‹ Prédiction de Cazotte, faite en 1788, et rapportéeChapitre 2 sur 2 · RÉFLEXIONS GÉNÉRALES · texte numérisé non relu

RÉFLEXIONS GÉNÉRALES

Je ne donnerai pas de notice sur les augustes victimes comprises dans la prédiction de Cazotte ; le sort de ces personnes royales est gravé dans le cœur des Français , en caractères ineffaçables , et c’est à des Français que je m’adresse. Je ne puis cependant résister à l’attrait de parler de cette Reine auguste , que la tombe même n’a pu faire respecter, et dont l’adversité découvrit le grand caractère et fit paraître avec éclat les nobles et touchantes vertus. Un écrivain, célèbre me prêtera ses expressions éloquentes que je me fais un devoir de transcrire ici religieusement. L’illustre auteur du Génie du Chris tianisore s’exprime

ainsi , datl3 un discours prononcé à la Chambre des? Pairs , le 22 février 1816, au sujet de la découverte du testament de la Reine , faite chez le régicide Courtois.

« Un mois juste s’est écoulé depuis le jour où vous fûtes appelés à Saint— Denis ; vous y entendîtes la lecture de l’évangile du jour , du testament de Louis X\ I : voici un autre testament. C’est quatre heures avant de mourir , que Marie— Antoinette a écrit ce que vous venez d’entendre. Avez-vous remarqué dans cette lettre quelques traces de faiblesse ? Marie-Antoinette ,

du fond des cachots , écrit à Madame Elisabeth aussi tranquillement quelle l’eût fait au milieu des adorations et des pompes de Versailles. Le premier crime de la révolution fut la mort du Roi ; mais le crime le plus affreux fut la mort de la Reine. Le Roi du moins conserva quelque chose de la royauté jusque dans les fers, jusqu’à l’échafaud; le tribunal de ses prétendus

juges était nombreux Le fils de Saint-Louis eut un

prêtre de sa religion pour aller à la mort , et il n'y fut pas traîné sur le char commun des victimes; mais la fille des Césars , couverte de lambeaux , réduite à raccommoder elle-même ses vêtemens , outragée devant un tribunal infâme , par quelques assassins qui se disaient des juges , conduite sur un tombereau au supplice,

et cependant toujours reine ! Il faudrait , Messieurs,

avoir le courage même de cette grande victime pour achever ce récit.

» Vingt-trois années sont révolues depuis que cette lettre a été écrite : ceux qui eurent la main dans les crimes de cette époque ( du moins ceux qui n’ont point été rendre compte de leurs œuvres à Dieu ) , ont vécu dans ce qu’on appelle la prospérité ; ils cultivaient leurs

champs en paix , comme si leurs mains étaient innocentes

» Celui qui nous a conservé le testament de Marie- Antoinette avait acheté la terre de Montroisier : juge de Louis XVI, il avait élevé dans cette terre un monument à la mémoire du défenseur de Louis XVI ; il avait écrit lui- même une épitaphe en vers français à la louange de M. de Maîesherbes. N’admirons point ceci : pleurons plutôt sur la France. Cette épouvan— table impartialité , qui ne produit ni remords ni expiations , le calme du crime qui juge équitablement la vertu, annoncent que tout est déplacé dans le monde moral; que le mal et le bien sont confondus. Mais* admirons la Providence , dont les regards ne se détournent jamais du coupable : il croit échapper à travers les révolutions ; il parvient au bonheur , à la puissance...... Les générations passent, les années s’accumulent , les impressions s’effacent, tout semble oublié: la vengeance divine arrive tout à coup , se présente face à face devant le criminel , et lui dit , en l’arrêtant: me voici. Fn vain le testament de Louis XVI assure ïa grâce aux coupables : un esprit de vertige les saisit ; ils déchirent eux-mêmes ce testament , ils ne veulent plus être sauvés. La voix du peuple se fait entendre par la voix de la Chambre des Députés ; la sentence est prononcée ; et , par un enchaînement de miracles 9 le premier résultat de cette sentence est de faire découvrir le testament de là Reine. »

Un esprit de vertige les saisit l Cet esprit de vertige avait également saisi les prétendus philosophes de la prédiction de Cazotte. Comme leurs successeurs , ils ne voulurent pas être sauvés. Plein d’un zèle fanatique

pour la doctrine voltairienne , ils ne surent point en connaître le danger. Sans doute , 1! fallait que ces messieurs eussent le cœur bien corrompu , ou l’esprit bien gâté, pour ne pas être indignés des opinions erronées , que leur chef et ses principaux complices avaient l’audace d’émettre. Ils devaient être bien aguerris pour ne pas frémir de ces deux vers de Diderot , rapportés dans la même prédiction , et qui renferment la révolution toute entière. Renverser l’autel et le trône , voilà toute la philosophie du dix— huitième siècle et toute la révolution.

