‹ Predicatoriana ou révélations singulières et amusantes sur les PrédicateursChapitre 62 sur 74 · DISCIPLINE · texte numérisé non relu

DISCIPLINE

A«nw

L’usage de la discipline, considérée comme inslrumeut de pénitence remonte à des temps très-reculés. Les uns eu reportent l’origiuc au vi* siècle; d’autres en regardent S. Dominique l’encuirassé et le B. Pierre

' Le mot discipline, du latin disciplina, formé de disco eipuellus , ou plutôt pullus, signifie proprement instruction de la jeunesse, institution, éducation, réglement, ordre, conduite.Coinment o-l-il changé sa signification au point de désigner non-seulement un châtiment volontaire, mais même l'instrument tpii sert â ce châtiment? Ce changement , qui a eu lieu vers le v* siècle, est dd sam doute au bouleversement qn’a éprouvé la langue des Romains lorsqu’à commencé la basse latinité ; beaucoup de mots ont été dénaturés soit dans leur acception, soit dans leur forme. On a d'abord appelé discipline la peine infligée aux coupables condamnés à la flagellation. Dans le premier livre de la loi des Lomburds , Tit. 14, on trouve : Scrvus verù sccundum legem Iriplum comportât damnum ; in loco restituât ; et pro /rannu , disciplina corporali subjaceat. Matthieu Paris, en

Damien comme les premiers instituteurs. Mais il faut faire distinction entre la discipline, instrument de punition infligée à un coupable en le flagellant malgré lui, et la discipline, instrument de pénitence et de mortification dont on se frappe volontairement, en vue d’expiation de ses fautes. La première, instrument de châtiment, est fort ancienne. Dès l’an 5o8, on trouve, dans une règle de S. Césaire d’Arles, la flagellation établie comme peine appliquée aux religieuses indociles. Depuis ce temps, elle a continué à être spécifiée comme punition dans plusieurs règles monastiques. Voici un exemple de l’une des punitions de ce genre infligée , dans le rx' siècle, à une religieuse accusée et convaincue d’inceste par le concile de Douzi, tenu le i3 juin 874. On jugera, par cette pénitence, de l’esprit d’ordre qui régnait alors, et de la sévérité avec laquelle on punissait alors les fautes. Voici le fait :

Cette religieuse se nommait Duda , et avait péché avec un prêtre appelé Humbert. Celui-ci nia le cas; mais la grossesse convainquit Duda, et deux religieuses ( Berthe et Erprède) furent reconnues ses complices. On raconte ainsi la pénitence à laquelle Duda fut condamnée par le concile :

1° « Pendant trois ans , elle sera frappée de verges

1252, raconte aussi comment un religieux, coupable de quelque faute, reçut la discipline de la main de ses confrères : f^estibus igitur spoliants, ferons in manu virgam quam vulgariter balais ajipctlamus, iutravit capitulant et conjitens culpani suam singulis fratribus, disciplinas nudus acccptl. Par la suite, on a étendu le nom de discipline à l’instrument avec lequel on infligeait la punition ; mais cela 11’a eu lieu que dans les monastères.

sur le dos, en présence de l’abbesse et des religieuses, afin d’expier, par la douleur de la chair, les fautes que le plaisir de la chair lui a fait commettre.

2“ « Pendant trois autres années, elle communiquera, à la vérité, aux prières des sœurs, c’est-à-dire quelle pourra y prendre part; cependant elle ne sera pas dans le chœur avec elles, mais derrière la porte, ou daus un lieu que l’abbesse assignera.

3» « La septième année , elle ira à l’offrande , mais la dernière de toutes; et après sept ans accomplis, elle recevra le corps et le sang de Notre Seigneur, si elle est vraiment pénitente. ^

« On lui recommandera de ne jamais oublier son péché, d’avoir toujours les yeux baissés, et de faire le signe de la croix toutes les fois que des pensées impures la tourmenteront. »

Quant à Berthe et Erprède , les deux religieuses ses complices, le coucile ordonne « qu’on leur impose une pénitence de trois ans et demi, pendant lesquelles elles seront aussi frappées de verges, pour n’avoir pas découvert le péché de leur sœur à ceux qui auraient pu prévenir un si grand scandale. »

Les évêques, pour ordonner ces flagellations , s’autorisaient de la règle de S. Benoit d’Anianc *, qu’ils di-

1 Ce célèbre restaurateur de la discipline monastique en France, a commence à s’occuper de sa règle vers 776, n’étant encore que simple moitié à l’abbaye de Saint-Seine en Bourgogne, où il avait pris l’habit. religieux en 774, et où il resta jusqu’en 780. Il se retira en Languedoc, et fut suivi déplus de trois cents disciples qui se mirent sous sa direction ; c’est alors qu’il établit sa réforme daus une infinité de monastères de Pro-

saient avoir été publiée par l'inspirationdu Saint-Esprit, et mise par S. Grégoire au rang des écrits canoniques , c’est-à-dire des écrits qui sont reçus par l’Eglise. On attribue celte instruction à Hincmar , 02° archevêque de Rheims (de 845 à 882), et il n’est pas difficile d’y reconnaître son style. (Voy. Y Histoire de l’Eglise gallicane, par de Longueval, continuée par Berthier; Nismes, 1780-81, 18 vol. Î71-80, tom. vi, p. 262-63. )

