EXTRAITS D'ANCIENS SERMONS
Passons à quelques extraits de nos vieux sermonnaires.
Dans les xv' et xvi* siècles on prêchait en latin ; mais ce latin était très-corrompu et pouvait être entendu delà grande majorité des auditeurs, car, vrai latin de cuisine , et entrelardé de mots français , il tenait pour ainsi dire le milieu entre la langue vulgaire et les patois des diverses provinces ; l'usage en était assez général. M. Fauris de Saint- Vincent , dans sa Notice lue à l'Institut , sur les sermons de Pierre de Marini, évêque de Glandève, rapporte qu'il a trouvé dans les registres des délibérations du parler;
ment de Provence le passage saiTantqnidate de ld55 : « Le prêcheur latin de Messieurs ( c*est-à-dire le
n prédicateurqoidevait prêcher leCaréme devant le n Parlement) , ayant manqué de se rendre à Aîx , n un prêcheur italien qui sV trouve sera tenu de >» prêcher a Mesâeurs , moyennant llionoraire de >» dix écus dW ' . I» — Le prédicateur duCarème à la cathédrale d^ Avignon , était obligé de prêcher en latin; et à dater de cinquante ans avant la révolution française , il ne fut plus obligé de prêcher en latin que le sermon du vendredi-saint.
Exnurrs nss sebmons de s. vc^cext ferrier.
L'un des plus anciens prédicateurs qui vont nous fournir quelques extraits de sermons assez singuliers, est Vincent Ferrier, religieux dominicain, que ses vertus chrétiennes, ses talents et ses rares qualités ont rendu Thomme le plus remarquable et le plus respecté de soù siècle. Né à Valence (Espagne) en 1357 , il est mort à Vannes (France , Morbihan) le 5 avril lilo, et a été canonisé par Calixte Dl le 8 octobre 1 455. D a toujours mené une vie très-austère; jamais il ne faisait gras ; il jeûnait tous les jours ,
' Environ cent soixante ans après , les honoraires des prédicateurs étaient plus considérables à la Cour de France; nous voyons par s Mémo'r. s de Dongeau , sous la date du 25 décembre 17)4, que Louis XIV donna ît à son prédicateur de FA vent la somme de quinze cents livres , et à celui qui prêchait le Carême la somme de 3000 liv.
excepté le dimanche ; il ne prenait le mercredi et le vendredi que du pain et de l'eau pour toute nourritut«. Zélé missionnaire , il a prêché dans la plupart des Etats de l'Europe , en Espagne , en France, en Itahe , en Angleterre , en Ecosse et en Irlande. Les . monarques chrétiens se disputaient à l'envi la satisfaction de posséder un homme si célèbre par sa doctrine et par sa piété. Outre une vaste érudition , une rare éloquence et le don de parler plusieurs langues , il avait un bel organe et s'énonçait avec une clarté et une faciUté merveilleuses. Etant en France, il reçut une députation du duc de Bretagne, Jean V , qui le priait de venir faire une mission dans son duché. Il y consentit , et se rendant à Vaniies , il était encore à une lieue de la ville, cheminant modestement, lorsqu'il aperçut l'évêque avec son clergé , le duc , la duchesse , accompagnés des magistrats et du peuple qui venaient au-devant de lui ; on le porta en triomphe. Il se rendit aussi à Dijon sur l'invitation du duc de Bourgogne. Voici ce qu'en dit l'abbé Chenevet , dans YAlmanach de Bourgogne de 1T78, p. 243 : « Le duc. Jean-sans-peur et sa Cour désirèrent entendre Vincent Ferrier , qui vint > à Dijon. Ihy «ut beaucoup de succès. S'étant engagé à prêcher dans l'église de^ Chartreux le 18 juillet 1417 , la duchesse et les princesses Marie, Catherine et Agnès , firent élever une loge en bois en dehors , laquelle communiquait à l'éghse, pour se procurer là satisfaction de l'entendre , sans enfreindre les istatuts de l'Ordre qui défendaient expressément à toute femme l'entrée du couvent. »
fH-t
Quoique Vincent Fenier fut nn ^grand prédicateur , il n'en a pas moins cédé au torrent du siècle, en faisant parfois dans ses sermons des applications singulières et en employant des images bizarres et des comparaisons burlesques. Voici quelques passages de son sermon du premier jeudi de carême , relatif à la guérison du domestique du centeniér ; tout y est présenté en détail sous Tallégorie de la médecine , telle qu'elle s'exerçait alors. Ce sermon est en latin , voici la traduction du passage :
(( Il est descendu du paradis ce céleste médecin ^ ( Jésus-Christ ) , pour rendre aux pécheurs la san^ de l'ame. Cette matière est bien subtile , c'est pour^ quoi j'emprunterai l'image du médecin ordinaire ; le médecin emploie sept moyens pour découvrir les maladies du corps et pour en opérer la guérison : l** l'inspection du visage , fades inspicitur ; 2'* il tâtci lé pouls j pulsus tangitur; 3** il examine les mines i urina attenditur; V" il prescrit la diète, diœta prœfcH' bitur ; 5** il humecte par des syrops , siruptis immittitur; 6"* il donne des purgatif, purgatio tribuitur; •* T il fait prendre une bonne nourriture, refectià ( conceditur. » De ces sept moyens traités d'une manière assez originale, le troisième est le plus singuher, c'est celui qui regarde les urines. « Cmfessioi dit Ferrier , est sicut urinale in quo urina peccatorié ab interiore existens ostendituf^ confessori^ et ibi infir-^ mitâtes animœ cognosmntur . Deux choses sontremartjuables dans le vase où les urines du malade sont contenues ; la première est qu'il doit être transparent ; de même il faut déclarer nettement ses péchés )
tequiritur quod wrinale sifclarum , ita clare confiteantur peccata sua. Nous condamnons ceux qui excusent ou qui accusent les autres * , ou qui déguisent leurs propres fautes ; quelques-uns s'accusent des péchés qu'ils n'ont point commis, c'est mentir en confession. D'autres s'expriment en termes généraux , et les péchés qu'ils déclarent ainsi ne peuvent être suffisamment connus du confesseur. La deuxième chose à remarquer, c'est que le vase des urines doit être bouché 9 quod os urinalis sit clausum, »
Le cinquièine moyen a rapport au syrop : « Le syrop , dit Ferrier , que l'on fait prendre aux malades dans le rhume et les fluxions de poitrine, donne entrée au cinquième point; c'est là le symbole des douceurs que l'on goûte à l'oraison. Ne serait-on pas bien flatté si l'on pouvait parler une heure au Roi ou au Pape? or c'est avec Dieu que l'on s'entretient dans la prière; on prend le syrop soir et matin> chaque prise a sa dose réglée; telle doit être la prière. On y vaque au commencement et à la fin de la journée ;
' Ceci rappelle ce que dit le P. Chauvaud dans son traité de ^ )^ Accusation correcte du vray pénitent.... ChaLTtres, 1676, in-12. Selon lui , « il y a quatre espèces de pénitents : le premier est » un idiot grossier qui ne dit rien , et auquel il faut arracher M les mots les uns après les autres ; le second est une fine bétè « qui ne dit pas assez ; le troisième est une impitoyable bavarde » qui dit beaucoup trop et qui oublie de s'accuser en accusant » les autres ; enfin le quatrième parle et s'accuse ainsi qu'il doit le faire. » Toutes ces belles choses sont contenues ei délayées en (Quatre dialogues entre le confesseur et le pénitenit. * *
^elleest composée d'un certaîil nombre d'oraisons, d Paler , d'Àve , etc. EnBn on mêle le syrop avec de ^^l'eau chaude; il faut que la prière soit fervente, '■^•qu'elle soit accom[>agnée des larmes de la péni-
•.fence. »
Mais ce sermon est-il bien de S. Vincent Ferrier ? Dupin et Labbe ont observé que les sermons impri- , ~ înés sous son nom ne peuvent être de lui , puisque l'auteur lui-même y est cité. Nous dirons cepen-
i dant que le style et les images employés par notre saint orateur ne sont pas très-relevés , comme le prouve ce passage de son traité de la Vie spirituelle, où il parle de lui avec une excessive humilité , mais en termes impropres : » Toute ma vie, dit-il, (cAo- » pitre 16), n'est que puanteur; je ne suis qu'in- » fection dans mon corps et dans mon ame; tout » en moi exhale une odeurdecorruption causée par H les abominations de mes péchés et de mes injusn lices, et ce qui m'est encoi^ pis, je sens cette » puantetir s'accroître en moi tous les jours et i> devenir de plus en plus insupportable. » Celui qui fait un tel tableau de son humilité peut bien avoir tracé l'allégorie médicale tirée du sermon précédent.
