hérésiarques, tels que Jean Scot (non le docteur subtil ) , Bertram , Berenger , Jean Wiclef , OEcolampade , Calvin, Luther4, etc;, etc., et les qualifie chacun ; ensuite l'Eglise produit à son tour ses pièces , qui «ont aussi très-détaillées. Ce sermon , chef-d'œuvre dé ridicule , finit ainsi : » Ne dites donc plus que cette transsubstantiation soit impossible ; et confessez , une fois convaincus de la vérité , que celui qui a bâti le monde de rien, Adam de boue, Eve d'une côte ; que celui qui a changé les eaux en sang , les vergés en serpens, les rochers en fontaines, et les femmes en rochers , peut bien aussi changer , convertir et transsubstantier le pain et le vin en son corps et en son sang : et nous , 6 fidelles , ô catholiques ! concluons à tous dépens , dommages et intérêts et à l'amende , contre ces brouillons , plaideurs , 1 rou-

bleurs et chicaneurs hérétiques. Vous êtes , 6 royale Eucharistie ! ce bel agneau pascal , qui nous délivrez de la captivité de Pharaon qui est Satan ; qui nous faites sortir de l'Egypte de ce monde ; et nous faisant passer par la mer rouge de la passion de Jésus- Christ que vous contenez réellement , nous conduisez dans la terre de promission , qui est la gloire éternelle , que je vous souhaite. »

Le sermon de Pierre de Besse nous rappelle un procès du même genre, imaginé par le fameux Barthole, rédacteur de la Bulle d'or : les plaideurs sont la Vierge et le diable. Ce morceau est assez curieux.

Le diable prétendant remettre les hommes sous le joug auquel le péché d'Adam lçs avait soumis , assigne le genre humain devant le Tribunal de Jésus-Christ. L'assignation donnée aux termesdu droit est à trois jours , elle se trouve échoir un vendredi saint. Le diable cite à Jésus-Christ les lois qui ne permettent pas d'assigner à un jour de fête; Jésus- Christ dispense de cette formalité en vertu d'autres lois qui donnent ce droit aux juges en certains cas. Alors le diable comparaît plein de rage , et demande si quelqu'un ose parler pour le genre humain. La Sainte Vierge se présente; le diable intéressé à empêcher cette plaidoirie , propose deux moyen* de récusation : le premier, que la Sainte Vierge étant mère du juge , eue pourrait trop aisément le faire prononcer en faveur de sa partie ; le second , que les femmes sont exclues des fonctions d'avocat. H

appuie ces deux motifs sur des paragraphes" tirés du Digeste et du Code. La Sainte Vierge allègue de son côté les lois qui autorisent les femmes à plaider pour les veuves , les pupilles et ceux qui sont dans la misère. Marie gagne cet incident ; et Jésus-Christ lui permet de plaider pour les hommes. Le diable demande la provision , comme ayant été possesseur du genre humain depuis la chute d'Adam , le tout Suivant la maxime de droit , spoliatus anteà restituer*dus; il fait valoir pour lui la prescription. La Vierge lui oppose le titre du droit , quod vi aut clam, lui soutient qu'un possesseur de mauvaise foi ne peut acquérir par la voie de prescription, et lé prouve par la loi III, dernier paragr. du Digeste : de acquirendâ possessions. Jésus-Christ déboute le diable de la possession par lui demandée ; le fond du procès se discute de même par citations de lois et de paragraphes. Enfin intervient le jugement définitif qui est très-singulier ; il contient une espèce de vu de pièces : ensuite de quoi Jésus-Christ, du haut du ciel, le jour de Pâques , rend une sentence par laquelle , en déchargeant le genre humain des imputations à lui faites par le diable , il condamme celui-ci à la damnation éternelle. La sentence est rédigée par St. Jean Tévangéliste qui sert de greffier , et par S. Jean- Baptiste. St. François, St. Dominique, St. Pierre, St. Paul , St. Michel et autres Saints , servent de témoins. Là sentence est datée du 6 avril 1311. Alors les anges , pour célébrer le triomphe de la Vierge , la félicitent en chantant en chœur : Salve Regim, etc. , etc.

