‹ Preface de Cromwell and HernaniChapitre 12 sur 72 · Scène III · texte numérisé non relu

Scène III

LES HEMES, DON BUY G0MEZ DE siLVA, barbe et cheveuz blancs; en noir. Valets avec des flambeaux.

DON BUY GOMEZ

Des hommes chez ma nièce à cette heure de nuit! Venez tous ! cela vaut la lumière et le bruit.

A dofla Sol.

Par saint Jean d'Avila°, je crois que, sur mon âme,

»o Nous sommes trois chez vous! C'est trop de deux, A ux deux jeunes gens. [madame 1

Mes jeunes cavaliers, que faites-vous céans? — .• rr-

Quand nous avions le Cid et Bernard°, ces géants ^f^''^ De TEspagne et du monde allaient par les Castilles Honorant les vieillards et protégeant les filles. [lourds

985 C'étaient des hommes forts et qui trouvaient riLoiûSS^,jj^n Leur fer et leur acier que vous votre velours. ^^

Ces hommes-là portaient respect aux barbes grises, .

Faisaient agenouiller leur amour aux églises,

Ne trahissaient personne, et donnaient pour raison

Qu'ils avaient à garder l'honneur de leur maison. «8o ,

S'ils voulaient une femme, ils la prenaient sans tache.

En plein jour, devant tous, et l'épée, ou la hache, \

Ou la lance à la main.— Et quant à ces félons

Qui, le soir, et lés yeux tournés vers leurs talons,

Ne fiant qu'à la nuit leurs manœuvres infâmes, sss \

Par derrière aux maris volent l'honneur des femmes, ,.

J 'affirme que le Cid, cet aïeul de nous tous.

Les eût tenus pour vils et fait mettre à genoux, * ,

Et qu'il eût, dégradant leur noblesse usurpée.

Souffleté leur blason du plat de son épée! 94o i

Voilà ce que feraient, j'y songe avec ennui,

Les hommes d'autrefois aux hommes d'aujourd'hui. |

— Qu'êtes-vous venus faire ici? C'est donc à dire

Que je ne suis qu'un vieux dont les jeunes vont rire?

On va rire de moi, soldat de Zamora^? 845 -

Et quand je passerai, tête blanche, on rira?

Ce n'est pas vous, du moins, qui rirez!

HERNANI. Duc . .

DON BUY GOMEZ. Silcuce!

Quoi I vous avez l'épée, et la dague, et la lance, La chasse, les festins, les meutes, les faucons, Les chansons à chanter le soir sous les balcons, sso

lies pliâmes ^Jk^^l^f^^jSzîl^ casaques de soie. Les bals, les OTHîtisSlrv^ jeunesse, la joie; Enfants, l'ennui vous gagne! A tout prix, au hasard, H vous faut un hochet. Vous prenez un vieillard. Ah! vous l'avez brisé, le hochet! mais Dieu fasse 855

Qu'il vous puisse en éclats rejaillir à la face°! Snivez-moi !

HEBNANi. Seigneur duc . . .

DON KUY GOMEZ. Suîvez-moil suivez-moH

Messieurs! avons-nous fait cela pour rire? Quoi!

Un trésor est chez moi. C'est l'honneur d'une fille, «0 D'une femme, l'honneur de tonte une famille, Cette fille, je l'aime, elle est ma nièce, et doit Bientôt changer sa bague à l'anneau" de mon doigt, Je la CToia chaste et pure, et sacrée à tout homme ; br il faut que je sorte une heure, et moi qu'on nomme «5 Ruy Oomez de Silva, je ne puis 1 'essay er°

Sans qu'un larron d'honneur se glisse à mon foyer I Arrière! lavez donc vos mains, hommes sans âmes. Car, rien qu'en y touchant", vous nous tachez nos femmes. Non. C 'est bien. Poursuivez. Ai-je autre chose encore?

Il arrache son collier.

870 Tenez, foulez aux pieds, foulez ma toison d'or^!

II jette son chapeau.

Arrachez mes cheveux, faites-en chose vile!

Et vous pourrez demain vous vanter par la ville Que jamais débauchés, dans leurs jeux insolents. N'ont sur plus noble front souillé cheveux plus blancs.

DOfÎA SOL.

875 Monseigneur . . .

DON BITY GOMEZ, à SCS VaUtS.

Ecuyers! écuyers! à mon aide!

Ma hache, mon poignard, ma dague de Tolède".

Aux deux jeunes gens.

Et suivez-moi tous deux!

