DD^STA *S0L
JosefaI
DO^A JGSEFA,
Madame?
Do:SfA SOL. Ahl je crains quelque malheur.
Sernani devait être ici.
BrvM de pas à lu petite porte.
Voici qu'il monte. 86
Onyr© avant ^û'il ne frappe"^, êk fais vite, et sois prompte^
Josefa ouvre la petite porte. Entre Hernani. Grand
manteaUy grand chapeau. Dessous, ^^^f?ffW)i&^
montagnard d^Aragon, gris, avecjune^^^^edê
cuir, une épée,un poignard, et unxmSAateihture.
DoS^A SOL, courant à lui.
Hernani !
HEENANI.
Dofla Sol ! Ah I c'est vous que je vois Enfin î et cette voix qui parle est votre voix ! Pourquoi le sort mit-il mes jours si loin des vôtres? 40 J'ai tant besoin de vous pour oublier les autres ! DO^A SOL, touchant ses^^ements.
Jésus! votre manteau fuîAefleTil pleut donc bien?
Je ne sais.
DOf!^ A SOL. Vous dcvcz avoir froid !
HEBNANi. Ce n'est rien*
DOfjA SOL.
Otez donc ce manteau.
HERNANI. Dofla Sol, mon amie°.
Dites-moi, quand la nuit vous êtes endormie, 45 Calme, innocente et pure, et qu'un scgageil joyeux Entr 'ouvre votre bouche et du doigtTlAt^ vos yeux, Un ange vous dit-il combien vous êtes douce Au malheureux que tout abandonne et repousse?
DO^A sol; Vous avez bien tardé, seigneur ! Mais dites-moi Bo Si vous avez froid.
HERNANI. Moi ! je brjilg près de toi!
Ah! quand l'amour jaloux b(millonne dans nos têtes, Quand notre cœufwgoSfle et s'emplit de tempêtes, Qu'importe ce que peut un nuage des airs° Nous jeter en passant de tempête et d'éclairs!
DOff A SOL, lui défaisant son manteau.
Allons I donnez la cape, — et Tépée avec elle. 65
HEBNANi, la main sur son épée.
Non. G'esfc une autre amie, innocente et âdèle. — Dofla Sol, le vieux duc, votre futur époux. Votre oncle, est donc absent?
DO^A SOL. Oui, cette heure est à nous.
HEBBTANi. [heure!
Cette heure I et voilà tout. Pour nous, plus rien qu'une Après, qu'importe? il faut qu'on oublie ou qu'on meure, eo Ange! une heure avec vous! une heure, en vérité, A qui voudrait la vie, et puis l'éternité !
DO^A SOL
Hernani !
HERNANI, amèrement,
ûueje suis heureux que le duc sorte!
Comme un"wrîÇi qui tremble et qui force une porte, Vite, j'entre, et vous vois, et dérobe au vieillard 65
Une heure de voe chants et de votre regard; Et je suis bien heureux, et sans doute on m'envie De lui voler une heure, et lui me prend ma vie°!
doîTa sol.
Calmez- vous.
Remettant le manteau à la duègne, Josefa, fais sécher le manteau. Josefa sort Mie s^ assied et fait signe à Hernani de venir près d^elle.
Venez là.
HEENANi, sans V entendre.
Donc le duc est absent du château? 70
DO^A SOL, souriant.
Comme vous êtes grandi HERKANi. n est absent.
DOS^A soL. Chère âme,
2fe pensons plus au duc.
HEBNANi. Ah! pensoDs-y, madame!
Ce vieillard! il vous aime, il va voas épouser! . Quoi dono! vous prifc-il pas l'autre jour un baiser? 76 N'y plus penser !
DO^A SOL, riant C'est là ce qui vous désespère? Un baiser d'oncle! au front! presque un baiser de pèfe!
HÈENANI.
Non, un baiser d'amant, de mari, de jaloux.