Si nous élevons des doutes sur l'authenticité de ce sermon attribué à S. Vincent Ferrier, il nous semble que celui dont nous allons parler peut être l'objet de plus grands doutes encore. Ce sermon est relatif à la naissance de S. Jean-Baptiste , et le saint prédicateur y aurait inséré Thistoriette suivante y
qui regarde le devoir qufe les époux doivent se
fendre réciproquement. Nous rapportons ce paséagé
sur la foi de Lamonnoye , qui en a égayé l'un des
articles du Glossaire de ses noéis au mot Braime/
« Sainte Elizabeth , dit-il , conçut nonobstant sa
» stérilité et sa vieillesse; l'histoire s'en voit au
I) premier chapitre de saint Luc ; voici la broderie «
» qu'y à faite S. Vincent Ferrier , dans son sermon .- ^•
n de S. Jean-Baptiste. » ( Heureusement le texte est i '-
enlatin. ) '4/- ♦
tt Zacharias ergo veniens de bratione mutus , intravit domum suam , et non potuit loqui uxori , nec petere debitum verbo, sed signis. Et admirans Elizabeth dicebiat : hay; hay, hay, Domine, benedictu* Deus , quid habetis? quid accidit vobis ? riihil sdebat de annuntiatione angeU. Et Zacharias cepit eam inter brachia. Cogitate qUaliter Elizabeth antiqua initabatur i Sed finahter videiis vbluntàtètai Vlri sui, con^ensit . Nota hic quod ex quo sutit in matrimonio, tmus débet alteri consentire , sive sint juvenes , sive senes ; nec débet alter se excusare aliquâ fictâ devotione , ahàs dainnat se et alium. Ideô Âpostolus : Uocori vir debitum reddat, similiter et uxor viro. Corinth. 1 , 7. — Nota hîc de illâ muliere devotâ ^ae , qttando vir exigebat debitum , semper inveniebat excusationes. Si in Dominicâ : hay , sancta Mater Dei, hodiè quae est dies resurrectionis Domiol^ ^. tultis talia facere? Si die Lunae, dicebat : hay, hodiè '^ débet homo rogare pro mortuis. Si die Martis : hodiè Ecclesia facit pro Angelis. Si feria quart a :
SI
faodiè Ghristus fuit venditns. Si feria quiata : hay , Domine, quia hodiè Christus ascendit in cœlum. Si feria sexta ; quia hodiè Christus fuit passus pro \iobis. Si sabbatho : hodiè quae est dies Virginia Mariae , quia taU die in ipsâ solâ remansit fides. Videns vir quod ipsa semper inveniebat excusationes, vocavit aneillam , dicens : de sero venias ad me ut dormias mecum. Respond^t : hbenter,mi domine. Quod videns muher, voluit se ponereinleeto; et vir ^; noluit : non , domina , ôretis pro nobis peccatoribus. Et nunquam ex tune voluit uxorem cognoscere , ita abhorruit eam , sed adamavit captivam. Ipse peo cabat mortahter , et damnabat se ex culpâ uxoris ' . Ideô sancta Ëhzabeth , hcet esset devota , sancta et antiqua , ex quo requirebatur à viro consensit , et conçepit ab eo. Transactis tribus mensibus , venter intumuit ; et dicebat ipsa : hay , misera , quid est hoc ? numquid essem hydropica ? finahter cognovit quod erat gravida. De hoc sancta Ëlizabeth multum verecundabatur , in tantum quod dicit Lucas quod occultavit se mensibus quinque. Cogito ego quod fecit sibi amplas hopulandas , sive vestes, ut abscon* deret partum , timens ne gentes dicerent : ecce , liœt sit devota,tamen adhuc vacat Ubidini.... » On peut dire que rien ne peint mieux l'ignorance générale et la
'Mp-
• On trouve , dans les Variétés sérieuses et amusantes de Sablier. Paris, 1769,4 voL m- 12, une histoire qui a beaucoup de rapport avec celle que raconte S. Vincent Ferrier ; mais elle se termine autrement. Voy. tom. III, /?. 456-459-
grossièreté des mœurs du temps, que de pareilles ba-
Uvemes débitées en chaire en présence d'un nombreux
auditoire. H est vrai que Vincent Ferrier prêchait
dans les églises , dans les places publiques , dans le»
campagnes > partout où il espérait retirer des fruits
de son zèle infatigable , et il savait toujours se mettre
à la portée de son auditoire plus ou moins éclairé.
il est donc présUmable que les deux extraits pré^
eédents ne sont pas tirés de ses sermons d'apparat ,
mais de quelques sermons ordinaires , de ces espèces
de conférences familières , où la naïveté plaisante
des détails faisait plus d'impression sur le peuple^
pour réprimer ses vices. Au reste , c'était la mode
du temps , comme nous aurons encore plus d'une
occasion de le voir.
