EVEQUE DE BELLE Y
Jean-Pierre Camus , né à Paris en 1582 , d'une
1 L'archevêque de Bourges était alors Anne de Lévi de Veritadour, né en 1605 , nommé en 1649 et sacré en 1651 ; il est mort le 1 5 mars 1662;.
C'est peuMtre au bicarré oompliment dé ce prédicateur que sont dues les plaisanteries que l'on a faites sur la prétendue parenté de la famille de Lévi avec la Sainte Vierge. On raconte qu'un duc de Lévi ne sortait jamais de son hôtel en carrosse pour se rendre à l'église Notre-Dame , sans crier au cocher : « Chez » ma cousine. »
Au reste n'a-t-on pas dit de la maison de Groy que ses titres de noblesse ont été sauvés .dans l'arche de Noé , et que sa généalogie remontant à Adam se voyait dans l'église des Célestins, à Heverlé?
Les d'Albert descendraient du centurion Longis, etc. , etc., etc.
famille originaire d'Auxonne , fut nommé évêque de Belley par Henri IV en 1609 , et sacré par saint François de Sales , évêque de Genève l , Doué de
1 Ce digne prélat fut invité par les magistrats de la ville de Dijon , à y venir précber le carême en 1604 ; il accepta , et ces. Messieurs délibérèrent le vendredi 27 février, qu'ils iraient au devant de lui, et qu'à son arrivée on lui présenterait le vin d'honneur. Le mardi 9 mars , nouvelle délibération des. magistrats qui décident que la ville fournira la somme de cent cinquante livres pour la nourriture de M. l'évéque de Genève qui doit précber à la Sainte*Chapelle , et que cette somme sera remise entre les mains de l'avocat Villars cbez qui doit loger ledit évêque. Le saint prélat arrive peu de jours après et commence ses prédications qui durèrent jusqu'au dimanche de Quasi modo , et eurent le plus grand succès. Le lendemain lundi 26 avril, le vicomte Majeur (M. deFrazans) et les échevins allèrent faire leurs adieux à M. l'évéque de Genève, et le remercier de ses saintes et doctes prédications. Ces Messieurs lui offrirent ensuite , comme témoignage de reconnaissance , un grand bassin d'argent doré et une bague d'or émaillée de blanc, avec un grand et large saphir au milieu. Le saint prélat refusa tout , conformément au vœu qu'il avait fait de ne rien recevoir des princes ni des corps de ville. ( Extrait des anciens Registres de la Mairie de Dijon , année 1604.
S. François de Saies, né le 21 août 1667 , fut sacré évêque de. G«nève le 8 décembre 1602; il est mort à Lyon le 18 décembre 1622 , a été béatifié en 1661 et canonisé en 1665 ; sa fête est fixée au 29 janvier.
C'est pendant son séjour à Dijon que ce saint prélat eut des conférences avec Mœe de Chantai , née dans cette ville le 23 janvier 1572. Elle se mit sous sa direction ; il lui communiqua ses projets sur l'établissement de l'Ordre de la Visitation ; elle les adopta avec joie. Le premier monastère de cet Ordre fut
beaucoup de facilité pour écrire , il produisit un grand nombre d'ouvrages qui consistent çn sermons, en romans spirituels , en livres de polémique , et qui forment 15 vol. t»-8°; mais la plupart de ces productions pèchent par défaut de goût et quelquefois de jugement , comme le prouveront les diffé-» rents extraits qui vont composer cet article.
Cet orateur burlesque n'aimait ni les moines , ni les nouveaux Saints ; il ne les épargnait pas plus dans la chaire que dans le cabinet. Il comparait les moines à des cruches qui se baissent pour se remplir, faisant allusion à la gourmandise et aux révérences de quelques-uns d'entre eux. Il dit un jour dans un de ses sermons : « Je donnerais cent nouveaux saints pour un ancien ; il n'est chasse que de vieux chiens , il n'est châsse que de vieux saints. » Ailleurs, il dit encore : « On voyoit dans les anciens monastères, de grands moipes et de vénérables religieux ; à présent on n'y voit que des moineaux , itlïc fasseres nidifocabunt. » Le même goût le dirigeait quand il s'écrivit en pleine chaire : « Après leur mort , les papes deviennent des papillons , les sirea des cirons , et les rois des roitelets. »
fondé à Annecy le 6 juin 1610 , et elle en fût nommée supérieure; celui de Dijon ne fut établi que le 8 mai 1622. On compte quatre-vingt-sept couvents de cet Ordre , dont la fondation est due à son zèle et à sa piété. Jeanne -Françoise Fremiot de Chantai , cette illustre fondatrice , est morte à Moulins , le 13 décembre 1641. Elle a été béatifiée en 1751 , et canonisée en 1767. La célèbre Mme de Sévigné fut sa petite-fille.