ANECDOTES

Le Curé de Pierre-Bussière, prédicateur limousin comme Pierre de Besse , disait à ses paroissiens dans le langage de son pays.

<( Quan se vendro ïou jour deu jugamen , Diou me demander© que jou ly rende compte de vou autres, et me apelaro : Chapelo de Peyre-Busiero, en quai eytat son ta olia ? et you ny mot. Et eu me apelaro enquero et me diro : Chapelo de Peyre- Busiero, en quai eytat son ta olia? et you ny mot. Et enquero eu me diro : Chapelo de Peyre-Busiero, en quai eytat son ta olia? jusque a tre viage ; et you ly respondray : Seigner ! beytia la m'a beylada , et beytia la te rendi. »

Traduction : « Quand ce viendra le jour du jugement, Dieu me demandera que je lui rende compte de vous autres, et m'appellera : Chapelain de Pierre-Bussière, en quel état sont tes ouailles? et moi, pas un mot. Il m'appellera encore et me dira : Chapelain de Pierre-Bussière, en quel état sont tes ouailles? et moi , pas un mot. Et encore me dira-til : Chapelain de Pierre-Bussière , en quel état sont ' tes ouailles ? jusques à trois fois. Enfin je lui répondrai i Seigneur ! bêtes tu me les a baillées , et bêtes je te les rends. »

Un Curé de campagne commença un jour son prône de la manière suivante : « Mes frères, j'ai à

vous entretenir aujourd'hui de trois choses : la première , vous l'entendez et je ne l'entends pas ; la seconde , je l'entends et vous ne l'entendez pa* ; la troisième , ni vous ni moi ne l'entendons pas beaucoup. La première que vous entendez , c'est de fréquenter les cabarets, et c'estce queje n'entends point. La seconde que j'entends, c'est que vous me payiez la dixme , et c'est ce que vous n'entendez point. Enfin la troisième que vous et moi n'entendons pas beaucoup, c'est l'évangile du jour*; mais si je ne m'en tire pas bien ce dimanche-ci , l'autre dimanche ira mieux. »

extraits de cinquante-deux sermons du p. bosquier sur La parabole de l'enfant prodigue.

Philippe Bosquier, religieux cordelier, né à Mons en 1561 , et mort à Avesnes en 1636 , a composé cinquante-deux sermons , et, chose singulière, tous sur la parabole de l'enfant prodigue l . Us ont d'abord paru sous ce titre : l'Académie des péclteurs, bastie

1 II est encore auteur de plusieurs autres ouvrages parmi lesquels on remarque le Petit rasoir des ornemens mondains , tragédie. Mous , 1589 , i/i-12; et le Fouet de V Académie des pécheurs. Arras , 1597, i/i-8°. Lui-même a mis tous ses ouvrages en ordre et les a fait imprimer à Cologne , 1621 , 3 vol. in-fol. Bosquier ne manquait pas de talent ; il s'était acquis la réputation de bon prédicateur; mais ses sermons sont infectés de tous les défauts qui déshonoraient la chaire à l'époque où il a vécu. On va s'en convaincre en lisant les extraits ci-joints.

