EXTRAITS DES SERMONS DU P. VALLADIER
André Valladier , docteur en théologie , abbé de saint Arnoul de Metz , aumônier et prédicateur du Roi , est mort vers le milieu du xvn' siècle ; il a passé pour l’un des meilleurs orateurs de son temps; on le demandait dans les principales villes du Royaume, et l’on se faisait un plaisir de l’entendre à la Cour; son oraison funèbre de Henri IV surtout lui attira de grands applaudissements. Eh bien, faut-il le dire? rien n’est plus ridicule , plus boursoufflé , plus vide de sens , plus burlesque que l’éloquence de ce prédicateur 1 . « L’éloge funèbre en question n’est qu’un
1 Le Père Romain Joly dit , dans son Histoire de la prédication, png. 422, que» Valladier étoit dans ses sermons, un digne émule de Rabelais, qui associe dans son monstrueux Pantagruel ce que la Religion a de plus saint avec ce que le paganisme a de plus dissolu. Qu’on lise un de ses sermons de l'Avent , on le trouvera peu distant de l’Histoire de Gargantua. Il a surtout un discours sur les sortilèges dans lequel , entre plusieurs contes
galimatias quelquefois pompeux , quelquefois rampant et souvent inintelligible ; tous ses discours sont remplis des mêmes défauts : raisonnements philosophiques souvent peu justes, fréquents passages d'auteurs grecs et latins, auteurs payens et théologiens scolastiques , employés sans choix et sans raison , très-peu de morale solide , et moins encore de fortes preuves qui portent la conviction dans l'esprit du lecteur. » Telle est l’opinion très-juste qu’avait des œuvres de Yalladier 1 , l’auteur du Dictionnaire portatif des prédicateurs, (Antoine Albert, prêtre); Lyon, 1757, tn-80, p. 267-268. Mats venons à des preuves qui la justifient.
Dans le sermon du mercredi des cendres 1 , l’ora-
scandaleux , on volt celui d’une fille devenue enceinte sans accointance charnelle , rendu dans les termes les plus inconvenants; et cela à propos de Luther qu’il prétend avoir été engendré parun incube*. Etait-il besoin, pourconfondre cet hérésiarque, de lui imputer l’infamie d’une naissance imaginaire. »
* Ces a-uvres consistent dans La sainte philosophie de Lame ; ou sermons de l' A vent prêches en 1612. Paris, 1614 , m-S". — ■ La Mctanialogie sacrée ou sermons du Carcsnte. Rouen , 1628, in- 8°. — Le Mariage divin et spirituel entre Dieu et Came, ou la Sainte-Eucharistie , Octave, 1 vol. in- 8". — Sermons pour toutes les fêtes de Notre Seigneur. 1 623, in- 8°. — Sermons pour l'Octave de C Assomption. 1626, in- S". — Oraison funèbre de AI . lecardinalde Givry , évêque de Metz. Paris, 1612, in-8°.
1 Yor. la Mctanéalogie , p. 14 et 13.
Incube , terme de d «-monographie , signifie uu démon qui, sous la figure humaine, aurait commerce avec uno femme; et Succube est un démon qui prendrait U figure d’une fenune pour avoir commerce avec un homme.
teur gourmande ainsi les dames sur leur toilette et sur tous les ornements dont elles couvrent leur chétif individu :
« Glorieux , glorieuses , çà , il faut que je vous mette de la cendre sur la tête. Damoyselles , que faictes-vous autre chose avec cet appareil vénérien de vanité, qu’une protestation de vostre vanité et vilité devant Dieu et devant les hommes , chargeant et adultérant vostre poil de cendre et de poudre 1 , plâtrant vostre visage de céruse et de fange , vestant tout le corps de soye , qui n’est que fiente de vers
esclos d’une graine qui n’est que poussière 1 Et
vous ne m’entendez pas? Voulez-vous voir que tout vostre faict n’est qu’orgueil, ambition, superbe, hypocrisie , c'est-à-dire cendre et poudre? Vous voulez que je croye que vostre poil est gris : hypocrisie , mentcrie détestable; ce n’est que poussière, iris de Florence, poudre deCypre, attisons des sommiers. Vous me voulez faire penser que ce teinct est le vostre : hypocrisie , menterie ; ce n’est que piastre , ce n’est que vermillon et céruse. Vous voulez paroistre grande, et vous mentez; vous estes naine, c’est le marchepied de vos patins qui vous hausse ; hypocrisie et menterie insupportable. Vous jactez
* C’est vers la fin du jrvi* siècle que l’on commença à faire usage de la poudre à poudrer.
