SUR LES SAINTS PATRONS
On sait que depuis l'etablissement du Christianisme, qui a répandu ses bienfaits sur presque toute l'Europe et dans plusieurs autres parties du Monde, les différents Etats, empires, monarchies, républiques, se sont choisis un patron dans le Ciel. La Russie, par exemple, est 0
sous l’invocation de S. Nicolas ; l’Autriche , sous celle de la Sainte Vierge ; Rome , sous celle de S. Pierre et de S. Paul; Venise, sous celle de S. Marc; l’Angleterre, sous celle de S. Georges; la France, sous celle de S. Denis; le Portugal, sous celle de S. Antoine de Padoue, etc. Mais dans aucun pays, la manière d’honorer son saint patron n’a été plus remarquable, plus solennelle, plus singulière qu’eu Portugal. Voici ce qu’en raconte (dans son Porlugiesiche Grammatik)
M. Junk, qui était en Portugal en 1763 , et qui y commandait un corps de volontaires levé à ses frais.
« Vers le commencement du xvni* siècle (en 1706), les habitants de Lisbonne crurent sans doute beaucoup ajouter h la gloire de S. Antoine, leur patron, ou du moins s’attirer encore davantage sa protection , en le décorant d’un titre pompeux. En conséquence, on résolut de conférer au grand saint la haute dignité de maréchal-général des armées de Portugal. Mais, comme pour parvenir à ce rang distingué, il fallait passer suc-
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cessivement par tous les grades militaires inférieurs, on le fit d’abord soldat , puis bas-officier , sous-lieutenant, lieutenant, capitaine, etc., etc., etc., enfin maréchal : et pour rendre cette promotion plus régulière, et la mettre à l’abri du reproche de tout passe-droit , de toute faveur, on exigea que le saint ne passât d’un grade à un autre qu’après le temps exigé par les réglements , avec la paie et l’habit affectés à chaque grade. Enfin , toutes les formalités étant remplies , le grand saint fut reçu et proclamé maréchal-général de l’armée, et sa pension fut fixée annuellement à cent cinquante ducats. Dès-lors, toutes les fois qu’il y eut guerre, saint Antoine . en grand costume , placé sur une chaisç, fut porté k l’armée, et sa présence stimulait et augmentait le courage du soldat. L’auteur de cette narration prétend qu’en 1762, le premier boulet tiré de l’armée de Ferdinand , duc de Brunswick, faillit emporter la tête du saint général. On assure que, jusqu'au temps de nos révolutions modernes, la paie du saint officier, renfermée dans une bourse de velours rouge , était tous les ans déposée solennellement sur l’autel de sa chapelle par le Roi lui-même.»
Nous igoorons si tous ces faits sont d’une rigoureuse exactitude; mais, vu leur importance, nous ne sommes guères plus tenté d’y croire que d’y aller voir.
Il en est de même d’une autre historiette tenant encore à S. Antoine , et à laquelle on peut fort bien se dispenser de croire, sans porter atteinte à la foi. Le Suédois C.-J. Ruders raconte, dans son Portugisick Resa, etc. (Vovage en Portugal), Stokholm, 1807, a vol. in- 8®, que lorsqu’il était à Lisbonne (en 1800), on montrait dans la cathédrale deux corbeaux qui avaient nourri saint Antoine , et qui en furent réconx-.
pensés par l’immortalité. Le saint est mort le i3 juin ia3i, âgé de 36 ans; ainsi les deux corbeaux auraient malt tenant plus de 600 ans d’existence. C’est déjà un fort joli petit à-compte sur l'âge futur de ces doyens de la race corvine.
Mais revenons à quelque chose de plus sérieux , à nos Saints Patrons. Nous avons vu plus haut que les divers Etats de l’Europe ont chacun le leur ; le même principe religieux a engagé les nombreuses corporationsd’arts et métiers, connues jadis sous le nom dû maîtrises 1 et même quelques autres professions, à se choisir également uu patron dans le Ciel. Curieux de connaître ces corporations et de savoir le jour où chacune d’elles •. célèbre la fête du Saint qu'elle a adopté , nous en avons cherché la liste, mais nous ne l’avons trouvée *nuile part * ; alors nous avons essayé de la former nousmême en sollicitant des renseignements près des personnes intéressées à ces pieuses associations. Voici le résultat de nos recherches à cet égard ; il consiste dans la liste des divers états et corporations que nousavonspu découvrir, avec l’indication de leurs Saints Patrons, et des jours où se célèbrent leurs fêtes. Nous nous sommes
* Elles ont étc établies par ordonnance de François I".
» La Motte le Vayer a bien parlé dans un de scs ouvrages , des superstitions populaires qui attribuent à quelques Saints, préférablement à d’autres , la vertu de guérir des maux qui out rapport à leurs noms; mais ce sujet nous est entièrement étranger ; et nous ne citons cet article que parce que l’autenr, à la fin de ce passage, a mentionné quelques saints patrons , mais en petit nombre, et pour jouer sur leurs noms. Voy. Petits Traités en forme de lettres , etc. , par La Mothe le Vaycr. Lettre 33* , p. 365, sur les Noms.
occupé de cet objet aussi rare dans les livres que commun dans la société, parce que d’un cdté, il tient à l’esprit religieux, et que de 1 autre, il n'e3t pÆnt étranger aux mœurs du peuple , puisque chaque fête commence le matin par une messe solennelle, et le soir finit par repas , bal , etc. , etc.