sur la parabole du prodigue évangélic (sic), par Fr.-> Pkil. Bosquier, montois, de l'ordre de S. François, Mons, 1596, *n-8°; ils ont ensuite été imprimés à Paris, 1611, 4 vol. in-$° et dédiés à Louis XIII, « parce que , dit Fauteur, il n'a pas eu la consolation de faire à Henry IV ce présent, bien qu'indigne de sa grandeur, néanmoins futur témoin fort croyable de la grande dévotion d'un étranger vers un roy étranger , d'un frère mineur flamand vers un roi de France, qu'il ne vit jamais qu'en pourtrait et sur les tableaux éternels des livres et de la renommée. » Ce cordelier dit dans sa préface « qu'il avoit couvé ce sien œuf environ huit ans, afin qu'il eût quelque chose de vital et de vigoureux. » Cet œuf n'est autre chose que le sermon de Menot dont nous avons parlé , mais qui est amplement augmenté de détails singuliers et paraphrasé de la manière la plus burlesque. L'abbé d'Artigny , dans ses Nouveau» Mémoires d'histoire, de critique et de littérature, tom. VI , pp. 359-424 , rapporte un sermon sur l'enfant prodigue, qu'il s'est amusé à composer de tous les endroits les plus saillants et les plus divertissants , choisis dans les cinquante-deux sermons de notre fécond prédicateur qui se vante de n'avoir pas négligé le récréatif honnestement entresemé. Nous ne donnerons pas en entier le sermon analytique de d'Artigny ( 64 pages nous font peur ) ; mais nous allons en présenter quelques passages qui nous ont paru les plus récréatifs, pour nous servir de l'expression du P. Bosquier.

L'orateur annonce d'abord son texte : Homo quidam habuit duos filtos, etc. ; puis il entre ainsi en-matière :

« Ce dévot et doux-coulant docteur saint Bernard , écrivant sur les cantiques de Salomon , nous montre gentiment quelle méthode ou quel ordre doit suivre le chrestien soigneux de son salut. ... Or la connoissançe de sa misère estant une science très-salutaire , et l'intelligence de l'origine des misères humaines qui viennent de nos péchés , estant très-fructueuse , puis la science de bien faire pénitence , et la grande miséricorde de Dieu envers les pénitens , estant un lardon délicat pour nous affriander et amorcer à l'amour que nous lui devons , je n'ai pu trouver chose plus convenable pour m'acquitter de mon ^devoir qui est d'enseigner, et pour le vôtre qui est d'apprendre , que de vous faire sermon sur le texte

de l'enfant prodigue , comme on l'appelle Or

en ces miennes leçons n'attendez, mes chères âmes, tant un style fardé et bardé , que des discours armés ; car je ne veux chatouiller les oreilles seulement , mais , s'il m'est possible , forcer et contraindre les cœurs à haïr les péchés et réduire sous le joug des lois divines les volontés rebelles et révoltées. Pour lequel but atteindre , demandons aide et secours d'en haut par l'intercession de l'unique patronesse ( sic) de mes desseins , la sacrée mère vierge Marie, disant Ave Maria. »

Après cet exorde , le P. Bosquier entre dans beaucoup de détails qu'il a créés pour rendre l'histoire de l'enfant prodigue plus intéressante et plus profi-

table à son auditoire. Il commence par blâmer « l'outrecuidance du jeune homme de l'Evangile qui , résolu et assuré comme un petit César, s'approche de son père et lui dit : Mon père , donnezmoi la portion du bien qui me revient ; je ne suis plus en âge d'être sous la verge; j'ai passé mes quatorze ans de tutelle; je suis, ce me semble, assez sage pour être affranchi et hors de page....... Voilà

la première prouesse de ce jeune capitaine. Encore, grâce à Dieu , c'est heureux (continue notre cordelier ) qu'il n'ait pas robbé et pillé son père en cachette, comme fit jadis notre Père saint François avant sa pleine conversion »

Le prédicateur profite de cette circonstance de la demande effrontée de l'enfant prodigue , et de l'adhésion du père pour « faire une leçon utile aux pères et mères sur le fait de leur trop grande indulgence et nonchalance en l'instruction de leurs enfans. Si la nature ne peut estre changée,. dit-il, l'accoutumance est une autre nature ; ainsi que vous dresserez vos enfans , ainsi vous les naturaliserez. . . . Si vous les dressez et accoutumez au mal , vous bannissez d'eux à jamais la vertu , et les * rendez comme impuissans à faire autrement. O coutume! ô nature!