Prêchant à Paris le 30 novembre 1614 , premier dimanche de l'Àvent , dans l'assemblée des Etats-^ Généraux ' , il parla ainsi : « Qu'eussent dit nos pères de voir passer les offices de judicature à des femmes et à des enfants au berceau ! Que reste-t-âl plus à faire sinon , comme cet empereur ancien, d'admettre des chevaux au sénat? eh, pouiv quoi non , puisque tant d'ànes y ont entrée ! »
II comparait les évéchés à des baillons , parce que ceux qui les obtenaient cessaient de prêcher et de-r venaient ordinairement paresseux.
Voici comment ce prédicateur s'exprime dans la préface de sa Dominicale, ouvrage qui fait suite à ses Homélies quadragésimales ; « La plume des écrivains est volontiers portée par Fauré( le vent ) de la publi-r que faveur, comme surrailed'unaimableFavonius. C'est ici du biscuit sec , mais succulent ; serré , mais substantieux ; peu de chair de discours , mais prou de nerfs, de cartilages et de moelle de concept. Vous trouverez , mon cher lecteur , en ce petit volume , des eaux aiambiquées et éteintes par l'empreinte d'un parler concis , mais qui néanmoins comprennent beaucoup de choses en un petit espace. Navire de Mirmécides qui fait voir toutes les pièces d'un grand vaisseau sous l'aile d'une mouche La
' Ces Etats-Généraux sont les avant-dernïers qui ont eu lieu en France; les derniers datent du 5 mal 1789, sous le règne de l'infortuné Louis XVI , et ont duré jusqu'au 30 septembre
.hache de' Phocion a été employée maintes fois pour couper la redondance des mots. »
. L'auteur se plaint des abréviateurs. « qui font métier d'ôter le crin et l'oreille 'aux ouvrages de mise ; » et pour les empêcher de mettre la main dans ses sermons, il a voulu s'abréger lui-même.
Après ce début modeste , il vient à sa méthode : « Elle va d'un pareil air que celle des homélies précédentes : les membres y sont divisés en jointures ; les parties en parcelles , les morceaux en lopins, les points en articles; pièces toutes taillées, il n'y a plus qu'à les coudre avec un discours de fil ou de soie ; il n'y a aucune façon ; c'est un entassement de bonne foi, un promptuaire, un congiaire, une corne d'abondance; nul point ne passe l'au tre , symétrie exacte partout.......; tout est brodé et
bordé. J'ai fait comme ceux cpri emboîtent des horloges et du cr y s tal. »
Voyons comment notre orateur va justifier l'application de, sa brillante méthode, et prenons pour exemple l'un de ses sermons les plus notables sinon par la beauté , la pureté ^ la simplicité des détails , du moins par la singularité. Ce sermon est celui du vingt-troisième dimanche après la Pentecôte ; il a pour sujet la guérison de l'hémorroïsse par le Sauveur, et pour texte, ces paroles de l'Evangile : Ecce mulier quœ sanguinis fluxum patiebatur. L'auteur se proposait d'abord de parler dans ce sermon, du mort ressuscité par Jésus-Christ, et il débutait ainsi :
« Le soleil qui reverdit au printemps les arbres
secs, est le même qui en automne dessèche les arbres yerds. Notre Seigneur, soleil d'orient, en notre Evangile opère deux miracles ; il ressuscite un mort, qui est reverdir un arbre sec , et étanche le flux de sang qui affligeait une femme , qui est assécher un arbre trop rempli d'humidité. . , »
Mais l'orateur , pour ne point trop embrasser de matière , se borne à la guérison de l'hémorroïsse , qu'il regarde comme la figure de l'incontinence. H fait voir la nature de ce vice , sa laideur , ses remèdes , et aborde ainsi son sujet :
« Les étymologistes disent que le mot Inxuria est dit quasi fluxuria ; ce qui convient bien à cette sale maladie qui affligeait cette femme de notre Evangile D'autres estiment que ce mot de luxure est
composé de ces deux-ci , lux urens : et de fait , les poètes, parlant des passions sensuelles, les dépeignent toujours par des feux et des flammes. Le grand Virgile (AEn. iv, v. 66), dit de l'incontinente Didon, est mollis flamma medullas interea..., uritur infelix Dido. Que si ce sont des feux , comment peuvent-ils exciter des flueurs. Très aisément , mes frères ; car comme le bois verd mis au feu se suppure, ainsi la sensualité embrasée d'un mauvais amour despumat in libidinem. Voyez-vous le pot qui bout se bouffler
pour écumer ? Il en est ainsi de notre chair C'est
une fontaine ardente , un feu grégeois qui flambe dedans les eaux. Mirez le symbole de ce vice en la chaux, qui arrosée aboutit à une ardeur pétillante, en une visqueuse dissolution.
