DE VOSTRE MAJESTÉ
» Le très humble, très fidèle et très obéissant serviteur et sujet ,
» André Valladier , abbé de S. Arnoul.
» De Paris , ce 27 septembre ( 1616) , jour de S. Cos me et S. Damien , natal très heureux , très auguste et très gloricux de Vostre Majesté. »
Trêve à l'éloquence du Père Valladier, dont la fécondité pourrait nous fournir bien d’autres extraits , car, dans la préface précédente , il dit ct^ore
au Roy : « J’ay passé mes ennuis à l’estude et service que je (lois au public et à Votre Majesté , mais donnant le change au malin ennemi de mon repos , j’ay encore sept autres tomes , sept nouvelles batteries pour briser le crâne à l'envie, et je les ai déjà mis au net a l'éternelle confusion de mes ennemis. C’est, à savoir : 1“ des Testes de Jésus-Christ ; 2° des l'estes de la glorieuse Vierge; 3° du dernier Jugement; 4" des Dimanches de l'année; 5° des Solemnitez des Saincts ; 6" des divines Tapisseries ou stromes de la pénitence; 7° enfin mon sainct Augustin catholique, apostolique et romain. — Très-résolu et obstiné, ajoute l’auteur, à briser et enfoncer toutes les puissances infernales à mesure qu'elles poursuivront de m’attaquer et troubler mon repos. »
Laissons donc en repos le P. Valladier.
ANECDOTES
François Faure, cordelier, prêchait un jour la Passion à Saint-Germain-l'Auxerrois; il avait commencé son sermon lorsque la reine Anne d'Autriche arriva. Le respect et l’usage exigeaient qu’il recommençât.; alors faisant allusion à son sujet et s’adressant à la Reine, il lui dit comme Fnée à Didon :
lufaiuliim , llrjjma , jubés renovare doloirm.
Cela fut très-applaudi dans le temps. Faure était prédicateur du Roi ; il fut nommé évêque de Glandèves par Louis XIV, le 6 mars 1651 , et fut trans-
io
féré à l'évêché d’Amiens en 1653 ; il mourut à Paris le 11 mai 1687.
Il paraît que Malherbe était assez familier avec M. l'archevêque de Rouen , puisqu’on lui prête la plaisanterie suivante, assez déplacée , ce nous semble. Ce poète avait l'habitude de faire la méridienne, c’est-à-dire de sommeiller après son dîner ; un jour que cela lui arriva chez le prélat en question , celuici l’éveilla , et l’invita à venir l’entendre prêcher. « Ah! dispensez-m'en, Monseigneur, répondit le poète, je dormirai bien sans cela. »
Balzac , dans ses Œuvres diverses, dise. VI , parle d’un capucin qui prêchait devant le sacré collège et qu’il a vu à Rome ; on le nommait Jérôme de Narni. Il avait un air majestueux , un beau son de voix , un langage épuré , de très-bonnes mœurs et beaucoup de zèle. Un jour ayant prêché devant le Souverain Pontife sur l’obligation de la résidence, trente évêques qui l’entendirent s’enfuirent dès le lendemain dans leurs diocèses.
Antoine Delor, docteur en théologie , et prieur du grand couvent de Sainte-Marie du Mont-Carmel à Toulouse, a publié en 1623 des Sermons salutaires sur tous les jours de carême. Dans celui de la Providence, il commence ainsi : « Quelle merveille que les
choses divines et célestes nous soient cachées, attendu que les choses que nous voyons et que nous touchons échappent à notre connoissance. » Puis il termine son exorde par six mauvais vers français qu’il trouve admirables. On jugera encore mieux ce docteur par le passage suivant tiré du même sermon : « Si le Soleil nous éclaire , si Mars nous rend valeureux, si la Lune nous rend diligens, Mercure paisibles , Jupiter victorieux , Venu* amoureux , Saturne maussades , c’est la divine Providence qui l’a ainsi voulu.... C'est cette mère nourricière du genre humain qui distribue la subsistance à tout le monde. Dites-moi , qui nourrit ce grand nombre de pauvres capucins, chartreux, récollets, dominicains, augustins, franciscains, carmes et autres religieux? qui nourrit cette nombreuse et sainte troupe de tant de pauvres religieuses, tant de malades et de nécessiteux dans les hôpitaux et maladreries? C’est la Providence. . . » La fin de ce passage est bien ; mais à quoi bon l’avoir fait précéder d’une prétendue influence des planètes, attribuée à la Providence? C’était l'esprit du temps.