L'auteur d'un vieux Jotirwa/, écrit , jour par jour, dans le xv® siècle , par un bourgeois de Paris , témoin oculaire des événements, raconte u qu'un cordelier, » nommé frère Richart , fit de telles merveilles en » chaire, qu'au sortir d'un de ses sermons, prêché , » le 25 avril i429, sur le jeu et sur le luxe, on »' alluma plus de cent feux par les rues, et les » hommes y ardèrent * tables, tabliers ^, dez, )) billes , billards , nureUs ^ et toutes choses à quoi
■ Brûlèrent.
* Jeux de dames et d'échecs.
7 Nous n'ayons pu découvrir cette espèce de jeu.
» on pouvoit se livrer à jeux convoiteux * ; et le» » fiemmes y ardèrent devant tous , les atours de » leurs testes ^ comme bourreaux , truf faux , pièce» » de cuir où de baleine qu'elles mettoient en leurs » chaperons, leurs cornes, queues et grant foiscm n de leurs pompes.
» Et disoit ledict corddier pour vray , que depuis
» ung pou ^ il estoit venu de Qrie ' comme de
!• * » Hiérusalem , et là rencontra plusieurs tourbes ^
» de Juifs qu'il interroga , et ils luy dirent pour yray » que Messias était né, lequel Messias leur devait » rendre leur héritaige , c'est assavoir la terre de }) promission; et s'en alloient vers Babylone à » tourbes. Et selon la Saincte Èscripture ^ celui » Messias est Antéchrist , lequel doibt naistre en la » cité de Babylone qui jadis fut chef des royaulmes 5) des Persans , et doibt estre nourri en Bethsaaïda » et converser en Corozaïm.
» Item , ledict frère Richart prescha le darrain ^ tt sermon à iParis , le mardi , lendemain de sainct
* n paraît que les cartes n^étaient pas encore communes en France à cette époque, puîsqu^ll n'en est pas question dans cette nomenclature de jeux; on sait cependant qu'elles sont antérieures au règne de Charles VI. Voy. les Recherches sur
l* origine des cartes à jouer , par G. P. , Dijon et Paris, 1826^
. * C'est-à-dîre depuis peu.
3 Syrie.
4 Tourbes signifie troupes.
Darrain pour dernier.
» Marc, 26* jour dudict apvril 1429, et dict au » despartir que l'an qui seroit après , c'est assavoir » l'an trentiesme , on verroit les plus grandes mer- » veillesqueon eust oncques veùes et que son maistre » ft*ère Vincent ^ le tesmoïgne selon l'Apocalypse » et les escriptures monsieur sainct Paul ; et aussy V le tesmoigne frère Bemart , ung des bons près-* » cheurs du monde , qui , en icelluy temps , estoit » en prédication par de là les Alpes en Italie où il » avoit plus converti de peuples à dévocion, que » tous les prescheurs qui , depuis deux cents ans » devant , y avoient presché. • . • . »
Ce vieux récit prouve que le frère Ricbart avait du talent , puisqu'un de ses sermons a produit de si grands effets ; mais il faut faire aussi la part des circonstances : il prêchait à une époque féconde en malheureux événements ( la division sanglante des Armagnacs et des Bourguignons ) ; puis la créduUté populaire était fortement préoccupée de l'idée de la venue de l'Antéchrist et de là fin du monde quAies charlatans avaient fixée à l'an 1430 ; il n^en fallait pas davantage pour disposer les fidèles à se rappro-^ cher davantage de Dieu et à faire des actes publics de pénitence. Ainsi nous croyons que les feux expiatoires ^ allumés çp 1429 dans les rues de Paris , ne
. '. Ce frère Vincent est S. Vincent Ferrier , objet de l'article, précédent ;. il a, laissé parmi ses divei^s écrits un Traité de la fin du Monde ^ et nu autre sur les deux avènements de VAn-r techrist. ^ !ji^.
-^^C3mt pas dus exclusivement à l'éloquence de frère ^chart.
Le fonaeux Savonarolè * ,, jacobin , se mettait quelquefois si fort en colère contre les péchés du peuple, en préchant, qu'il quittait soudainement la chaire sans finir son sermon. C'était un homme très-religieux , mais très-fougueux , très-enthousiaste. Il est xncHt bi^i misérablem^it , victime de son zèle à prêcher contre les scandales de la Cour d'Alexandre VI et à défendre la répubhque de Florence ; il a été pendu et bisulé , en 149^ , avec deux autres jacobins, Dominique de Pesçia et Silvestre de Florence.
n prêchait avec une telle énergie et un tel succès , qu'après son sermon contre les mauvais hvr^, qu'il débita le 8 février 1497, les Florentins apportèrent d'eux-mêmes sur la place pubUque les Boccace , les; Dante , les Pétrarque , et tout ce qu'ils avaient de tableaux licencieux et les brûlèrent dans un grand feu. De là vient la rareté de la plupart des éditions de ces auteurs , publiées au xv" siècle. Le Boccace
' Des nombreux ouvrages de ce célèbre Italien , nous ne citerons que les suivants : Expositione etprediche sopra VExodo et adaltri cUt^ersi proposùi ; uldma mente composte et predicate dal R. P, F. Hieronimo Sauonarola. Venetia, 1515, în-4'*. ^•-^Prediche del medesimo sopra EzechieL Bolonia, 1515, ?/fr-4". — On distingue encoi^ parmi ses autres ouvrages le Triumphus cmfiiê, Florent. , 1492, in-foL
( il Decamerone , Christofal Valdarfer , [ Venetiis ] * 1471, in- fol. ), Si été vendu, en 1812, à Londre%, ,^i'* la somme de 52,000 fr., et en 1819, celle def^ 23,000 fr.
Comme le supplice de Savonarole tenait plus à des intrigues qu'à Thérésie, Flaminius, bon poète italien, fit à ce sujet Tépigramme suivante :
Dura fera flaroraa tuos , Hieronjme , pascitur artus ,
Relligio sacras dîlanîata coraas Fie vît et O I dixit , cnideles parcîte flammae ,
Parcite , sunt îsto viscera nostra rogo.