2 La connaissance des vers à soie, et leur culture étaient alors bien différentes de ce qu’elles sont aujourd’hui.
( vantez ) vostre belle perruque 1 : ô menteuses , ô piperesses, elle est empruntée; ce sont les cheveux de quelque gueuse , mesme bien souvent de quelque
* Dans ce temps , le mot perruque signifiait simplement la chevelure naturelle , et nullement ce tissu de cheveux postiches dont les chauves se couvrent la tète.
Dès le xv* siècle , Bernardo Bellincioni , poète florentin , disait :
Perché Assalon mori per la parruca.
Hugues Salel , poète français , mort en 1553, parle ainsi de la majesté de Jupiter , dans sa traduction de l’Iliade :
Au seul mouvoir de sa perruque sainte
Le grand Olympe en trcmlde tout de crainte.
Le vieux tragique Garnier , dans sa Troade , fait dire à Hécube dans le récit du meurtre de Priain par Pyrrhus :
Le bon homme il tira par sa perruque grise)
• L’arrachant des autels , notre vainc franchise.
Et Pierre de Saint-Louis , dans son poème de la Mode laine , faisant la description delà personne de Jésus-Christ, dit : ■
Sa perruque est dorce et sa mine est si Ijclle ,
Qu’il ne s’en vit jamais dans la terre une telle ;
Qui le voit est ravi de son bel entregent.
Que si sou poil est d’or, si sa voix est d’argent, i» taille avec cela ne peut être que riche
H est certain que dans toutes ces citations, le mot perruque est pris pour chevelure naturelle; et ce n’est que vers les commencements du xvii* siècle , époque où l’art avec lequel on travailla les cheveux postiches ne permit plus de les distinguer des cheveux naturels , que fut fixée l’acception actuelle du mot perruque. Les essais qui avaient paru précédemment s'appelaient fausse perruque , perruque faincte, comme dit le vieux poète Coquillart en parlant de perruques faites avec crin de cheval. Ainsi c’était tout le contraire de l’acception actuelle du mot perruque.
pendue, que vous avez achetéschez la perruquière. Ce» carcans de j>erles , ces pendants d'oreilles , ces riches enseignes , ces bagues aux doigts , ces bracelets d’or , ces robes de soye , ces rabats de linornple , ces cottes de draps d'or et d'argent, ces tresses , ces roses , ces riches attifets sont beautez de la terre , et non les vostres qui ne sont que fumier et cloaques d’ordure. Ce sont tous des masques de vos testes , de vos oreilles , de vostre poictrine , de vos mains , de vos bras , de tout vostre corps. Les masques qui couroient ces jours passez les rues ne masquent, que le visage , et vous , vous masquez et démentez toutes les parties de vostre corps. Hypocrisie, hypocrisie, imposture horrible, laquelle injurie Dieu,faict honte à la nature , offense les hommes , scandalise les anges et festoye les diables O piperie
irrémédiable de nostre chrestienté ! Bon Dieu ! pour- * quoy ne vous contentez-vous de vostre beauté naturelle? Tout le reste de cet attelage de vanité n’est que cendre , que boue , que risée et moquerie. Au pied de la lettre, toutes vos piafes ne sont que poudre : poudre de teste , poudre de visage , poudre de vestement, poudre de gloire, poudre de vanité , poudre d’hypocrisie!.... »
Ce même prédicateur fait un singulier rapprochement du paon avec Jésus-Christ, dans son sermon pour le second dimanche de carême :
« Le paon gentil et miste , dit-il , bien que par la parfaite beauté de sa houppe , par la rareté et noblesse de sa teste , par la gentillesse et netteté de
son cou , par l’ornement de scs pennes (plumes) et par la majesté de tout le reste de son corps, il ravit tous ceux qui le contemplent attentivement , toutefois au rencontre de sa femelle , pour l’attirer à son amour , il déployé sa pompe, fait montre et parade de son plumage bigarré et riollé piollé, se présente à elle avec piafe , et luy donne la plus belle, visée de sa roue. De mesme, ce Dieu admirable, amoureux des hommes , pour nous ravir d’amour à soy , desploye le lustre de ses plus accomplies beautez , et comme un amant transporté de sa bien-aimée, se pare , se montre pour nous allécher à cette transformation de nous en luy , de nostre misère en sa gloire. » Quelle comparaison !
