CHAPITRE IX
Comment le prince de la loi commanda à tous ceulz de la lignée de Juda quilz retournassent au malin.
« Je vous admoneste, dit levesque de la loy, que tous ceulx qui sont à marier de la lignée de Juda, que vous venez tous demain bien matin au temple, et quechascun apporte en sa main une verge. » Et ainsi que levesque le commanda , il fut faict.
Adonc Joseph , lequel estoit assez compétemment aage » Y v'n^ entre les aultres jeunes gens sans avoir nulle verge en sa main comme les aultres avoyent , car ' il n’y estoit pas venu pour soy marier, mais seullement
1 Le mot si a beaucoup d’acceptions différentes dans le vieux langage; il signifie tantôt il, elle , vous ; tantôt oui, aussi, pour; tantôt de cette façon , de cette manière ; tantôt son , sa , sien , ses , ces , etc., etc. 11 était jadis fort usité, et s’entendait très-bien sous ces différents rapports.
y estoit venu pour regarder le mystère que les aultrcs faisoyent. Et quant ils furent tous venus devant levesque de la loy, chascun sa verge à la main, il n’y en eut nulle qui fist le signe qu’elle devoit faire. Levesque regarda Joseph qui n’en avoit point , et le blasma comme par mocquerie et dit à tous : « Allez vous en et retournez demain bien malin , et chascun de vous apporte sa verge en la main. » Et quant ils s’en furent tous allés, l’ange s’apparut à levesque et lui dit : « Ei ex virga eu jus de cacumine egredietur Jlos trade Mariant. » L’ange dit encore à levesque : « Dieu m’a icy envoyé à toy ; et te mande que à celuy à qui sur la verge qu’il tiendra en sa main viendra une colombe , baille à celuy Marie pour espouse. » Et , ce dit , l’ange s’en alla ; et quant vint le lendemain au matin , tous ceulx qui estoyent à marier retournèrent au temple avec leurs verges en leurs mains.