• » Si nous consultons la poésie , boutique des anciennes moralités , elle nous fera voir une mère née de la mer, qui engendre un fils de Vulcain tout entouré de flammes L'écoulement de Narcisse r
changé après en une fleur chaude en quelque degré, nous représente la même chose-. Si nous feuilletons le livre de la nature , nous rencontrerons la salamandre, symbole de Famour , qui prenant naissance de l'eau , tire sa nourriture des flammes : Fincontinence est donc une ardeur humide , une ardente humidité. »
L'orateur fait voir dans le deuxième point de son sermon toute l'horreur de l'incontinence , .surtout dans les personnes avancées en âge : « C'est ici , ditil, l'extrême turpitude delà décrépitude, turpe senilis amor. Hélas ! nous ne voyons que trop de ces cygnes blancsqui traînent le char de Vénus, que trop de ces barbes chenues adonnées àvla déshonnêteté. O vieux étalons! vous né pouvez pas, avec Socrate, remercier les ans de ce bénéfice de vous avoir délivrés des fers de la sensualité ! Est-il vrai que vous ressemblerez au bois qui brûle d'autant mieux qu'il est plus sec ? Considérez que vous contrariez, non-seulement le Ciel, mais encore la nature , que vous faites bouillir les glaces ; au lieu que la froidure de votre sang devrait geler ces folâtres feux. »
a Or ce que nous avons déclamé contre l'intempestive ardeur des vieux , ne rend pas pourtant plus excusable l'impureté des jeunes : ce vice est infâme en quelque âge que ce soit , et honnit autant ceux
qui sont en orient, que ceux qui penchent ver» l'occident. »
Le prédicateur, sans autre preuve, passe aux re« mèdes de l'incontinence. « Le premier est la communion , parce que l'hémorroïsse fut guérie en touchant la robe du Sauveur , et que le corps et le sang de cet Homme-Dieu sont cachés sous la robe des accidents du pain et du vin. . . Le vin étant l'huile qui nourrit la flamme de l'incontinence , il est bien singulier que le vin consacré ait la vertu de l'éteindre. Cérès et Bacchus , dit la Parœmie l , sont-ce pas les avantcourriers de Vénus? Israël , après avoir bien bu et bien mangé , paillarda^t-il pas avec les filles de Moab ? Néanmoins voilà Notre-Seigneur avec du vin converti en son sang , qui rafraîchit les ébullitions de notre sang. . . . C'est le vrai Mithridate qui nous peut servir d'antidote au venin du péché , et principalement à celui de la déshonnêteté. »
Le second remède est le mariage, lequel est néanmoins pernicieux à plusieurs ; la raison du prédicateur est que « cette flamme volage qui les échauffe, est plus aisée à éteindre du tout sans objet, que de la faire arrêter à un seul. »
II descend ensuite au corollaire de la vénération des reliques. « Quoi ! on donne bien cette propriété au hyacinthe de préserver du tonnerre ; à l'améthyste, d'aider aiux accouchements ; aux émeraudes
1 La Parœmïe est une espèce de figure ou d'allégorie serrée ; elle diffère de la parabole en ce qu'elle est moins étendue.
de garder de l'ivresse ; au saphir de rendre sage celui qui le porte ! Pensons^nous que les reliques des Saints n'a y en t pas de plus puissantes et surnaturelles opérations (propriétés)? »
L'orateur finit ce beau discours par un appendice sur la foi et les œuvres ; à l'occasion de celles-ci , il fait une sortie contre les protestants, lesquels en nient la nécessité , croyant la foi suffisante : « Saint Jacques en sa canonique, dit-il , a décidé rondement cet altercat ; mais il ne plaît pas à nos prétendants de la recevoir. »
Le sermon de Noël, prêché en 1650, est assez remarquable par l'érudition profane , mythologique et scientifique qu'y prodigue l'auteur, et surtout par ses comparaisons ridicules et par son style ampoulé. Voici l'exorde de ce sermon sur la naissance de Jésus-Christ :
« H n'appartient pas à tous les peintres de représenter Alexandre , ni à tous les oiseaux d'envisager le soleil , ni à tous les vaisseaux de cingler en pleine mer ; je confesse que je suis incapable de vous expliquer ce grand Verbvm caro factura est , que raisonne l'Eglise en cette célèbre fête. Je n'ai ni pinceau, ni couleurs assez vives pour dépeindre ce relevé mystère, ni la vue assez perçante pour affronter cette splendeur, ni de barque assez forte pour voguer en un océan si vaste. »
L'orateur divise son sermon en six parties, savoir : l'admiration que cause en nous ce mystère ; les figures qui l'ont annoncé; la /victoire que Jésus-
Christ naissant a remportée sur le monde ; comment il a terrassé l'orgueil par son humiliation, l'avarice par son indigence , les délices du siècle par sa mortification. Il y a un peu de confusion dans la manière dont sont arrangées ces diverses parties ; mais l'ensemble n'en est pas moins curieux , comme on va en juger par quelques, citations d'une éloquence vraiment burlesque. L'auteur, après avoir parlé de l'admiration que doit causer ce grand mystère , s'écrie :
« C'est ici que rasant la mer avec notre esquif , nous allons voir comment l'enfant Jésus , en cette
sienne naissance, a vaincu le monde Il est
notre Bellérophon qui , monté sur le Pégase de son humanité , ailé par l'union de sa divinité, a dompté le monde , confidite, ego vici munuhm. Monde > vraye chimère bigarrée : lion par le devant en son orgueil , dragon par la partie postérieure en son avarice , et chèvre en la mitoyenne par sa lubricité ! Il est notre jeune Horace terrassant les trois Curiaces de l'ambition, de la convoitise et de là sensualité. U est notre Hercule qui a terrassé ce Cerbère à trois gosiers , et qui en son berceau a étouffé des serpens ; vray est que celui-là n'en écrasa que deux , mais le nôtre en a écrasé trois : la vanité du monde par son abjection, l'avarice du monde par sa pauvreté , les délices du monde par sa mortification.
