‹ Preface de Cromwell and HernaniChapitre 45 sur 72 · Scène VI Les MêmeSj do^a sol · texte numérisé non relu

Scène VI Les MêmeSj do^a sol

DO^k SOL.

Je n'ai pu le trouver, ce coffret.

HERNANI, à part. Dieu ! c'est elle !

Dans quel moment !

DOf^A 80L. Qu'a-t-il? je l'effraie, il chancelle

A ma voix! — Que tiens-tu dans ta maiii! quel soupçon! Que tiens-tu dans ta niain? réponds.

Le domino s^est approché et se démasque. File pousse un criy et reconnaît don Ruy.

C'est du poison!

8065 Grand Dieu!

DOfî^A SOL, à Hernani,

Que t'ai- je fait? quel horrible mystère!

Vous me trompiez, don Juan !

HERNANI. Ah! j'ai dû te le taire.

J'ai promis de mourir au duc qui me sauva.

Aragon doit payer cette dette à Silya.

DOfÎA SOL.

Vous n'êtes pas à lui, mais à moi. Que m'importe 2080 Tous vos autres serments?

A don Ruy Oomez, Duc, l'amour me rend forte.

Contre vous, contre tous, duc, je le défendrai.

DON RUY OOMEZ, immobile.

Défends-le, si tu peux, contre un serment juré.

DO^A SOL

Quel serment?

HERNAKI. J'ai juré.

DOfîA SOL. Non, non, rien ne te lie!

Gela ne se pent pas ! Crime ! attentat 1 folie !

DOK EUT GOMEZ.

> lions, duc!

Hernanifait un geste pour obéir. Dofla Sol cherche à Ventrainer.

HEBKANI.

Laissez-moi, dofla Sol. H le faut. aoes

Le duc a ma parole, et mon père est là-haut!

DOî^A SOL, à don Ruy Gomez.

Il vaudrait mieux pour vous aller aux tigres même Arracher lenrs petits qu'à moi celui que j'aime! Savez-Yous ce que c'est que doQa Sol? Longtemps, Par pitié pour votre âge et pour vos soixante ans, soto

J'ai fait la fille douce, innocente et timide. Mais voyez-vous cet œil de pleurs de rage humide?

File tire un poignard de son sein.

Voyez-vous ce poignard? — Ah ! vieillard insensé, ' Craignez-vous pas le fer quand l'œil a menacé? Prenez garde, don Euy ! — Je suis de la famille, 2075

Mon oncle! Écoutez-moi ! Fusse- je votre fille, Malheur si vous portez la main sur mon époux !

Mie jette le poignard, et tombe à genoux devant le duc. Ah ! je tombe à vos pieds ! Ayez pitié de nous ! Grâce! Hélas! monseigneur, je ne suis qu'une femme, Je suis faible, ma force avorte dans mon âme, 2oeo

Je me brise aisément. Je tombe à vos genoux ! Ah ! je vous en supplie, ayez pitié de nous !

DON RUT GOMEZ

Dofla Sol !

Do:Sl^A SOL. Pardonnez! Nous autres espagnoles, Notre douleur s'emporte à de vives paroles.

i9065 Vous le savez. Hélas! tous n'étiez pas méchant! Pitié ! Yons me tuez, mon oncle, en le touchant ! Pitié! jeTaimetant!

DON RUT QOMEZ, sombre.

Vous l'aimez trop !

HERNANi. . Tu pleures!

DOf^A SOL.

Non, non, je ne veux pas, mon amour, que tu meures ! Non ! je ne le yeux pas.

A don Ruy.

Faites grâce aujourd'hui !

soQo Je vous aimerai bien aussi, vous.

DON BUY GOMEZ. • Après lui!

De ces restes d'amour, d'amitié, — mpins encore. Croyez-vous apaiser la soif qui me dévore?