Un religieux prêchant le jour de la fête de sainte . Madeleine à Beauvais , appuya fortement sur le malheur des filles qui l'imitent dans ses désordres , sans vouloir lui ressembler dans sa pénitence. Il les exhorta toutes à faire dire des messes , les unes à la Vierge pour qu'elle les conservât dans leur état de pureté , et les autres à Madeleine pour qu'elle les retirât de leurs malheureuses inclinations. QuaM il eut quitté la chaire , une fille l'aborda , et le pria de lui dire une messe. « Desquelles , dit-il , voulez-vous ; est-ce de celle de la Vierge ou de Madeleine î — Belle demande , répondit-elle , c'est de la Vierge. — Mais prenez-y garde, ma chère, reprit-il. — Oh bien ! ajouta la bonne fille , après avoir un instant réfléchi , ajoutez-y un peu de Madeleine. »
Un moine termina le cours de se|k prédications
4âns tme petite ville par un sermon sur la méiQe sainte Madeleine ; et comme les habitants Tavaient bien régalé pendant son séjour, il crut devoir leur témoigner sa reconnaissance dans ce dernier sermon ; en conséquence il leur dit dans son exorde : « Vous ». m'avez bien traité , mes chers frères , je veux voun » le rendre. ; c'est Madeleine qui va faire les frais do » repas : ses dieveux seront la nappe ; ses larmes , » l'eau ; et pour Benedicite, disons Ave Maria. »
On prétend qu'un R. P. capucin, prêchant nn^ jour de Pâques dans l'abbaye de Saint-Antoine , dit aux religieuses , moins sans doute dans le but de le* çdifier que de faire sourire l'auditoire : « Savez-vous,^ * )) Mesdames , pourquoi , après la résurrection, Jésus- » Christ apparut d'abord aux saintçs fenmies ? c'est » parce que , connaissant le penchant irrésistible da » sexe, à causer et à porter des nouvelles, il était » tout naturel , comme il voulait çépandre le plus. » promptement possible ce graQd mystère, qu'il » s'adressât d'abord aux saintes femmes plutôt » qu'aux apôtr^. »
Un prédicateur italien de médiocre réputation j^ fut chargé du sermon pour la fête de saint Luc , qui se célébrait dans l'éghse de Sainte-Martine , à Rome. Monté en chaire , il prit pour texte de son discours : (( Salutat vos Lucas medicus. » Un cardinal qui était
présent, se leva et dit : « Ed io anche lo riverisco, et moi aussi je lui tire ma révérence; » et il s'en alla.
Le père Adam, jésuite, prêchaAt la PassioU à Saint-Germain-FAuxerrois , fit une comparaison ridicule des Parisiens avec les Juifs qui avaient crucifié Notre Seigneur. Il compara la reine à la Vierge et le cardinal Mazarin à S. Jean Tévangéliste. Ce plat sermon fit dire avec raison que le père Adam n'était pas le premier homme du monde.
C!ornelius à Lapide rapporte qu'un moine dit en chaire que le bon gibier avait été créé pour les reli- ^ gieux, et que si les perdreaux, les faisans et les ortolans pouvaient parler , ils s'écrieraient : « Serviteurs » de Dieu, soyons mangés par vous, afin que notre » substance, incorporée à la vôtre, ressuscite un jour )> avec vous dans la gloire et n'aille pas en enfçr )) avec celle des impies. »
Un prédicateur commença ainsi son sermon :
« Les philosophes naturalistes , après une soigneuse recherche des œuvres de la nature , ont remarqué que les hirondelles viennent au printemps et s'en retournent au commencement de l'automne , etc. » Belle découverte ! Comme tout le sermon était écrit dans ce genre , il n'est pas surprenant qu'au bout d'une demi-heure le prédicateur et le sacristain soient restés seuls à^église.
EXTRAITS DES SEIU^IOISS DE MRLETTE.
Gabriel Barlette , religieux dominicain italien , a ^ui d'une grande célébrité comme prédicateur dans le xv* siècle. Né, selon les uns , à Barletta dans le royaume de Naples, et, selon d'autres, à Aquino, il a vécu au-delà de Tan 1480, puisqu'il parle comme d'une chose passée , du siège d'Otrante , ville qui fut prise par les Turcs en 1481 , sous Mahomet Û , et sous les ordres du visir Cheduc Achmet pacha. Quelques-uns prétendent que les sermons pubUés sous son nom ne sont pas de lui , mais d'un ignorant qui a pris ce nom. Cette opinion est de Léandre ' Alberti , contemporain de Barlette ; il soutient que ce prédicateur était un grand homme , ayant une " véritable éloquence ; la chose est possible , mais sa réputation basée sur les sermons qui portent son nom depuis le xv® siècle , contredit cette assertion. D'ailleurs les prédicateurs de ce temps-là étaient assez dans l'usage de fixer l'attention de leur auditoire par des singularités à la portée du peuple. Au reste , quoi qu'il en soit, voici des extraits qui fieront juger de l'état de la prédication dans le siècle où vivait Barlette.
Dans l'un de ses sermons, qui n'est pas le moins burlesque ^ , il dit : « Quoique Dieu ait , de toute
» Voyez réditloQ de Venise , 1577, in-8°, p. 229. On prétend <]ue la première cditîou des sermons de Barlette date de Brixùr,
» éternité , prédestiné l'incarnation de son Fils , il n voulut cependant qu'elle fût impétrée par les » prières et à la demande de saints personnages ; en » conséquence Adam, Enoch, Mathusalem, Lamech, n Noé , etc., se mirent sur les rangs et présentèrent » leur supplique, mais ils n'obtinrent rien. Alors ils » envoyèrent en ambassade les prophètes Isaïe , » Ezéchiel , Jérémie , Daniel , etc. , qui ne furent » pas plus heureux. Aux prophètes succédèrent les » rois David, Salomon, etc. , dont la démarche eut i> le même sort. Que faire dans une telle conjonc- » ture? il fut résolu qu'on enveiiroit les femmes de » l'ancienne loi. Aussitôt se présentèrent V Eve à » laquelle Dieu dit : tu as été gourmande, tu » n'es pas digne de'mon Fils; 2® dame Sara à laquelle » Dieu dit : tu as été incrédule touchant ton fils » Isaac; 3** à Rébecca : tu t'es montrée partiale 9 entre Jacob et Esaii \ 4** à Judith : tu as été meuç- » trière ; 5® à Esther : tu as trop aimé la vanité ; y> ô'^Enfin la chambrière de quatorze ans, dont le fils » dit à son père : je l'ai aimée dès ma jeunesse; » ensuite fut envoyé l'ange Gabriel avec des » lettres. »
Barlette , dans son sermon du 5°»® dimanche de carême, parle ainsi du teint de Marie : fuit mgra aliquantulum , et hoc triplici ratione : V ratione^
1498, 2«-8°. On en a cité une de 1470 ; mais , selon toute ap? parence , elle n'existe pas. Tous ces sermons «ont en latin ; nous, ignorons qui est le traducteur du passage que nous donnons.
comptêxianU, quia JudcH tendunt in brunedinem quêmdam, et ipsa fuit Judœa ; 2^ rations tssti/icationis , quia Lucas fecit très imagines Mariœ, unam Romœ , aliam Loretœ, aliam Bononiœ, et sunt brunœ; 3^ ratione assimilalûmiê, filins matri communiter assimilatur et à conversa; sedel Chtisti fades fuit bruna ' .
