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L'HISTOIRE DE L'ÉLOQUENCE DE LA CHAIRE

Il n'est pas facile de déterminer à quelle époqfue peut être fixée l'origine de ^éloquence sacrée. D'abord il est certain que ce genre d'éloquence, reposant sur des principes religieux concentrés dans l'unité de Dieu, et sur le besoin de rappeler sans cesse à l'homme les rapports de reconnaissance, d'amour, de soumission et d'adoration qui rattachent à son créateur, il est certain» disonsnous, que cette éloquence n'a pu naître ni subsister chez les peuples anciens soumis au polythéisme et aux absurdités du paganisme. Laissons donc de coté les Egyptiens, les Grecs, les Romains, etc., etc., et cherchons ailleurs l'origine de l'éloquence sacrée. En remontant le long cours des siècles, nous la découvrirons sans peine dans un petit coin de terre qui tient aussi peu de place sur la surface du globe, que l'histoire de ses habitants en tenait jadis dans les annales du inonde : nous voulons parler des Israélites, de ce peuple si peu connu des Anciens , quoique seul dépositaire des titres originaux de la grande famille du geçre humain. Oui, c'est dans les livres saints que se trouvent le premier germe de l'éloquence sacrée et ses plus brillants développements. Ouvrez les prophéties que l'on peut considérer comme des espèces de sermons , vous y verrez que ces écrits inspirés sont tous marqués au coin

de la grandeur, de l'élévation , du sublime , types caractéristiques de la véritable éloquence ; tout y frappe Famé , l'esprit et le cœur. Cependant chaque prophète a un caractère qui lui est propre : Isaïe est élevé , Jérémie est pathétique , Ezéchiel est terrible , et Daniel est tendre; mais tous sont de vrais modèles d'éloquence f . Voilà bien certainement les sources aussi pures qu'abondantes où les SS. Pères ont puisé.

Si des temps bibliques nous passons aux premiers siècles de l'Eglise où les peuples , avides de la parole de Dieu , ne cherchaient qu'à S'instruire et à se sanctifier, nous trouverons qu'on leur expliquait familièrement l'Ecriture Sainte, n'apportant point d'autre ordre, ni d'autre division dans les discours que celles que fournissaient les Evangiles dont on exposait les circonstances les unes après les autres. S. Pantène, chef de l'école chrétienne d'Alexandrie, en 179 dé J.-C. , fat le premier après les apôtres qui expliqua l'Evangile de cette sorte. Saint Clément d'Alexandrie qui lui succéda , et Origène , y mêlèrent ensuite plus d'ordre et de délica" tesse. Ces deux grands génies qui savaient à fond toute l'histoire de l'Ancien et du Nouveau Testament, excellèrent dans ce genre de prêcher. Démétrius, évêque d'Alexandrie, donnait à son peuple une nourriture Solide en lui expliquant avec autant de facilité que d'érudition l'Ecriture-Sainte dont il avait approfondi les principaux mystères par de longues veilles et par

« Nous ne parlons point de l'Evangile , parce que les principes de morale y sont exposés avec une simplicité touchante', qui est autant au-dessus de nos'éloges que leur divin auteur eât au-dessus des hommes.

Textraordinaire pénétration de son génie. Optât eut le même emploi dans Carthage, et tout le monde sait quels Succès ont eus de tout temps les homélies de S. Augustin, celles des deux SS. Grégoire, de S. Chrysostôme , de S. Basile , de S. Âmbroise , d'Eusèbe , et de beaucoup d'autres. Cependant parmi les SS. Pères grecs, saint Basile et saint Chrysostôme, quoique éloquents, l'auraient été davantage s'ils eussent pu atteindre à la diction élégante de Démosthène ; mais le siècle d'or de la lafcgue grecque était passé. Il faut avouer malgré cela que leurs sermons sont remarquables par la force et l'arrangement des preuves -, qu'on y trouve des images vives , des figures convenables , et qu'ils sont propres h convaincre , à émouvoir, à effrayer. Disons aussi que ces saints docteurs mettaient leurs discours à la portée de leurs auditeurs et les proportionnaient à leurs besoins. Souvent ils parlaient sans préparation et familièrement, cherchant moins à plaire qu'à instruire, en expliquant l'Ecriture, et en en choisissant les Sujets les plus importants et les plus propres à leurs desseins.

Saint Cyprien , saint Ambroise , saint Léon , parmi les Latins , passent avec justice pour les orateurs les plus éloquents de leur temps; ils ont beaucoup d'art et de noblesse. Saint Augustin est plus simple ; mais il prêchait dans Une petite ville (Hippone), et parlait à des laboureurs et à des marchands. D'ailleurs la langue latine était déjà altérée, et cette altération augmenta rapidement sous l'envahissement des Barbares qui lui portèrent les plus funestes coups. Ce fut au point qu'elle finit par disparaître dans l'Occident pour faire place à un jargon composé de mots tudesques et de mots romans. Alors se forma peu à peu la langue romane qui est devenue mère de la langue française actuelle. Mais

cette romane encore à son berceau n'était pas trèspropre à faire comprendre au peuple la parole divine. Dès 528. un concile d'Auxerre avait défendu de faire chanter dans les églises par des jeunes filles des chansons et des cantiques entremêlés de latin et de roman» Cependant la langue en question commença à prendre une certaine consistance dans le neuvième siècle , et des conciles de Tours en 8i5, de Mayence en 848 et d'Arles en 85 1 , prescrivirent aux évêques de traduire en langue vulgaire certaines prières et psaumes, afin que le peuple pût les entendre. Mais l'éloquence de là chaire n'en fut pas moins dans le plus pitoyable état Sous les faibles successeurs de Charlemagne. Enfin elle reparut un instant dans le douzième siècle , grâce au brillant talent de cet abbé de Clairvaux, devenu si célèbre sous le nom de S. Bernard. On sait que nul homme n'a exercé sur son siècle un empire aussi extraordinaire, (c 11 passait d'un moment à l'autre , dit le président Hénault , du fond de son désert au milieu des Cours , jamais déplacé, sans titre , sans caractère, jouissant de cette considération personnelle qui est audessus de l'autorité. »

Le même historien ajoute : « Ses sermons sont des chefs-d'œuvre de sentiment et de force. Henri de Valois , ce savant illustre du xvie siècle , les préférait à tousceut des Anciens. Aussi a-t-on dit de lui qu'il était le dernier Père de l'Eglise l .

1 Nous nous proposions de placer à la suite des préliminaires de notre ouvrage une notice sur saint Bernard , avec le texte de trois de ses sermons dans le langage vulgaire de son temps. Mais l'étendue de ce morceau nous force d'en différer la publication.

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