Un curé de village , comptant sur l’ignorance extrême de son auditoire, lui présentait toujours les personnages de l’Ancien Testament, agissant à la moderne ; et I on peut dire qu’il poussait ses anachronismes à l’excès. Parlant un jour du meurtre d’Abel dans un de ses sermons , il commença ainsi
cet épisode : « Adam eut d'abord deux fds, mais ils ne se ressembloient guère ni pour le caractère, ni pour la conduite. L’un, Abel, étoit doux comme un mouton, sage comme un ange, obéissant à ses père et mère; il alloit tous les jours à la messe et souvent à confesse , et payoit exactement la dixme à son curé. L’autre au contraire , Caïn , étoit un diable, un vaurien, un mauvais sujet, qui ne faisoit rien de tout cela ; méchant , jaloux , furieux , il envoyoit promener père , mère et curé ; il n entroit jamais à l’église; aussi touma-t-il fort mal. Il tua son frère Abel , et il fut damné. Abel fut tué , à la vérité; mais il alla droit en paradis sans passer par
le purgatoire » Ce bon curé disait encore que
lorsqu’Abrabam menait son fils Isaac sur la montagne pour le sacrifier, chemin faisant ils récitèrent force Pater et force Ave; c’est ce qui fit changer de résolution à Dieu , qui se contenta de la soumission du père , et sauva la vie au fils. Une autre fois, le même prédicateur, parlant de la Salutation angélique , prétendit que l’ange Gabriel , venant annoncer à la Sainte Vierge qu’elle serait mère du Christ, la trouva saintement occupée à dire son chapelet et à prier Dieu dans ses Heures. « Il est vrai , ajoutaitil, que ce n étoit ni en latin, ni en françois, mais en hébreu. » Le bon curé se trompe; son érudition n’allait pas jusque là. Non, ce n'était pas en hébreu, du moins en hébreu pur, que la Sainte Vierge faisait ses prières ; car, d’après plusieurs dissertations savantes sur la langue que parlaient Jésus-Christ et
les Juifs de son temps , il est présumable que c’était une espèce de svro-chaldéen , mêlé à l’hébreu. Différents passages de l’Ecriture et des actes semblent le prouver. C’est l’avis du père Martianay.
Un capucin prêchant contre les spectacles, et transporté d’un saint zele , s’écria au milieu de son Sermon : « Oui , oui , mes chers frères , l’opéra est le vestibule de l’enfer, et la comédie en est l'antichambre. »
Le prédicateur Loysel , doué d’une belle figure et d’un bel organe , était très-obscur dans ses sermons; aussi disait-on de lui : vultus hitaris, vox flexibilis, serrno inintelligibilù.
Saint-Foix raconte dans ses Essais sur Paris, qu’un père Gardeaux , curé de la paroisse Saint-Etiennedu-Mont, à Paris, scandalisé de voir certaines dames aller, suivant la mode du temps , le sein découvert, s'avisa de les apostropher ainsi avec plus de naïveté que de réflexion : « Eh mais ! Mesdames , couvrezvous donc au moins en notre présence; car, afin que vous le sachiez, nous sommes de chair et d’os ainsi que les autres hommes. » Cette singulière exhortation fit sourire l’auditoire.
Un déclamateur disait dans le panégyrique de
sainte Madelaine : « Cette grande péclieresse a enfin pris le bon parti , elle s’est ouvert le ciel par les larmes , et elle a fait par eau un chemin que l’on fait rarement par terre. «
Un ancien prédicateur voulant prouver la gloire du Sauveur par les lettres de son nom , (Jésus), s’y prit de la manière suivante : « Mes frères, savez-vous le latin? Ceux qui l'ignorent n’ont qu’à dormir un instant ; cela ne sera pas long. Vous autres , écoutez bien : le substantif de Jésus n’a que trois cas , le nominatif, l’accusatif et l'ablatif. (Je vous plains, vous autres qui n’y entendez rien. ) Or, que signifient ces trois cas ? cela peut-il se demander? On y reconnoît visiblement les trois Personnes divines en une même nature. Mais voici bien autre chose : de ces trois cas le premier , remarquez bien , finit par la lettre S, JesuS ; le deuxième par une M, JesuM , et le troisième par un U , JfsU. Grand mystère, mes frères , grand mystère ! Ces trois lettres finales veulent dire que le Sauveur est tout ensemble le faîte, le milieu et le plus bas, aummwi, médius, ultimus. Divisons maintenant le nom de Jésus en deux parties égales , lesquelles représentent les deux natures , Je-us. Mais l’S ayant perdu sa compagnie , et se trouvant très-surprise de rester seule , qu’en ferons-nous ? Patience , mes frères , patience , on va bien la dédommager : les Hébreux nomment cette lettre-là syn : or , syn signifie en bon écossais , péché.