Ah! vous serez à lui, madame! Y pensez-vous?
l'insensé vieillard, qui, la tête inclinée,
80 Pour achever sa route et finir sa journée, A besoin d'une femme, et va, spectre glacé.
Prendre une jeune fille! ô vieillard inse^nsé! Pendant que d'une main il s'attache à la vôtre, Ne voit-il pas la mort qui l'épouse de l'autre?
86 n vient dans nos amours se ieter^s^is frayeur !
Vieillard! va- t'en donner m&BîVw fossoyeur ! S-^/^ — Qui fait ce mariage? On vous force, j'espère!
DOÎÎA SOL.
Le roi, dît-on, le veut.
HEKNANi. ^ju^ ^® ^^^ • ^® ^^^ ^ ^^^ père°
Est mort sur VSSfltétSa, condamné par le sien.
90 Or, quoiqu'on ait vieilli depuis ce fait ancie'b.
Pour l'ombre du feu roi, pour son fils, pour sa veuve, Pour tous les siens, ma haine est encor toute neuve! Lui, m^t . ne compte plus. Et, tout enfant, je fis Le seftSSnt de venger mon père sur son fils.
05 Je te cherchais partout, Carlos, roi des Castilles ! Car la haine est vivace entre nop deux familles. Les pères ont lutté sans pitié, sans remords, Trente ans ! Or, c'est en vain que les pères sont morts ! Leur haine vit. Pour eux la paix n'est point venue,
100 Car les fils sont debout, et le duel continue.
Ah! c'est donc toi qui veux cet exécrable hymen! Tant mieux. - Je te cherchais, tu viens dans mon chemin !
DOÎÎA SOL.
/Vous m'effrayez, v^ HERNANi. Chargé d^n^^ndat d'aîiathème,
•' Il faut que j'en arrive à m'effîa^CTmoi-même!
Écoutez. L'homme auquel, ^une, on vous destina, 105 Ruy de Silva, votre oncle, eat duc de Pastrafla, Riche-homme d'Aragon°, comte et grand de Castillo. A défaut de jeunesse, il peut, ô jeune fille, Vous apporter tant d'or, de bijoux, de joyaux, Que votre front reluise entre des fronts royaux, uo
Et poiorle rang, l'orgueil, la gloire et la richesse, ^^'^^-^'^lîâî ^è^eîne peut-être envîra° sa duchesse.
Voilà donc ce qu'il est. M&i, je suis pauvre, et n'eus, Tout enfant, que les bois où ie/gvgjjjpiods nus. Peut-être aryjais- je aussi quelquo^ràSaeS^ ^ tr e ^ ». ii5 Qu'uncfbttîue de sang à cette heure déluslff IK *^ Peut-êtreal-je des droits, dans l'ombre ensevelis. Qu'un oKpM'échafgid noir cache enoor sous ses plis, Et qui, si mon âttftwun jour n'est pas trompée. Pourront de ce fourreau sortir avec l'épée. . i«>
En attendant, je n'ai reçu du ciel jaloux Que l'air, le jour et l'eau^ la dot° qu'il donne à tous. Ou du duc ou de moi, souffrez qu'on vous délivre. Il faut choisir des deux°, l'épouser, ou me suivre.
doSTa sol.
Je vous suivrai.
HERNANi. ^ga rm mes rudes compagnons? 125
Proscrits dont le oo^eau sait d'avance les nomsji -|# Gens dont jamais le fer ni le cœur ne s'émousse,^*^^ Ayant tous quelque sang à venger qui les pousse? Vous viendrez commander ma bande, comme on dit? ' Car, vous ne savez pas, moi, je suis un bandit I I80
Quand tout me poursuivait dans toutes les Espagne8°, Seule, dans ses forêts, dans ses hautes montagnes, Dans ses rocs où l'on n'est que de l'aigle aperçu, La vieille Catalogne° en mère m'a reçu.