DON OABLOS, faisant un pas.

Duc, ce n'est pas d'abord De cela qu'il s'agit. H s'agit de la mort De Maximilien, empereur d'Allemagne".

Il jette son manteau^ et découvre son visage caché par son chapeau.

DON BUY GOMEZ

«80 Eaillez-vons? . . . — Dieu! le roi!

doUa sol. Le roi !

HERNANI, dont les yeux s^allument.

Le roi d'Espagne!

DON CARLOS, gravement.

Oui, Carlos. — Seigneur duc, es-tu donc insensé? Mon aïeul l'empereur est mort. Je ne le sai Que de ce soir°. Je viens, tout en hâte, et moi-même. Dire la chose, à toi, féal sujet que j'aime, Te demander conseil, incognito, la nuit, 285

Et l'affaire est bien simple, et voilà bien du bruit! Don Ruy Gomez renvoie ses gens d^un signe. Il s^approche de don Carlos que dofla Sol examine avec crainte et surprise^ et sur lequel Hernani^ demeuré dans un coin^ fixe des yeux étincelants.

DON EUT GOMEZ

Mais pourquoi tarder tanf^ à m'ouvrir cette porte?

DON CABL08.

Belle raison ! tu viens avec toute une escorte !

Quand un secret d'état m'amène en ton palais,

Duc, est-ce pour l'aller dire à tous tes valets? aoo

DON BUY GOMEZ

Altesse, pardonnez ! l'apparence. ...

DON CARLOS. Bou père.

Je t'ai fait gouverneur du château de Figuère°, Mais qui dois-je à présent faire ton gouverneur?

DON RUY GOMEZ

Pardonnez. ...

DON CARLOS. Il suflSt. N'en parjons plus, seigneur. Donc l'empereur est mort.

DON RUY GOMEZ. L'aïeul de votre altesse ass

Est mort?

DON CARLOS. Duc, tu m'en vois pénétré de tristesse.

DON RUY GOMEZ

Qui lui succède?

DON CARLOS. Un duc de Saxe^ est sur les rangs. François premier"^, de France, est un des copcgi^nts.

concurrenl

DON RUT GOMEZ

OÙ vont se rassembler les électeurs d'empire?

DON CARLOS

800 Ils ont choisi, je crois, Aix-la-Chapelle, ou Spire°, Ou Francfort.

DON RUT GOMEZ

Notre roi, dont Dieu garde les jours, N'a-t-il pensé jamais à l'empire?

DON CARLOS. Totijours.

DON RUT GOMEZ

C'est à vous qu'il revient.

DON CARLOS. Je le sais.

DON RUT GOMEZ. , Votre père,

Fut archiduc d'Autriche, et l'empire, j'espère, 806 Aura ceci présent^ oue c'était votre aïêul, .«^.^

Celui qui vient defenOT^e la p<ÎOTp^©iKi linceul, ^z*'^^^''"*^

DON CARLOS

Et puis, on est bourgeois de 6and°.

DON RUY GOMEZ. Dans mon Jeune âge

Je le vis, votre aïeul. Hélas! seul je surnage ^*''*^*^"'^^ D'un siècle tout entier. Tout est mort à présent. 810 C'était un empereur magnifique et puissant.

DON CARLOS

Bome est pour moi?.

DON RUY GOMEZ. Vaillant, ferme, point tyrannique. Cette tête allait bien au vieux corps° germanique !

Il sHncUne sur les mains du roi et les baise. Que je vous plains ! Si jeune, en un tel deuil plongé 1

DON CARLOS

Le pape veut ravoir la Sicile°,que j'ai; 816 Un empereur ne peut posséder la Sicile, n me fait empereur; alors, en fils docile.

Je lui rends Naple°. Ayons l'aigle^, et puis nous verrons Si je lui laisserai rogner les ailerons°!

DON BUY GOMEZ

Qu'avec joie il verrait, ce vétéran du trône,

Votre front déjà large aller à sa couronne I aao

Ah ! seigneur, avec vous nous le pleurerons bien,

Cet empereur très grand, très bon et très chrétien I

DOK GABLOS.

Le saint-père est adroit. — Qu'est-ce que la Sicile?

C'est une île quLpend à mon royaume, une île.

Une pièce, un Êan^gft, qui, tout déchiqueté,^^ ^ 825

Tient à peine à l'Espagne et qui traîne à côté.. *i^

— Que ferez-vous, mon fils, de cette île bossue >u*— ^^^^'^

Au monde impérial au bout d'un fil cousue?