Après cela , quel homme seroit assez incrédule pour nier que le Sauveur a ôté les péchés du monde? » Comment osait-on débiter en chaire un pareil galimatias ! .
Corneille Musso 1 , religieux et évêque de Bitonte, envoyé par Paul III au Concile de Trente, avait une telle mémoire qu’il débitait sur le champ un sermon qu’il venait d’entendre, imitant les gestes et le ton de voix du prédicateur. Voici un passage de son sermon sur l'Ascension, prêché à Milan en 1553; il donne d'abord la description du printemps, et décrit la rose d’après Homère qu’il appelle le prince des poètes , sans oublier que l’aurore en son Iliade est peinte ouvrant les portes du jour avec ses doigts de rose ; puis il continue ainsi : « Or comme la rose est la reine des fleurs , ce mystère est la fête de toutes les fêtes , la solemnité de toutes les solemnités , le triomphe de tous les triomphes. L’Ascension du Fils de Dieu ne devoit pas s’accomplir en une autre saison que celle où les roses naissent, puisqu’il est le saint des saints , comme la rose est la fleur des fleurs. La fête que nous célébrons est le sabbat des sabbats ; la louange que nous lui réservous est le can-
' Corneille Musso, né à Plaisance en 1511, mort à Rome en 1574, a laissé des sermons que les Junte ont imprimés à Venise en 1582 et 1590 , 4 vol. in- 4".
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tique des cantiques ; le règne où le Sauveur est entré est le siècle des siècles. »
Musso compare l'Homme-Dieu dans sa passion , aux épines dont la rose est entourée, et l’éclat de sa résurrection à la rose blanche : quant à la couleur vermeille, elle lui convient dans son ascension, sa gloire étant un mélange de blanc et de rouge. Il ajoute que l’homme n’ayant pas reçu des mains de la nature des ailes pour voler , comme les oiseaux , c’est une grande merveille que Jésus-Chr:st monte au ciel sans être soutenu de personne. Il raconte l’iiistoire de Simon le magicien, celles de Perséeet de Bellérophon , prétendant que le Sauveur a réalisé ces figures poétiques, lorsqu'il a vaincu la mort, ouvert la fontaine ou boivent toutes les Muses , où toutes les aines se rassasient : « Notre Seigneur en mourant étoit un Hercule, en ressuscitant unApollon ou un Esculape; montant au ciel il est un vrai Bellérophon, un nouveau Persée tpii tua Méduse, laquelle changeoit les hommes en pierres. »
On voit par ces traits quels étaient le génie et le goût de cet orateur; il serait ennuyeux de le suivre plus loin ; cependant on peut encore citer sa description du triomphe de Jésus-Christ, tiré en partie de l’Apocalypse ; il le représente ainsi : « Il a l’arcen-ciel pour diadème ; ses veux brillent comme des étoiles ; sa face a l’éclat du soleil ; ses vêtemens sont plus blancs que la neige; sa voix harmonieuse est comme le murmure des rivières; il est ceint d une ceinture d’or; ses pieds sont fermes comme une
colonne d'airain ; il pose l’un sur la mer et l'autre, sur la terre ; il traîne à sa suite le diable enchaîné et la mort pâle et tremblante ; les philosophes sont confondus ; les Empereurs et les Rois jettent leurs couronnes par terre, et l’adorent avec une vénération ^ profonde ; les anges lui servent d'écuyers ; 1 air étonné s’ouvre pour lui donner passage ; les vents marchent devant lui ; les nuées le portent sur leurs ailes ; il a pour palais la grande Cour du paradis, et pour chambre secréte , le consistoire de la Sainte Trinité. Vit-on jamais chez les Grecs ou chez les Romains un triomphe aussi magnifique ? »
L’évêque de Bitonte n’est pas moins bizarre en racontant comment le Sauveur monte au ciel selon le système de Ptolémée. Voici , selon lui , le chemin qu’a suivi Jésus-Christ pour parvenir au céleste séjour : « Non seulement , dit-il , il passe le ciel aérien, le ciel éthérien, le ciel olympien, le ciel igné, mais tous les vrais cieux : le cercle de la Lune , le ciel de Mercure, la sphère de Mars, le globe du Soleil, le feu de Jupiter, le char de Vénus et celui de Saturne; il ne s’arrête point en ces flammes allumées du ciel étoilé ; il n’est point retenu par le mouvement du premier mobile; il ne se repose pas dans les eaux solides du ciel crystallin ; il va droit au ciel empyrée, il monte au palais sunnondain où la Trinité réside : ô la merveilleuse ascension ! »