185 PargiLfijes montagnards, libres, pauvres, et graves. Je grianois, et demain trois mille de ses braves, Si ma voix dans leurs mont&fait résonner ce cor, Viendront. . . . Vous friâfeoflïfez. Kéfléchissez encor. Me suivre dans les bois, dans les monts, sur les grèves,
140 Chez des hommes pareils aux démons de vos rêves, Soupçonner tout, les yeux, les voix, les pas, le bruit, Dormir sur l'herbe, boire au torrent, et la nuit, , Entendre, en allaitant quelque enfant qui s'éveille, Les balles des mousquets siffler à votre oreille.
i« Être errante avec moi, proscrite, et, s'il le faut, Me suivre où je suivrai mon père, — à l'échafaud.
DOlÎA SOL.
Je vous suivrai.
HEBNANi. Le duc est riche, grand, prospère.
Le duc n'a pas de tache au vieux nom de son père. Le duc peut tout. Le duc vous offre avec sa main
160 Trésors, titres, bonheur ...
DOli^A SOL. Nous partirons demain.
Hernani, n'allez pas sur mon audace étrange Me blâmer. Êtes-vous mon démon ou mon ange?
Je ne sais, inais je suis votre esclave. Ecoutez. Allez où vous voudrez, j'irai. Bestez, partez,
156 Je suis à vous. Pourquoi fais-je ainsi? je l'ignore. J'ai besoin de vous voir et de vous voir encore Et de vous voir toujours. Quand le bruit de vos pas S'efface, alors je crois que mon cœur ne bat pas. Vous me manquez, je suis absente de moi-même;
160 Mais dès qu'enfin ce pas qne j'attends et que j'aime Vient frapper mon oreille, alors il me souvient Que je vis, et je sens mon âme qui revient!
HEENANi, la serrant dans ses bras.
Ange!
DO^A SOL
A minuit. Demain. Amenez votre escorte Sous ma fenêtre. Allez, je serai brave et forte.
Vous flrapperezJxûi£LCûapB.
HERNANi. Savez-vous qui je suis, les
Maintenant?
Dol!^A SOL. Monseignenr, qu'importe? je vous suis.
HEBNANI.
Non, puisque vous voulez me suivre, faible femme,
Il faut que vous sachiez quel nom, quel rang, quelle âme.
Quel d^tiç^^gijc^hédans Igjiâtre Hernani.
Voufi^^^ouliez a'An Drî|an3^, voulez-vous d'un banni? ito
DOK GABLOS, ouvrant avec fracas la porte de V armoire. Quand aurez-vous fini de conter votre histoire? Croyez-vous donc (ju'on soit à Taise en cette armoire?
Hernani recule étonné. Dofla Sol pousse un cri et se réfugie dans ses bras y en fixant sur don Carlos des yeux effarés,
HERîîANi, la main sur la garde de son épée.
Quel est cet homme?
DOS^A SOL. G ciel! Au secours!
HERNANI. ,.vK^^""''<C? Taisez-vous,
Doua Sol! vous donnez l'éveilaux yeux jaloux°. Quand igjHÎspr^s de vous, veuillez, quoi qu'il advienne, 175
Ne*febIaSerJamais d'autre aide que la mienne.
A don Carlos.
Que faisiez- vous là?
DON CAKLos. Moi? mais, à ce qu'il paraît,
Je ne chevauchais pas à travers la forêt.
HEENANI. ri..yjU^^ 4^ u^^^-tAi . ou^>^=^
Qui raille après raflfront° s'expose à faire rire Aussi son héritier.
DON CARLOS. Chacuu son tour°! — Messire"^, jg^
Parlons franc. Vous aimez madame et ses yeux noirs. Vous y venez mirer les vôtres tous les soirs. C'est fort bien. J'aime aussi madame, et veux connaître Qui j'ai vu tant de fois entrer par la fenêtre. Tandis que je restais à la porte.