» Que dirai-je de vous autres , pères cruels , non plus pères , mais vipères, mais Saturnes lunatiques, qui dévorez , perdez , ou estes cause de la perdition de vos enfans, non-seulement privative sans rien faire , mais aussi active perpétrant devant eux choses par lesquelles vous les rendez corrompus. .

» 0 chose déplorable! ô larmes; où estes- vous retirées? Accourez à la file, fontaines, rivières, mers, océans , accourez et passez par les canaux de mes yeux pour déplorer dignement une destruction tant lamentable. Déploye-toi , et débande-toi , ma langue , pour contester contre un massacre si bar* bare

» Ne voit-on pas dans le monde des mères si folles qu'elles apprennent à leurs filles comme Hérodiade à la sienne, ou par préceptes ou par exemples, à marcher à pas composés et compassés par art , à s'entourer de vertugades, vrayes cache-bastards , à se f risoter le poil , à faire de leurs cheveux chignons entrelassés , à se gauderonner , à rétrécir le corps et le rendre plus grêle que jonc , à s'imposer jeunes et austérités diaboliques , à se pourprer et farder le visage , à se rekidre pasles comme bon leur semble , voire même à danser, cabrioler et bien baler. Misêv râbles mères de plus misérables filles , savez-vous pas que les singes aiment tant et si follement leurs petits , les accolent , les estreignent et serrent d'embrassemens si forts que souvent elles les étouffent et tuent? Et vous, vrayes singesses {sic), craignezvous pas qu'enfin amignardant si douillettement vos enfans , vous ne les froissiez et ruiniez ici et eu l'autre monde? O amour aveugle! ô singerie, cœcus amor protis ! sottes mères , n'aurez-vous pas la patience d'attendre pour les corrompre qu'elles aient l'âge de discrétion? Pourquoy abreuvez-vous de vanités et de mondanités vos fillettes pendantes encore à la mamelle?

» À peine les enfans commencent à cheminer qu'ils veulent essayer ce qu'ils n'entendent pas encore ; et quand ils viennent en connoissance de la malice du fait , accoustumés qu'ils sont , ils n'ont plus le pouvoir de s'en déporter. D'un côté , ils voyent les pères yvrognes , adonnés aux jeux de hazard , etc. ; de l'autre , ils apperçoivent la mère goulue, friande, paillarde; et pourquoy non? comment pourroient-ils estre autrement les enfans, ayant tels exemples domestiques? Le père, d'une part , regorgera par les yeux un vin indigest , il se farcira de viandes; et les enfans se contenteront-ils de ronger les os comme des chiens? seront-ils sobres ? La mère .. d'autre part, sera fameuse et pécheresse notable comme uue Madelaine , elle fera mille fois cocu son pauvre Jean ; espérera-t-on que , sou& telles disciplines et sous tels exemples , les filles puissent estre de chastes Pénelopes ou de pudiques Lucrèces? »

Quand l'orateur arrive au partage que le père fit de son bien entre ses deux fils , au divisit Mis subttantiam smm, il parle ainsi de l'emploi que le prodigue fit de sa portion :

« Sitôt que le don fut fait , il amassa tous ses meubles et immeubles de la ville et des champs ; c'est-à-dire, qu'il mit tout à l'encan; il fit tout priser , en fit de la clinquaille , et enferma tout soii bien dans le clos d'une bourse. Il s'achemina d'abord en