Montrant Hernani, Il est seul ! il est tout ! Mais moi, belle pitié ! Qu'est-ce que je peux faire avec votre amitié? 9096 rage! il aurait, lui, le cœur, l'amour, le trône, Et d'un reg:ard de vous il me ferait l'aumône! Et s'il fallait un mot à mes vœux insensés, C'est lui qui vous dirait: — Dis cela, c'est assez! — En maudissant tout bas le mendiant avide 2100 Auquel il faut jeter le fond du verre vide! Honte! dérision! Non. Il faut en finir.

Bois!

Il a ma parole, et je dois la tenir.

DON RUY QOMBZ.

Allons !

Hernani approche la fiole de ses lèvres. Doua Sol se jette sur son bras,

DOfJA SOL.

Oh! pas encor! Daignez tous deux m'entendre.

DON RUY GOMEZ

Le sépulcre est ouvert, et je ne puis attendre.

222 VICrrOR HUGO

DO^A SOL. [tons denx.

Un instant! — Mon seignenr! Mon don Juan! — Ah! «lo» Vous êtes bien cruels! Qu'est-ce que je veux d'eux? Un instant! voilà tout, tout ce que je réclame! — Enfin, on laisse dire à cette pauvre femme Ce qu'elle a dans le cœur ! . . . — Oh ! laissez-moi parler !

DON RtJY GOMEZ, à Hernatii.

J'ai hâte.

DOlÏA SOL.

Messeigneurs, vous me faites trembler! s"o

Que vous ai-je donc fait?

HEENANi. Ah! son cri me déchire.

DOlîA SOL, lui retenant toujours le bras.

Vous voyez bien que j'ai mille choses à dire!

DON RUT GOMEZ, à Hernani.

n faut mourir.

DoS^A 80L, toujours pehdue au bras d^Hernanù "Don Juan, lorsque j'aurai parlé, Tout ce que tu voudras, tu le feras.

Mie lui arrache la fiole.

Je l'ai!

Mie élève la fiole aux yeux d*Hernani et du vieillard étonné.

DON BUY GOMBZ.

Puisque je n'ai céans affaire qu'à deux femmes, sus

Don Juan, il faut qu'ailleurs j'fdlle chercher des âmes. Tu fais de beaux serments par le sang dont tu sors, Et je vais à ton père en parler chez les morts ! i

— Adieu. ... '

Il fait quelques pas pour sortir. Hernani le retient. 1

HEBNANI. Duc, arrêtez!

A dofla Soi.

Hélas ! je t'en conjure.

Veux-tu me voir faussaire, et félon, et parjure-? 21»

Veux-tu que partout j'aille avec la trahison

BËRNANI 22Î

Ecrite snr le front? Par pitié, ce poison.

Bends-le-moi ! Par l'amour, par notre âme immor-

j)0^ A BOL, sombre. [telle! . . .

Tu veux?

Elle loit.

Tiens, maintenant!

DON BUY GOMEZ, à part. Ah ! c'était donc pour elle? Do:SfA 80L, rendant à Hernani la fiole à demi vidée, «25 Prends, te dis- je!

HERNANI, à don Buy.

Vois-tu, misérable vieillard?

DOS^A 80L

Ne te plains pas de moi, je t'ai gardé ta part* ^ 'BlEKSA.isi^ prenant la fiole.

Dieu!

DOfÎA SOL.

Tu ne m'aurais pas ainsi laissé la mienne, Toi! Tu n'as pas le cœur d'une épouse chrétienne. Tu ne sais pas aimer comme aime une Silva.

«180 Mais j'ai bu la première et suis tranquille. — ^Va! Bois si tu veux !

HEBNANi. Hélas! qu 'as-tu fait,. malheureuse?'

DOÎfA SOL.

C'est toi qui l'as voulu.

HERNANI. C'est une mort affreuse!

D0:S^A SOL

Non. Pourquoi donc?

HERNANI. Ce philtre au sépulcre conduit..

D0:Sf A SOL.

Devions-nous pas dormir ensemble cette nuit?