» Que la vanité du siècle soit dénotée et figurée sous l'emblème de. ce colosse de diverses compositions que vit le roi d'Assyrie, il est assez connu
chez les allégoriques. Cessent les empiriques de vanter leurs distillations qui réduisent à si peu de «i grosses masses ; car voici la Divinité réduite sous l'humanité et comme alambiquée et quintessenciée sous le corps d'un petit enfant. Quelle prodigieuse alchimie ! Le Ciel en terre et la terre en ciel , rendant l'immortalité mortelle et la mortalité immortelle. Disons en l'excès de notre ame : voici 1 Iliade de la Divinité sous la coquille de l'humanité^ voici le grand navire de l'infinité sous l'aile de la mouche de l'enfance ; voici le Ciel dans une sphère de verre avec tous ses astres , tous ses mouvements , toutes ses dimensions ; voici tout l'univers non en représentation, mais en effet sous une mappemonde; 6 saint Augustin, ne vous étonnez plus, voici l'Océan dans une coquille ; voici la perle de la Divinité dans la nacre de la mortalité.. ...
« O qu'il est bien vrai , notre petit époux , que vous êtes la pomme des^allées , le puits des eaux vites , très-profopd et très-creux en humilité ! Qui jamais vit en si bas lieu chose plus précieuse ! C'est un diamant dans la mousse de quelque rocher écarté. Admirez ce peu de levain qui doit enfler la pâte de l'Evangile. Voyez ce grain de moutarde, lequel ayant pris sa croissance , abritera tant de na- Aions sous son ombre. Peut-on descendre en un degré plus bas d'humilité et d'abjection pour confondre toute mondaine superbe ?
» Voyez à quelle extrémité son indigence le réduit ; des drapelets déchirés , un peu de fumier,
tine étable , une mangeoire à bêtes. O enfant prodigue d'amour! vous voilà en une région lointaine avec votre substance dissipée : combien d'anges mercenaires a votre Père céleste , qui abondent de richesses , et vous , vous êtes ici accablé de pauvreté ! Voici le jeune Alexis qui vit en pauvreté dans sa propre maison , mais inconnu : mundw eum non cogrwvit , bien que Domini sit terra et ptenitûdo ejus. La pauvreté l'accable d'une part, l'amour de notre salut le presse de l'autre; mais l'amour prévaut; pour ce pouvoit-il dire :
» Paupertas me saeva domat , dirusque cupido , Est tolerauda famés , non tolerandus araor.
» Venez , mes chères âmes , cherchons notre richesse en cette pauvreté ; fouillons dans ce fumier, nous y trouverons comme le coq fabuleux une pierrerie cachée; nous y rencontrerons le trésor musse, la perle évangéliaue. En cette sainte journée, ceux qui ont été à la sacrée communion , n'ontils' pas trouvé le petit Jésus dans le foin des espèces consacrées , dans les langes des corporaux , sur la crèche de l'autel , sur la mangeoire des patènes?
» Représentez- vous un enfant nouveau-né; est-il rien de plus frilleux? C'est un bourgeon que la moindre gelée peut rôtir : oui , car comme dit le poète : *
» La pénétrante froidure Fait une vive brûlure.
Et l'Àristote a bien remarqué que le grand froid a quelquefois fait couler et résoudre du plomb. Là-
dessus pensez comme devoit transir le petit Jésus dans cette étable dominée dés quatre vents * pendant la nuit , sans feu que de Son amour , sans lumière que de ses yeux;
» O délicats et enfoncés dans la plume et la fourrurfe , qui redoutez l'atteinte des moindres vents coulis , qui perdez la messe de minuit de peur du serein ou du rhume! venez ici, et Vous serez entièrement confondus» IN 'alléguez aucune excuse, ni de jeunesse, ni de vieillesse; tout prétexte est de cire aux rayons de cet exemplaire soleil. »
Le prédicateur revient encore à F enfant Jésus ; il suppose qu'il avait la peau aussi blanche que la neige; mais le froid ajoute le rouge à sa couleur naturelle , ce qu'il prouve par ces paroles , candidus et rubkundus. Il ne devait pas oublier Fane et le bœuf ; aussi , nous allons le voir désirer d'être changé en ces animaux , de devenir âne ou bœuf , pour réchauffer le petit Jésus dans sa crèche. « Ah ! dit-il , qui me donnera , par une sainte métamorphose , que je me transforme en ce pauvre bœuf, pu en ce pauvre âne , afin que si je ne peux mieux , j'empêche du moins que ce sang qui rougit ainsi ses membres tendrelets ne se glace ; mais ne fais-je pas maintenant cet office? ne suis-je pas le bœuf travaillant en votre aire à bouche-lie ?
