‹ PrédicatorianaChapitre 4 sur 73 · PRÉLIMINAIRE · texte numérisé non relu

PRÉLIMINAIRE

Il est surprenant que, dans le grand nombre d'ouvrages publiés , depuis près de deux cents ans , sous le nom d'ÀNA , il ne s'en trouve pas un seul consacré spécialement à l'éloquence de la chaire, pas un seul portant le titre de Pilêdicatoriàna. Et cependant , quoi de plus vaste , de plus intéressant, de plus fécond dans tous les genres , que la carrière apostolique ! Tout s'y trouve : la religion , qui en forme la base ; la morale , qui en découle ; l'histoire, qui la confirme; la littérature, qui l'embellit, et même de petits incidents curieux ressortant du mode de prédication dans les différents siècles. Ainsi , tout concourt à rendre cet important objet

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aussi indispensable à connaître qu'agréable à parcourir. Comment arrive-t-il qu'il ait été négligé par les compilateurs d'ÀNA , toujours si empressés à multiplier leurs recherches ?

Frappé de cette lacune dans une si volumineuse collection , nous avons essayé de la remplir en nous occupant d'un recueil qui, sous le titre de Prédicatoriànà , présentât une galerie curieuse des orateurs sacrés, anciens et modernes , dont on a conservé le souvenir , soit à raison de leur manière de prêcher, soit à raison des heureux effets qu'ils ont produits dans leur temps. Nous avons donc recueilli sur chacun d'eux bon nombre d'anecdotes la plupart assez piquantes , et nous les avons entremêlées d'extraits plus ou moins longs des sermons les plus singuliers et les plus bizarres, prêches dans les xv% Xvi* et xvne siècles.

Qui dit àna , dit ordinairement ouvrage varié , instructif,, amusant; c'est vers ces trois points de vue que nous avons tâché de diriger nos recherches pour en composer le présent volume. Nqu* n'avons rien négligé dans le choix des sources où nous avons puisé ; nous avons consulté plus de cent Ana les plus estimés; nous avons eu recours à une infinité de mélanges littéraires ; nous avons mis à contribution l'obligeance de quelques amis , très-instruits , qui nous ont fourni de précieux renseignements ; nous les prions de recevoir l'expression de notre vive reconnaissance ; enfin nous avons pris nos extraits dans les éditions originales des sermons de nos vieux prédicateurs.

Chacun sait que ces vertueux mais burlesques orateurs , s'accommodant au temps ou ils' vivaieilt ( depuis le règne de Louis XI jusqu'à celui de Louis XDI inclusivement) , donnaient , pour ainsi dire, la comédie en chaire. A Dieu ne plaise que nous les condamnions ; la barbarie de leur ëiècle, les mœurs du temps, les vices qu'ils se proposaient de corriger et l'ignorance de leurs auditeurs, leur servent suffisamment d'excuse. D'ailleuft nous pensons à ce sujet comme La Croix du Maine, dont nous allons rapporter l'opinion sur Menot, Maillard, Barlette et autres coryphées du genre. On voudra bien se rappeler que La Croix du Maine écrivait en 1580, et que par conséquent son style est un peu suranné.

« Les œuvres de Menot, dit-il \ sont plus recher- » chées que celles de Olivier Maillard , ou bien de )> Michel Barlette x , et autres semblables écrivains, \) lesquels ont fiait des prédications si hardies et

» tellement libres , qu'ils n'ont craint en cela au-

1 Barlette s'appelle Gabriel, et non pas Michel. Notas profiterons de cette circonstance-ci pour réparer une- omission qui, a eu lieu à l'article de. ce célèbre prédicateur (pages 26-36 du présent volume). Barlette. demande comment on va en paradis? et il répond : « C'est en faisant des dons à l'Eglise , comme le » disent les cloches du monastère. » Le latin est beaucoup plus expressif t <t y os quœritis a me , fratres carissimi , qiwmodo itwr ad paradis um? Hoc dicunt vobis campanœ monasterîi , dando, dando, dando,. » EJt en prononçant le mot dando , il imitait le son des cloches.

» cun , tant ils estoient ardents pour annoncer la » parole de Dieu ; et si quelques-uns recherchent » leurs œuvres par sur tous autres théologiens de » leur temps, c'est pour voir les abus de tous » estais découverts par iceux plus évidemment que » par les autres prédicateurs du temps passé : car » ceux-ci ont esté extrêmement hardis à écrire et » encore plus à prescher en publiq, et n'ont point » craint d'employer en leurs livres , les vices qui » avoient cours de leur siècle, afin que l'on s'en » corrigeât : ce qui est cause que tant de personnes » en sont curieux (sic) : et s'ils tournent les discours » desdits docteurs autrement qu'en bonne part, cela » tournera contre eux et non pas contre les auteurs » desdits sermons. Ce que j'ai dit assez amplement, » pour ce que la plus grande partie de ceux qui » recherchent les œuvres des trois auteurs susdits » ne le font que pour s'en penser rire et moquer : » mais les bien advisés n'en font pas ainsi : car l'on » doit penser au but final et à l'occasion principale » qui les faisoit ainsi parler et au siècle où ils » estoient, et non pas aux répréhensions couchées » en leurs livres, en tels termes qu'il leur a semblé

» bon de ce faire Si les susdits auteurs ont

» failli, je ne les veux soutenir ; mais je veux juger i> de tout en la meilleure part, sans jamais me » vouloir déclarer par trop affectionné. » (Voy. Bibliotli. franc, Paris, 1772, m-4°, tom- n, p. 12$- 129.) On ne peut qu'applaudir à cette opinion de La

Croix du Maine sur les prédicateurs en question; et si nous les faisons connaître par des citations de leurs sermons, c'est pour que le lecteur puisse juger plus pertinemment des progrès de l'éloquence de la chaire depuis environ cent soixante ans.

Voulant faire quelque diversion à la longue série d'anecdotes plaisantes et d'extraits singuliers dont se compose le Prédicatoriana, nous avons cru devoir terminer le volume par quelques mélanges qui consistent dans le petit Poème sur les mauvais gestes des prédicateurs, par Sanlecque; dans une Vie de la Sainte Vierge, espèce de légende du xve siècle , modèle de naïveté, et monument du triste état de la langue française à cette époque; dans une Vie de Judas lscariote, morceau du même genre ; dans des Recherches historiques et philologiques sur l'origine et l'usage de l'instrument de pénitence appelé Discipline ; et enfin dans une Notice sur les saints patrons.

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