Le lion est aussi mentionné honorablement par Yalladier dans l’un de ses sermons ( celui du mardi du second dimanche de carême) où il prétend que les qualités du lion doivent être appropriées aux prélats etaux magistrats. Voici comment il s’exprime à ce sujet , p. 427 de la Métanéalogie :
« Le lyon a cinq merveilleuses propriétcz : 1” il dort les yeux ouverts ; il démène sa queue en dormant , ayant comme honte qu’on pense qu’il dorme , comme s’il savoit ce mot d’un grand capitaine chez Homère : « Il n’est pas séant qu’un homme de commandement dorme toute la nuict. » Et si bien que plusieurs graves auteurs ont cuidé ( pensé ) et escrit que le lyon ne dormoit jamais. Ainsi l’escrit Manéton à Hérodote. Aristote dit que cela n’est pas possible, mais qu’il fait semblant de ne point dor-
inir. 2° Sa voix est si espouvantable que les autres testes l'oyant heurler (rugir) en tombent mortes à terre , ou bien, ce disent S. Basile et S. Ambroise , en tombent pasmées , de sorte qu’on les peut prendre facilement, si farouches qu elles soient. 3° Albertle-Grand dit une chose remarquable , que le cheval venant à passer sur les traces où a passé le lyon , il s’arreste tout court, et n’y a moyen de le faire passer plus avant. 4° Et outre ce , a cela d'admirable qu’il est grand justicier. AElian eacrit qu’un mesme maistre avoit nourry un lyon , un ours et un chien , et que le lyon vivoit avec eux en fort bonne intelligence; mais advenant que l’ours , de rage sauvage , descliira le chien , le lyon sur-le-champ en fit justice et mit en pièces l’ours. 5° H est si généreux , qu'il n’y a chose au monde qui le puisse espouvanter; mesme quand on le tue à coups d’espées , il n’en fait aucun semblant, ayant comme honte de se plaindre , et que l’on pense qu’il craigne la mort » L’orateur fait ensuite une longue appli-
cation de chacune de ces qualités aux prélats, magistrats et à tous supérieurs, comme devant leur servir de modèles, tant |»our la vigilance et le maintien sévère , que pour la justice et l’intrépidité qui doivent les caractériser en toute occasion.
Ce n’est pas seulement dans ses serinons que Valladier a fait usage de ce style bizarre, il la employé d’une manière encore plus ridicule dans d’autres ouvrages, et surtout dans certaines dédicaces. Nous rapporterons d’abord celle qu’il a adres-
8ée à Marie de Médicis en tète du recueil de ses sermons de l’Avent , publiés, en 1612, »n-8°. Nous la donnons textuellement.
' À LA REFŒ MÈRE.
Madame ,
« Le divin amoureux chastement passioné des parfaictes beautezde l’espouse, chef-d’œuvre de son idée éternelle , s’occupant doucement à l’admiration des merveilles que la nature a le plus enrichies en l’architecture admirable de votre sexe , me licentie de les relever d’un grand étage plus haut , jusqu’au couronnement du frontispice de l’ame ; c’est tout le projet de cet ouvrage que je présente à Vostrc Majesté où je vais côtoyant les femelles beautez d’une dame parfaicte , en parallèle des agréables pourfils de la substance immortelle qui anime ce corps , source originaire de toutes ces beautés passagères et évanouissantes ; je le vois se mirant ores dedans les agréables rapports et linéamens d'un visage attrayant. Tantôt haut louant l’artifice de cette poictrine , jumelle ouvrière , artiste de la liqueur nourricière des vivants ; puis admirant avec un chaste, mais éloquent silence, la divine fécondité du sein du jardin maternel , ouvrier émerveillable de la propagation de notre espèce.
» Ce sont comme les trois étages de cette structure et de ce palais royal , que la saincte triade architectrice de l’univers bâtit de la côte d’Adam , puisque le répertoire sacré de la Genèse saincte nous
dit signament. que Dieu bâtit la femme comme un beau palais, et œdifkavit , etc. Le Seigneur Dieu bâtit et édifia la femme de la côte qu’il avait prinse en Adam. Le Père effigia sa providence en la structure de la poictrine nourricière ; le Fils, sa sapience en la perspective raccourcie des sens éminents en la face ; le Sainct-Esprit , sa bonté en la fécondité du parterre plantureux , où germent les humains , comme arbres renversés en la philosophie platonique.