» Conclusion : Quel est le lâche soldat qui ne Suive , ayant cet Alexandre en tête ? qui ne deviendra Alexandre, ayant ce Philippe ou plutôt philanthrope à imiter? Yoilà notçe César qui passe au
hazard le Rubicon, candidus et rubkundus! Qui ne voudra se jeter après lui à la nage ?. . • . »
On prétend que Févêque de Belley , faisant un jour le panégyrique de saint Marcel, prit pour texte de son discours, le nom latin de ce Saint , Maacellus, et qu'il le coupa en trois , pour foire l'application de chacune des trois syllabes aux trois points de son sermon. Il dit donc qu'il trouvait trois choses cachées dans le nom mystérieux de ce grand Saint : 1° que Mar voulait dire qu'il avait été une mer de charité et d'amour envers son prochain; 2° que cel montrait qu'il avait eu au souverain degré la sagesse des enfants de Dieu; 3° que lus prouvait assez comme il avait porté la lumière de l'Evangile à un grand peuple , et comme lui-même avait été une lumière de l'Eglise, et la lampe ardente qui brûlait du feu de l'amour divin. — On peut douter delà vérité de cette anecdote. Quoique P. Camus courut après lés jeux de mots, il n'en faisait jamais qui décelassent une crasse ignorance l ; il savait très-bien que le» syllabes ou mots cel et lus ne sont ni latins ni français ,
1 Nous en citerons un en passant; ce jeu de mots est un peu; gai pour un prélat ; mais alors on était beaucoup moins réservé dans la conversation qu'on ne l'est maintenant. Voici le fait i un mari se plaignait hautement des infidélités de sa femme etf présence de notre évéque : « Taisez-vous, dit en riant P. Camus, il vaut mieux être Cornélius Tacitus que Cornélius Publions. — Ce mot est bien dans le goût du xvne siècle. Mais' est-il réellement de l'évéque de Belley ? nous en doutons.
et que pour donner lieu à la niaiserie qui fait le fbncl de ce rébus, il eût fallu que le grand Saint s'appelât Marsallux et non Marcellus.
Le même évéque de BeLley , prêchant la Passion à St. Jean en Grève devant le duc d'Orléans Gaston, s'aperçut que ce Prince était placé entre M. d'Emery et M. de Bullion , Intendants des finances. Il prit dé là occasion de faire cette exclamation équivoque : Ah! Monseigneur, quand je vous vois entre deux
larrons Gela fut remarqué par une bonne partie
de l'assemblée qui se mit à rire. Le Prince qui dormait ^ demanda ce que c'était ? Ne vous inquiétez pas , lui dit M. de Bullion en lui montrant M. d'Emery, c'est de nous deux que l'on parlé I .
Voici encore un sermon auquel assista le même Prince. L'évéque de Belley prêchait aux Incurables , un lundi de Pâques ; il en était à Y Ave Maria, lorsque le duc d'Orléans entra suivi d'un cortège nombreux, entr'autres de l'abbé de la Rivière, insigne flatteur 2 ,
1 Vigneul de Marville raconte différemment cette anecdote : U Jean-Pierre Camus , évéque de Belley , dit-il , préchant aux Incurables, dit en apostrophant un crucifix : Ah ! mon Seigneur, je vous vois entre deux larrons, A ces mots , le duc d'Orléans, Gaston fils de France , qui avait à ses côtés un surintendant des finances et un fameux partisan , ôta son chapeau , pour faire croire à l'auditoire que c'était à lui que le prédicateur s'adressait. » ( Dans ce temps , on s.e couvrait au sermon. )
* Cet abbé ( Barbier de la Rivière ) , très-connu par sa souplesse et ses intrigues avec le Prince dont il est ici question et avec le cardinal Mazarin qu'il trahissait tour-à-tour , devint
et de Tubeuf , Intendant des finances. Après que Monseigneur eut pris place et que l'auditoire fut tranquille , ce Prince fit prier l'orateur de recommencer; (c'était alorsl'usage pour les personnes dusang royal.) L'évêque obéit , et après l'avoir salué fort humblement , il lui dit : « Monseigneur, dimanche dernier, je préchai le triomphe de Jésus-Christ à Jérusalem , vendredi , sa mort ; hier , sa résurrection ; et aujourd'hui je dois prêcher son pèlerinage à Emmaùs avec deux de ses disciples. J'ai vu, Mpnseigneur, votre altesse royale dans un même état. Je vous ai
aumônier de la duchesse d'Orléans , grand-aumônier de là Reine , enfin Evéque Duc de Langres , Pair de France. Né en. 1593 ,/il est mort à Paris le 20 janvier 1670. Il avait laissé par testament cent écus à celui qui ferait son épitaphe. Le malin Lamonnoje se mit sur les rangs , mais bien certainement sans espoir de gagner les cent écus ; car voici F épitaphe ou pour mieux dire l'épigramme dont il affubla la mémoire de Monseigneur :
Ci gît un très-grand personnage , Qui fut d'un illustre lignage , Qui posséda. mille vertus, Qui ne trompa jamais, qui fut toujours fort sage. Je n'en dirai pas davantage :
C'est trop mentir pour cent écus.