Votre. empire est nialfaiy vite, venez ici,

Des émSKiî! et cïJiîjponsf^Très saint-père, merci! sao

Car de ces pièces-là, si j'ai bonne fortune,

Je compte au saint-em^kfi^en recoudre plus d'une,

Et, si quelques lambea^m'en étaient arrachés,

Bapiécer mes états d'îles et de duchés I

DOK BUY GOMEZ.

Consolez-vous l il est un empire des justes 885

Oà l'on revoit les morts plus saints et plus augustes !

DON" OABLOS.

Ce roi François premier, c'est un ambitieux!

Le vieil empereur mort, vite il fait les doux yeux

A l'empire l A-t-il pas sa France très chrétienne?

Ah! la part est pourtant belle, et vaut qu'on s'y tienne! 84o

L'empereur mon aïeul disait au roi Louis":

— Si j'étais Dieu le Père, et si j'avais deux fils.

Je ferais l'aîné Dieu, le second roi de France. —

Au duc.

Crois-tu que François puisse avoir quelque espérance?

DON BUY GOMEZ

C'est un victorieux.

DON OABLOS. H faudrait tout changer. sis

La bulle d'or° défend d'élire un étranger.

DON RUT GOMEZ

A ce compte, seigneur, vous êtes roi d'Espagne !

DON CARLOS

Je suis bourgeois de Gand.

DON RUY GOMEZ. La dernière campagne

A fait monter bien haut le roi François premier.

DON CARLOS

860 L'aigle qui va peut-être éclore à m©n cimier° Peut aussi déployer ses ailes.

DON RUY GOMEZ. Votro altesse

Sait-elle le latin?

DON CARLOS. Mal.

DON RUY GOMEZ. Tant pis. La noblesse

D'Allemagne aime fort qu'on lui parle latin.

DON CARLOS

Ils se contenteront d'un espagnol hantain ;

855 Car il importe peu, croyez-en le roi Charle,

Quand la voix parle haut, quelle langue elle parle. — Je vais en Flandre^ Il faut que ton roi, cher Silva, Te revienne empereur. Le roi de France va Tout remuer. Je veux le gagner de vitesse^.

8Ç0 Je partirai sous peu.

DON RUY GOMEZ. Vous uous quittez, dtesse, Sans purger l'Aragon de ces nouveaux bandits Qui partout dans nos monts lèvent leurs fronts hardis:

DON C-^RLOS.

J'ordonne au duc d'Areo8° d'exterminer la bande.

DON RUY GOMEZ

Donnez-vous aussi l'ordre au chef qui la commande 865 De se laisser faire?

DON CARLOS. Eh I quel est ce chef? son nom?

DON RUY GOMEZ

Je l'ignore. On le dit un rude compagnon.

DOK CAEL08.

Bah ! je sais que pour l'henre il se cache en Galîcef^, Et j'en aurai raison avec quelque milice.

DON BUY GOMEZ

De faux avis alors le disaient près d'ici.

DON CAELOS.

Faux avis I — Cette nuit tu me loges.

DOisr RUT GOMEZ, sHncKnaut jusqu^à terre.

Merci, sro

Altesse ! Tl appelle ses valets.

Faites tous honneur au roi mon hôte.

Les valets rentrent avec des flambeaux. Le duc les range sur deux haies jusqu^à la porte du fond. Cependant dofla Sol s approche lentement d'aller' nani. Le roi les épie tous deux.

D05f A SOL, has à Hernani.

Demain, sous ma fenêtre, à minuit, et sans faute. Vous frapperez des mains trois fois.

HEBNANi, has. Demain.

DON CARLOS, à part. Demain !

Haut à dofta Sol vers laquelle il fait un pas avec galanterie.

Souffrez que pour rentrer je vous offre la main.

Il la reconduit à la porte. Elle sort.

HERNANI, la main dans sa poitrine sur la poignée de sa dague.

Mon bon poignard I

DON CARLOS, revenant^ apart.

Notre homme a la mine attrapée^, srs Il prend à part Hernani.

Je vous ai fait l'honneur de toucher votre épée. Monsieur. Vous me seriez suspect pour cent raisons. Mais le roi don Carlos répugne aux trahisons. Allez. Je daigne encor protéger votre fuite.

DON BUY GOMEZ, revenant et montrant Hernani.

wo Qu'est ce seigneur?

DON CARLOS. H part. C'est quelqu'un de ma suite. lu sortent avec les valets et les flambeaux, le duc pré* cédant le roi, une cire à la main.

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