Presque tous les ouvrages de Voltaire renferment des maximes , qui , plus ou moins déguisées , amènent directement ou indirectement à cet affreux résultat. C’était peu d’ôter à la nation ses mœurs et ses lois. Voltaire voulut encore lui enlever son honneur et l’avilir à ses propres yeux. Quel est le Français, je ne dis pas animé de l’amour de la Pairie ; mais seulement de l’amour-propre national qui en est le premier degré ; quel est le Français , à qui il reste quelques sentimens d’honneur , qui ne frémit point d’indignation à la lecture de cette correspondance insolente que Voltaire entretenait avec des étrangers , et dans laquelle ce digne chef d’une secte qui voulait tout dégrader pour tout innover à sa fantaisie , ravalait si impudemment la nation française aux pieds des autres nations ? C’est surtout dans un poème infâme , tellement contraire aux bonnes mœurs, que l’auteur luimême n’osait pas l’avouer ; c’est dans un poème qui insulte à la fois et de la manière la plus indécente à la morale , à la religion , à tous les principes reçus , que Yol taire a osé ravaler l’honneur national dans for-

dure de la diffamation la plus dégoûtante. L’héroïne d’Orléans, celle qui sauva la France prête à tomber sous le joug d’Fdouard , Jeanne d’ Arc que la France honore comme l’un de ses plus grands hommes , et du nom de laquelle la poésie n’aurait dû s’emparer, que pour célébrer toutes les vertus de l’honneur et de la fidélité, fut indignement outragée dans le siècle prétendu des lumières et de la raison , par celui qui s’en disait le propagateur et l’apôtre.

C’était en 1774 '• l’abbé Sabatier , en écrivant sur Voltaire, après avoir rendu justice à son beau talent , parle ainsi de la morale que renferment ses ouvrages, et de l’effet qu’ils doivent produire : « Les jeunes gens » apprendront à son école à secouer le joug du de — » voir , a répéter des blasphèmes , à triompher de leurs

» dérèglemens les nations a abandonner

y) leurs principes , leurs lois , etc. » 11 paraît que l’abbé Sabatier était aussi bon prophète que Cazotte.

Mais la secte voltairienne , en portant des coups redoublés aux bonnes mœurs , à la religion , à l’honneur national , agissait conséquemment avec son système , qui était d’élever un nouvel empire aux dépens de la morale, de la religion et de l’honneur. Elle existe encore celle secte , traînant le même système à sa suite. Dans ce moment où les partis sont en pré— sence , parce qu’on veut absolument , sous le règne du Roi légitime , consacrer la révolution au lieu de l’arrêter , je vois aussi que les mêmes principes sont préconisés, Une édition des œuvres de Voltaire va paraître , composée des mêmes ouvrages qui sont une insulte à la morale , à la religion , à l’honneur na-

tionaJ. Les mêmes m(vyens amènent aux mêmes résultats : la secte veut continuer la révolution.

Mais ce ne serait qu’en détruisant de nouveau la légimité que les disciples de Voltaire verraient couronner l’œuvre de leurs conceptions audacieuses. Or , la légitimité a repris son empire jusqu’à des temps qui sont bien loin de nous.... Mais les paroles du noble pair seraient— elles une prédiction ? « En vain , dit l’élo — » quent orateur , le testament de Louis XVI assure » la grâce aux coupables , un esprit de vertige » LES saisit , il déchirent eux-mêmes ce testament ,

» ILS NE VEULENT PLUS ETRE SAUVES » Oü

m’accusera moi-même de vouloir me donner pour un nouveau prophète ; mais qu’importe , pourvu que ce que je vais prédire dans ce moment arrive un jour.......

et ce jour n’est pas éloigné. Soyez en contemplation devant l’expérience du passé, devant l’étude du présent , et vous répété rez avec moi ces accens prophétiques La révolution s’agitera pour se faire écraser

La vertu aura souffert pour triompher dans ce monde

Les destinées de la France et quelques' destinées par — ticulières paraissent à mes yeux dans toute la clarté

de la lumière: Je pourrais dire toute la vérité Je

m’arrête ! Quand j’aurais le courage de parler , je n’en aurais pas la force Un point noir se forme sur l’ho-

rizon , l’orage grossit , il approche ; mais bientôt , il disparaît au souffle du vent contraire , qui ramène sur la terre les douceurs du printemps.

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