'Efï parlant de la résurrection ^ , Barlette agité la question de savoir qui devait être l'ambassadeur de cette grande nouvelle à la Sainte Vierge. « Adam dit à J.-C. , c'est moi; mihi incumbit. Jésus lui répond : tu t'arrêterais peut-être en chemin pour manger des figues. Àbel vint ensuite : non certainement, tu trouverais peut-être en route Gain qui pourrait encore te faire un mauvais parti ; à Noé , Jésus-Christ
■ Un père jésuite nommé Blandin , qui a résidé à Dijon dans
le XVII* suclf, prrchant un jour dans l'église S. Philibert,
émit un" opinion conforme à celle de Barlette sur le teiut d)e la
Sainte Vierge. « Ce nig^a sum , dit-il , qu'on lit dans le Cou*
» tiqu^. des Cantiques, et qui ne convient prophétiquement qu'à
M l\Iurîe , vojez-vous , mes chers auditeurs , ne doit pas être
w pris à la lettre ; non , la Sainte Vierge n'était point noire ; le
» verset suivant, où elle est appelée ykfca, fait voir qu'elle
>» n'était que brunetle.... >» — S. Epiphane , né en 310, mort
en 403 ', dit que : « hà Vierge Marie avait le teint couleur de
» froment , les cheveux blonds , les jeux vifs , la pmndk
» tirant sur le jaune , les sourcils d'un ■ beau noir et bien
» arqués, les lèvres vermeilles.... et qu'elle avait une grâce
» inliuie qui répandait un éclat divin sur toutes ses actions. »
^ VoT. pag. 176 de la meilleure édition des sermons deBar^ lette, Lyon, f^tncent, 1536, t>i-8®. On estime aussi celle de Piins^ 1527, Mi-S".
dit : tu aiineis trop à boi^ ; à St. Jean-Baptiste : ta as un habit tout velii ; au bon lançon : tu n'iras pas, car tu as les jambes rompues ; enfin un ange fut envoyé qui se mit à chanter : Regina cœti, lœtare^ ressurreocit sicut dixit , alletuia. »
Dails le sermon de la pentecôte, il rapporte ainsi le anotif qui a déterminé le Saint-Esprit à prendre la foWne sous laquelle il est venu trouver les Apôtres. Toici le colloque qui eut lieu entre les trois personnes de la Sainte Trinité. « Le Fils dit à son Père : » j'ai promis le Saint-Esprit à mes Apôtres ; il est » temps de tenir ma parole. Le Père répond : je suis » content , faites-le savoir au Saint-Esprit ; le Saint- » Esprit s'informe comment le Fils avait été traité ; » le Fils expose ses plaies. Le Saint-Espr.t , touché » de cet état affreux , s'écrie : malheur à moi ! » mais j'irai dains une autre forme qu'ils n'oseront » toucher ; » et il descendit sur ten*e en langues de feu.
Dans le sermon de l'octave de Pâques , Barlette rencontre dans les doigts de la main, toutes les perfections de l'homme vertueux : « Le pouce et les deux jointures marquent la 'droiture de l'homme envers Dieu et le prochain. Le doigt index marque la prudence; et les trois jointures une prudence qui s'occupe du passé, du présent et de l'avenir. Le doigt du milieu marque la force, et les jointures lesefforts que cette force doit faire contre le diable, le monde et la chair. Le doigt fidius ou annulaire signifie l'amour, îl a une veine qui va au cœur ; ses jointures mar-
quent les objets de son amour envers Dieu , le pro* chain et son ame. Le petit doigt ou rauriculaire marq^e Tobéissance ; ses jointures en confirment les objets , les supérieurs , les égaux , les inférieurs. »
n remarque dans son sermon du premier dimanche de carême <( que deux corps plans peuvent s^appliquer Tun contre l'autre , qu'un sphérique et qu'un concave s'appliquent de même , que deux sphériques ne peuvent s'appliquer que dans un point; qu'il en est ainsi des hommes doux et modestes dont l'amitié est aisée et facile ; mais que les orgueilleux représentés par des corps ronds ne peuvent se sup^ porter.
Il avance, dans Té vangile du dimanche Oculi, que plusieurs vont en pèlerinage bons et en reviennent méchants , et à l'occasion du jubilé de son temps , il dit que plusieurs filles allaient vierges à St. Jacques et en revenaient pécheresses. Multœ virgines vaduiU ad sanctum Jacofmm, quœ redeunt meretrices, ut patuit in annojubileo de mntifms Romam, et dormientibus in palets » Item de duabus viduis Valenciœ euntibus ad sanctuaê Jacobum.
Le même Barlette dit que l'état monastique triomphe dans l'Eglise sur quatre chars magnifiques^ attelés chacun de chevaux de diverses couleurs. « Ces y> quatre chars sont les quatre ordres mendiantS4 » Le premier est tiré par des chevaux bruns ou » alezans, ce sont les Franciscains, Cordeliers ou >> Capucins ; le second par des chevaux noirs , ce » sont les Augustins ; le troisième par de vigoureux
M dbevauxblancSy ce MntlesXlarmes; et ^quatrième )i par des chevaux pies, ce sont les Jacobins. »
Bans Tévangile delà tentation de Jésus-Christ , il introduit le diable disant civilement à Jésus-Christ : *
« Passons au désert , nous y serons solitaires , nous y prierons. Et après que Jésus' a remporté la victoire, la Sainte Vier|fe lui envoie le dîner qu'elle avait préparé pour elle-même : c'étaient des choux , la soupe , des épinards ; il y avait peut-être aussi des sardines. Virgo misit prandium quod prose par avérât, 1
ut caules, vel brodium, utspinaria et forte sardinas, »
Le jour des cendres , Barlette dispense du jeune ceux qui voyagent à pied par nécessité ' , mais il y condamne les cavahers ; il permet pourtant au cheval du cavaher de prendre sa nourriture ; equi-tantes autem non excusantur; equus poterit ccmare, sed mm vos sine peccato,
S'élevant au-dessus de ces minutieuses absurdités, ce prédicateur ne craint pas de gourmander le clergé, et même de comprendre les Souverains Pontifes dans ses acerbes réprimandes. On en trouve un exemple dans son sermon sur le petit nombre
» Dans les commentaires de Jean Galderin sur les décrétales, Auctoritales decretorum omnem effectum tam téxtûs quant glos* sarum in se continentes, QoXomae^AAJOyin-'foL de 60 feuillets ^ il est dît qu'on ne doit point donner de vin pur à des voyageurs fatigués ; il faut y mettre de l'eau. C'est un grand péché de donner quelque cliose à des voyageurs. On trouve encore dans ces commentaires , qu'un prêtre ne doit pas boire plus de trois fois dans un repas , sous peine de pécher. Etc. , etc. , etc^
des élus , de paucUate mlvandormn ; il y dit : 4 Pelro usqaè ad (einpora Silveslrig (uerunt tri'§enli duo Papœ , qui per marlyi-ium feré omnes Iraiisierunf. Vndè post Sixlum, diù vacavitpapatm, et nullm volebafaisumere hoc onws et propler paupertaiem et propler tAOrtem ; sed hodiè, per munera el per simonias , ingrediuntar ad euia. Vfidè Dastès , ïnferni libro, 19,, clamât conti'à hos : Simon Mage, o ejus miseri imitatores ijui res diviiuis , quœ bonitalis debent esse , vos rapaces , aura et
argenlo contaminalis ! Quid dkam de presbyterts
curatis? appticate ad libitam....