, La naissance de l'abbé de la Rivière est très-obscure ; les uns le font naître à Montfort-rAmaury , d'un mouleur, de bois ; M. de Landine place son berceau à Etampes ; enfin feu M. l'abbé Mathieu , estimable savant de Chaumont , dit qu'il est né à Vandelicourt près de Compiègne , d'un nommé Antoine et d'une Cécile Lemair , gens ignorés. •
tu triomphant dans cette ville avec la reine Marie de Médicis , votre mère ; je vous ai vu mort par de* arrêts sous un Ministre ; je vous ai vu ressuscité par la bonté du Roi votre frère; et je vous vois aujourd'hui en pèlerinage. D'où vient, Monseigneur, que les grands princes se trouvent sujets à ces changements? Ah, Monseigneur, c'est qu'ils n'écoutent que les flatteurs , et que la vérité n'entre ordinairement dans leurs oreilles , que comme l'argent dans les coffres du Roi, c'est-à-dire, un pour cent. » On ne dit pas quelle impression cette tirade fit sur le Prince et sur les deux disciples qui l'accompagnaient ; le trait est hardi.
ANECDOTES
Le cardinal de Richelieu assista en 1632 à. une cérémonie où un cordelier prêcha avec fermeté et assurance ; ce ministre , devant qui tout tremblait , fut étonné de n'avoir pas imposé à ce religieux , ou du moins de ne l'avoir pas un peu intimidé ; et 9 après le sermon , il lui demanda comment il avait pu parler avec tant d'assurance. Le cordelier lui répondit : « Ah! Monseigneur, je m'étois préparé. Quand j'ai su que j'aurois l'honneur de prêcher devant votre éminence, j'ai appris mon sermon devant un carré de choux au milieu desquels il y en avoit un rouge , et cela m'a accoutumé à votre présence. »
Un prédicateur obligé de prêcher à la hâte devant le même cardinal de Richelieu , lui dit pour »'excu-
$er : « Monseigneur, n'ayant pas eu le temps de me préparer, je me suis abandonné au Saint-Esprit ; mais une autre fois je prendrai mon temps , je me préparerai , et je ferai mieux. »
Le Père Honoré , célèbre capucin , né à Cannes en Provence, prêchait d'une singulière manière; il rendait terribles les vérités de la religion , en les présentant sous une forme burlesque. Préchant un jour contre la vanité du monde , il prit une tête de. mort entre ses mains : « Parle , dit-il dans son langage provençal , ne serois-tu point la tête d'un magistrat ? Qui ne dit rien consent. » Il lui mit alors uiî bonnet de juge : « Hé bien ! poursuivit-il, n'as-tu point vendu la justice au poids de l'or ? n'as-tu point ronflé plusieurs fois à l'audience? ne t'es-tu pas entendu avec l'avocat et le procureur, pour violer la justice , cette belle vierge, malgré ses cris ? Combien de magistrats ne se sont assis sur les fleurs-de-lys que pour mettre la vertu mal à son aise ! » Il jeta alors la tête avec une espèce d'emportement ; il en prit une autre à qui il dit : « Ne serois-tu point la tête d'une de ces belles dames qui ne s'occupent que du soin de prendre des cœurs à la pipée? » Il tira alors une fontange et la lui mit, puis lui dit : « Hé bien! tête éventée , où sont ces beaux yeux qui jouoieût si bien de la prunelle ? cette belle bouche qui formoit des ris si gracieux, qui feront pleurer tant de malheureux dans l'enfer? où sont ces dents, qui ne
mordoient tant de cœurs que pour les mortifier > afin de les pouvoir faire mieux manger au diable? ces oreilles mignonnes , auxquelles tant de godelureau» ont chucheté si souvent pour pouvoir entrer dans le cœur par cette porte? où est ce fard , cette pommade et tant d'autres ingrédiens dont tu t'enluminois le visage ? que sont devenus ces roses et ces lys naturels ou artificiels que tu laissois cueillir par des baisers impudiques ? »
Ce prédicateur, plein d'enthousiasme, parcourait ainsi toutes' les conditions. Il mettait à sa tête de mort tantôt un chapeau , tantôt un bonnet, ou bien une cornette, ou un capuchon, suivant le rôle qu'il lui faisait jouer ; il avait soin de se munir de tout l'attirail qui lui était nécessaire , lorsqu'il devait prêcher ce sermon vraiment dramatique.
Ce bon religieux , avec ses discours farcis de quolibets et de turlupinades , ébranlait vivement les sens ; il s'insinuait dans les esprits malgré le son de sa voix aigre et glapissante. Aussi le Père Bourdaloue dit à Louis XIV qui lui demandait son senti* ment sur ce capucin : Il écorche les oreilles, mais il déchire les cœurs.
Il a fait des missions presque par toute la France, et les a signalées par de grandes conversions et des restitutions abondantes. Il a laissé des vestiges de son zèle qui ne s'effaceront jamais.