région lointaine Quant à la manière dont il se

gouverna > l'Evangéliste le dit en un mot qui com-

prend mille secrets que je voudrois avoir loisir et licence de découvrir : et ibi dissipavit substantiam suam, et là il dépendit ( dépensa ) toute sa chevance ; et si vous demandez comment ? il vous répond , vivendo luxuriosè ; selon notre version françoise , vivant prodigalemént , luxu ri eu sèment. Là il gaspilla tout, menant une vie animale et bestiale , ayant toujours à Fentour de soi je ne sais quelles Lais et Thaïs àdextre et à senestre. Là, là, pour faire tomber ses mignonnes en ses retz, il fut pompeux, il fit venir à soi drappiers, grossiers 9 marchands de soye , se fit accoustrer de pied en cap , qu'il n'y eut que redire ; il se fit faire chausses bien tirées , fines chemises , collets gau-> dronnés, ouvrés en mille façons diverses, tocques de Florence , mules à la vénitienne , toutes sortes d'amorces de paillardise , exquises en prix , nouvelles en façon , et sans nombre. Là , là , pour mieux faire sa besoigne , il dissipa son bien en courtoisies , donnant à ses mignonnes robes* de fin drap , satinées , damasquinées, déchiquetées, maîtrisées; cheveux étrangers, oreillettes, attifets, guirlandes, ratepennades * , anneaux, parles, joyaux précieux et tout ce que le coeur sauroit désirer , promettant toujours de plus en. plus, ibi dmipavit wbstantiam $uam vivendo

1 C'était sans doute un bijou en forme de chauve-souris v car le vieux mot ratepennade ( formé de rat et penne , plume ), signifie chauve-souris ; et nous avons déjà vu que ce vilain animal ou du moins sa forme, n'était point étrangère aux modes adoptées par les dames dans ce siècle au bon ^oût.

tttxuriosè. Là , là , pour ébranler les cœurs de ses mignonnes, dépendoit-il son bien, leur amenant aux fenêtres un tas de joueurs d'haut-bois , de cornets , de luths , de violons , joyeux chantres de son doux martyre , faisant des jeux , des danses , des luttes , des bastions. La, là, dépendit-il tout en banquets faits à des escornifleurs et veneurs de repue-franche et de nappes mises ; en banquets faits aux dames , en chambres, en jardins, en la ville, aux champs, depuis midy jusqu'à minuit, et à toute heure il tenait table ronde : car le proverbe commun est véritable, que de la panse vient la danse. Là, là, en ces excès dissipa-t-il toute sa chevance. Jamais le pèlerin de Jéricho fut si dépouillé et rendu si pauvre par les voleurs ? Jamais le Carybde glouton dévora tant de galères ; jamais le baratron d'Athènes mit à fin tant

de prisonniers, qu'en telles choses ses p lui

dévorèrent ses écus. Tout fut abymé, tout perdu pour lui , non par naufrage, non par maladie, non par fortune ; mais vivendo luxuriosh , menant une- vie

bestiale avec les

» Après que le ventre de sa bourse fut tout vuidê par les cly stères et rhubarbes de ses paillardises ; après que ses harpies belles et sales, vrayes sangsues, ses baladins et joueurs d'aubades , vous lui eurent comme désentraillé ses coffres, chausses et pourpoints mis à l'encan ; après que ces galloises que tant éperdûment il aimoit , vous eurent habillé ce folâtre muguet en cueilleur de pommes , en brûleur de maisons , si qu'à grand peine il lui restoit

une chemise autant nette > je crois, que celles des forgerons de Vulcain , nouée sur l'épaule , pour coin vrir sa pauvre peau ; en somme après que ce paon naguère si fièrement brave fut déplumé , et qu'il n'eut plus un seul os à frire, voici à la bonne heure, l'amie de la virginité, l'ennemie de paillardise, la famine qui travailla cette région , famine si grande que lui-même fut aussi en nécessité. Alors il s'en alla bien misérable, car ses bonnes hôtesses, après l'avoir plus écume que n'est la mer par ses pirates , plus déplumé que n'est la colombe par le milan, plus pressé que n'est la grappe de raisin par le pressoir ; ses bonnes hôtesses , disons-nous , l'avoient fait saillir dehors à grands coups de bâton et de langue f payemens dignes de tels services rendus à telles maîtresses , qui comme des harpies pleines des dépouilles de leurs amans lés déchassent honteusement de leur nid à coups de griffes et à coups de bec, et disent avec une risée cruelle : A d'autres, ceux-ci

sont plumés Il sortit du lieu déshonnête plus

vite que le pas , à mon avis , vite , vite , sans dire beaucoup d'adieux; il ne retourna pas, je crois,