186 HEENANi. En honneuF,
Je vous ferai sortir par où j'entre, seigneur.
DON CABLOS.
Nous verrons. J'offre donc mon amour à madame. Partageons. Voulez-vous? J'ai vu dans sa belle âme Tant d'amour, de bonté, de tendres sentiments,
190 Que madame à coup sûr en a pour deux amants. Or°, ce soir, voulant mettre à fin mon entreprise. Pris, je pense, pour vous, j'entre ici par surprise. Je me cache, j'écoute, à ne vous celer rien; Mais J^^n^d^sJbr^^al et£é^ffais très bien.
196 Et pu iSfje cËiâomiH^ ma TOtea la française°.. Ma foi, je sors! Jjj%Mt y^^y^
HEBNANi. Ma dagu^ aussi n'est pas à l'aise
Et veut sortir.
DON CAEL08, le soluant.
Monsieur, c'est comme il vous plaira.
' HERNANI, tirant S07i épée.
En garde ! Don Carlos tire son épée.
DoSf A SOL, se jetant entre eux,
Hernanil ciel!
DON CARLOS. Calmez-vous, seflora.
HERNANI, à don Carlos.
Dites-moi votre nom.
DON CARLOS. Hé! ditos-moi le vôtre!
200 Je le garde, secret et fatal, pour un autre
Qui doit un jour sentir, sous mon genou vainqueur. Mon nom à son breille,- et ma dague à son cœur !
DON CARLOS
Alors, quel est le nom de l'autre?
HERNANI. Que t'importe?
En garde! défends-tpi!
Ils croisent leurs épées, DoUa Sol tombe tremblante sur un fauteuil. On entend des coups à laporte^
DOlîA SOL, se levant avec effroi.
Ciel! on frappe à la porte!
Les champions s^ arrêtent, JEntre Josefa par la petite
porte et tout effarée.
HEBNAKi, à Josefa. ' Qui frappe ainsi? Do^A JOSEFA, à dofla Sol.
Madame! un coup inattendu! 205
C'est le duc qui revient!
DO^A SOL, joignant les mains.
Leduc! tout est perdu!
Malheureuse !
Do:fil^A JOSEFA, jetant les yeux autour d^elle.
Jésus! l'inconnu! des épées! . ^^^,,^^/^
On se battait. Voilà de belles équipées^! ^^^ T"^ Les deux combattants remettent leurs épées dans le fourreau^oDoji^XJarlos s^enveloppe dans son manteau et moaCson chapeau sur ses yeux. On frappe.
Que faire? On frappe.
UNE VOIX, au dehors.
Dofia Sol, ouvrez-moi!
Dofla Josefa fait un pas vers la porte, Hernani
Varrête.
HERNANI. N'ouvrez pas.
DoSfA JOSEFA, tirant son chapelet.
Saint Jacques" monseigneur ! t&ez-nous de ce pas ! 210
(f^L4j*/^ On frappe de nouveau.
HERNANI, montrant Varmoire à don Carlos.
Cachons-nous.
DON OARLOS. Dans Tarmoire? * HERNANI, montrant là porte. .
Entrez-y. Je m'en charge.
Nous y tiendrons tous deux.
POKCABLOS. Grand merci, c'est trop large.
HEBKAKI, montrant la petite porte.
Fuyons par là.
DON CASLOS. Bonsoir. Pour moi, je reste ici.
HERNANI. ^jUoJl
Ah! tête et sang! monsieur, vous me paârez ceci! A dofla Sol \^
815 Si je barricadais rentrée?
BOisf GABLOS, à Josefa. Ouvrez la porte.
HEBNANI.
Que dit-il?
DOK OAtiLOS, à Josefa interdite.
Ouvrez donc, vous dis-je!
On frappe toujours. Dofla Josefa va ouvrir en
tremblant.
DOf^A SOL. Je suis morte!