Cette règle de S. Benoît renfermait parfois des injonctions très-sévères , si l’on en croit une note extraite de l’un des Fabliaux analysés par Legrand d’Aussy, édition de 1829, 5 vol. in-8°, tom. 11, p. 409. « La règle, y est-il dit, ordonne des jeunes excessifs , des flagellations rudes et sanglantes, même pour les enfants, jejuniis nimiis, acribus verberibus coerceantur. Si, au chœur, ces enfants faisoient en chantant la moindre faute, on les dépouilloit et 011 les frappoit de verges. Dans la seconde partie de la règle de S. Colomban, il se trouve aussi des détails non moins sévères, mais bien minutieux , sur ces sortes de pénitences ; c’est un tarif qui prescrit tant de coups de discipline pour le religieux qui ne se sera pas prosterné en sortant du couvent; tant pour celui qui, au commencement de son repas, n’aura pas fait le signe de la croix sur sa cuiller; tant pour celui qui n’aura pas coupé ses ongles avant de dire la messe ; tant pour celui qui, à table, n’aura pas ramassé les miettes de son pain; tant, etc., etc. C’éloit le supé-

vence, de Languedoc et de Gascogne. Sa règle , connue sous le titre de Codex regu/arum , a été publiée A Rome, en 1661 , par les soins de Lucas Holsteinius , et plusieurs fois réimprimée depuis.

rieur qui prononçoit ces peines, et qui ordinairement les infligeoit. »

Nous ne nous étendrons pas davantage sur la discipline considérée comme instrument de châtiment. Revenons au principal objet de nos recherches , à la discipline, simple instrument de mortification volontaire.

Ce genre de discipline n’a point été connu avant le xi' siècle. Les premiers religieux qui l’ont pratiqué , sont Gui, abbé de Pomposie ou de Pompose, mort en 1040, et S. Popon, abbé de Stavelles , mort en 1048. Après eux est venu S. Dominique l'encuirassé Les moines du Mont-Cassin avaient aussi embrassé cette pratique avec le jeùue du vendredi, à l’exemple de P. Damien. Celtedévotion s’étendit beaucoup; mais comme

1 Ce S. Dominique (qu’il ne faut pas confondre avec le fon- • dateur de l’Ordre des Frères prêcheurs, et nullement de l’Inquisition, comme on nê cesse de le répéter), ce S. Dominique, disons-nous, était appelé l’encuirassé, parce qu’il portait une chemise de mailles de fer qu’il n’ôtait que pour se donner la discipline. Il habitait un hermilage dans l'Apennin. On prétend que ce saint se flagellait non-seulement pour lui, mais encore pour les autres, et cela n’était point contraire au prescrit des SS. Canons. On croyait que 3,000 coups de fouet, donnés en récitant dix psaumes, suppléaient à une année de pénitence , et que cent années étaient remplacées par la récitation de tout le Psautier, accompagnée de 15,000 coups. S. Dominique accomplissait cette pénitence d’un siècle en six jours. Il acquittait ainsi les péchés du peuple. Cette flagellation continuelle avait rendu sa peau aussi noire que celle d'un nègre. Il est mort le 14 octobre 1060.

elle trouva quelques opposants, ce qui n’est pas difficile à croire, P. Damien écrivit en sa faveur. Fleury, dans son Histoire de [Eglise, nous a donné un extrait de l’écrit de ce pieux auteur, écrit dans lequel il ne faut pas rechercher la justesse du raisonnement. Quelles que soient les conjectures sur l'ancienneté de la discipline considérée comme instrument de mortification, il est certain que son usage s’est singulièrement multiplié depuis les xi et xii* siècles. Nous allons maintenant l’envisager comme simple instrument.

La discipline était une espèce de fouet dont on se frappait le dos et les épaules à nu. Cet instrument se composait de cordelettes nouées, soit en crin, soit en cuir, soit en parchemin tortillé. On y employait aussi des chaînettes de fer, parfois terminées par des molettes d'éperons 1 . Cette dernière espèce était sans doute pour

• Les Mexicains en faisaient avec une licrbe qu’ils appelaient mugtiey , et qu’on nomme en France arrete-brruf Ils s’en déchiraient cruellement le corps , poussant le zèle de la jiénitence beaucoup plus loin que les Européens.

Le docteur Franç -Ernest Brückmann, savant allemand, possédait dans son musée plusieurs objets curieux tenant à la religion, tels que croix mystérieuses, images, clochettes , amulettes, etc. On y voyait aussi un fouet à l’usage de l’Ordre des Flagellants. Voici comment il en parle dans ses Fpistolailinernria :

» Flagellum Ordinis Flagellantium. Est flagellum ex funibus cannabinis, cum variis nodis duris interlocatis. Saccrdotes franciscain flagellum cum quinque nodis portant ; laici liujus fratcrnitalis unicum flagellum cum duobus tantum babent nodis. Ftagclluiio spontanca est castigatin corporis et mbrtificatio volunlaria, quæ débet fieri publieè, in processionibus, pedibus

les grandes occasions ou pour une foi cl une piété aussi vive, aussi ardente que celle de Saint Louis, dont nous parlerons plus bas. Ce meuble était devenu aussi commun dans les familles que les livres de prières le sont maintenant; chacun avait le sien. Dans le moyen âge, l'instruction et les livres étaient excessivement rares; le peuple ne savait point lire; sa vie était dure, ses mœurs grossières ; un confesseur ne pouvait donc guère imposer de pénitences morales, telles que l’obligation de réciter les psaumes de la pénitence , ou toute autre prière un peu longue; alors il y suppléait par la discipline, dont il réglait le nombre de coups selon la gravitédes cas, et que souvent il appliquait lui-uième.