» Ce visage albastrin aux yeux de colombe , à la tresse crespée de mille crespillons en guise de troupeaux qui repaissent errants et comme ondoyants et vagabonds aux eôteaux de Galaad ; aux deux rangées de perles orientales , blanches comme les ouailles qui sortent du lavoir ; aux joues vérécondes et vermeilles , comme la fente d’une grenade ; aux lèvres déliées et empourprées , comme un filet de soie cramoisine , d’où découle le miel avec l’ambre et le benume, est vraiment le séjour agréable où Pindare le poète faisoit asseoir les Grâces Carites. Là se découvrent tous les traits et attraits de la belle nature, le brillant des astres, du soleil et de la lune; la variété de l’iris, La lueur de l’air doucement éclairé, le lustre argentin et crystallin des Nayades; leau, le rond, le clair gai de la perle , le bril du diamant , le feu de l'escarboucle , l’attrait de l’aimant et de l’ambre , le vermeil de la rose , la blancheur du lys, le filtre et le charme dangereux de la nature enchanteresse : si bien que les
Arabes, pour naï fer en hiérogliphe efficace cette beauté femelle , lui ont donné un regard d’aimant et d’ambre , pour sommairement découvrir tous les enchantements , les grâces et les attraits de cette partie supérieure et comme céleste d’un beau corps.
» Quant aux doux fontaines crystallines de laict que 1 epoux s'écr e être si belles , quàm pttlcltrœ sunt mammœ tuœ! que vos mamelles sont belles! qu il dit être ineill ures que le vin , qu il compare ores aux grains de raisin de la vigne arrondis en perfection et remplis de liqueur- agréable; ores aux faons jumeaux du chevreuil , polis , rebondis et refaits ; combien de merveilles et dé sucre y a cachés le Créateur! où le sang s’adoucit et s’emmielle, où tout autant qu’il y a de veines proches ou éloignées en tout le corps , déchargent par consentements secrets et transpirations occultes, leurs plus bénignes influences alimentaires , avec telle providence de la sage et vigoureuse nature , que si l’a mère se trouvoit frustrée des alimens ordinaires, elle se porteroit à digérer jusqu’aux métaux , et à influer jusqu'à la dernière goutte de son sang , avant que de laisser vuides ces sources miraculeuses du premier aliment. Tellement que souvent nous vovons toutes les complexiôns et comme tout l’être des nourrices, découler par ces deux canaux à la constitution comme nouvelle de leurs nourrissons, deux magasins de manne, deux sources d’ambroisie, deux fontaines de nectar, deux cannes de sucre , deux cruches de miel , deux plantes de beaume , deux montres de
l’horloge intérieure de la mère, deux bastions et remparts du cœur, deux cataractes de la nature enfantine, altérée.
» Pour le pratelin principal de la génération, l'époux le découvre et l’admire en se taisant , absque eo quod intrinseciu latet, sans ce qu’elle a de caché, qui est son refrein ordinaire , après qu’il a exprimé les autres beautés. Saint Jérôme et autres doctes l'entendent ainsi ; et il y a apparence que ce qui nous est le plus caché et le plus incompréhensible en cette divine fabrique , s’entend par son secret , et se découvre par son silence. Si l'appelle-t-il tantôt hortm conclusus , un jardin bien clos , parce qu elle estchaste; tantôt font signalas, fontaine bien scellée, parce qu’elle est vouée et dédiée à son époux ; tantôt puteus aquarum vivent ium, un puits d’eaux vives, puisque c’est de là que nous puisons la vie ; tantôt venter km sicut acervut trilicivallatus l il iis, une gerbe de fromeut , avec une cloison de lis , à cause qu’il est pudiquement fécond, fécondement pudique. Magasin de merveilles en la nature animale, de concevoir, retenir, former, organiser, fomenter, engendrer et renvoyée à la vie ce divin animal qui doit maîtriser toute la nature créée; partie cachée à la vue, mais tellement alliée avec les deux rivières de laict , que par-là , comme par le quadran , elle manifeste ses affections , ses dispositions, ses accidents et symptômes , et du fruit qu’elle porte , s il est conçu , s il est sain ou infirme, s’il est mâle ou femelle.