pour prendre son bonnet de nuit

« Or , maintenant nous sommes parvenus à l'endroit où l'Evangéliste déclare notre prodigue avoir été porcher , gardeur de cochons , misit illum ut pasceret porcos. Ce bourgeois mit le prodigue au métier le plus vil qui soit , pour la vileté de l'animal ; au plus dégoûtant , pour la saleté de l'animal ; au plus fâcheux , pour le peu d'obéissance et l'inquiétude de

cet animal. Car la brebis suit volontairement Je berger marchant devant , tandis que le porc chassé à grands coups de fouet, à grand'peine veut-il marcher. Métier maigre sur tous , pour la stérilité de l'animal, qui ne donne lait comme la vache, ni laine comme la brebis , ni comme le chien sentinelle fidèle , ni service comme le cheval , ni port à dos comme l'âne, ni labourage comme le bœuf; métier mal-plaisant sur tous , car cet animal est toujours murmurant, grognant, grommelant, mutinant, soit qu'il marche , soit qu'il se couche , soit qu'il dorme....

» O prodigue , que cela te dut être amer ! à toi jadis tant emmusqueté , issu de si bonne maison , et juif de nation (comme je suppose) \ qui devais abhorrer par nature et par loi , et les porchers et la chair de porc. C'eut été chose tolérable, si ton maître t'eût dit seulement : Va , mon enfant, donne à manger à mes lévriers et à mes gros matins d'Angleterre ; mais on te dit, Pauvre garçon, va, prends soin de bien engraisser mes cochons. Quel abaissement ! et cependant digne de sa personne ; car à qui enverroit-on mieux quelqu'un qu'avec ses semblables? il a voit vécu une vie de porc, et Dieu permet qu'il soit colloque avec les porcs ; il avoit servi les truies à face humaine , il sert les truies à trogne de truie ; il avoit vécu goulûment , il accompagne et sert un animal goulu »

Enfin le prodigue se décide à aller trouver son père et lui demander pardon. « Mais , dit le prédi-

cateur, pourquoy né lui écrivit-il pas? Je pourrais répondre que ce garçon fut peut-être si bien appris, que, grâce à Dieu, il ne savoit ni lire ni écrire, non que le père ne l'eût mis à l'école , mais par sa nonchalance , pour avoir toujours fait ses volontés , et ( si petit bout d'homme qu'il étoit ) , pour avoir toujours été aussi indisciplinable aux lettres qu'un âne à la lyre , une truie à la quenouille , ou un porc

à la trompette Quoi qu'il en soit , il arrive chez

son père qui le reçoit à bras ouverts , lui donne mille baiseft damer et s, le fait brave, l'affuble d'une robe damasquinée ou autre , la meilleure et la plus riche de toute sa garde-robe , lui met la bague de diamant au doigt , le fait chausser de brodequins ou de mules à la vénitienne , le festoyé de la meilleure bête de son troupeau , loue les violons , les cornetteaux d'Angleterre, et l'on balle, on danse à son retour comme à des noces, etc. , etc »

Nous terminons ici cet extrait des extraits que l'abbé d'Artigny a tirés des cinquante-deux sermons du P. Bosquier sur la parabole de l'enfant prodigue. Prolonger cet article , ce serait abuser de la patience du lecteur.

ANECDOTES

Un général des chartreux, nommé Bibaut, né à Thiel dans les Pays-Bas, et mort en 1535, passait pour un prodige d'éloquence et de savoir x . Qu'on