Mais ceux qui savaient lire n'étaient pas pour cela exempts de cette pénitence corporelle ; notre bon roi S. Louis va nous en fournir la preuve. Non seulement il possédait ce meuble pénitentiel pour son propre compte , mais il voulait que ses enfants en fussent pourvus , même par duplicata. C’est ce que nous apprenons par un passage d’un précieux manuscrit du commencement du xiv" siècle , renfermant la vie de S. Louis 1 ,

midis , ut homines bona opéra vidennt , rpiæ récréât auîmam , adlert æternain bealiludincm, diabohim expellit.

« Hæc disciplina à patribus confessionariis , pncnT instar, pcccatoribus dictatur. Alius pro alio se flagello verberarc potest. »

Nous verrons par la suite un fait rapporté par Ducangc, et qui a rapport A ce dernier passage : c’est un mari qui se fait discipliner pour sa femme.

■ Ce curieux manuscrit (qui peut dater de 1299 environ), existait dans la bibliothèque de M. Paris de Me) lieu , vendue

composée par un religieux cordclicr qui avait été pendant dix-huit ans confesseur de la reine Marguerite de Provence , femme de St. Louis. Voici ce passage , dans le langage du temps, et dans toute la pureté du texte : » Li benoiez Rois enuoia a sadite fdle de Nauaire 1 deux boistes ou trois d’iviere a, et el fons de ces boistes auoit un cloet de fer 3 auquel il auoit liées cheenneles

en 1779. Il est sur parchemin, composé de 804 pagesà denx «olonnes ; il renferme des faits relatifs à la vie de S. Louis, dont la plupart sont peu connus. L’auteur les a tirés de l’enquête ordonnée par le pape Boniface VIII, pour la canonisation de Louis IX, décrétée par bulle du 2 août 1297 ; laquelle bulle passe pour un chef-d’œuvre dans son genre. Le manuscrit en question a été fait par ordre de Blanche de France , fille de S. Louis , née en 1252, à Joppé en Palestine, mariée à Burgos en 1269, k Ferdinand de La Cerda , fils d’Alphonse X , roi de Castille. Veuve en 1275, elle est morte à Paris le 22 juin 1320.

* Cette princesse était Isabelle de France , fille de S. Louis , née en 1241, et mariée à Thibaut V, dit le Jeune, Roi de Navarre, le 6 avril 1255. Elle est morte sans postérité le jeudi 23 avril 1271 , aux îles d’Hières près de Toulon; et son mari était mort à Trapani en Sicile , cinq mois juste auparavant , le jeudi 4 décembre 1270. Ils étaient l’un et l’autre âgés de 30 ans, et revenaient d’Afrique où ils avaient eu la douleur de voir mourir S. Louis le 25 août 1270 , devant Tunis. ( Nous dirons, en passant, que ce Roi est né le 25 avril 1215, non pas à Poissy , comme on l’a dit ordinairement , mais à la Neuville en Beauvoisis ( Oise) ; il a été baptisé à Poissy, c’est sans doute ce quia causécette erreur. TroLs chartes de Louis XI et de Henri IV ont exempté d’impôts les habitants de la Neuville , en considération de ce que cette commune est le berceau du saint Roi.

• D’ivoire.

J Un petit clou de Sr*8*

de fer de la longueur d’un coule ou enuiron 1 ; les

checnnctes étoient encloses en chascunc de ces boisles , dcsqueles ladite Royne se deciplinoit et baloit aucune foiz, si com ele recorda a son confesseur quant ele aprocha de sa mort. ( Et encores enuoia li diz benoiez Rois a cele meesmes fille une cheennetes de haire lees ausi comme la paume de la main d’un homme 1 , dcsqueles ele se ceignoit aucune foiz si comme ele recorda à son confesseur el tens deuant dit. ) Et auccques tout ce , li benoiez Rois enuoia a ladite Roine une letre escrite de sa main en la quele il estoit contenu que il enveoit par frère Jeban de Monz, de l’Ordre des frères mineurs, adoneques 1 confessor de cele Roine et aucune fois du benoiez Rois, une deceplines encloses, si com il est dit desus, et la prioit en cele letre que ele se deciplinast souuent a celes deceplines 4 por ses propres péchiez et por les péchiez de son chétif père. »

Dans la même Vie de saint Louis , par le confesseur de la reine Marguerite , on trouve encore le passage * * suivant relatif à la discipline et à la haire dont faisait usage le saint Roi.

« L’en croit fermement que chascun iour du saint vendredi et ausi en chascun quaresme depuis que il

* D’une coudée.

* Une haire ou ceinture, en chaînettes de fer, large comme la paume de la main , 3 à 4 pouces.

J Alors.

