‹ Preface de Cromwell and HernaniChapitre 26 sur 72 · Scène VI · texte numérisé non relu

Scène VI

DON RUY GOMEZ, DOS^A SOL, VOilécj DON GABLOS; SUitC.

Don Carlos s'avance à pas lents, la main gauche sur le pommeau de son épée, la droite dans sa poitrine, et fixe sur le vieux duc un œil de défiance et de colère. Le duc va au-devant du roi ^XJS^^M^^-^^^^^' ment. — Silence. — Attente et terreur^atèntSïtK^ Enfin^ le roiy arrivé en face du duc, lève brusquement la tête.

DON CARLOS. D'où vient donc aujourd'hm,^^

Mon cousin, que ta porte est si bien verrouillée?. ^Z^^ 110 Par les saints I je croyais ta dague plus rouillée î/*"***^ Et je ne savais pas qu'elle eût ^^Çj^xSS. P^^^^' Quand nous te venons voir, de i|mïireià"ton poing! Don Ruy Oomez veut parler^ le roi poursuit avec un geste impérieux.

C'est s'y prendre un peu tard pour faire le jeune homme°! Avons-nous des turbans? serait-ce qu'on me nomme 1115 Boabdil ou Mahom°, et non Carlos, répond !

Pour nous baisser la herse et nous lever le pont°? , .

' DON EUT OOMEZ, sHncUnatit.

Seigneur. ...

DON Carlos, à ses gentilshommes.

Prenez les clefs! saisissez-vous des portes!

Deux officiers sortent. Plusieurs autres rangent les soldats en triple haie dans la salle^ du roi à la grande porte. Don Carlos se retourne vers' le duc.

Ah ! vous réveillez donc les rébellions mortes?

Pardieu ! si vous prenez de ces airs avec moi°,

Messieurs les ducs^ le roi prendra des airs de roi, uao

Et jMrai par les monte, denies mains aguerries.

Dans leurs nidsifrCttcreSTTOr les seigneuries°!

DON EUT GOMEZ, se redressant.

Altesse, les Silvasont loyaux. ... ., \

DON CAELOS, V interrompant.

Sans détours Réponds, duc, ou je fais raser tes onze tours !**g ^ • De l'incendie éteint il reste une étincelle,.^'*^^^^ lias

Des bandite morts il reste un chef. — Qui le recèle? C'est toi! Ce Hernani, rebelle empoisonneur.

Ici, dans ton château, tu le caches!

DON EUT GOMEZ. Seîgueur,

C'est vrai.

DON CAELOS.

Fort bien. Je Veux sa tête, — ou bien la tienne. Entends-tu, mon cousin?

DON EUT GOMEZ, sHncUnant.

Mais qu'à cela ne tienne'^! uao

Vous serez satisfait. »

Doila Sol cache sa tête dans ses mains et tombe sur le fauteuil

DON CAELOS, radouci.

Ah! tu t'amendes. — Va

Chercher mon prisonnier.

Le duc croise les Iras^ laisse la tête et reste quelques moments rêveur. Le roi et dofla Sol Vobservent en silence et agités d'* émotions contraires. Enfin le duc relève son fronts va au roi^ lui prend la maiii, et le mène à pas lents devant le plus ancien des portraits^ celui qui commence la galerie à droite.

DON EUT OOMEZ, montrant au roi le vieux portrait.

Celui-ci des Silva C'est l'aîné, c'est l'aïeul, l'ancêtre, le grand homme! Don Silvius, qui fut trois fois consul de Rome.

Passant au portrait suivant.

1186 Voici don Galceran de Silva, l'autre Cid! On lai gardeP à Toro, près de Valladolid, Une châsse dorée où brûlent mille cierges°.

Il afi&anchit Léon du tribut des cent vierges".

Passant à un autre.

— Don Bias, — qui, de lui-même et dans sa bonne foi, tï40 S'exila pour avoir mal conseillé le roi. A un autre.

— Christoval.-^Au combat d'Escalona, don Sanche°, Le roi, fuyait à pied, et sur sa plume blanche Tous les coups s'acharnaient, il cria: Christoval! Christoval prit la plume et donna son cheval.

A un autre.

1146 — Don Jorge, qui paya la rançon de Ramire^, Roi d'Aragon.

DON CABLOS, croisant les bras et le regardant de la tête aux pieds.

Pardieul don Ruy, je vous admire 1 Continuez!

DON RUY GOMEZ, passant à un autre.