* Gui l le î mi Bibautii Sermones et conciones capitulares ad

en juge par le fragment suivant tiré de son sermon de la Madelaine : « Marthe , mes chers frères , étoit une très-bonne femme, rara avis in terris, fort attachée à son ménage , très-pieuse , et qui se plaisoit à aller entendre le sermon et l'office divin. Mais Madelaine, sa sœur, étoit une coquette qui n'aimoit qu'à jouer , à causer et à perdre le temps. Cependant Marthe n'épargnoit rien pour l'attirer à Dieu. Ne voulant pas l'effaroucher, cum illâ faciebat bonam sociam, elle faisoit le bon compagnon avec elle , et entrait en apparence dans ses inclinations mondaines : de sorte que sachant combien elle aimoit le bon air et le beau langage, elle lui dit merveilles de la personne et des sermons de Jésus , pour l'obliger finement à venir l'écouter ; Madelaine , poussée de curiosité , y vint enfin : mais arrivant trop tard , comme les dames de qualité, pour se faire davantage remarquer, elle fit grand bruit, et passant pardessus les chaises , elle se plaça in conspectu Domini , vis-à-vis du prédicateur , et le regarda effrontément entre les deux yeux. Voilà, mesdames du haut bout, en quoi vous imitez cette grande pécheresse; vous entrez avec grand fracas à l'église , vos yeux se fixent hardiment sur le prédicateur , et c'est tout. Ah ! il en fut bien autrement de Madelaine ; elle écouta le

fratres , de <vitœ spiritualis profectu. Antverpiae , 1654 , wi-4°. Ce volume est fort rare ; on ne le trouvait guère que dans les bibliothèques des Chartreux.

Sauveur , se convertit et fit pénitence ; en feréz-vorçs de même? etc. , etc. »

Ordinairement dans les églises, surtout au village, les hommes sont placés -d'un côté et les femmes de l'autre. Un prédicateur , au milieu de son sermon , entendit causer du côté des hommes ; cela lui donnait des distractions , il s'en plaignit. Une femme se lève aussitôt, et pour venger sou sexe , dit : « Au moins, mon révérend Père , on ne dira pas que c'est de notre côté. — Tant mieux, ma bonne, tant mieux, répond l'orateur , cela finira plus tôt. »

Un prédicateur, parlantde la facilité avec laquelle des jeunes filles se laissent tromper par des garçons sous de fausses promesses , s'écria : « Pauvre fille , quel fruit avez-vous recueilli des douceurs que ce jeune homme vous a débitées , des soins qu'il vous a rendus* de la promesse de mariage qu'il vous a faite? » Une jeune fille, placée vis-à-vis le prédicateur, croit que c'est elle qu'il interroge ; elle se lève , lui fait I9 révérence , puis dit en pleurant: « C'est bien vrai, Monsieur, il m'a leurrée de belles promesses, et, après m'avoir trompée , il m'a plantée-là. »

Le Père Guérin , minime , déclamant en chaire

contre le poète Théophile l , auteur d'un recueil de vers licencieux, pour lequel il vendit d'être condamné au supplice du feu , s'exprime ainsi : « Maudit soit l'esprit qui t'a dicté tes pensées I maudite soit la main qui les a écrites ! malheureux le libraire qui les a imprimées! malheureux ceux qui les ont lues! malheureux ceux qui t'ont jamais connu! et béni soit Monsieur le premier Président, béni soit Monsieur le Procureur Général qui ont purgé Paris de cette peste! C'est toi qui es cause que la peste est dans cette ville ; je dirai , d'après le révérend Père Garasse, que tu es un bélître , que tu es un veau , que \Jis-je un veau? d'un veau le chair est bonne bouillie, la chair est bonne rôtie; de sa peau on en couvre les livres ; mais la tienne , méchant , n'est bonne qu'à être grillée; aussi le seras-tu demain; tu t'es mocqué

* Théophile Viaud a composé le Parnasse des poètes satiriques ; ou Recueil de vers piquants et gaillards de notre temps, 1625 , pet. m-8°. Cette édition n'est point la première , puisque Farrét du parlement de Paris qui condamne le livre et l'auteur à être brûlés , date du 19 août 1623. Théophile étant en fuite, n'a été brûlé qu'en effigie ; mais arrêté quelque temps après au Catelet en Picardie , il fut ramené à Paris et renfermé dans le cachot où l'on avait mis Ravaillac. Son affaire fut examinée de nouveau ; il fit des protestations si réitérées de son innocence que le Parlement se contenta de le bannir de la capitale. Il est mort le 2fr septembre 1626, âgé de 36 ans. Je crois que la première édition du Parnasse de Théophile a été imprimée vers la fin de 1622 , avec la date de 1623. De Bure n'en parle pas dans sa Bibliographie instructive , n° 2978. Vor. Dictionnaire des livres condamnés au feu , tom. II , p. 156.