* A celes deceplines, c’est-à-dire avec cette discipline; nous avons déjà fait remarquer, dans un de nos opuscules précédents, que les noms singuliers s’écrivaient au pluriel, comme l’a trèsbien démontré M. Raynouard dans sa Grammaire romane , p. 50 , et dans d’autres de scs savants ouvrages.

revint d’oullre-mer , tous les iors tic lundi , de mercredi cl de vendredi , il porloit la liairca sa char nue -, et non pourquunt il fesoit le plus seereement que il onques pooit teles pénilances , cl se gardoit de ses chamhellens si que nul deus , (ors un seul, ne sauoit les aspretez des penitances que il fesoit. Il auoit trois cordelles ensemble jointes et longues près de pié et demi , et chascune de ces cordelles auoit quatre neus ou cinq, et tous les iors de vendredi par tout l’an et en quaresme es iors de lundi , de mercredi et de vendredi 1 il ccrchoit inouï bien sa chambre par tous les angles que nul n’i deinorast ilecques, et dont il clooit l’uis 1 , et demoroit enclos auec frère Giéfroi de Biaulieu son confesseur, de l’Ordre des Préèchceurs, dedenz la chambre où ils estoient longuement ensemble * ; et estoit creu et dit

1 Le concile de Mâcon tenu en 581 ou 582, par ordre de Contran, roi de Bourgogne, porte, article tx : « Depuis la Saint-Martin jusqu’à Noël , on jeûnera le lundi , le mercredi et le vendredi ; on célébrera ces jours-là les messes selon l’ordre qui s’observe en carême, » On ne voit pas là que ce jeûne soit prescrit pour le carême; c’est de lui-même que S. Louis ajoutait ce surcroît d’abstinence à ses macérations ordinaires.

» Cette phrase peut se rendre ainsi :. « Il faisait une recherche exacte par tous les coins de sa chambre , daus la crainte qucquelqu’un n’y restât caché, et il en fermait la porte.»

J II est dit dans une note sur les Fabliaux , traduits ou ana-

lysés par Legrand d’Aussy , d’après Nangis : » que Geoffroi de Beaulieu frappaitson pénitent jusqu’à lui meurtrir toute la chair; que celui-ci ne s’en plaignit jamais , et que l’on ne sut l’aventure que par son nouveau confesseur à qui il la conta lui-même en riant, après la mort de Beaulieu. Sur les vitraux de l’église du monastère de Saint- Denis, est représentée la üagcllation du

cnlre les chambeUcns et hors de la chambre , que lors li benoiez Rois se confessoit adoneques audit frère et que adoneques li diz frères le disciplinoi t dcsdilcs cordelles. »

monarque ; il est à moitié nu et à genoux devant son eonfesseur qui le frappe. Le P. Montfaucon , dans ses Monuments de la monarchie française, a fait graver cette peinture, ( tom. II, pl. XX III , pag. 158). »

Cette gravure, très-grossièrement faite , n’est nullement conforme au récit que nous avons rapporté plus haut. Voici la description exacte qu’en donne Montfaucon , p. 158 :

« Le dévot prince se fait donner la discipline; c’est son confesseur dominicain qui le fouette. Le compagnon du confesseur tient un livre marqué de deux X , qui sans doute signifient Chris tus. S. Louis a les épaules nues , un genou à terre et les mains jointes. L’action est marquée parce vers :

Castigat sanctus Ludovic us verbore corpus.

Il se confessait tous les vendredis, et après la confession il se faisait donner la discipline. »

Dans cette gravure le confesseur frappe arec des verges et non avec une discipline; ensuite deux religieux frappent tandis que S. Louis était toujours seul avec son confesseur. Ce dessin est aussi inexact que mal fait. C’est le quatrième des huit que Montfaucon a tirés des vitraux de la sacristie de l’abbaye de Saiut- Deuis , et qui représentent la vie , la mort et les miracles du S. Roi. Montfaucon croit ces vitraux du xiv' siècle , à en juger par kÿ caractères employés dans les vers. Muis ils pourraient être moins anciens, car dans une de ces peintures on voit sur la tête d’un des Bis de S. Louis , l’écu de France chargé seulement de trois fleurs de lis; et, suivant l’opinion commune, cet écu qui avait jadis des Heurs de lis sans nombre , ne fut réduit à trois que sous Charles VI (de 1380à 1422); cependant on en a découvert de plus anciens aiusi réduits, tels que sous Charles V

On voit, parle premier passade précité, que le saint Roi , crainte que sa chère fille, la reine de Navarre, ne se disciplinât suffisamment, faute de discipline , poussa la précaution jusqu’à lui en envoyer deux ou trois dan» des boîtes différentes. Quant à lui , le second passage atteste les rudes austérités qu’il mettait en pratique. On ne peut pas douter qu’il ne prit aussi grand soin de l'instrument de pénitence qui servait à ses mortifications, si l’on en juge par la matière du coffret où il le renfermait; comme ceux de sa fille, ce coffret était en ivoire, ainsi que le prouve un article de I’Inventoire des joyaux, vaisselle d or et d argent , estant au Louvre et à la Bastille de Paris, appartenant à feu le Roy Charles (vi). Voici cet article :

« Item. Une petite boiste longuette d’iuoire , où sont les escourgécsdc fer de monseigneur saint Loys, dont il se batoit 1 . »

(de 1364 à 1380), sous le roi Jean ( de 1350 à 1364), et meme sous Philippe de Valois (de 1328 à 1350). Mais ce qui fait croire à Montfaucon que ces vitraux ont été peints avant 1350, , c’est que l’on voit dans les vers des caractères dont l’usage avait cessé avant ce temps.