Etienne Molinier, prêtre du diocèse de Toulouse ,
est un des prédicateurs qui ont le moins donné dans les écarts de ses confrères. Ses sermons ont été recueillis en 14 vol. in- 12, publiés de son vivant en 1633, puis 3 volumes après sa mort arrivée en 1645; il a harangué Louis XQI le jour de son sacre, en 1610 , au nom de la province de Languedoc. Voici un passage de son sermon sur la fête de Noël ": « Videbit vomis caro salutare Dei. La vue de nos entendement est trop débile pour l'apercevoir si là
lumière de la foi ne nous éclaire Allons donc
avec l'œil de la foi pour contempler les merveilles
du Verbe incarné Si j'ouvre l'œil de la chair, je
ne Tois ici qu'une étable , une vile crèche , un boteau de foin , un enfant dans les drapeaux; mais si j'ouvre l'œil de la foi , je contemple le ciel en cette étable , en cette crèche un trône , en cet enfant un Dieu , en ces maillots celui que le Père céleste engendre en son sein dans l'éternité. » Plus loin il dit : « Quand ce divin enfant voulut sortir au monde , la nature qui avoit admiré la conception , a révéré l'enfantement; elle s'est reculée, et la main de Dieu a fait son office , tu es qui extraxisti de ventre. Ainsi en sa résurrection il sortira du sépulcre sans ouvrir la pierre, il entrera dans le cénacle, les portes étant fermées. Voyez la lumière du soleil , elle entre par les fenêtres sans percer les vitres , les pénètre sans les rompre , et les traverse sans les diviser. »
Dans son sermon sur l'envie. Molinier examine les causes de ce vice , ses effets , enfin sa malice. Le premier effet de l'envie est d'attaquer l'envieux lui-
xnême , comme le premier effet de la foudre est de déchirer là nue qui l'engendre : cette passion rongé
l'amèqui Fa conçue « Qui est-ce qui fait perdre
. le sommeil à Thémistocle? Ce n'est pas -la douleur , mais les trophées de Miltiade. » De là l'orateur passe à une transition que nos meilleurs prédicateurs ne dédaigneraient pas. « Bien est vrai que ce n'est pas l'intention de l'envieux de s'affliger et se tourmenter lui-même , il cherche à nuire à l'objet de sa passion ; que s'il n'a pas la force de lui porter du détriment de la main, il le fait de la langue , il dénigre sa renommée. ..... Et tout ainsi que les vautours rencontrant des prés émaillés et odoriférans , passait outre sans arrêter leur vol ; mais s'ils découvrent quelque voierie puante , c*est là qu'il* se perchent pour y planter leur bec et leurs ongles : de même l'envieux passe gentiment sous silence la gloire , la noblesse , la science du prochain , et va porter tout d'un coup sa langue vénéneuse et son bec médisant sur les vices. »
Segrais raconte qu'un prédicateur faisant le panégyrique de Louis XIII et le louant de sa chasteté- * en rapporta un exemple en ces termes : '« Ce prince, mes chers frères , jouoit un jour au Volant avec une dame de sa Cour, et le volant étant tombé dans le sein de la dame , la dame vouloit qu'il vînt l'y prendre ; que fit ce chaste prince ? Pour éviter le piège qu'on lui tendoit , il alla prendre les pincettes
du coin de la cheminée , etc. » Ce trait , dit Segrais , serait bon à mettre dans un Asiniana ; c'est se moquer d'amuser un grand auditoire de ces bagatelles; aussi un gentilhomme présent au sermon s'écria : « Il auroit mieux fait de ne pas me mettre à la taxe. » Ce qui fit rire toute l'assemblée.
« Un prédicateur bas-normand, et d'un Ordre régulier, préchant avec réputation dans une ville célèbre de Bretagne , fut prié par certains religieux de cette ville de leur donner un sermon de sa façon le jour de saint Thomas. Le prédicateur reçut avec plaisir Fhonneur que ces religieux lui faisoient, les assurant qu'il cherchoit depuis longtemps l'occasion de foire connoître au public que saint Thomas d'Aquii* étoit normand et bas-normand. Ces Pères effrayé» de l'intention du prédicateur , le prièrent très-humblement de ne rien dire de semblable , vu que les Bretons haïssant les Normands à mort , ce seroit le& détourner de leur dévotion envers le Saint , et leur rendre les Thomistes abominables. Le prédicateur leur répartit qu'il ne vouloit offenser personne , ni rien dire en chaire que de bien à propos. Mais le jour de la fête , sur le milieu du sermon , venant à parler de la profonde sagesse de saint Thomas , il éleva tout d'un coup une voix de tonnerre , décriant à pleine tête : Aussi étoit-il du faits de sapience le grand Saint, normand et bas-normand dû côté de sa mère.