S185 Qu'importe dans quel lit?

HERNANI. Mon père, tu te venges

Sur moi qui t'oubli^°l II porte la fiole à sa bouche..

DO^A SOL, se jetant sur lui.

Ciel I des douleurs étranges I . . .

Ah ! jette loin de toi ce philtre I — Ma raison S'égare. Arrête! Hélas! mon don Juan, ce poison Est vivant ! ce poison dans le cœur fait éclore Une hydre à mille dents qui ronge et qui dévore! 8i40

Oh! je ne savais pas qu'on souffrît à ce point! Qu'est-ce donc que cela? c'est du feu! Ne bois point! Oh ! tu souffrirais trop !

HEBNANI, à don Ruy. Ah ! ton âme est cruelle ! Pouvais-tu pas choisir d'autre poison pour elle?

Il boit et jette lajiole:

DOfÎA SOL.

Que fais-tu?

HERNAKI. Qu'afi-tu fait?

DOîîA SOL. Viens, ô mon jeune amant, 2i«

Dans mes bras. ^

Us s^asseyent Vun près de Vautre.

N'est-ce pas qu'on souffre horriblement?

Non.

DOiÎA SOL.

Voilà notre nuit de noce commencée!

Je suis bien pâle, dis, pour une fianôée?

Ah!

DON RUY QOMEZ.

La fatalité s'accomplit.

HERNANi. Désespoir !

tourment ! dofla Sol souffrir, et moi le voir ! «ibo

DOfJA SOL.

Calme-toi. Je suis mieux. — Vers des clartés nouvelles Nous allons tout à l'heure ensemble ouvrir nos ailes. Partons d'un vol égal vers un monde meilleur°. Un baiser seulement, un baiser ! Us s^ embrassent.

EERNANI 225

DON Rinr GOMEZ. douleur I

HEBNANi, d'une voix affaiblie.

2155 Oh ! béni soit le ciel qui m'a fait une vie D'abîmes entourée et de spectres suivie, Mais qui permet que, las d'un si rude chemin, Je puisse m'endormir ma bouche sur ta main!

DON EUT GOMEZ^

Qu'ils sont heureux!

HERNANi, d'une voix de plus en plus faible.

Viens, viens . . . dofla Sol . . . tout est sombre . . . . 21W* Souffres-tu?

DOîfA SOL, dhme voix également éteinte.

Rien, plus rien.

HERNANi. Vois-tu dcs fcux dans l'ombre?

DOÎ^A SOL.

Pas encor.

HERNANi, avec un soupir.

Voici. . . . Il' tombe.

DON RUY GOMBZ, souUvant sa têtey gui retombe.

Mort!

Do:S^A SOL, écheveléey et se dressant à demi sur son séant.

Mort! non pas! nous dormons.

H dort. C'est mon époux, vois-tu. Nous nous aimons. !N^ous sommes couchés là. C'est notre nuit de noce.

D'une voix qui s'éteint.

Ne le réveillez pas, seigneur duc de Mendoce. «i«l II est las. Mie retourne la figure d'Hernani,

Mon amour, tiens-toi vers moi tourné.

Plus près . . . plus près encor. . . . Elle retombe.

DON RUY GOMEZ. Morte! — Oh! je suis damné!

Il se tue.

liine 25. Jusqu'à, even.

84. ses préfaces, a reference to the prefaces written for the editions of his Odes et BaUades, which were published in 1822, 1824, and 1826.

46. feuilletons, translate dramatic eritica. The word feuilleton means, more exactly, an article on some special subject or a chapter of a continued story, printed across the lower part of a newspaper page. Dramatic and literary criticisms often appear in this way. Che sara, sara, an Italian phrase meaning ce qui eerdj sera, i. e., that which is to be, will be.

48. du qu'en dlra-t-on littéraire, of the phrase^ ^'what trill people say ^^^ in literature.

40. l'école, as representing traditional and classical ideas.

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