■ Le même inventaire des joyaux et autres meubles de Charles VI , porte encore un article qui prouve que l’on conservait précieusement tout ce qui avait appartenu au saint Roi. Cet article est ainsi confit : •

« Item. La chemise de saint Loys dont il fault ( manque) une manche; et une pièce du mantel et une cellule de parchemin, par manière de rolle , escripte de la main de monseigneur saint Loys, des enseiomens qu’il envoya à sa fille, (Isabelle, reine de Navarre). »

Ces Enseignements sont la lettre secrète que saint Louis

Il paraît que le bon Roi mettait la plus grande rigueur, quand il était question de s’administrer ou de se faire administrer la pénitence qui lui était prescrite; du moins les escourgéef de fer prouvent qu’il ne choisissait pas l’instrument le moins rude. Au reste , tous ces détails matériels, qui nous paraissent si singuliers maintenant, tiennent au siècle où vivait ce grand Roi, et ne peuvent que confirmer tout ce que l'on a dit de sa haute piété et de ses éminentes vertus 1 .

Dans le xiv' siècle , un événement malheureux fit prendre à l'exercice de la iuscipline une telle extension, que cela dégénéra en abus excessifs et même en hérésie. Voici comment la chose arriva : une peste générale désola l’Europe en i348; on en attrihua les ravages à la juste colère du Ciel, et l’on en conclut qu’il fallait recourir à la pénitence et aux bonnes œuvres. La conclusion était bonne , mais oh en abusa dans la pratique. Des particuliers en grand nombre, sans mission, sans

avait adressée à sa fille Isabelle; nous avons déjà parlé de cet article dans notre Catalogue des livres de l’ ancienne bibliothèque des Ducs de Bourgogne , Paris, 1830, in-8°, p. 47. Il s’y est glissé une faute typographique , au dernier mot ; au lieu de « qu’il envoya à sa sœur , » lisez comme ici , « qu’il envoya à sa fille. » Saint Louis n’a point eu de .soeur mariée; taudis que sa fille Isabelle, l’a été à Thibaut , roi de Navarre.

1 Voltaire en porte lui-méme cet admirable jugement : « Il sut accorder une politique profonde avec une justice exacte; et peut-être est-il le seul souverain qui mérite cette louange : prudent et ferme dans le conseil, intrépide dans les combats sans être emporté , compatissant comme s’il n’avait jamais été que malheureux ; il n’est pas donné à l’homme de porter plus loin la vertu, b

consulter les premiers Pasteurs de l’Eglise, s’associèrent, se choisirent des chefs , et , pour désarmer le Ciel , se mirent à courir les pays 1 en se flagellant avec une rigueur extrême. Revêtus d'un costume lugubre , ils avaient bannières, croix, torches et observaient un cérémonial plus singulier, plus révoltant qu’imposant. Après avoir formé un grand cercle, au milieu duquel ils se déshabillaient et se mettaient à nu josques à la ceinture, le premier de Ig bande s’avançait , se prosternait a terre, tenant les bras en forme de croix, et tous les autres lui passaient sur le corps, le touchant légèrement de leur disciplihe ; après quoi ce premier flagellant se relevait et commençait sur lui-même une exécution terrible avec un fouet à noeuds et à quatre pointes d’épéron. Quand il s’était mis les épaules et le dos tout en sang, il cédait la place à un autre qui venait répéter la même scène , et cela durait jusqn’à ce que toute la bande eût défilé. Pendant l’opération on chantait 1* Oraison Dominicale 2 et plusieurs autres

1 La secte des Flagellants prit naissance en Allemagne; elle commença dans la Souabe , fit ses premiers exercices publics à Spire , vint à Strasbourg et de là se répandit dans l’Alsace , dans la Lorraine, dans la Flandre; elle pénétra même dans la Champagne, et gagnant le midi alla jusques à Avignon; mais on ne la vit point à Paris.

1 On ne sera peut-être pas fâché de voir ici V Oraison Dominicale dans la langue vulgaire de ce temps-là ou plutôt du xu* au xiu* siècle :

» Sire Pere qui es és ciaux, sain lofiez soit li (tiens nons, auigne li tuons régnés, soit faite ta uolenté, si corne ele est faite el ciel si soit ele faite eu terre. Noslre pain de cascun ior

prières en langue vulgaire. Trois hommes de la troupe qui avaient la voix forte , se tenaient au milieu du cercle pour donner le ton aux autres, et en même temps se flagellaient d’une rude manière tout en chantant. Ensuite à un signal donné, tous se prosternaient le visage contre terre et poussaient de profonds sanglots. Les chefs debout et faisant le tour de la troupe prosternée, recommandaient de prier pour le peuple, pour leurs bienfaiteurs (ils ne vivaient que d’aumônes), pour ceux qui leur faisaient du mal, pour les pécheurs et pour les âmes du purgatoire. Cela fini, on se relevait , on priait , les mains jointes vers le Ciel , et on recommençait la flagellation comme auparavant ; puis afin que personne ne fût privé d’une action aussi méritoire, les premiers reprenaient leurs habits et laissaient faire le même exercice à ceux qui s’étaient tenus dans le cercle pour les garder. Telles étaient les jongleries de ces fanatiques.