Jean Descaurrcs , né en 1545, mort chanoine
d’Amiens en 1587, s’expliquait d’une manière assez singulière sur les vices , les usages et les modes de son temps. Les femmes étaient alors fort coquettes ; leur coiffure à grand étalage, leur toilette peu dé- . cente , les miroirs qu’elles portaient attachés à leur ceinture, leur donnaient un air plus ridicule qu’agréable. Voici comment le prédicateur Descaurres les gourmandait à ce sujet ; il faut lui faire grâce du style à raison de la bonne intention. « Sur ce propos , Mesdames , avons à vous demander s’il vous est possible de complaire à Dieu et d’estre sauvées à faire ce qu'il vous prohibe et défend ? non , véritablement ; et faut , veuillez ou non , que vous vous destorti donniez, deschauvesourissiez et desrètiez, c’est-à-dire que vous ne portiez plus en tortillons, en aisles de chauve-souris, ny en façon de retz, vos cheveux par lesquels vous soûlez 1 prendre diaboliquement et enfiler les hommes pour satisfaire et rassasier vostre appétit désordonné ; ou bien sinon, que vous soyez à jamais perdues et damnées par cette mondanité qui vous abuse et qui vous rend si laides et si abominables à regarder. Ah , mon Dieu ! si vous saviez comme tout cela vous messied , vous y mettriez le feu au lieu de les montrer , par la mau-
1 Vous avez coutume ; le vieux verbe français sou/oir vient du latin solere , solco , avoir coutume ; on disait , je soulois , pour j'avais coutume ; nous soulicsmrs , pour nous avions coutume ; soûlant, pour ayant coutume. Ce mot a cessé d’être en usage sous le règne de Henri IV-
vaise grâce que cela vou* donne ; et plut à honte de Dieu (sic) qu’il fût permis à toutes personnes d’appeler celles qui les portent, paillardes et p s, afin de
les en corriger. O Dieu , hélas! en quel malheureux règne sommes-nous tombés , de voir une telle dépravitésur la terre, que nous voyions jusqu’à porter en l'église les miroirs du macule pendants sur le ventre! Qu’on lise toutes les histoires divines , humaines et profanes, il ne se trouvera point que les impudiques et les mérétrices les aient jamais portés en public , jusques à ce jourd’hui que le diable est déchaîné par la France , ce qui est encore plus détestable devant Dieu et devant les hommes que toutes les autres abominations ; et bien qu'il n’y ait que les courtisanes 1 et demoiselles qui en usent , si est-ce qu’avec le temps n’y trouvera bourgeoise , ni chambrière qui par accoutumance n'en veuille porter. »
Césaire d’Ileisterbacli, religieux de Ci teaux, n’était
1 Ce mot courtisanes n’avait point alors l'acception qu’on lui donne maintenant ; il signifiait les dames de la Cour; et par le mot demoiselles , on entendait les dames de la hante société. En parlant à un ministre , à un chancelier , à un premier président, on disait toujours mademoiselle votre femme. Ce n’est guère que sous les derniers \alois que le mot dames a commencé à se donner d’abord aux femmes des gens de robe , puis insensiblement est passé aux femmes des bourgeois.
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point partisan des évêques d’Allemagne; voici ce qu’il en dit dans un de ses sermons : « — Clericus quidam Parisiis ante paucos annos verbum terrihile contra episcopos locutus est , dicens : omnia credere possum , sed vis credere possum quôd unquam aliquis episcopus Alemaniæ possit salvari. — Apollonius demande, quare magis judicavit episcopos Galliæ, Angliæ, Longobardiæ vel Tusciæ? — Césaire répond : Quia omnes episcopi Alemaniæ utrumque liabent gladium , spiritualem videlicet et materialem ; et quia de sanguine judicant etbella exercent, magis eos sollicitos esse oportet de stipendiis militum quàm de salute animarum sibi commissarum. »