Ce mot l£ché , il se fit un effroyable murmure par
toute l'église , et un sifflement comme de serpente irrités. Le Prieur, outré jusqu'au fond du cœur, sortit de l'auditoire et s'en alla préparer toutes choses à la vengeance. Quand le prédicateur, après son action , fut retourné à la chambre destinée au repos des orateurs sacrés , le frère qui devoit l'assister mit le feu à un fagot mouillé , et se retirant , ferma la porte à double tour. La fumée étouffoit le prédicateur , et il avoit beau exciter la flamme du coin de don manteau , plus il faisoit de mouvement , et plus il étouffoit. Il but toute sa sueur dans cet exercice ; et ne trouvant ni pain ni vin pour se soulager , il se jeta sur la paillasse d'un lit dégarni pour prendre lin peu de repos : mais cela lui fut impossible , et il ne pouvoit deviner comment se terminerait un jeu si désagréable. Il étoit dans cette inquiétude, quand sur le soir il entendit ouvrir sa porte , et une voix qui lui crioit : Si vous voulez souper, entrez dans la chambre voisine. Pressé de la faim , car de la journée il n'avoit pris qu'un bouillon , il passa brusquement de sa chambre dans celle qu'on lui marquoit. D'un premier coup d'œil il aperçut une table bien couverte : un grand turbot étaloit ses franges sur les bords d'un vaste bassin ; des soles , des vives , un ragoût et une tourte de poisson , tenoient les quatre coins de la table , et dans les entre-deux il y avoit des câpres, des olives , une salade avec des anchois , et des huîtres marinées. Le vin brilloit sur le buffet dans des carafes de cristal ; et les verres étoient proprement rincés. Le Père Prieur avec son supé-
rieur et quatre autres de ses religieux , prenoient l'air d'un grand feu; le prédicateur le» salua tous : mais pas un ne fit semblant de le voir ni de l'écouter. On présenta à laver; le Prieur y invita les siens sans faire nulle civilité au prédicateur. On se mit à table ; le Prieur mit son supérieur à côté de lui , les autres se rangèrent de suite , deux de chaque côté , personne ne disant au prédicateur , Mettezvous là. Cependant comme il s'aperçut qu'il y avoit un septième couvert, et une septième place, il prit sans façon le lieu qu'on lui laissoit. Le Prieur servit ses religieux , et ne mit rien sur l'assiette du prédicateur. Mais le prédicateur, homme bien avisé, se servit lui-même , et du tranchant de son couteau fit une brèche irréparable à la tourte qu'il avoit sous les yeux. Le Prieur , à plusieurs retours , but à la santé de. ses religieux et ils lui en firent raison , ne faisant nulle mention du prédicateur , non plus que. s'il n'y avoit point été. Il buvoit pourtant à la sourdine , et on le laissoit boire. Au dessert , le Prieur, le verre à la main, dit , en s'adressant à ses religieux : C'est à la santé du prédicateur asinwA asinior, asinissimw, qui a osé prêcher, contre la vérité de l'histoire, que saint Thomas est normand et bas-normand ; vous m'en ferez raison. Le prédicateur se voyant attaqué personnellement, prit son sérieux et dit d'un ton grave : C'est à tort , mes Pères , que vous me traitez si mal : j'ai prêché la vérité dans la chaire de vérité ; et c'est à la plus grande gloire de saint Thomas, que j'ai déclaré
qu'il étoit normand et bas-normand; en voici la preuve. Alors, tirant de dessous son manteau Y Année dominicaine , composée par un savant Jacobin', il leur fit voir qu'il n'avoit point parlé témérairement et sans autorité. Le Prieur prit ses lunettes pour examiner la chose ; le supérieur l'accoloit pour voir de plus près, et les autres regardoient par dessus l'épaule de ceux-ci. Enfin convaincus parleurs propres yeux, et craignant que le prédicateur ne se vengeât de l'insulte qu'on lui avoit faite , ils s'accusèrent euxmêmes d' inconsidération, comblèrent le prédicateur de louanges , admirèrent sa profonde érudition et la grande connoissance qu'il avoit des anciennes généalogies ; et après mille acclamations , le conjurer rent d'oublier ce qui s'étoit passé. Le Prieur fit signe qu'on apportât d'une certaine liqueur toute céleste qui sert à apaiser les émotions qui s'élèvent quelquefois entre les frères. Chacun en but la mesure nécessaire pour avoir son effet; et le sommeil étant survenu , on ne se souvint plus de cette histoire de part ni d'autre , que pour s'en divertir et en rire de grand cœur. »
Lors de l'éclipsé du 12 août 1654 , la consternation fut si grande qu'un curé de campagne ne pouvant suffire à confesser tous ses paroissiens qui $ croyant la fin du monde très-prochaine , se précipitaient au confessional, leur dit : « Mes enfants,
ne vous pressez pas tant , je viens d'apprendre de bonne source que l'éclipsé est remise à quinzaine.
Un capucin monte en chaire et annonce à ses paroissiens qu'il va prêcher sur la patience , sur la nécessité de pratiquer cette vertu et sur les avantages qu'on en retire dans toutes les circonstances de la vie ; il s'interrompt et fait signe au sacristain de fermer la porte de l'église, puis il reprend son discours :
« Mes frères, la patience est une vertu fermez
donc cette porte... Oui , mes frères, la patience est une vertu. . . . fermerez- vous cette porte?. ... La patience est une. .. • (En colère et frappant du pied,)
Mais , morbleu , fermez donc cette porte » —
L'auditoire a dû être fort édifié de voir ainsi le prédicateur joindre l'exemple au précepte.