Croirait-on que l’on chercha à s'autoriser de l’autorité divine, pour donner plus d’importance à ces pratiques aussi ridicules que cruelles? Un imposteur imagina une lettre venant du ciel et apportée par un ange dans l’église de saint Pierre à Jérusalem. Il était dit dans cette lettre que le Ciel était irrité de tous les crimes qui

nos done liui, cl pardone nos nos meffais si corne nos pardonons a ços qui mefTait nos ont. Sire, ne soffre que nos soions tempté par mauuesse teinptation , mes, sire, deliure nos de mal. Amen. »

Celte prière est tirée d’un sermon qui se trouve dans un manuscrit sur pnrcheiniu de l’ancienne bibliothèque de Saint- Victor à Paris.

souillaient la terre, mais surtout de la profanation du Dimanche, de l'inobservance du jeûne des vendredis, des blasphèmes, des usures, des adultères , etc. , etc. ; que la Sainte Vierge cl les anges ayant prié Jésus-Christ de fiire miséricorde, il répondit que , pour l’obtenir, il fallait que chacun s'exilât de chez soi et pratiquât l’exercice public de la discipline , c’est-à-dire la flagellation pendant trente-quatre jours. C’est cependant sur une base aussi frivole, que reposa l’engagement pris par la secte d’observer les trente-quatre jours de flagellation publique. Un pareil exercice quotidien devait nécessairement exalter les cerveaux : aussi la secte ne tarda pas à se croire autorisée à faire des miracles , à chasser les démons, à remettre les péchés en vertu de cette opération où elle prétendait que le sang des flagellés se mêlait à celui que Jésus-Christ avait répandu pendant sa flagellation.

Cependant il arriva ce qui était inévitable dans une

troupe de gens ramassés de tous eûtes , de tout âge , de tout sexe, sans feu ni lieu , sans subordination légale et la plupart sortis de la lie du peuple ; les vols, les cruautés, les débauches se mêlèrent à ces pratiques dévotieuses. L’autorité de l’Eglise se prononça enfin; une bulle du Pape Clément VI, publiée le ao octobre 1349» proscrivit la prétendue lettre venue du ciel, la flagellation publique et toutes les réunions de ces fanatiques. L’autorité royale seconda l’autorité pontificale, et des peines très-sévères furent portées contre les flagellants et les flagellations publiques. La Faculté de théologie de Paris porta aussi un décret contre la secte, sous la date du i*' novembre de la même année i34ç.

Nous dirons cependant que Clément VI , tout en condamnant la publicité de la flagellation, termiue sa

bulle par un mot favorable à l’exercice de la discipline en particulier. Il nous semble du moins qu’on ne peut pas entendre autrement cette finale de ladite bulle :

« Toutefois, dit le Saint-Père, nous n’entendons pas empêcher les fidèles d’accomplir dans leurs maisons ou ailleurs, les pénitences imposées canoniquement ou volontaires, pourvu qu’ils le fassent avec une intention droite , une vraie dévotion et sans conventicules ou pra- • tiques superstitieuses. »

Le fameux Gerson se prononça aussi contre la secte des Flagellants, dans une lettre qu’il adressa h S. Vinccnt- Ferrier. II explique à quelles conditions les pénitences disciplinaires peuvent devenir louables et même utiles.

Il veut qu’elles se fassent avec la subordination duc h l’autorité , mais que ce ne soit ni en public , ni avec effusion de sang, ni de manière à ce qu’il s’y glisse de l’ostentation, du scandale, de l’indécence. Il donne pour règle générale l’usage des cloîtres; cependant, il faut le dire , dans cette instruction marquée au coin de la sagesse, l’opinion de Gerson semblerait exprimée eu termes qui parfois donneraient à penser qu’il était peu favorable à la pratique des flagellations volontaires 1 .

1 Le docteur Jacques Boileau , auteur de plusieurs ouvrages assez singuliers , se prononce d’une manière plus ouverte que Gerson, contre la flagellation volontaire, dans son Historix Flagellantium , sire de recto et pcn’crso flagellorum usu apud Christianos . Parisiis, 1700, in-12. (Notez que c’est le censeur qui l'obligea de mettre le mot recto dans le titre. ) Il cherche à prouver dans ce livre que l’usage des flagellations volontaires n’a point été connu pendant les dix premiers siècles de l’Eglise; qu’il ne fut d’abord toléré qu’avec répugnance ; qu’il est dangereux pour la santé et pour les mœurs; enfin qu’il donna

Au reste , tout cela n’cmpêcha point que l’exercice de la discipline, comme pénitence, ne continuât en France et ne s’y maintint avec ferveur jusques vers les commencements du xvm* siècle , comme nous le verrons par la suite.

Nous avons dit dans une note précédente , que l’on pouvait recevoir la discipline pour un autre, et que les canons de l’Eglise le permettaient ; nous ajouterons que cette peine expiatoire avait ordinairement lieu au sortir du confessionnal , et que souvent le confesseur l'administrait lui-même à son pénitent. Celui-ci , sa confession étant terminée, passait derrière l’autel ou dans la sacristie , et là , à genoux, après s’être découvert les épaules , il se donnait à soi-même la discipline , ou

naissance .\ la secte des Flagellants, ces fanatiques atrabilaires qui attribuaient, comme nous l’avons vu, plus de vertu à la flagellation qu’aux sacrements, pour effacer les pêchés. Notre docteur a etc vivement réfuté par l’original Thiers, par Gretzer et par le P. Ducerceau. On fit aussi des satires contre lui; mais il fut loué par les journalistes de Trévoux. Un anonyme donna une traduction française de l 'Histoire des Flagellants , en 1701 , in~12; mais il y rendit, sans nul ménagement, des passages écrits dans l’original avec la liberté que permet le latin, mais que ne tolère pas le français. Ces passages ont été adoucis dans la nouvelle édition, ou plutôt traduction, qu’a donnée l’abbé Granet , en 1732 , in-12, avec une préface historique. L’abbé Boileau tenait de son frère Des préaux pour l’esprit satirique; il répondit, avec autant de malignité que d’injustice, à quelqu’un qui lui demandait pourquoi il écrivait toujours en latin : « C’est de peur que les évêques ne me lisent ; ils me persécuteraient. » Il disait des Jésuites : « Us alongent le .Symbole et accourcissent le Décalogue. » Il est mort à Paris, le 1*T août 1716, ôgé de 82 ans.

il la recevait des mains du confesseur , qui permettait quelquefois qu’une tierce personne de Lionne volonté , (sans doute pour un motif plausible), substituât ses épaules à celles du pénitent 1 .