des moines ; eh bien ! les moines se mocqueront de toi. »

H y avait à Vicence un grand usurier qui néanmoins déclamait sans cesse contre l'usure. Un jour , il pria instamment un prédicateur de grande autorité dans la ville , de ne point épargner en chaire ces maudits usuriers , cette peste publique. Le prédicateur, qui connaissait l'homme, ne pouvant comprendre quel intérêt il avait à le presser avec tant d'instance à cet, égard, lui en demanda la raison. — « Elle est toute simple, répondit-il; cette ville fourmille de tant d*usuriers que je ne gagne presque rien ; si , par votre éloquence , vous pouvez faire rentrer tous ces pécheurs dans la bonne voie , ils quitteront le métier, et, certes, mes affaires en iront beaucoup mieux. »

Lorsque la reine Anne d'Autriche, femme de Louis XIII, fut enceinte, après une stérilité de vingt ans , le curé de Saint-Germain-l'Auxerrois, qui était un bon homme, annonça cette grande nouvelle dans un de ses prônes. « Si la Reine , dit-il , nous donne une princesse , nous n'en serons guère plus avancés à cause de la loi saiique; aussi prions Dieu qu'il y ait un Prince dans ses entrailles; au reste il y a ce qu'il y a. » Heureusement ce fut un Prince, et ce Prince fut le plus grand Roi qui ait gouverné la France.

Un des hommes les plus zélés dans le saint ministère, l'abbé M***. , vicaire d'une paroisse considérable à Lyon, montant en chaire pour son prône qu'il faisait toujours d'abondance et selon les circonstances, s'aperçut que son auditoire n'était composé en grande partie que de femmes du petit peuple. Il crut devoir leur parler alors d'un des abus les plus dangereux dans leur condition , celui de la loterie.

« On ne s'occupe que de cela pendant le jour , leur disait-il , on en rêve la nuit ; on se réveille en se rappelant ses songes ; on court chez sa voisine : Ma commère , j'ai rêvé cette nuit des numéros, treize et soixante-quatre , il faut les prendre. On quitte l'ouvrage, on va en toute hâte au bureau, et on prodigue les petits bénéfices qu'on a faits dans la semaine. On jette dans ce gouffre infernal du hazard l'argent qui devoit être destiné à entretenir le ménage, à élever , à nourrir de malheureux petits enfants qui, par la folie de leur mère, vont se trouver sans pain, etc., etc. » Et il étendit son discours avec autant d'onction que de véhémence sur un jeu aussi pernicieux , qui conduit à la ruine des familles , de là au vol et à tous les crimes les plus horribles.

Comme il sortait de chaire fort échauffé pour aller prendre quelque repos, lune bonne femme l'arrête par sa soutane. « Monsieur l'abbé, lui ditelle, je suis bien fâchée de vous retenir un moment ; mais permettez-moi de vous demander : n'est-ce pas le numéro treize et le numéro soixante-quatre

que vous ayez nommés tout à l'heure? » On pense bien>que le prédicateur , furieux du beau fruit que l'on avait tiré de son sermon, ne répondit qu'en éconduisant très-rudement l'indiscrette questionneuse.

Un bon religieux cordelier prêchant à» Bourges , vers 1655, sur la Trinité, en présence de l'archevêque ' qui était de la famille de Lévi , termina ainsi son exorde : « Il me serait impossible , Monseigneur , » de réussir en un si haut dessein , si je ne me ser- » vois de l'intercession de Madame votre cousine, en » ljiï disant Âne Maria. l »

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