» Il faudroit un plus expert anatomiste que moi pour exprimer et admirer ces grands ouvrages de la
main toute puissante de l’ouvrier ; et quand j’y au-* rois apporté la dernière perfection , secondé par de beaux et curieux esprits de tous les siècles, ce serait simplement une plate peinture des rares perfections que ce grand Dieu, votre facteur, a élargi en la structure de ce beau corps vraiment royal, et, pour parler avec un grand philosophe , digne d empire, et le palais le plus capable de loger cette ame très auguste , douée de toutes les perfections dignes de la première princesse de la terre habitable. . . » Tel est le chef-d’œuvre adressé par Yalladier à Marie de Médicis. Le Père Romain Joly s’en exprime ainsi dans son Histoire de la prédication, p. 421 : « Cette Epitre dédicatoire , dit-il , a bien lieu d’étonner ; on la prendrait pour un extrait du Traité attribué à Albert le Grand de Arcanis mulierum... L’auteur semblerait avoir calqué le portrait de la Reine sur celui de la maîtresse de Ronsard. On retrouve dans cette monstrueuse épitre, plusieurs expressions du même poète parlant d’une fontaine où sa nymphe. avoit pris le bain. Quel étrange compliment à une Reine dans la bouche d’un prédicateur , à la tète d'un ouvrage où tout doit respirer la piété , la modestie chrétienne. »
Le Père Valladier a aussi dédié sa Mclanéalogic sacrée au roi Louis XIII , fils de Marie de Médicis. Le style de cette seconde épitre va de pair avec celui de la dédicace précédente ; nous nous contenterons d’en rapporter quelques fragments. L’auteur débute par un portrait peu flatteur des beaux esprits de son
temps , ayant peu de foi , mais beaucoup d’ardeur pour les plaisirs :
« Sire, dit-il , je ne suis point de l’advis des parasites épicuriens , volages avortons de noire christianisme, duquel ils portent le masque seulement, autant esloignez de l’effect que proches du paganisme d’Epicure leur oracle. Ils caressent leurs sens, idolâtrent leur aise , détestent et bannissent de leurs porches l'austérité, l’affliction et la douleur qu’ils appellent sinistres augures, malheurs et cholères adustes de Dieu ; mesurent la félicité par la prospérité , analgie et indolence ^mettent le souverain bien au souverain rien, en une vie joyeuse, libertine , licencieuse , toute de sucre ; au partir de là , rampent par terre , ne s’évertuent de rien , si ce n’est à chasser avec Domitien aux mouches de leurs fantasques et laborieuses oysivetez ; fainéants, polirons, casaniers à tout , hormis à la curée de leur brutalité ; et, pour le faire court , dressent des autels au cas fortuit qu’ils appellent effrontément fatalité, des temples à la témérité, des obélisques à l’impudence, ne regardant jamais le Ciel que par le refleschissement élusoirede leur cristal triangulairement rabattu ; se rient de la Divinité , dénigrent et gaussent, sa providence qu’ils mettent sur le trottoir ; masquent la Religion dont ils font le momon , gazouillent souvent, cajolent, rient toujours , ne discourent jamais, et enfin périssent à la pipée de leur humeur sybaritique et carnacière. Chrétiens en taille douce , lléliogabales mignons en rcüef, damovseaux et
douillets de haute graisse, qui n’ont encore sçu comprendre la première lettre de l'alphabet du Christianisme. Ils grommellent entre dents et demandent d’où vient que l’impie est le bienheureux du monde, le perfide est honoré, l’athée prospéré , là où les plus âpres et les plus ardents sectateurs de vertu , et les plus assidus adorateurs de la Divinité, sont malmenez , enviez, affligez, mesme ordinairement calomniez, vrais jouets d’infortune, banderolles de malheur en ce colisée sublunaire de mélanges et manies misérables, eux qui devroient tenir le rang de spectacle favorable et de premier projet gracieux de la divine et aimable Providence.
