‹ Préhistoire et Moyen AgeChapitre 4 sur 5 · II · texte numérisé non relu

II

La survivance d'une forme ne procéde pas toujours par tradition passive ou par métamorphose continue. I] arrive que la forme disparaisse ou semble disparaitre, pour se réveiller un jour avec tous ses caractéres, dans toute sa plénitude. Nous avons eu occasion de poser ce probléme des “réveils” 4 propos de la renaissance romane 4 la fin du moyen Age. On voit reparaitre en effet, au cours du XVe siécle, non seulement dans certains aspects de la décoration monumentale, mais en peinture, dans les oeuvres des maitres que nous avons appelés les peintres de tympans et dont le Couronnement de la Vierge d'Enguerrand Charonton nous offre un bel exemple, des procédés de composition qui remontent au XIIe siécle et que l'art gothique semblait avoir complétement effacés. On peut se demander si, d’dge en Age, les mémes phases des divers styles ne présentent pas des caractéres identiques ou analogues et si ce que nous avons appelé le baroque gothique n’aurait pas nécessairement, des traits communs avec le baroque roman. Sans faire des divers stades de |’évolution des styles une loi d’airain, il est permis de penser qu'il y a quelquechose de fondé dans cette espéce de résonance historique et qu’en certains points qui se correspondent a travers le temps, il y a, non pas identité ou répétition, mais prédisposition 4 des formes ou A des états de conscience du méme ordre... . Mais cette explication présente un caractére théorique, un caractere absolu, qui ne doit pas nous dispenser de chercher, dans les faits, d'autres raisons. Certains “réveils” ont quelque chose d’explosif et d'apparemment fortuit: peut-étre est-ce le cas pour la spirale qui reparait, dans le dernier tiers du XIe siécle, sur un chapiteau de l’église de Morienval déja remarqué par Courajod: il est possible que la découverte d’un bijou barbare dans un cimetiére de Aisne ait inspiré le sculpteur roman.

Crest de la méme maniére qu on explique par la trouvaille d'une sépulture de l’age du bronze la résurrection dans l'art irlandais du méme motif oublié depuis des siécles. Enfin, au moment ou, aprés une longue désuétude, la sculpture en pierre recommence ses expériences en Occident, cherchant ses lois dans limitation d’autres techniques, le “groupe synthétique” de Rostovtzev que Mademoiselle Maillard a reconnu sur une face de chapiteau, dans la belle série de Saint-Germain-des Prés, sans doute du premier tiers du XIe siécle, fait revivre, lui aussi, par lintermédiaire de quelque plaque de ceinturon, un trés-ancien motif du style animal. II parait difficile de faire intervenir le principe de la résonance dans des cas comme ceux-la.

Mais un historien cherchera toujours avec raison 4 réduire ces réveils soi-disant brusques et fortuits 4 la notion des réveils progressifs, 4 restituer la série des maillons qui composent la chaine et qui nous montrent, méme dans les régions obscures, l’activité ralentie, mais réelle, d'une forme ou d'un style. C’est ainsi qu'il existe en pleine époque gothique, dans les parties hautes des grandes églises, un art qui peut étre dit roman, par la rigoureuse adaptation de la forme a la fonction, l'art des gargouilles. Et lon sait d’autre part que, dans les régions méridionales, en Espagne, dans certaines parties du Midi de la France, la sculpture romane conservait une vitalité, si bien que le réveil du XVe siécle, malgré sa luxuriance, malgré ses monstres, qui sopposent avec tant de force a latticisme rayonnant, apparait moins comme une mutation révolutionnaire que comme le terme naturel d’une évolution. De méme le phénoméne de la perte des fleuves. Leur cours semble s’interrompre soudain, ils disparaissent dans le sol. Et puis on les voit plus loin reparaitre a la lumiére. Ce nest pas un fleuve nouveau, un jaillissement inédit. L’histoire offre elle aussi des parcours souterrains. Le probléme des réveils peut donc se présenter comme un probléme de restitution.

Quoi quiil en soit, on peut interpréter Tart curvilinéaire et Tart flamboyant comme un réveil de formes trés anciennes. On connait lintéressante controverse qui, 4 propos des origines du dernier état de l'art gothique en France, mit aux prises deux savants, deux doctrines et presque deux méthodes: Anthyme Saint-Paul et Camille Enlart. Pour Anthyme Saint- Paul, l’art flamboyant est le développement naturel de principes impliqués dans l’architecture du XIIle siécle: la section de certaines moulures dans les églises de cette époque donne en effet des contre-courbes caracteérisées; dans les roses du transept de Paris comme dans le triforium d’Amiens, loeil peut suivre, dans la rencontre et la combinaison des courbes, des accolades, des soufflets et des mouchettes qui sont tout préts

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