Le savant Ducangc , dans son Glossarium infinité latinitalis, 1733, 6 vol. in-fot., raconte à Ce sujet, torn. Il, col. iSaç), au mot disciplinare, une anecdote assez plaisante : Quidam vir zelotjpus, dit-il, uxorem suam ad confessionent euntem , sequebatur : quant citm sacerdos relro allare duceret ad diseiphnandam , hoc videns maritus ail : O Domine, Iota lencra est, ego pro ipsri recipio disciplinant ; quo flectente gemta, dixit mulier: Percute forliter. Domine, quia magna pccca- Irix su/n- Ce qui en français signifie : « Un certain jaloux suivit sa femme qui allait à confesse. Quand ( après la confession ) , le confesseur conduisit la pénitente derrière l’autel pour lui donner la discipline, le mari s'avance et dit au prêtre : Mon Père, ma femme est délicate, permettez que je reçoive la discipline pour elle. Aussitôt il se met à genoux ( et comme le prêtre allait commencer) : Frappez , mon Père , dit la femme, frappez fort, car je suis grande pécheresse. » Se no vero, bene irovato.

Dans les xvt* et xvne siècles, l’exercice delà discipline était encoreen pleine vigueur. C’est surtout du temps de la Ligue, qui avait pour base ostensible l’altacheroeut

■ Cela ne ressemble pas mal h ce qu’on raconte «l'une «lame de la Cour de Louis XV , laquelle , en expiation «le scs péchés, ordonnait à ses gens de jeûner, tandis qu’elle faisait les honneurs et prenait sa bonne part des repas somptueux , fins et délicats qui se donnaient chez elle :

Il est avec le ciel «tes accommodements.

tê

à la fui catholique luttant contre les attaques du protestantisme , que la discipline étaildans la plus grande activité, et faisait vibrer ses cordelettes acérées nonseulement près du confessionnal , mais en plein air au milieu de longues marches de processions. On vit en i3^4 Henri III, le chancelier, les courtisans et les ministres à la tète de l’une de ces processions 1 , marchant deux à deux dans lesruesde Paris, couverts d’un grand sac de toile depuis le haut de la tète jusqu’aux pieds, ceints d’une grosse corde et tenant chacun à la main une discipline, dont ils se frappaient les épaules. Henri 111 eut beau faire, ces dehors d’une dévotion affectée n’inspirèrent aucune confiance à un peuple qu’on indisposait contre lui. Il n’en fut pas moins obligé, au bout de quelque temps, de quitter Paris, et, retiré à S.-Cloud , il ne tarda pas à tomber sous le couteau de l’assassin Jacques Clément î.

1 « Le 2 mars ( 1584 ) , second vendredy de Caresme , dit le Journal de Pierre de CEsloile , les pénitens , précédés des minimes et des capucins, allèrent processionnellenicnt , le Roy y étant en persouue, aux sept églises ordonnées par la bulle du Pape obtenue à la prière de la Reine-mère. Ils partirent des Augustins à huit heures du matin , et y revinrent a six heures du soir. »

Voilà, Dieu soit loué , uuc procession assez lougue; elle a duré dix heures de temps. — « Le vendredy 9 mars , le Roy partit de Paris pour aller à Notre-Dame de Chartres et deCléry, lesquels voyages il fit à pied , accompagné de quarante-sept frères pénitens des plus jeunes et dispos pour bien aller de pied , et tout du long de leur voyage , portèrent toujours par les champs leur habit de pénitens. » Voy. la Collection des Mc moires sur i histoire de France, (Petitot), tom. 45, pp. 270-271.

1 On lit, dans le Recueil de pièces intéressantes, parla Place,

Dans ces temps d’une dévotion plus fervente qu’éclairée, les flagellations publiques se multiplièrent et finirent par offrir un spectacle si peu convenable, que la police s’en mêla, et un arrêt du Parlement de Paris, sous la date de 1601 , les défendit expressément.

Ce n’est que vers la fin du xvn' siècle, ou plutôt au commencement du xvni#, que I usage de la discipline a commence h s’affaiblir. Il était encore dominant du temps de Molière, puisque, danssa pièce de V Imposteur, quand Tartufe paraît sur la scène , il le fait débuter par ces deux vers :

« Laurent, serrez ma haire 1 avec ma discipline.

Et priez que toujours le Ciel vous illumine ». »

Ccsdeux vers, qui, seuls, pcignentdéjà tout le Tartufe,

une anecdote singulière qui prouve que l’un des graves magistrats qui* prit part au jugement du P. Iloiirgoing, en 1590, était bien éloigné de partager ft joie feroce que ce crime épouvantable causa aux forcenés ligueurs de Paris : « A Tours, dit la Place, au procès du P. Bourgoing , prieur des Jacobins , qui fut écartelé comme complice de Jacques Clément , llurault de l’Hôpital , l’un des juges au procès , et qui depuis fut archevêque d’Aix , opina que dorénavant, en horreur de cet Ordre il fallait que le bourreau fût vêtu en Jacobin. » Le mot est sanglant ; il n’a sans doute été dit que pour peindre la profonde indignation de son auteur contre un pareil forfait.