Dans le sermon du mardi de la pentecôte , il reproche aux pnHres leurs distractions dans la prière; il cite pour exemple , celui qui, récitant le Pater j le fait de la manière suivante : « Pater noster <pii es in cœlis..., garçon, sellez mon cheval pour aller 6n ville; mnctifcctur nomen tuum..., Catherine, mettez
viande au feu ; ftat voluntas tua... , empêchez le chat d'aller au fromage; panemnoslmmijuolidianum, doniiez l'avoine au cheval blanc. Est-ce là prii
Ailleurs, le même prédicateur s'appesantit sùf" l'ignorance qui régnait alors chez quelques ecclér «astiques et chez quelques Evèques. C'est dans son sermon du lundi de la troisième semaine de carême , qu'il leur reproche d'être peu familiarisés avec lé latin ; il cite le trait suivant : « Diaconus ordinandm in sacerdolem, ab episcopo interrogatus de auffieentiâ: quoi sunt sacramenta Ecdesim ? respondit : tribus ; eé episcûpus : guilfus ? crismus , baptismus et missa prn
tefiMctis. D'autres disent que ce diacre répondit : fes : aspergilhint, tkuiibulum et magnum allare ' . Cela rappelle uneèpigramme attribuée àMelin de
.. Dés 745 , l'ouhli de la langue latine était s! notoire , ( dît
ïleiiry , dans saa Histoire ecciisiasl. , lom. ix^p. 327), que
l'on porla au pape Zacharie la question de savoir si un prêtre qui
avait , dans un baptême , employé la formule liapliso te in
nominepatria etfiliaet ipirilua sancta, avait fait un acte légal,
uii vrai bupléme. Le Pontife répondit afTirmativenient , parce
que le prêtre avait agi par ignoranec de k langue latine. » Il est
L Oertaîn que les mots latins barbares dont s'est servi ce prêtre
talent bien les trois Personnes de la Sainte Trinité.
En fait de baplème , le pape Clément VII qui résidait alors i\
B Avignon, fut consulté sur tin événement fort singulier arrivé il
jntpellier le 6 septembre 1387, Une ânesse mit bas deux
vitres ayant la forme d'enfants mâles ; on recourut à la décision
f pontificale pour savoir si l'on pouvait leur administrer le
baptême. Après d'amples informations, la réponse du Saint-Père
I iiit afËrniaiîve. Cette anecdote extraordinaire est racontée dans
j tHistoire générale du Languedoc, par t). VaissctteelD. deVil^
[ Pans, 1730-1745,5 w/. in-/o/. Voï. tom. v,/>. 685. Le teste
Q provençal et de l'année où le fait est arrivé. C'est un exlTait
^j)e la Chronique de Bertrand Boissel, puisé dans les registres du
e Peresc, et d'un manuscrit de M. Gaufridi , baron de
^Trets. Voici le début de l'anecdote dans le texte vulgaire.
L'an mil très cens quatre ving Seyt , lo jom sieis de sep- . nasqueron dos enfans maScles duna bestia asina apellada la ainsin formats como si fosson nats de dona, et nasqueron ■ «nlo eastel deMontpellîers.Item fou mandat al papa en Auignon
e baptejeran ou non, per loqual fou grant débat
I Après, par le cardcnal de S. Angel fou conegut et déclarât 1 l}Ue los dos eufanssi baptejesson, et ainsin fou fach que baptejas
1 de
— M — St. Gelais , fiis naturel d'Octavieii de St. Gelais Evèque d'Angoulême , tirée d'un petit recueil de IraducUons cl inveiilmis, imprimé à Rouen, 1555, in-i6,
Quelqu'un désirant être prêtre ,
A l'Evéque se présenia ; ' Qui lui (lit : situ le veux être ,
Db-rooî ! qieot sunC sacramenta ?
Très , dil-W ; et l'Evêfjue çwqj P
Ett spes , fiJes et ckarilas.
Vraiment tu ai bien répondu.
Greffier, qu'on dcpêche son cas ;
Digne est d'être prêtre tondu.
Letitre de cette épigramme étant : D'ungqui voulaii être prélre; par G. C. , elle n'est point de Melin de St. Gelais, mais plutôt de Germain Colin d'Angers, poète français , ou peut-être de Georges Châtelain , de Guillaume Coquillard , Guillaume Crétin , ou d'autres poètes à peu près contemporains.
Nous ajouterons à cette épigramme une citation qui prouve encore l'ignorance extrême de certains ecclésiastiques dans le xvi° siècle : voici le passage d'un sermon rapporté par Conrad d'Hércsbach : H On a inventé , s'écriait le prédicateur , oui , on a » inventé un nouveau langagequ'on appelle le grec ; i> défiez-vous-en, mes frères, c'est la source de » toute hérésie. On va mettre entre les mains de M beaucoup de personnes un livre écrit en cette » langue , et auquel on donne le nom de Nouveau n Testament ' ; c'est un ouvrageremplide poignards
'(l'était peiit-*lre le T
(gnecé) (l'Erasme , dont
» et infecté de poison. Quant à Fhébreu, il est » certain que ceux qui l'apprennent deviennent » juifs sur le champ. »
« Savez-vous pourquoi les femmes sont plus sujettes à la causerie et à la médisance que les hommes, disait Barlette dans son sermon du quatrième dimanche de l'A vent? Le voici : Hoc peccatum maxime régnât inter mulieres, quœ discurrunt hàc et illâc; non possunt silere , quia sunt de ossibus, vir de terra. » Puis il ajoute : Pone quatuor mulieres ab unà. parte, decem ■.. viros abaliâ , plus garrulabunt mulieres.