Voici Ruy Gomez-'Se Silva, Grand maître de Saint- Jacque et de Calatrava°. Son ar mure ^pMite irait mal à nos tailles.

1160 n prit trois cents drapeaux, gagna trente batailles, Conquit au roi Motril, Antequera, Suez°,

Nijar, et mourut pauvre. — Altesse, saluez.

Il sHncline^ se découvre^ et passe à un autre. Le roi

Vécoute avec une impatience et tme colère toujours

croissantes.

Près de lui, Gil son fils, cher aux âmes loyales. • Sa main pour un serment valait les mains royales.

A un autre.

— Don Gaspard, de Mendoce et de Silva l'honneur ! nss

Toute noble maison tient à Silva, seigneur.

SandovaP tour à tour nous craint ou nous épouse. Manrique nous envie et Lara nous jalouse.

Alencastre nous hait. Nous touchons à la fois Du pied à tous les ducs, du front à tous les rois ! iieo

DON CABLOS.

Vous raillez-vous?

DON BUY GOMEZ, allant à d* autres portraits.

Voilà don Vasquez, dit le Sage, Don Jayme, dit le Fort. Un jour, sur son passage, Il arrêta Zamet° et cent maures tout'seuL, — J'en passe, et des meilleurs. —

Sur un geste de colère du roiy il passe un grand nombre de tableaux^ et vient tout de suite aux trois derniers portraits à gauche du spectateur.

Voici mon noble aïeul.

H vécut soixante ans, gardant la foi jurée, ii^s

Même aux juife°.

A r avant-dernier.

Ce vieillard, cette tête sacrée, C'est mon pèrô. H fut grand, quoiqu'il vînt le dernier. Les maures de Grenade avaient fait prisonnier Le comte Alvai* Giron, son ami. Mais mon père Prit pour l'aller chercher six cents hommes de guerre; uto Il fit tailler en pierre un comte Alvar Giron Qu'à sa suite il traîna, jurant par son patron De ne point reculer, que le comte de pierre Ne tournât front lui-même et n'allât en arrière.

1175 n combattit, puis vint an comte, et le sauva.

DON CARLOS

Mon prisonnier I

DON BUT GOMEZ. C'était un Gomez de Siiva.

Voilà donc ce qu'on dit quand dans cette demeure On voit tous ces héros. ...

DON GABLOS. Mou prisonnier sur l'heure!

DON BUY GOMEZ

Il sHncline profondément devant le roi^ lui prend la main et le mène devant le dernier portrait ^ celui qui sert de porte à la cachette oit il a fait entrer Hernani. Doua Sol le suit des yeux avec anxiété, — Attente et silence dans V assistance.

Ce portrait, c'est le mien. — Roi don Carlos, merci! 1180 Car vous voulez qu'on dise en le voyant ici: •'Ce dernier, digne fils d'une race si haute,^ Fut un traître et vendit la tête de son hôte!?'

Joie de dofla Sol. Mouvement de stupeur dans les assistants. Le roi, déconcerté, s^éloigne avec colère, puis reste quelques instants silencieux, les lèvres tremblantes et V œil enflammé,

DON CABLOS.

Duc, ton château me gène et je le mettrai bas !

Car vous Ineiarpalribâ', alteé^, n*est-ce pas^ ^^ '

DON CABLOS.

1185 Duc, j'en f^mirggffl: ^^^J^BS^P^^ ^^^^ d'audace. Et je ferai semi^oîl chanvre^ur la place.

DON BUY GOMEZ

Mieux voir croître du chanvre où ma tour s'éleva Qu'une tache ronger le vieux nom de Silva.

Aux portraits.

N'est-il pas vrai, vous tous?

DON CABLOS. Duc, ccttc tête est nôtre°,

1190 Et tu m'avais promis. . . .

170 vicrroB hugo

DON BUT ooiiEZ. J'ai promis l'uhe on Pautre.

Aux portraits.

N'eet-il pas vrai, vous tou^?

Montrant sa tête.

Je donné celle-ci.

Au roi.

Prenez-la.

DON CARLOS

Duc, fort bien. Mais j'y perds, grand merci!

La tête qu'il me faut est jeune, il faut que morte° On la J^enJ^eaux cheveux. La tienne I que m'importe? Le bfetîîîSula^ prendrait par les cheveux en vain. lia

Tu n'en as pas assez pour lui remplir la main!

DON RUY GOMEZ

Altesse, pas d'affront! ma tête encore est belle, Et vaut bien, que je crois, la tête d'un rebelle. La tête d'un Silva, vous êtes dégoûté !

DON CARLOS

Page 1