La haire , ou le cilice , est une espèce de chemisette faite d’un tissu de crin , qui est rude et piquant. On le porte sur la chair par esprit de pénitence et de mortification. On en fait en forme de réseaux , afin qu’il y ait des nœuds qui incommodent davantage. Les Chartreux portaient continuellement la haire. 11 y avait aussi des haires en forme de ceintures, de cinq à six pouces de largeur.

1 Ces vers sont les deux premiers de la seconde scène du troi-

indiquent assez que la discipline était encore dans ce temps-là ( 1664) un meuble familier à la bourgeoisie en général. L’usage a pu s’en maintenir jusqu’à la fin du règne de Louis XIV ; mais, dans les cloîtres, cet usage était toujoursobservé avec la plus grande ferveur.

On ne se contentai» pas de la discipline ordinaire , la dévotion avait raffiné sur les moyens de mortification , et l’on avait ajouté plusieurs instruments à celui que l'on employait dans le principe; c’est ce que prouve la lettre suivante d’un bon Père Religieux qui envoie pour t étrennes à sa pénitente, unebaire, une discipline et autres instruments de pénitence dont il lui prescrit l’usage» Cette pièce que je puise dans un petit l lecuei l de lettres spirituelles , est sans date ; mais elle a été écrite vers le commencement du xvui* siècle :

« Ma chère fille,

» Que Notre Seigneur vous donne au commencement de celte année le saint esprit de mortijication l

» Je vous envoie pour étfennes une haire, une disci-

sième acte. Cette comédie a d'abord été jouée (les trois premiers actes seulement ) à Versailles, à la sixième journée des plaisirs de Vile enchantée , le 12 mai 1664. Les trois mêmes actes ont encore été joués au Raincy, chez le grand Condé , le 29 novembre de la même année ( 1664 ), puis le 9 novembre 1665; et ce n’est que le 5 août 1667, que la pièce entièrea été jouée * à Paris, avec applaudissement du public. Mais le lendemain un ordre du premier président du Parlement eu suspendit les représentations , et cet ordre , sur lequel on a fait uu bon mot trèsconnu , n’a été levé que le 5 février 1669. Trois mois de représentations consécutives ont à peine suffi à l’empressement et à l'enthousiasme du public. Molière, né à Paris le 15 janvier 1622, y est mort le 17 lévrier 1673 , Agé de 51 ans.

plinc, deux brasselets et une ceinture de fer que j’ai bénis, et auxquels j’ai appliqué les indulgences. Comme votre santé est forte et robuste, vous pourrez vous servir de tous ces instruments , mais avec modération et sobriété, de temps en temps. Vous porterez la haire une fois la semaine, le vendredi pendant six heures; la ceinture , le samedi pendant deux heures en l'honneur des douleurs de la Sainte Vierge ; les brasselets , le lundi pendant le même temps pour honorer l’agonie de Notre Seigneur; vous userez de la discipline , le mercredi pen4ant un miserere.

» Je vous défends toute autre sorte de pénitence : cependant le mardi et le jeudi, vous demeurerez, l’espace d’un demi-quart d’heure, prosternée par terre, afin de vous humilier devant Dieu et d’implorer son assistance.

» Si en quelque jour de la semaine il se rencontre une fête, vous ne pratiquerez point ces sortes de mortifications, non plus que quand votresanté seraaltérée. V ous pouvez vous adresser au P. Pagi qui a beaucoup d’expérience dans la conduite des âmes , et de discrétion, qui pourra ajouter ou retrancher. Je suis en Jésus- Christ crucifié, ma chcre fille, etc. , etc. »

On voit par cette lettre que les rigueurs de la pénitence avaient fait de grands progrès sous le rapport disciplinaire, surtout dans les maisons religieuses; mais il n’en etaitsans doute pas de mêtnechez les laïcs, etnous voyons Tartufe se borner àciter simplement sa haire et sa discipline. Ces instruments suffisaient à la bourgeoisie. On sait que la piété , la dévotion et toutes les pratiques religieuses étaient en grande recommandation sous le règne de Louis XIV , surtout vers la fin de ce règne ; mais à peine ce prince eut-il les yeux fermés, qu’il se fit un grand changement dans celte partie ; on jeta le

masque , et sous la Régence , époque de subite réaction morale, ou immorale si l’on veut, les abstinences et les mortifications ne furent plus de saison ni à la Cour, ni à la ville. Dès-lors sous le règne de la philosophie moderne et sous les sarcasmes de Voltaire , cela ne fit que croître et empirer, de sorte que disciplines et disciplinants n’existèrent plus guère qu’au fond de quelques cloîtres obscurs, puis la révolution consomma l’œuvre. Cependant il faut dire qu’après le régime de la terreur , lorsque l’exercice du culte fut rétabli , et que l’on permit à des personnes pieuses de se réunir et de former de nouveaux couvents, il est présumable que l’instrufhent dont nous venons de donner l’histoire n’a pas été oublié dans le renouvellement des pratiques cénobitiques , et que par conséquent il en existe encore maintenant dans ces saintes maisons ouvertes à la piété claustrale, et peut-être ailleurs.

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