Dans le même sermon, il agite une singuhère (gestion , celle de savoir si Jésus-Cbrist portait deé souliers ; utrum Christus portaverit calceamsnta ? Il est jpour l'affirmative. « Nicolas deLyra, dit-il, semble » n'en pas convenir en prenant la chaussure de >> Jésus-Christ pour une chaussure métaphorique » et non réelle ; mais il a tort , et moi , je soutiens » que Jésus-Christ avait des souliers, quia, ut dicit » Apostolus ad Hebrœos, cap. 7^ debuit per omnia fra^ » tribus assimilari, cùm fuerit communis in victu, ita in » vestitu; undè portavit calceamenta quae habentur in i> sancto Joanne Laterano; donc Jésus-Christ a porté » dessouliers, et ces souhers sont encore aujourd'hui » à S. Jean de Latran. » Il paraît que Barlette était îaussi bon logicien que bon archéologue.
là première édition date de Bâle, 1514, Froben , in-foL, oti rédîtîon de Robert Estieiine , Lutetîae, 1546, i>i-16j il est vrai que le catholicisme de ces deux messieurs était alors trè«^ éuspect, surtout celui JaRobert Estieone.
Nous dirons encore qu'il cite dans l'un de ses sermons , un mauvais sujet d'Italien qui prétendait que pour être heureux dans ce monde ^ il fallait avoir « ventre de fourmi, bras de fer et ame de chien. » Que signifie cette absurdité? — Nous avons vu qu'elle n'est pas la seule répandue dans les sermons de Barlette , et cependant ce plaisant orateur avait tant de vogue de son temps , que l'on disait : nescit prœdicare qui nescit baxkttare; ce latin est digne d'un tel éloge*
ANECDOTES
Le vénérable Bede , abbé , Ecossais d'origine , mort en 735 , a fait des sermons pour tous les dimanches de l'année. Voici un extrait de son homébe sur l'évangile des noces de Cana , prononcée le second dimanche après l'Epiphanie; il est traduit littéralement *.
« Le vin manque au mitieu du festin , Marie en avertit son divin Fils, etil répond : Femme, qu'y a^t-il de commun entre vous et moi? Il n'y a nulle apparence qu'il ait voulu manquer de respect à sa sainte mèra, lui qui nous ordonne d'honorer nos parents , ni qu'il ait rougi de la reconnaître après avoir daigné prendre
* Nous ne présentons point ces extraits des sermons de Bede comme offrant des facéties dans le genre de celles des prédicateurs du xYi® siècle ; nous avons seulement voulu donner une idée de la composition des sermons dans le yni^ siéole.
naissance en ses chastes entrailles. L'Evangile répète ce que les prophètes avaient annoncé , qu'il devait naitre de David selon la chair ; et dans la réponse qu'il fait à Marie , nous remarquons un éclair de sa divinité ; il voulait lui faire entendre qu'il ne tenait point d'elle le pouvoir de changer Feau en vin, mais du Père céleste.
« L'eau dont on remplit les cruches , représente la sagesse qui purifie ceux qui l'écoutent , et les abreuve de la science des saints ; les six vases sont la figure des six grands personnages dont la vertu sert d'exemple au reste du monde durant les six âges qui ont précédé la mort du Fils de Dieu , erant autem tajndeœ hydriœ sex positœ; ces vases sont de pierre , parce que les âmes fidèles sont affermies par la foi , par la charité ; c'est ce que le prince des apôtres nous fait entendre par ces paroles : tanquam lapides vivi super œdificamini. Ces cruches étaient destinées à la purification des Juifs : c'est seulement pour ce peuple que l'ancienne loi avait été donnée ; quant à l'Evangile, il leur a été présenté , de même qu'aux Gentils. Ces cruches contenaient deux ou trois mesures : ainsi les écrivains sacrés ont parlé tantôt du Père et du Fils seulement, tantôt du Saint-Esprit fivçc eux.
« La différence du vin à l'eau est la même que celle de la loi de grâce à celle des Juifs. Le Seigneur aurait pu remphr du meilleur vin les cruches vides. 11 a mieux aimé y fai^e yersjer deTeau, pour montrer par un changement miraculeux que la loi qu'il pu-
bliait n'était point au fond une loi nouvelle , mn^t la perfection de Tancienne.
» Voyons maintenant les six âges du monde figurés par les six cruches : le premier a commencé avec le monde , il finit au déluge ; le deuxième a duré jusqu'à la vocation d'Abraham ; l'avènement de David au trône termine le troisième; le qua-. trième s'étend jusqu'à la captivité de Babylone ; le cinquième est poussé jusqu'à la naissance du Messie; le sixième finit à la mort de cet Homme-Dieu. »
On s'imagine bien que les disciples du Sauveur, sont représentés par les ministres du festin à qui il ordonne de remplir les cruches. A l'égard du maître d'hôtel , Bede est embarrassé , il balance, entre Nicodème, Gamaliel et saint Paul; il finit par^ une exhortation à conserver la charité , laquelle a le vin pour symbole. « Purifions nos cœurs de tout vice, remplissons-les de la science du salut et des ahments spirituels que l'on puise dans les saintes^ lectures , afin que nous puissions dire avec le Prophète : Yqus nous avez abreuvé du vin de compono tion , Pot(i8ti nos vino compunctionis ; alors nous mériterons que Jésus-Christ nous fasse part de sa gloire, dans laquelle il vit et règne avec le Père et le Saintr Esprit. Ainsi soit-il. »
Pierre Courtin , carme provençal , a été un asseï^ bon prédicateur pour son temps. Ses sermons oojt été imprimés en 1597. Dans celui qui regarde Tavénement du Fils de Dieu, il commence ainsi : a Afin
qu'ici et à l'avenir nous puissions dire chose qui 8oi(^ v • à l'honneur de Dieu et au salut de nos âmes , nous 4 invoquerons la grâce du benoît Saint-Esprit par les prières de la glorieuse Vierge, lui présentant le salu^
accoutumé, Ave Maria. » Plus loin il dit : « Dieu
a voulu disposer son peuple à un si admirable avènement ( celui de J.-C. ) tant par la loi , figures, que plusieurs sacrifices, et pour cet effet aussi il a donné charge à Monseigneur S. Jean-Baptiste , ambassadeur de son Fils, de prêcher pénitence et admonester le peuple à préparer sa voie. »
Denis Perronnet, théologal d'Auxerre, dont les sermons ont été imprimés en 1604 , prêchant la fêté de S. Marc, prit pour son texte ces paroles de l'Apocalypse : Vidi ostium apertum in cœlo, et débuta ainsi : « Notre texte nous enseigne, l"la présence du Fils de Dieu auquel tous les anges et tous les saints donnent honneur et gloire; 2" que la vertu de la paroledeDieu lest telle , qu'elle illumine l'entendement des élus , et étonne les mauvais pour les émouvoir à la pénitence; 3** que les quatre Ëvangélistes signifiés et représentés pj^r quatre bêtes , ont publié partout la gloire de Jésus-Christ par l'Evangile. » Après cette division , il continue et dit : « Comme Dieu a gouverné le monde inférieur par les quatre éléments et par les quatre principales qualités d'iceux, et par quatre vents principaux , divisant aussi le ciel et la terre en quatre principales parties , qui sont orient , occi-
f^Wllent, midi, septentrion; aussi g^uvcrne-t-il son
' Eglise par l'Evangile composé et écrit par quatre
personnes , saint Jean j saint Luc , saint Marc , saint
Mathieu , signifiés et re[ffésentés par quatre bêtes y
lesquelles vit le prophète Ezéchiel, desquelles
Tune était comme un homme , l'autre comime un lion, l'autre comme un veau, et la quatrième conune une aigle volante * . »
François^Guillaume Martin, religieux observantin^ a publié 26 sermons pour l'Avent, en 1613, sous ce. titre : Les marques des enfants prédestinés citoyens de la, céleste Jérusalem. Il débute ainsi dans son premier^ sermon.
