chapitre vin
Comment la glorieuse Vierge Marie usoit ses jours dévotement au temple de Nostre Seigneur.
Lors la benoiste Yierge Marie estoit tousjours en oroyson, et sa bénigne face resplendissoit si fort que à peine la povoit-on regarder. Le mestier de Nostre-Dame estoit de filer de soye, de laine, de lin, de couldre et de tisser plus subtillement que jamais fit femme $ et a voit une ordonnance d'elle-même, car depuis le matin jusques à tierce, elle demouroit en oroyson ; et depuis tierce jusques à nonne , elle ouvroit et tissoit ; et puis à nonne elle retournoit jusques à ce que Fange venoit à elle , et luy apportoit à manger ; et tant plus vivoit et plus ardante estoit au service de Dieu, et ses parolles estoient moult doulces, car elles estoyent du sainct Esperit, et ne bevoit , ne mangepit de tout le jour , fors ce que l'ange luy apportoit , et l'autre viande donnoit aux paouvres. Les autres vierges veoient Fange souvent parler à elle. Quant les malades la touchoient, incontinent ilz estoient guaris. Quant elle fut en l'eage de douze ans, Ysachar
donna grans dons à levesque x prebstre de la loy, afin qu'il trouvast moyen que la Vierge Marie, print à mary ung de ses fils. Adonc levesque vint à la Vierge Marie et dit qu'il falloit qu'elle fust mariée; elle resjSondit gratieusement qu'elle ne povoit , car son père et sa mère Favoient donnée au service de Dieu ; et d'aultre part qu'elle avoit voué virginité à Dieu. Et levesque sen ^lla et tint conseil avec les princes de la loy , et trouvèrent en conseil qu'ils envoyassent par tout le pays de Judée ung herault annoncer que tous hommes venissent le tiers jour au sainct temple de Salomon. Puis levesque vint devant tout le peuple qu'il avoit faict assembler, et leur dit tout bault en ceste manière : « Or ça , seigneurs , entendez bien ce que je diray , et qu'il n'y ait faulte ; vous sçavez bien que depuis que le temple de Salomon fut faict, ont esté des filles de Rois, de prophètes et de évesques qui estoient grandement de
« Quelques lecteurs seront peut-être surpris de voir l'auteur donner le titre d'évéque à un prêtre de la loi hébraïque. Mais ce mot était employé longtemps avant l'établissement du Christianisme. Il vient du mot grec episcopos, en latin episcopus, et signifiait chez les Anciens surveillant ou inspecteur. Les Athéniens appelaient ainsi ceux qu'ils envoyaient dans les provinces qui leur étaient soumises pour voir si tout s'y passait dans l'ordre. Les Romains ont aussi donné ce nom à ceux qui étaient inspecteurs et visiteurs des vivres. Cicéron , dans une de ses épitres, semble annoncer qu'il a été revêtu de cette charge , episcopus orœ Campanùz. On appelait aussi diocèse l'étendue d'un gouvernement ; Cicéron s'est servi de ce mot dans ce sens. C'est donc des payens que nous sont venus ces mots ; mais depuis, as ont été consacrés par les chrétiens , et ont une spécialité toute particulière.
haulte lignée, et, toutesfoys quant elles estoient en eage de marier, jamais on n'en trouvoit une qui refusast de soy marier ; mais Marie si l a voulu trouver une nouvelle loy, car elle nous a dit qu'elle avoit donné du tout sa virginité à Dieu , et que jamais homme ne habiterait avec elle; et pour ce il fault adviser à qui nous la baillerons. » Et tout le peuple respondit que levesque avoit tresbien dist. Et adonc ils mir/ent entre eux sort sur les douïe lignées, et le sort^cheut sur la lignée de Juda. Dixit Angehis episcopo ut moneret hommes non habentes uxores ut secum déferrent virgas ad temvlum.