« C’est icy, Sire, la première et la dernière page de la théologie chrestienne la plus acromatique. Dieu afflige les siens, prospère les meschans ; mais , au rebours , persécute à outrance les pervers , eslève et fortune les vertueux au delà du commun, comble ses serviteurs de faveurs mesme passagères, jusques au centuple, et ne les laisse jamais despourvus de ses grâces. Grâces du ciel, grâces de la terre, rosées d'en haut, rosées d’en bas, bénédictions de Jacob, double portion de Benjamin le chéri de Dieu , foisonnant la moisson d’Abel, fécondant les troupeaux de Jacob, redoublant les honneurs de Joseph, croisant les bénédictions d'Ephraïm , aggrandissant David , enrichissant Salomon »
L’orateur , après avoir parlé des bons Rois que la Providence a éprouvés par des rigueurs , s écrie : « Tout ce déduict mélancolique mais catholique ,
lamentable mais véritable, raboteux mais savoureux, n’est que le suc et la quintessence du psalme xxxvi , Noli œmulari in malignantibus , où vostre majesté très chrestienne trouvera de quoi emmieller les furieuses atteintes et rudes bourrasques qui ont voulu inquiéter et esbranlcr sa minorité; la perte irréparable d’un père incomparable qui touchoit desjà du bout du doigt le zenit de l’aigle impériale , poussant à son dernier ascendant la grandeur originaire delà fleur de lys j avec l’estonnement et admiration de toute l’Europe ; les serpentaux lesquels dès-lors rampants sur vostre berceau , ont voulu faire essay de vostre puissance lierculine, qui les a escachez et estouffez au premier abord de son enfance réformidable et invincible , par cette majesté libérale, par cet âge colombin , par cette candeur irréprochable Sang-sues importunes et insatiables de
l’Estat , qui ont presque espuisé jusqu'à la dernière goutte découlant de vos pauvres sujets, enchérissant de la ruine du peuple le service que naturellement ils vous doivent; lesquels non contens d’avoir semé la divorce de Religion en l’Eglise , n’ont jamais cessé dès leur révolte genevoise de gebenner l’ Estât, de violenter les Roys vos prédécesseurs , de lacérer la monarchie , de secouer la domination émanée de Dieu, d’establir un Estât dans le cœur de l’Estat, d’espauler et estançonner les prétextes de leurs esprits inquiets , brillans , reinuans et essorets , autant ennemis de l’unité et divine intelligence monarchique, que du repos , de la paix et delà concorde
catholique. Venimeuses vipères très cachées et couvertes , lesquelles ne peuvent esclore leurs malignes et sacrilèges inventions , qu’avec le démembrement et lacération des entrailles de la patrie leur mère. ....
» Cependant nous avons vu , déploré et gémi vostrc enfance troublée , votre jeunesse assaillie , vos finances espuisées , vos sujects rebellez , vos desseins contrôlez , vos valontez contestées , rostre patience assiégée , vostre bonté conculquée , vostre puissance ravalée, vostre authorité abattue, vostre sceptre profané , vostre sacrée onction vilipendée , vostre royaume esbranlé, vostre repos altéré ; bref , quel labyrinthe de maux n’a enveloppé non seulement vostre saincte et aymable minorité , ains encore les premières entreprinses et justes essays de vostre majorité, parles trames calvinesques ennemies de vostre religion et de vostre estât?
» Grâces immortelles au Dieu tout puissant. Cette Ariane admirable , je dis votre très honorée et très chère dame la Royne mère vous a esté déesse de paix et le fil vous développant et dévidant de ce monde d’angoisses. Sire, je ne flatte jamais, mienne qualité
naturelle De tant de Roynes de France , il
sera très difficile de marquer une princesse ou plus agitée en si peu de temps , ou si traversée en son admirable régence, ou si courageuse en ses entreprises, si fortunée en ses succès , si sage en ses conseils , si pieuse en sa religion , si libérale en ses dons , si portée au bien de l’Estat , si passionnée au soulagement et «pos de vostre peuple. U semble que toutes les
tempestes et tourmentes ayent voulu expérimenter le rocher immuable de sa constance; sa seule trop grande bonté, facilité, libéralité, affabilité et patience lui ont esgalé ces tourbillons , soulevé ces ondes et ces vagues , suscité ces bourasques : heureuses secousses, puisque de cette touffe dévoient bourgeonner tant d’olives , de palmes et de lauriers à cette nom pareille princesse victorieuse de la corruption et malice dit siècle »
L’auteur termine ainsi cette dédicace : « Me
restant tousjours , Sire , cette volonté gaillarde , constante , courageuse et insatiable de servir cordiablement (sic), candidement, constament, uniquement et efficacement Vostre Majesté, après Dieu, sans respect , sans peur et sans crainte de tout et partout, et sans autre retenue que du Ciel et de vous , là où et quand elle me jugera pouvoir la servir et me tenir pour celuy qui a destiné, voué et solemnellement juré de vivre et mourir,