« Ceux qui vont à la conquête de la pierre calamine , font ordinairement voîk vers la mer Indique, laquelle , comme un riche magasin de nature, tient en garde et dépôt les plus beUes singularités du monde. L'entreprise est profitable , mais tant hasardeuse que le danger contrepoise bien souvent la valeur du butin; car comme les navigeans flottent sur les ondes , la calamine ou pierre d'aimant déployant l'action et la prince qu'elle a sur le fer.
' VoTBz Notice sur un has-^relief représentant Us figures injstérieuses et symboliques dont les quatre ét^angélistes son$ ordinairement accompagnés y suit^ie de Recherches sur Vorigin^
de ces symboles; par Gab. P , Dijon , DouUlier , 1839 ,.
|n-4« fig. , lire à 60 exempl.
attire les clous qui tenaient joints la misaine éP'\-^ carène} des navires dont la structure demeure ~ dissipée. Lors les voyageurs abordent aux funèbres tombeaux; la mer indignée du pillage de ses trésors, avec une usurière vengeance ravit la vie de ceux qui présumaient de ravir le joyau de son avare sein. »
On ne soupçonne pas que ce prélude va conduire le prédicateur au danger de mal parler de Dieu ; il craint que la force des divins attraits ne transporte sa pensée et ne précipite les facultés de son ame en un mortel naufrage. Cependant il se confie en la protection divine, « Je voguerai sous la conduite de ce maître pilote ati havre de ma Jérusalem ; je suivrai mon étoile tramontane, lui offrant d'abord mon humble salut. Ave Maria. »
Pelbart de ThemesWart , théologien qui florissait en 1550 , tient bien sa place parmi les sermonnaires bouffons et ridicules ' , et cependant il jpuissait d'une grande réputation sôus le pontificat aAlexandre VI. Parlant de la manière dont la Mère de pieu a été préservée du péché originel, il emploie
" Pelbartî de Themeswart stellarium coron» beatas Vîrgînîs ; «i-8® gothique. Ange Rocca a fait réimprimer cett)uvrage à Vei;iise ^ et& 1586 , 1/1-4^. M. Michauit de Dijon dit que son Pomerium ^mr^ttonum a été imprimé en 1519 , in-4°. Il y en a encore une ^fiditiou de 1511 9 Hagenoœ , m-fol. got.
/trois preuves dont la dernière paraîtra sans doute puérile et peu convenable au sujet : — « Tertima testimonium legis evangelicœ : quia ibi legitur, quôd Gabriel salutando beatam Yirginem , sic dixit : Ave gratiâ plena , Dominus tecum, benedicta tu in mur lieribus , etc. , ex quibus clarescit propositum per singula verba. Nam primo dixit ave , id est , sine ve; et sic negans ve omne , negat peccatum originale. Secundo ait : gratu plenâ : scilicet plénum est cujus nulla pars est vacua, (iv pkys.) : ergo pars originis, id çst , cohceptionis Mariae , non fuit à gratià vacua ; quod fuisset si in peccato concepta foret. » — Les miracles que Pelbart rapporte sur la conception immaculée , ne sont ni d'un ton plus sérieux ni moins remarquable. Il soutient que la Vierge n'a point été baptisée, et entr'autres raisons qu'il en donne, il remarque que comme elle était pleine de grâce , elle n'en aurait pu recevoir dans le baptême, et qu'il lui eût été conféré inutilement. Il demande encore quela été le confesseur de la Vierge? — « Videtur quôd fuit beatus Petrus , quia ordo est inter confessores et - confitentes : cùm ergo beata Virgo fuerit summa , debuit confiteri summo confessori et dignissimo: Hic autem est papa. Sed Petrus fuit papa ; ergo Petro est confessa. » — En faisant l'éloge de la Sainte Vierge , il prétend qu'elle a tout su , même les arts libéraux , tels que la grammaire , la rhétorique, la logique , la musique , Farithmétique , la géométrie , l'astronomie, les mathématiques, la physique, la médecine ; rien de tout cela ne lui était étranger.
Elle savait aussi la métaphysique , parce que cette science est nécessaire à la théologie et que la Saixite Vierge était certainement très-bonne théologienne. ( On verra dans les Mélanges historiques et philologiques de M. Michault, plusieurs extraits des sermons de Pdbart , surtout pour ce qui regarde les arts et les^ciences que possédait la Sainte Vierge. ) Au reste ce burlesque orateur avait pris toutes ces belles choses dans le Liber de intemerate Dei genitricis Mariœ taudibus, du fameux Albert-le-Grand. Voy. l'édition de Lyon , 1503 , pet. in-4" de 78 pag. Voyez encore le Livre des Singularités , Dijon , 1840 , ii^-8% p. 383.
Abraham de Sainte-Claire , prédicateur allemand, a prêché à Vienne depuis 1669 jusqu'en 1709. Il mêlait à ses sermons des plaisanteries et des petits contes. Ses écrits sont remarquables par leur singularité et la bizarrerie de leurs titres , tels que ceuxci : « Judas archicoquin : fi du monde : attention, soldat, garde à vous ; etc. » Son Traité de morale divisé en 100 chapitres est intitulé Quelque chose pour tous.
Le Père Jean Glérée ' , jacobin , confesseur de Louis XH , dit dans un de ses sermons que J.-C.
' Joannis Glérée , ordînis prsedicatorum , sennones quadragesîmales. Pansus, 1530, ï/ir8<». Prix 3 à 4 fr.
apostropha aiïisi S. Pierre : Petre, tu es semper fatum etcallidus. Où l'orateur a-t-il péché ce texte imjpertiûent?
Le même Clérée , dans son sermon du dimanche desRameaux, demande : Pauper concubinarie, quotmnt anni quibus tenes concubinam F — Frater, sunt bene decem. — Pone audacter duodenam plenam. « Dites hardiment la bonne douzaine. »