CHAPITRE XXXV
Comment Fange présenta la palme à la Vierge Marie et kry annonça son trespassement.
Après que le Sainct-Esperit si eust enluminé les apostres ^ , Tange si vint du ciel par le commandement de Dieu et apporta la palme à la sacrée et glorieuse Vierge Marie qui estoit adonc en oroyson et luy dist ; « Surge, Maria, et accipe pcJmam; Marie , lieve-toy et prends cette palme que je t'apporte 5 car je te dis pour vray que dedans trois jours ton corps trespassera *. Et ego omnes apostohs mittam ad sepeliendum te, je envoyeray tous les apostres pour te ensepvelir. » Et elle luy dist : c( Obsecro te , Domine, ut mifddicas nomen tuum ; je te supplie que tu me dies ton nom. » Et I^ange dist : « cur queris nomen meum. Maria? pourquoy demandes-tu mon nom , Marie? » Adonc la Vierge Marie print la palme et la mist sur sa couchette , et appella ses sœurs et voisines et leur dist : « Je vous prie qu'il vqus plaise de demourer avec moy, et nullement ne me
' C'est-à-dîrc après la Pentecôte.
* Ces détaîk sont sans cloute puisés dans le livré faussement attribué à S. Mèliton , évéquc de Sardes au second siècle. H y a cependant une différence entre la date de Tévénement adoptée parle faux Meliton et celle de notre auteur; celui-ci place la date de la mort de Marie, peu après la Pentecôte, tandis que le faux Meliton la place vingt-deu3^ ans après l'ascension. Au reste on n'a rien de certain ni sur la date, ni sur le lieu de la mort delà Sainte Vierge. Voy. sur saint Meliton, Biblioth. Patrum, tom. II, part. 2, p. 212.
laissez; car demain je trespasseray , et iray en la gloire de paradis avec mpn très-chier enfant. » Adonc les voisines, c'est assavoir Marie Jacobé et Salomé, Marie lllagdaleine et Marie Marthe se prinreut à plourer et dirent : <( Veillons et demeurons ensemble , car nous ne sçavons l'heure que Jésuchrist viendra. » Et comme elles parloient Pune à Tautre, sainct Jehan vint et frappa à la porte. Les Maries luy ouvrirent et il entra iledàns. Quando uidit eum y turiata est Maria spiritu; quand la Vierge Marie le veit , elle fut toute troublée eh son esperit , et en souspirant ne se peult tenir de plourer et dist : a Jehan, souvienne-toy des paroUes que taon dou;x enfant , ton maistre , te dist quant il estoit en croix , qu'il me recommanda à toy. Rogo te, Johannes , ut custodias corpus nieum, je te prie , Jehan , qiie tu deffendes mon corps des Juifs , car je leur ay ouy dire : ne faisons compte jusques à ce que Marie doit morte affin que nous puissions avoir le corps qui a porté Jésus et le brusler. » Sainct Jehan oyant ces parolles se print à plourer et dist : « O Domine ! quidfaciam ego quando dilectam meçan ndhi commissam amisero ? Hélas, Sire, que feray-je quant tu me auras ostéma dame. )> Adoncque )a Vierge Marie monstra à sainct Jehan les vestemens esquels elle vouloit estre ensevelie, et luy dist : a Jehan , tu me ensepveliras. » Et il respondit : « Non possum ego facere-^olus , je ne le puis faire se mes frères les apostres ne venoient pour me secourir. )> Et elle luy dist : « Jehan , mon amy , ilz y seront , car Tange les assemble pour les faire venir. »
CUAPITRE XXXVT.
Comment en ung moment loua les apostres se Irouvèr devant la porte de la Fierge 3fan
Les aposires se trouvèrent en ung moment devant la porte de la Vierge Marie où se firent grant feste ; et cependant sainct Jehan saillant hors les trouva tons ensemble devant l'huys dont ilfutjoyeuixetdist ; «Benoist soit Dieu, mes frères, de ce qne vous estes icy venus. » Et se firent grant feste. Tantost ' les aposires luy demandèrent comment il estoit venu céans ? et il leur dist : H Ainsy que je prcschoye h heure de noue, je ne sceu riens que je fus céans où j'ay trouvé les Maries avec là mère de Dieu, lesquelles ploroyent tendrement et disoyent qu'elle devait aller de ce monde-cy en l'aultre et que l'ange du ciclavoil apporté la' palme. Et quant je ouys ces parolles , je ne foz pas joyeulx , mais moult dolent , et ay ploré amèrement. Et pour ce, mes frères, je vous prie que quant viendrez devant elle, qne vous ne plorez point , ne quant nous irons l'ensepvelir pour la cause du peuple, non enan oportel nos père. »